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Le blog de mim-nanou75.over-blog.com

Bienvenue sur mon site Une innovation pour mes anciens lecteurs, désormais je traite de divers sujet, en premier La religion judéo chrétienne signé" Monique Emounah", pour ceux qui ne peuvent se déplacer à l'églises quelques soit la raison, et le lieu de leurs résidences ils peuvent suivre les offices du jour, la politique (LR) et les infos, la poésie et les arts en général. Mes écrits, signé (Alumacom) également mes promos de mes dernières parutions et quelquefois un rappel pour mes anciens écrits. Merci de votre attention,

Saint Martin de Tours et son manteau

Reconnaître les saints : Martin de Tours et son manteau

 

L’iconographie retient souvent un épisode particulier de la vie d’un saint pour nous permettre de le reconnaître aisément. Les martyrs sont souvent représentés avec l’instrument par lequel leurs bourreaux leur ont donné la mort. Pour saint Martin, l’épisode dit de « la charité de saint Martin » a retenu l’attention des peintres et sculpteurs.

L’histoire est connue : Martin, soldat de l’empire romain, ayant déjà donné tout l’argent dont il disposait à des pauvres, coupe en deux son manteau pour en donner une partie à un indigent qu’il croise, transi de froid.Ce moment marquant de la vie de saint Martin n’est que le début d’une longue vie à la suite du Christ, au cours de laquelle il créera le premier monastère de Gaule, à Ligugé, voyagera sans relâche, enseignant, convertissant. Contre son gré, il deviendra évêque de Tours.

 

 
Public Domain
Saint Martin et le mendiant – Van Dick – Eglise St Martin de Zaventem (Belgique) c. 1618

Et pourtant, aucun autre événement que celui du manteau ne marquera les esprits autant que ce geste fort. A tel point qu’il nous est devenu évident, comme il l’était déjà pour ceux qui nous ont précédés, de reconnaitre au premier coup d’œil celui qui a contribué à évangéliser les campagnes gauloises au IVe siècle. D’autres événements de sa vie ont bien été peints ou sculptés, mais nul n’a eu le retentissement de celui-ci, permettant d’en faire une véritable catéchèse de la charité. Et pourtant, Martin n’était alors que catéchumène. 

Mais pourquoi donc n’a-t-il donné que la moitié de sa chlamyde, son manteau militaire ? L’acte n’aurait-il pas été plus charitable s’il l’avait offert entier, sans déchirure ? C’est que son paquetage militaire ne lui appartenait que pour partie, il a donc tout donné, tout ce qui était à lui.

Public Domain
Livre d’heures d’Etienne Chevalier – Jean Fouquet – Musée du Louvre – XVe siècle

Suivant les époques, l’habillement de Saint Martin, son équipement et son cheval évoluent, mais des permanences apparaissent. Il est parfois en plein mouvement, tranchant le vêtement de son épée. Il peut aussi apparaître rengainant son arme, une fois le pauvre protégé du froid. Il semble parfois plus soldat, parfois plus apôtre. Mais le saint est à toujours à cheval, portant cette épée qui lui a servi à découper l’étoffe. Et toujours le regard tourné vers celui qu’il a sauvé d’une mort certaine. Le geste est fort, mais Martin n’oublie pas l’homme qui est en face de lui.

CC BY-SA 3.0
Chapelle Saint-Pierre, Saulges (Mayenne) - Bois polychrome - XVIème s.

Aujourd’hui encore, Martin est bien présent dans notre pays : 246 communes portent son nom et plus de 3700 églises sont placées sous son vocable : innombrables occasions de croiser une statue, un tableau ou un vitrail représentant ce soldat du Christ sur son cheval. Sans compter que son influence a aussi largement dépassé nos frontières.

MOSSOT
Vitrail Cathédrale de Chartres

Saint Martin, généreux soldat de Jésus-Christ,
Saint Martin, parfait modèle des guerriers,
Saint Martin, qui avez su mépriser les biens et les plaisirs du monde,
Saint Martin qui n’étant encore que catéchumène, vous êtes dépouillé d’une partie de vos vêtements, pour en couvrir un pauvre,
Saint Martin, qui avez été un modèle de sobriété et d’abstinence,
Saint Martin, qui ne parliez que de Jésus-Christ,
Saint Martin, ange de paix,
Saint Martin, priez pour nous.

Martin de Tours, le premier saint moderne

« L’apôtre des Gaules », évêque de Tours, fut parmi les tout premiers non-martyrs à être reconnu comme un saint. Mais surtout, sa notoriété spectaculaire permit d’imposer cette nouvelle forme de sainteté, fondée non pas sur le don brutal de sa vie en témoignage de la foi, mais sur le don de toute une vie ancrée dans l’ « héroïcité des vertus » en témoignage de l’amour de Dieu et du prochain.

Avec l’acceptation progressive par Rome de la religion chrétienne sous sa forme catholique (édit de tolérance de Galère en 311, lettre-circulaire de Constantin et Licinius dite « édit de Milan » en 313, édit de Thessalonique de Théodose en 380), le martyr s’était largement effacé de l’horizon européen alors que, dans le même temps, fleurissaient partout en Europe des églises, qui étaient demandeuses de reliques de saints à insérer dans les autels. Comme il n’était pas habituel de démembrer les corps des saints pour multiplier le nombre de leurs reliques, l’Église se trouva face à une situation de pénurie.

Or, au même moment, les catholiques se trouvèrent confrontés à de violents raids en provenance de Germanie, qui balayèrent l’Empire romain d’Occident, le coup de butoir décisif étant donné dans la nuit du 31 décembre 406 au 1er janvier 407 quand, profitant de l’embâcle du Rhin, Vandales, Suèves et Alains, lancèrent l’assaut décisif qui devait culminer en 410 avec le sac de la ville de Rome par le Wisigoth Alaric et, en 476, avec la déposition du dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustule, par le Skire Odoacre. Des royaumes barbares se constituèrent alors sur les décombres de l’Empire romain, royaumes qui avaient la caractéristique d’être dirigés par des rois ariens et, plus rarement, païens.

La sainteté non-martyriale

Désemparés face à ces ébranlements et les menaces qu’ils portaient, les catholiques recherchèrent avec encore plus d’ardeur la protection des corps saints : c’est pourquoi les masses adoptèrent immédiatement le nouveau modèle de sainteté qu’un auteur du IVe siècle finissant, Sulpice Sévère, avait dessiné. Ce modèle, il ne l’avait pas inventé : il s’était présenté à lui de façon providentielle en la personne de Martin de Tours, qui devint ainsi le premier modèle de la sainteté moderne, c’est-à-dire de la sainteté non-martyriale.

Jusqu’alors, en effet, on ne reconnaissait comme saints que les martyrs de sang. Il y avait bien quelques discussions à ce propos, mais elles occupaient seulement de grands esprits, les masses et les clercs restant attachés, dans leur grande majorité, au seul culte des martyrs. Tout changea quand, en 397, Sulpice Sévère publia la Vie de saint Martin, suprême audace, alors que l’intéressé n’était pas encore mort (il mourut le 11 novembre de cette année, sa Vie ayant été achevée peu auparavant) : or, si Sulpice Sévère prêta à Martin de Tours le désir du martyre, le fait est que ce dernier ne le subit pas, ce qui n’empêcha pas le premier de dire « saint » le second, dès les premiers mots de son œuvre1, avant de le proclamer « apôtre des Gaules » dans un ouvrage plus tardif2. L’acceptation de ces revendications n’alla pas sans mal dans l’épiscopat gaulois, qui avait déjà très mal accueilli la perspective de l’élection de saint Martin au siège épiscopal de Tours : il fallut attendre son troisième successeur, Perpétue (461-491), pour que fût érigée une basilique digne de la dévotion populaire qui poussait les foules de tout l’Occident vers la dépouille du saint, parmi eux Clovis et son épouse Clotilde.

L’héroïcité des vertus

À cette date, on peut dire que Sulpice Sévère avait gagné son pari, en ayant réussi à faire admettre une nouvelle forme de sainteté, fondée non pas sur le don brutal de sa vie en témoignage de la foi, mais sur le don de toute une vie d’ascèse en témoignage de l’amour de Dieu et du prochain. C’est en effet l’héroïcité des vertus qui devint la marque de la sainteté nouvelle, le miracle ne jouant encore qu’un rôle subsidiaire en la matière. Avant la Vie de saint Martin, une Vie de saint Just ― peut-être un sermon prononcé à l’occasion de la date anniversaire du décès du saint, métropolitain de Lyon († c. 390), plutôt qu’une Vie au sens strict ―, avait échoué à ériger en modèle la vie d’un saint non martyr. Mais la Vie de saint Martin elle-même ne fut pas acceptée avec enthousiasme par un épiscopat gaulois issu pour une large part des anciennes familles sénatoriales gauloises, et qui regardait saint Martin de Tours comme une « personne méprisable, un homme à l’aspect minable, au vêtement crasseux et à la chevelure en bataille3« .

Un évêque présentable

C’est pourquoi, ce même épiscopat chercha à opposer à saint Martin de Tours, un autre modèle qui fût plus présentable à ses yeux : il jeta son dévolu sur saint Germain d’Auxerre, un ancien très haut fonctionnaire devenu évêque sur le tard, que nous avons proposé de regarder comme le « Martin de cœur des évêques4« . Malgré tout, la Vie de saint Germain d’Auxerre, composée entre 470 et 480 par Constance de Lyon, réussit plus à « épiscopaliser » la figure de saint Martin, qu’elle ne l’effaça au profit de celle de saint Germain : c’est en effet celle du premier qui s’imposa à travers toute l’Europe occidentale, mais elle montrait désormais un saint Martin mitré, ganté, porteur de sa crosse épiscopale, d’une chasuble et même… d’un pallium qu’il ne reçut jamais ! En un mot, un saint Martin de Tours parfaitement présentable, représenté comme l’étaient tous les évêques. En ce sens, la figure de saint Martin de Tours connut un destin exemplaire : elle donna un rôle central à l’héroïcité des vertus ― qui devait être reconnue comme la première condition sine qua non permettant d’ouvrir un procès de canonisation, quand cette procédure fut fixée au tournant des XIe-XIIIe siècles ―, mais son « épiscopalisation » ouvrit une autre tendance, celle à présenter aux fidèles ce que Jacques Fontaine appela avec raison des « saints de vitrail », donnant une image lisse des saints parfois très éloignée de ce qu’ils furent effectivement.

1/ « Moi […] j’ai écrit la Vie de saint Martin » (première dédicace, Vita Martini).
2/ Gallus, 17, 6.
3/ Vita Martini, 9, 3.
4/ Michel Fauquier, « Martyres pacis »…, op. cit., p. 458.

 

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