Le Christ s’est arrêté à Eboli, La Passion du Christ, La Nativité, Basilica Coast to Coast, le James Bond Quantum of Solace… dans le sud de l’Italie, un village est particulièrement prisé pour les tournages : Craco. Ça ne dérange pas beaucoup les habitants. Normal, ils ne sont plus là.

Au cœur de Craco, le spectacle est à la fois désolé et fascinant. (Photo : CC-BY-SA-3.0)

 

Craco se trouve au cœur de la Basilicate, une région méconnue entourée par les Pouilles, la Campanie et la Calabre. La ville, dont on retrouve les premières traces avant l’an 1000, est bâtie sur une colline à près de 400 mètres d’altitude. Elle se développe peu à peu jusqu’à atteindre quelque 2 500 habitants au maximum. Parmi eux quelques noms connus : les Monforte, Sforza ou Sanseverino font partie des grandes familles qui y résident.

 

À son apogée, 2 500 personnes vivaient à Craco. (Photo : Pxhere)

 

Au XIXe siècle, c’est une autre célébrité qui s’y installe un temps : Carmino Crocco, surnommé le « Napoléon des brigands ». Comme dans tant d’autres bourgs, ici, on résiste tant bien que mal aux épidémies et à la terrible peste noire qui emporte des centaines de villageois en 1656. Tout autour de cette place avec sa tour fortifiée, les locaux cultivent du blé. Tellement que parfois on manque d’ailleurs de bras pour le récolter, rappelle le journal italien La Stampa, dans un article consacré à l’histoire de Craco.

 

Les ingénieurs ne pourront rien y faire

 

 
D’en haut, on voit les toitures effondrées de Craco, abandonné depuis les années 1960. (Photo : Wallora / Wikimedia Commons))

 

C’est le XXe siècle qui mettra KO le village. À partir des années 1960, une série d’éboulements commence à toucher le centre-bourg, construit sur de l’argile. À la suite de glissements de terrain, les affaissements se multiplient, les conduites d’eau se brisent, inondant encore plus la terre et fragilisant les fondations. Alors, les maisons s’effondrent peu à peu, pan par pan.

 

La ville est prisée des réalisateurs. (Photo : Ivo Spadone / Wikimedia Commons)

 

Les ingénieurs dépêchés sur place pour trouver des solutions sont démunis : quand ils construisent des murs de soutènement, cinq jours plus tard, ceux-ci montrent déjà des signes de faiblesse ! Craco, la ville millénaire, subit une lente agonie et les villageois sont contraints et forcés de quitter les lieux devenus trop dangereux. Adieu le cinéma, l’hôpital, les commerces et les souvenirs de 2 000 habitants, dont une partie ira s’établir sept kilomètres plus loin.

Visite casquée

Depuis, le village aux maisons entrelacées continue de tomber en ruines, inexorablement. L’église, cœur de ces bourgs médiévaux, est complètement désolée, à demi ouverte sur le ciel. Dans certaines maisons, quand elles n’ont pas été pillées par des voisins peu scrupuleux, quelques ustensiles de la vie quotidienne sont restés en place donnant aux lieux une ambiance encore plus fantomatique. Une atmosphère appréciée par les réalisateurs, mais pas seulement. Depuis 2009, les touristes peuvent visiter Craco. En 2016, quinze mille pèlerins ont pénétré dans la ville, casqués. Le casque, un accessoire indispensable pour pénétrer dans la cité perdue qui perd ses pierres une à une, mais n’a pas tout à fait dit son dernier mot.