Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur mon site
Une innovation pour mes anciens lecteurs, désormais je traite de divers sujet, en premier La religion judéo chrétienne signé" Monique Emounah", pour ceux qui ne peuvent se déplacer à l'églises quelques soit la raison, et le lieu de leurs résidences ils peuvent suivre les  offices du jour,  la politique (LR) et les infos, la poésie et les arts en général. Mes écrits, signé (Alumacom) également mes promos de mes dernières parutions et quelquefois un rappel pour mes anciens écrits. Merci de votre attention,

Le blog de mim-nanou75.over-blog.com

Bienvenue sur mon site Une innovation pour mes anciens lecteurs, désormais je traite de divers sujet, en premier La religion judéo chrétienne signé" Monique Emounah", pour ceux qui ne peuvent se déplacer à l'églises quelques soit la raison, et le lieu de leurs résidences ils peuvent suivre les offices du jour, la politique (LR) et les infos, la poésie et les arts en général. Mes écrits, signé (Alumacom) également mes promos de mes dernières parutions et quelquefois un rappel pour mes anciens écrits. Merci de votre attention,

30 janvier 1649 : exécution de Charles Ier, roi d’Angleterre

com

30 janvier 1649 : exécution de Charles Ier, roi d’Angleterre

La défaite des Presbytériens était consommée, aussi bien que celle des Cavaliers ; le parti républicain dominait ; quelques esprits spéculatifs et hardis se flattaient de le gouverner ; quelques sectes enthousiastes et mystiques lui promettaient l’appui du Seigneur ; l’armée faisait toute sa force ; Cromwell était le chef de l’armée et le patron des enthousiastes. La vie de Charles Ier n’était plus qu’un obstacle à la fortune de Cromwell et au succès des desseins de toutes les fractions du parti. Les pétitions reparurent pour que justice fût faite du Roi, seul coupable de la guerre civile et de tant de sang versé. Il était enfermé dans le château de Hurst, sur le bord de la mer, en face de l’île de Wight, sous la garde du colonel Ewers, l’un des fanatiques les plus ardents et le plus durs. Un détachement partit du quartier général avec ordre de l’amener de Hurst-Castle à Windsor.

Le 17 décembre 1648, au milieu de la nuit, Charles fut réveillé par le bruit du pont-levis qui se baissait, et d’une troupe d’hommes à cheval qui entraient dans la cour du château. En un moment le silence se rétablit ; mais Charles était inquiet : avant qu’il fût jour, il sonna son valet de chambre Herbert, couché dans la pièce voisine. « N’avez-vous rien entendu cette nuit ? lui demanda- t-il. — J’ai entendu la chute du pont-levis, dit Herbert ; mais je n’ai pas osé, sans l’ordre du Roi, sortir de ma chambre à une heure si indue. — Allez savoir ce qui est arrivé. » Herbert sortit, et bientôt de retour : « C’est le colonel Harrison, Sire. » Un trouble subit parut dans les traits du Roi. « Etes—vous bien sûr » que ce soit le colonel Harrison ?—Herbert. C’est du capitaine Reynolds que je le tiens. — Le Roi. En ce cas, je le crois ; mais avez-vous vu le colonel ? — Herbert. Non, Sire. — Le Roi. Et Reynolds vous a-t-il dit pourquoi il venait ? — Herbert. J’ai tout fait pour le savoir ; mais la seule réponse que j’aie pu obtenir, c’est que le motif de la venue du colonel sera bientôt connu. » Le Roi renvoya Herbert ; puis le rappela au bout d’une heure, toujours profondément troublé, les larmes aux yeux, et l’air abattu. « Pardon, Sire, lui dit Herbert, mais je suis consterné de voir à Votre Majesté tant de chagrin de cette nouvelle. — Je ne suis point effrayé, répondit Charles ; mais ce que vous ne pouvez savoir, c’est que cet homme est le même qui avait formé le projet de m’assassiner pendant les dernières négociations ; une lettre m’en a averti. Je ne me rappelle pas l’avoir jamais vu, ni lui avoir fait aucun mal. Je ne voudrais pas être surpris. Ce lieu est tout propre à un tel crime. Retournez, et informez-vous de nouveau de ce qui amène Harrison. » Plus heureux cette fois, Herbert apprit que le colonel venait pour faire conduire le Roi à Windsor, dans trois jours au plus tard, et se hâta de le lui rapporter ; la joie brilla dans les yeux de Charles. « A la bonne heure, dit-il ; ils deviennent plus traitables ; Windsor est un lieu où je me suis toujours plu ; j’y serai dédommagé de tout ce que j’ai souffert ici. » Deux jours après, en effet, le lieutenant-colonel Cobbett vint dire au Roi qu’il avait ordre de l’emmener sur-le-champ à Windsor, où Harrison était déjà retourné. Charles, loin de s’en plaindre, pressa lui-même le départ. Il trouva, à une lieue de Hurst, un corps de cavalerie chargé de l’escorter jusqu’à Winchester. Partout, sur la route, accourait une foule nombreuse, gentilshommes, bourgeois, paysans ; les uns simples curieux, qui se retiraient après l’avoir vu passer, les autres vivement émus, et faisant tout haut des voeux pour sa liberté. Comme il arrivait à Winchester, le maire et les aldermen vinrent au-devant de lui, et lui présentant, selon l’usage, la masse et les clefs de leur ville, lui adressèrent un discours plein d’affection. Mais Cobbett, poussant brusquement vers eux, leur demanda s’ils oubliaient donc que la Chambre avait déclaré traître quiconque ferait quelque adresse au Roi, et, saisis de terreur, ils se répandirent en humbles excuses, protestant qu’ils ignoraient la volonté de la Chambre, et suppliant Cobbett d’en obtenir leur pardon. Le lendemain le Roi reprit sa route. Entre Alresford et Farnham parut en bataille un nouveau corps de cavalerie chargé de relever celui qui l’avait escorté jusque là : un officier le commandait, de bonne mine, .richement équipé, un bonnet de velours sur la tète, un justaucorps de buffle sur le dos, une écharpe de soie cramoisie, ornée de franges, autour du corps. Charles, frappé de sa contenance, passa auprès de lui au petit pas, en reçut un salut respectueux, et, rejoignant Herbert : « Quel est, lui dit-il, cet officier ? — Le colonel Harrison, Sire. » Le Roi se retourna aussitôt, considéra le colonel longtemps et si attentivement que celui-ci, embarrassé, se retira derrière la troupe pour éviter ses regards. « Cet homme, dit Charles à Herbert, a la tournure d’un vrai soldat ; je me connais en physionomies ; la sienne me plaît : ce n’est pas là un assassin. » Le soir, à Farnham, où le cortège s’arrêta pour coucher, Charles aperçut le colonel dans un coin de la salle, et lui fit signe d’approcher ; Harrison obéit avec déférence et embarras, l’air rude et timide en même temps. Le Roi le prit par le bras, l’emmena dans une embrasure de fenêtre, s’entretint près d’une heure avec lui, lui parla même de l’avis qu’il avait reçu sur son compte. « Rien n’est plus faux, Sire, dit Harrison ; voici ce que j’ai dit, et je puis le répeter : c’est que la justice ne fait point acception des personnes, et que la loi est également obligatoire pour les grands et pour les petits ; et il appuya sur ces derniers mots avec une affectation marquée. Le Roi rompit l’entretien, se mit à table, et n’adressa plus la parole à Harrison, sans paraître cependant attacher à sa réponse aucun sens qui le pût inquiéter.

Il devait arriver le lendemain à Windsor. En partant de Farnham il déclara qu’il voulait s’arrêter à Bagshot, et dîner au milieu de la forêt, chez lord Newburgh, un de ses plus fidèles Cavaliers. Harrison n’osa refuser, quoique tant d’insistance lui inspirât quelques soupçons. Ils étaient légitimes. Lord Newburgh, grand amateur de chevaux, en avait un qui passait pour le plus léger de toute l’Angleterre. Depuis longtemps en correspondance secrète avec le Roi, il l’avait engagé à blesser en route celui qu’il montait, promettant de lui en donner un avec lequel il lui serait facile d’échapper soudainement à son escorte, et de déjouer, à travers les sentiers de la forêt, que le Roi connaissait très bien, la poursuite la plus acharnée. Charles, en effet, de Farnham à Ragshot, se plaignit sans cesse de son cheval, disant qu’il en voulait changer. Mais à peine arrivé, il apprit .que la veille, celui sur lequel il comptait avait reçu dans l’écurie un coup de pied si rude qu’il était hors d’état de servir. Lord Newburgh, désolé, en offrit d’autres au Roi, excellents, disait-il, et qui suffiraient à son dessein. Mais avec le plus rapide l’entreprise eût été périlleuse, car les cavaliers de l’escorte se tenaient toujours très près du Roi, tous un pistolet armé à la main. Charles renonça sans peine à courir de tels hasards, et le soir, en arrivant à Windsor, charmé de rentrer dans un de ses palais, d’y occuper sa chambre accoutumée, de trouver toutes choses préparées pour le recevoir à peu près comme au temps où il venait, avec sa cour, passer dans ce beau lieu des jours de fête, loin de se sentir tourmenté de sinistres présages, il avait presque oublié qu’il était prisonnier.

Le même jour, presque au même moment, les Communes votaient qu’il serait traduit en justice, et chargeaient un comité de préparer l’accusation. Malgré le petit nombre de membres présents, plusieurs voix s’élevèrent contre la mesure. Les uns demandaient qu’on se bornât à le déposer, comme on avait fait jadis pour quelques-uns de ses prédécesseurs ; d’autres, sans le dire, auraient souhaité qu’on s’en défît obscurément et de manière à profiter de sa mort sans en répondre. Mais les libertins hardis, les enthousiastes sincères, les républicains rigides voulaient un jugement public, solennel, qui prouvât leur force et proclamât leur droit. Cromwell seul, plus ardent que nul autre à le provoquer, gardait encore, en parlant, d’hypocrites mesures. « Si quelqu’un, dit-il, faisait cette motion de dessein prémédité, je le regarderais comme le plus insigne traître qui fût au monde ; mais puisque la Providence et la nécessité ont jeté la Chambre dans cette délibération, je prie Dieu de bénir ses conseils, quoique je ne sois pas prêt à donner sur-le-champ mon avis. » Par l’un de ces étranges, mais invincibles scrupules, où l’iniquité éclate en essayant de se couvrir, pour ne pas mettre le Roi en jugement sans une loi au nom de laquelle on pût le condamner, on vota en principe qu’il y avait trahison de sa part à faire la guerre au Parlement ; et, sur la motion de Scott, une ordonnance fut aussitôt adoptée, instituant une Haute-Cour chargée de le juger. Cent cinquante commissaires y devaient siéger : six pairs, trois grands juges, onze baronets, dix chevaliers, six aldermen de Londres, tous les hommes importants du parti dans l’armée, dans les communes, dans la cité, sauf Saint-John et Vane, qui déclarèrent formellement qu’ils désapprouvaient l’acte et n’y voulaient prendre aucune part. Quand l’ordonnance fut présentée à la sanction de la Chambre haute, quelque fierté se ranima dans cette assemblée, jusque là si servile qu’elle semblait avoir accepté sa propre nullité. « Il n’y a point de Parlement sans le Roi, soutint lord Manchester ; le Roi ne peut donc être traître envers le Parlement. — II a plu aux Communes, dit lord Denbigh, d’insérer mon nom dans leur ordonnance ; mais je me laisserais mettre en pièces plutôt que de m’associer à une telle infamie. — Je n’aime point, dit le vieux comte de Pembroke, à me mêler d’affaires dévie et de mort ; je ne parlerai point contre cette ordonnance, mais je n’y consentirai point ; et les lords présents, au nombre de douze, la rejetèrent à l’unanimité. Le lendemain, ne recevant des lords aucun message, les Communes chargèrent deux de leurs membres de se rendre à la Chambre haute, de s’en faire apporter l’es registres, et d’y prendre connaissance de sa résolution. Sur leur rapport, elles votèrent à l’instant que l’opposition des lords n’arrêterait rien ; que le peuple étant, après Dku, la source de tout pouvoir légitime, les communes d’Angleterre, élus et représentants du peuple, possédaient le pouvoir souverain ; et, par une nouvelle ordonnance, la Haute-Cour de justice, instituée au nom des communes seules, et réduite à cent trente-cinq membres, eut ordre de s’assembler sans retard pour régler les préparatifs du procès.

Elle se réunit en effet, dans ce dessein et en séance secrète, les 8,10, 12, 13, 15, 17, 18 et 19 janvier, sous la présidence de John Bradshaw, cousin de Milton, jurisconsulte estime’ au barreau, grave et doux dans ses mœurs, mais d’un esprit étroit et dur, fanatique sincère et pourtant ambitieux, enclin même à quelque avidité dans sa fortune, quoique prêt à donner sa vie pour son opinion. Telle était l’anxiété publique, qu’une insurmontable division éclata dans le sein même de la Cour ; aucune convocation, aucun effort ne parvint à réunir aux séances préparatoires plus de cinquante-huit membres : Fairfax s’y rendit la première fois et ne reparut plus. Parmi les membres présents eux-mêmes, plusieurs ne vinrent que pour déclarer leur opposition ; telle fut entre autres la conduite d’Algernon Sidney, jeune encore, mais déjà influent dans le parti républicain. Retiré depuis quelque temps au château de Penshurst, chez lord Leicester son père, quand il apprit sa nomination à la Haute-Cour, il partit sur-le-champ pour Londres ; et dans les séances des 13, 15 et 19 janvier, quoique la question parût décidée, il s’opposa vivement au procès. Il redoutait surtout l’aversion que prendrait le peuple de la république, peut-être même une insurrection soudaine qui sauverait le Roi et la perdrait sans retour : « Personne ne remuera, s’écria Cromwell importuné de tels présages ; je vous dis que nous lui couperons la tête avec la couronne dessus. — Faites ce qu’il vous plaira, répliqua Sidney, je ne puis vous en empêcher, mais à coup sûr je ne serai de rien dans cette affaire ; et il sortit pour ne plus revenir. Réduite enfin aux membres qui acceptaient leur mission, la Cour ne s’occupa plus que de régler les formes du procès. John Coke, avocat de quelque renom et ami intime de Milton, fut nommé procureur général, et comme tel chargé de porter la parole, soit en dressant l’acte d’accusation, soit dans le cours des débats. Elsing, greffier des Communes jusqu’à cette époque, venait de se retirer sous prétexte de maladie ; Henri Scobell fut choisi pour le remplacer. On détermina soigneusement quels régiments, et combien, seraient de service pendant le cours du procès ; où seraient postées les sentinelles, et on en plaça jusque sur les plombs, partout où quelque fenêtre avait jour sur la salle ; quelles barrières seraient dressées pour séparer partout le peuple, non-seulement du tribunal, mais aussi des soldats. Le 20 janvier fut assigné enfin pour la comparution du Roi devant la Cour, à Westminster-Hall ; et dès le 17, comme si là condamnation eût été déjà prononcée, les Communes avaient chargé un comité de parcourir tous les palais, châteaux et demeures du prince, pour y dresser un inventaire exact de ses meubles, désormais la propriété du Parlement.

Quand le colonel Whitchcott, gouverneur de Windsor, annonça au Roi que sous peu de jours il serait transféré à Londres : « Dieu est partout, répondit Charles, et partout le même en puissance comme en bonté. » La nouvelle le saisit pourtant d’une vive et subite inquiétude : il vivait depuis trois semaines dans la plus étrange sécurité, rarement et mal instruit des résolutions des Chambres, se repaissant de quelques rapports venus d’Irlande, et qui lui promettaient de prompts secours, plus confiant, plus gai même que ne l’avaient vu depuis longtemps ses serviteurs : « Dans six mois, disait-il, la paix sera rétablie en Angleterre ; sinon je recevrai d’Irlande, de Danemark et d’autres royaumes les moyens de rentrer dans mes droits ; et un autre jour : « J’ai encore trois cartes à jouer, dont la plus mauvaise peut suffire à me faire tout regagner. » Naguère cependant une circonstance l’avait troublé. Jusque vers la fin de son séjour à Windsor, il était traité et servi avec toute l’étiquette de la cour ; il dînait en public, dans le salon de parade, sous le dais ; le chambellan, l’écuyer tranchant, le maître-d’hôtel, l’échanson s’acquittaient de leurs fonctions dans les formes accoutumées ; on lui présentait la coupe à genoux, on apportait les plats couverts, on les goûtait, et il jouissait avec gravité de ces respects solennels. Tout-à-coup, sur une lettre venue du quartier-général, cet ordre changea ; des soldats apportèrent les plats découverts ; on ne les goûta point, nul ne se mit pi us à genoux, l’étiquette habituelle du dais cessa complètement : Charles en ressentit un amer chagrin : « Les égards qu’on me refuse, » disait-il, n’ont jamais manqué à un souverain, pas même à des sujets d’un rang élevé ; est-il rien au monde de plus méprisable qu’un prince qu’on avilit ? » Et pour échapper à cette insulte, il ne voulut plus prendre ses repas que dans sa chambre, presque seul, choisissant lui-même deux ou trois plats sur la liste qu’on lui présentait.

Le vendredi 19 janvier un corps de cavalerie parut à Windsor, Harrison à la tête, chargé d’emmener le Roi ; un carrosse à six chevaux attendait dans la grande cour du château. Charles y monta, et quelques heures après il était rentré à Londres, au palais de Saint-James, partout entouré de gardes, deux sentinelles à la porte même de sa chambre, Herbert resté seul pour son service et couchant à côté de son lit.

Le lendemain 20, vers midi, la Haute-Cour, réunie d’abord en séance secrète dans la chambre Peinte, s’apprêtait à régler les derniers détails de sa mission ; la prière commune était à peine terminée, on vint annoncer que le Roi, transporté dans une chaise fermée, entre deux haies de soldats, était sur le point d’arriver ; Cromwell courut à la fenêtre, et revenant tout-à-coup, pâle et pourtant très animé : « Le voici, le voici, messieurs ; l’heure de la grande affaire approche ; décidez promptement je vous en prie, ce que vous aurez à lui répondre, car il vous demandera sur-le-champ au nom de qui et de quelle autorité vous prétendez le juger. »

Personne ne prenait la parole : « Au nom des Communes assemblés en Parlement, et de tout le bon peuple d’Angleterre, dit Henri Martyn. Nulle objection ne s’éleva ; la Cour se mit en marche pour se rendre solennellement à la grande salle de Westminster ; en tête s’avançait le lord président Bradshaw ; on portait devant lui l’épée et la masse ; seize officiers armés de pertuisanes précédaient la Cour. Le président prit place sur un fauteuil de velours cramoisi, à ses pieds le greffier assis près d’une table couverte d’un riche tapis de Turquie, et sur laquelle on déposa la masse et l’épée ; à droite et à gauche, sur des sièges de drap écarlate, les membres de la Cour ; aux deux extrémités les hommes d’armes, un peu en avant du tribunal. La Cour installée, on ouvrit toutes les portes ; la foule se précipita dans la salle : le silence se rétablit, et après la lecture de l’acte des Communes qui instituait la Cour, on fit l’appel nominal ; soixante-neuf membres étaient présents. « Sergent, dit Bradshaw, qu’on amène le prisonnier. »

Le Roi parut sous la garde du colonel Hacker et de trente-deux officiers ; un fauteuil de velours cramoisi était préparé pour lui à la barre ; il s’avança, porta sur le tribunal un long et sévère regard, s’assit dans le fauteuil sans ôter son chapeau, se releva soudain, regarda derrière lui la garde placée à la gauche, et la foule des spectateurs à la droite de la salle, reporta les yeux sur les juges, puis se rassit au milieu du silence universel.

Bradshaw se leva à l’instant : « Charles Stuart, roi d’Angleterre, » dit-il, les Communes d’Angleterre assemblées en Parlement, profondément pénétrées du sentiment des maux qu’on a fait tomber sur cette nation, et dont vous êtes considéré comme le principal auteur, ont résolu de poursuivre le crime du sang ; dans cette intention elles ont institué cette Haute-Cour de justice devant laquelle vous comparaissez aujourd’hui. Vous allez entendre les charges qui pèsent sur vous. »

Le procureur général Coke se levait pour prendre la parole : « Silence ! dit le Roi en le touchant de sa canne sur l’épaule. Coke se retourna surpris et irrité ; la pomme de la canne du Roi tomba ; une courte mais profonde altération parut dans ses traits ; aucun de ses serviteurs n’était à portée de ramasser pour lui la pomme ; il se baissa, la reprit lui-même, se rassit, et Coke lut l’acte d’accusation, qui, imputant au Roi tous les maux nés d’abord de sa tyrannie, ensuite de la guerre, demandait qu’il fût tenu de répondre aux charges, et que justice fût faite de lui comme tyran, traître et meurtrier.

Pendant cette lecture le Roi, toujours assis, promenait, tantôt sur les juges, tantôt sur le public, des regards tranquilles ; un moment il se leva de nouveau, tourna le dos au tribunal pour regarder derrière lui, et se rassit l’air à la fois curieux et indifférent. Aux seuls mots de « Charles Stuart, tyran, traître et meurtrier, » il se mit à rire, quoique toujours silencieux.

La lecture achevée : « Monsieur, dit Bradshaw au Roi, vous avez entendu votre acte d’accusation, la Cour attend votre réponse. Le Roi. Je voudrais savoir par quel pouvoir je suis appelé ici ! J’étais, il n’y a pas longtemps, dans l’île de Wiglit, en négociation avec les deux Chambres du Parlement, sous les garanties de la foi publique ; nous étions près de conclure le traité. Je voudrais savoir par quelle autorité, j’entends légitime, car il y a dans le monde beaucoup d’autorités illégitimes, comme celle des brigands et des voleurs de grand chemin ; je voudrais, dis-je, savoir par quelle autorité j’ai été tiré de là et conduit de lieu en lieu, je ne sais à quelle intention ! Quand je connaîtrai cette autorité légitime, je répondrai.

Bradshaw. Si vous aviez bien voulu faire attention à ce qui vous a été dit par la Cour à votre arrivée ici, vous sauriez quelle est cette autorité. Elle vous requiert, au nom du peuple d’Angleterre, dont vous avez été élu roi, de lui répondre.

Le Roi. Non, monsieur, je nie ceci.

Bradshaw. Si vous ne reconnaissez pas l’autorité de la Cour, elle va procéder contre vous.

Le Roi. Je vous dis que l’Angleterre n’a jamais été un royaume électif, qu’elle est depuis près de mille ans un royaume héréditaire. Faites-moi donc connaître par quelle autorité je suis appelé ici. Voilà M. le lieutenant-colonel Cobbett, demandez-lui si ce n’est pas de force qu’il m’a amené de l’île de Wiglit Je soutiendrai autant que qui que ce soit ici les justes privilèges de la Chambre des communes. Où sont les lords ? je ne vois pas ici de lords pour constituer un Parlement ! Il y faudrait un roi. Est-ce là ce qu’on appelle amener le Roi à son Parlement ?

Bradshaw. Monsieur, la Cour attend de vous une réponse définitive. Si ce que nous vous disons de notre autorité ne vous suffit pas, cela nous suffit à nous ; nous savons qu’elle se fonde sur l’autorité de Dieu et du royaume.

Le Roi. Ce n’est ni mon opinion ni la vôtre qui doivent décider.

Bradshaw. La Cour vous a entendu ; on disposera de vous seIon ses ordres. Qu’on emmène le prisonnier ; la Cour s’ajourne à lundi prochain. »

La Cour se retira ; le Roi sortit avec la même escorte qui l’avait, amené. En se levant, il aperçut l’épée placée sur la table : « Je >> n’ai pas peur de cela, » dit-il en la montrant de sa canne. Comme il descendait l’escalier, quelques voix se firent entendre, criant : « Justice ! justice ! » mais un bien plus grand nombre criaient : » Dieu sauve le Roi ! Dieu sauve Votre Majesté ! »

Le lendemain à l’ouverture de la séance, soixante-deux membres présents, la Cour ordonna, sous peine d’emprisonnement, un silence absolu ; le Roi, à son arrivée, n’en fut pas moins accueilli par une vive acclamation. La même discussion recommença, des deux parts également obstinée : « Monsieur, dit enfin Bradshaw, ni vous ni personne ne serez admis à contester la juridiction de la Cour ; elle siège ici par l’autorité des Communes d’Angleterre, envers qui vous et tous vos prédécesseurs êtes responsables.

Le Roi. Je le nie ; montrez-moi un précédent. Bradshaw se leva en colère : Monsieur, nous ne siégeons pas ici pour répondre à vos questions ; plaidez sur l’accusation coupable ou non coupable.

Le Roi. Vous n’avez pas encore entendu mes raisons. Bradshaw. Monsieur, vous n’avez pas de raisons à faire entendre contre la plus haute de toutes les juridictions.

Le Roi. Montrez-moi donc cette juridiction où la raison n’est pas entendue.

Bradshaw. Monsieur, nous vous la montrons ici, ce sont les Communes d’Angleterre. Sergent, qu’on emmène le prisonnier. Le Roi se tourna brusquement vers le peuple : « Rappelez-vous, dit-il, que le roi d’Angleterre est condamné sans qu’il lui soit permis de donner ses raisons en faveur de la liberté du peuple ! et un cri presque général s’éleva : « Dieu sauve le Roi ! »

La séance du lendemain 23 janvier amena les mêmes scènes ; la sympathie du peuple pour le Roi devenait de jour en jour plus vive ; en vain les officiers et les soldats irrités poussaient à leur tour le cri menaçant de « Justice ! exécution ! » la foule effrayée se taisait un moment ; mais bientôt, sur quelque incident nouveau, elle oubliait son effroi, et le cri « Dieu sauve le Roi ! » retentissait de toutes parts. Il s’éleva des rangs même de l’armée ; le 28, comme le Roi passait au sortir de la séance, un soldat de garde cria trèshaut : « Sire, que Dieu vous bénisse ! » Un officier le frappa de sa canne : « Monsieur, dit le Roi en s’éloignant, la punition surpasse la faute. » En même temps venaient du dehors des représentations, des démarches, peu redoutables, il est vrai, souvent même peu pressantes, mais qui soutenaient l’indignation publique. Le ministre de France remit aux Communes une lettre de la reine Henriette-Marie, qui sollicitait la permission d’aller rejoindre son mari, soit pour l’engager à se rendre à leurs vœux, soit pour lui apporter les consolations de sa tendresse. Le prince de Galles écrivit à Fairfax et au conseil des officiers, dans l’espoir de réveiller dans leur cœur quelque sentiment de loyauté. Les commissaires d’Ecosse protestèrent officiellement, au nom de ce royaume, contre tout ce qui se passait. On annonça la prochaine arrivée d’une ambassade extraordinaire des Etats-Généraux, envoyée pour intervenir en faveur du Roi ; déjà même John Cromwell, officier au service de Hollande et cousin d’Olivier, était à Londres, assiégeant le lieutenant général de reproches presque menaçants. On découvrit et on arrêta l’impression d’un manuscrit intitulé : Soupirs royaux, ouvrage du Roi lui-même, disait-on, et capable d’exciter pour sa délivrance quelque soulèvement. De tous côtés enfin s’élevaient, sinon de grands obstacles, du moins de nouvelles causes de fermentation qui disparaîtraient à coup sûr, se promettaient les républicains, dès que la question serait résolue, mais qui, tant qu’elle demeurait indécise, rendaient chaque jour de retard plus embarrassant et plus périlleux.

Ils résolurent de sortir sur-le-champ de cette situation, de couper court à tout débat, et que le Roi ne comparaîtrait plus que pour recevoir son arrêt. Soit par un reste de respect pour les formes légales, soit pour produire au besoin de nouvelles preuves de la mauvaise foi de Charles dans les négociations, la Cour employa les journées du 24 et du 25 à recueillir les dépositions de trente- deux témoins. Le 25, à la fin de la séance, presque sans discussion, on vota la condamnation du Roi comme tyran, traître, meurtrier et ennemi du pays. Scott, Martyn, Harrison, Lisle, Say, Ireton et Love furent chargés de rédiger la sentence. Quarante-six membres seulement siégeaient ce jour là. Le 26, soixante-deux membres présents, à huis-clos, la rédaction de la sentence fut débattue et adoptée. La Cour s’ajourna au lendemain pour la prononcer.

Le 27 à midi, après deux heures de conférence dans la chambre Peinte, la séance s’ouvrit, selon l’usage, par l’appel nominal. Au nom de Fairfax, « II a trop d’esprit pour être ici, » répondit une voix de femme du fond d’une galerie. Après un moment de surprise et d’hésitation, l’appel nommai continua ; soixante-sept membres étaient présents. Quand le Roi entra dans la salle, un cri violent s’éleva : « Exécution ! justice ! exécution ! » Les soldats étaient très animés ; quelques officiers, Axtell surtout qui commandait la garde, les excitaient à crier ; quelques groupes semés ça et là dans la salle se joignaient à ces clameurs ; la foule se taisait avec consternation.

« Monsieur, dit le Roi à Bradshaw avant de s’asseoir, je demande à dire un mot ; j’espère que je ne vous donnerai point sujet de m’interrompre.

Bradshaw. Vous répondrez à votre tour ; écoutez d’abord la Cour.

Le Roi. Monsieur, s’il vous plaît, je désire être entendu. Ce n’est qu’un mot ; un jugement immédiat...

Bradshaw. Monsieur, vous serez entendu lorsqu’il en sera temps ; vous devez d’abord entendre la Cour.

Le Roi. Monsieur, je désire... Ce que j’ai à dire est relatif à ce que la Cour va, je crois, prononcer ; et il n’est pas aisé, monsieur, de revenir d’un jugement précipité.

Bradshaw. On vous entendra, monsieur, avant de rendre le jugement. Jusque là vous devez vous abstenir de parler. »

A cette assurance quelque sérénité reparut dans les traits du Roi ; il s’assit ; Bradshaw reprit la parole.

« Messieurs, dit-il, il est bien connu de tous que le prisonnier ici à la barre a été plusieurs fois amené devant la Cour pour répondre à une accusation de trahison et autres grands crimes intentée contre lui au nom du peuple d’Angleterre...

Pas de la moitié du peuple, s’écria la même voix qui avait répondu au nom de Fairfax ; où est le peuple ? où est son consentement ? Olivier Cromwell est un traître. » :

L’assemblée entière tressaillit ; tous les regards se tournèrent vers la galerie. « A bas les p ! s’écria Axtell, soldats, feu sur elles ! » On reconnut lady Fairfax.

Un trouble général éclata ; les soldats, partout répandus et menaçons, avaient grand-peine à le contenir. L’ordre enfin un peu rétabli, Bradshaw rappela le refus obstiné qu’avait fait le Roi de répondre à l’accusation, la notoriété des crimes qui lui étaient imputés, et déclara que la Cour, d’accord sur la sentence, consentait cependant, avant de la prononcer, à entendre la défense du prisonnier, pourvu qu’il renonçât à contester sa juridiction.

« Je demande, dit le Roi, à être entendu dans la chambre Peinte, par les lords et les Communes, sur une proposition qui importe bien plus à la paix du royaume et à la liberté de mes sujets qu’à » ma propre conservation. »

Une vive agitation se répandit dans la Cour et dans l’assemblée ; amis ou ennemis, tous cherchaient à deviner dans quel but le Roi demandait cette conférence avec les deux Chambres, et ce qu’il pouvait avoir à leur proposer ; mille bruits divers en couraient ; la plupart semblaient croire qu’il voulait offrir d’abdiquer la couronne en faveur de son fils. Mais, quoi qu’il en fût, l’embarras de la Cour était extrême ; le parti, malgré son triomphe, ne se sentait en mesure ni de perdre du temps, ni de courir de nouveaux hasards ; parmi les juges eux-mêmes, quelque ébranlement se laissait entrevoir. Pour éluder le péril, Bradshaw soutint que la demande du Roi n’était qu’un artifice pour échapper encore à la juridiction de la Cour ; un long et subtil débat s’engagea entre eux à ce sujet. Charles insistait toujours plus vivement pour être entendu ; mais à chaque fois les soldats devenaient autour de lui plus bruyants et plus injurieux ; les uns allumaient du tabac et en poussaient vers lui la fumée ; les autres murmuraient en termes grossiers de la lenteur du procès : Axtell riait et plaisantait tout haut. En vain à plusieurs reprises le Roi se tourna vers eux, et, tantôt du geste, tantôt de la voix, essaya d’obtenir quelques moments d’attention, de silence du moins ; on lui répondait par des cris de « Justice ! exécution ! » Troublé enfin, presque hors de lui : « Ecoutez-moi, écoutez-moi, » s’écria-t-il avec un accent passionné ; les mêmes cris recommençaient ; un mouvement inattendu se manifesta dans les rangs de la Cour. Un des membres, le colonel Downs, s’agitait sur son siège ; vainement ses deux voisins, Cawley et le colonel Wanton, s’efforçaient de le contenir : « Avons-nous donc des cœurs de pierre, disait-il, sommes-nous des hommes ? — Vous nous perdrez, et vous-même avec nous, lui dit Cawley. — N’importe, reprit Downs, dusse-je en mourir, il faut que je le fasse. » A ce mot, Cromwell, qui siégeait au-dessous de lui, se retourna brusquement : « Colonel, lui dit-il, êtes-vous dans votre bon sens ? » à quoi pensez-vous ? Ne pouvez-vous pas vous tenir tranquille ? —Non, reprit Downs, je ne puis me tenir tranquille ? » et se levant aussitôt : « Milord, dit-il au président, ma conscience n’est pas assez éclairée pour me permettre de repousser la requête du prisonnier ; je demande que la Cour se retire pour en délibérer. » — Puisqu’un des membres le désire, répondit gravement Bradshaw, la Cour doit se retirer » et ils passèrent à l’instant dans une salle voisine.

A peine y étaient-ils entrés, Cromwell apostropha rudement le colonel, lui demandant compte du dérangement et de l’embarras qu’il causait à la Cour. Downs se défendit avec trouble, alléguant que peut-être les propositions du Roi seraient satisfaisantes ; qu’après tout, ce qu’on avait cherché, ce qu’on cherchait encore, c’étaient de bonnes et solides garanties ; qu’il ne fallait pas refuser, sans les connaître, celles que le Roi voulait offrir ; qu’on lui devait au moins de l’entendre, et de respecter envers lui les plus simples règles du droit commun. Cromwell l’écoutait avec une brutale impatience, s’agitant autour de lui, l’interrompant à tous propos : « Nous voilà enfin instruits, dit-il, des grandes raisons du colonel pour nous déranger de la sorte ; il ne sait pas qu’il a affaire au plus inflexible mortel qui soit au monde : convient-il que la Cour se laisse distraire et entraver par l’entêtement d’un seul homme ? » Nous voyons bien le fond de tout ceci ; il voudrait sauver son ancien maître. Finissons-en ; rentrons, et faisons notre devoir. » En vain le colonel Harvey et quelques autres appuyèrent le vœu de Downs ; la discussion fut promptement étouffée ; au bout d’une demi-heure la Cour rentra en séance, et Bradshaw déclara au Roi qu’elle repoussait sa proposition.

Charles parut vaincu, et n’insista plus que faiblement : « Si vous n’avez rien à ajouter, lui dit Bradshaw, on procédera à la sentence. — Je n’ajouterai rien, monsieur, répondit le Roi ; je désirerais seulement qu’on enregistrât ce que j’ai dit. » Bradshaw, sans répondre, lui annonça qu’il allait entendre son jugement ; mais avant d’en ordonner la lecture, il adressa au Roi un long discours, solennelle apologie de la conduite du Parlement, où tous les torts du Roi furent rappelés et tous les maux de la guerre civile rejetés sur lui seul, puisque sa tyrannie avait fait de la résistance un devoir aussi bien qu’une nécessité. Le langage de l’orateur était dur, amer, mais grave, pieux, exempt d’insulte, et sa conviction évidemment profonde, quoique mêlée de quelque émotion vindicative. Le Roi l’écouta sans l’interrompre, et avec une égale gravité. A mesure cependant que le discours avançait vers sa fin, un trouble visible s’emparait de lui. Au moment où Bradshaw se tut, il essaya de prendre la parole ; Bradshaw s’y opposa, et donna ordre au greffier de lire la sentence. La lecture achevée : « C’est ici, dit-il, l’acte, l’avis, le jugement unanime de la Cour ; » et la Cour se leva tout entière en signe d’assentiment. « Monsieur, dit brusquement le Roi, voulez-vous écouter une parole ?

Bradshaw. Monsieur, vous ne pouvez être entendu après la sentence.

Le Roi. Non, monsieur ?

Bradshaw. Non, monsieur, avec votre permission, monsieur. Gardes, emmenez le prisonnier.

Le Roi. Je puis parler après la sentence.... avec votre permission, monsieur, j’ai toujours le droit de parler après la sentence.... avec votre permission.... Attendez... attendez.... la sentence, monsieur... je dis, monsieur, que.... On ne me permet pas de parler ; pensez quelle justice peuvent attendre les autres ! »

A ce moment des soldats l’entourèrent, et l’enlevant de la barre, l’emmenèrent avec violence jusqu’au lieu où était sa chaise. Il eut à subir, en descendant l’escalier, les plus grossières insultes ; les uns jetaient sur ses pas leur pipe allumée ; les autres lui soufflaient la fumée de leur tabac au visage ; tous criaient à ses oreilles : « Justice ! exécution ! » A ces cris cependant le peuple mêlait encore quelquefois les siens : « Dieu sauve Votre Majesté ! Dieu délivre Votre Majesté des mains de ses ennemis ! » et tant qu’il ne fut pas renfermé dans sa chaise, les porteurs demeurèrent tête nue malgré les ordres d’Axtell, qui s’emporta jusqu’à les frapper. On se mit en marche pour Whitehall ; des troupes bordaient les deux côtés de la route ; devant les boutiques, les portes, aux fenêtres se tenait une foule immense, la plupart silencieux, d’autres pleurant, quelques-uns priant tout haut pour le Roi. De moment en moment les soldats, pour célébrer leur triomphe, renouvelaient leurs cris : « Justice ! exécution ! exécution ! » Mais Charles avait recouvré sa sérénité accoutumée ; et trop hautain pour croire à la sincérité de leur haine : « Pauvres gens ! dit-il en sortant de sa chaise, pour un schelling ils en crieraient autant contre leurs officiers. »

A peine rentré à Whitehall : « Herbert, dit-il, écoutez : mon neveu le prince électeur, et quelques lords qui me sont attachés feront tous leurs efforts pour me voir, je leur en sais gré ; mais mon temps est court et précieux ; je souhaite l’employer au soin de mon âme ; j’espère donc qu’ils ne se formaliseront pas que je ne veuille recevoir que mes enfants. Le plus grand service que puissent me rendre aujourd’hui ceux qui m’aiment, c’est de prier pour moi. » II fit en effet demander ses jeunes enfants, la princesse Elisabeth et le duc de Glocester, restés sous la garde des Chambres, et l’évêque de Londres, Juxon, dont il avait déjà, par l’entremise de Hugh Peters, obtenu les secours religieux. L’une et l’autre demandes lui furent accordées. Le lendemain 28, l’évêque se rendit à Saint-James, où le Roi venait d’être transféré ; il se livrait, en l’abordant, à l’explosion de sa douleur : « Laissons cela, » milord, lui dit Charles ; nous n’avons pas le temps de nous en occuper ; pensons à notre grande affaire : il faut me préparer à paraître devant Dieu, à qui sous peu j’aurai à rendre compte de moi-même. J’espère m’en acquitter avec calme, et que vous voudrez bien m’assister. Ne parlons pas de ces misérables entre les mains desquels je suis ; ils ont soif de mon sang, ils l’auront ; et que la volonté de Dieu soit faite ! je lui rends grâces ; je leur pardonne à tous sincèrement ; mais n’en parlons plus. » II passa le reste de la journée en conférence pieuse avec l’évêque. On avait eu grand’peine à obtenir qu’il fût laissé seul dans sa chambre, où le colonel Hacker avait établi d’abord deux soldats ; et pendant la visite de Juxon, la sentinelle de garde à la porte l’ouvrait de moment en moment pour s’assurer que le Roi était là. Comme il l’avait présumé, son neveu le prince électeur, le duc de Richmond, le marquis de Hertford, les comtes de Southampton, de Lindsey et quelques autres de ses plus anciens serviteurs se présentèrent pour le voir, mais il ne les reçut point. M. Seymour, gentilhomme au service du prince de Galles, arriva ce jour même de La Haye, porteur d’une lettre du prince ; le Roi donna ordre qu’on le fit entrer, lut la lettre, la jeta au feu, chargea le messager de sa réponse, et le congédia sur-le-champ. Le lendemain 29, presque au point du jour, l’évêque revint à Saint-James. Les prières du matin terminées, le Roi se fit apporter un coffret contenant des croix de Saint-George et de la Jarretière brisées : « Vous voyez là, dit-il à Juxon et à Herbert, les seules richesses qu’il soit maintenant en mon pouvoir de laisser à mes enfants. » On les lui amena. A la vue de son père, la princesse Elisabeth, âgée de douze ans, fondit en larmes ; le duc de Glocester, qui n’en avait que huit, pleurait en regardant sa sœur. Charles les prit sur ses genoux, leur partagea ses joyaux, consola sa fille, lui donna des conseils sur les lectures qu’elle devait faire pour s’affermir contre le papisme, la chargea de dire à ses frères qu’il avait pardonné à ses ennemis ; à sa mère, que jamais ses pensées ne s’étaient éloignées d’elle, et que jusqu’au dernier moment il l’aimerait comme au premier jour ; puis se tournant vers le petit duc : « Mon cher cœur, lui dit-il, ils vont couper la tête à ton père. » L’enfant le regardait fixement et d’un air très sérieux. « Fais attention, mon enfant, à ce que je te dis ; ils vont me couper la tête, et peut-être te faire roi ; mais fais bien attention à ce que je te dis ; tu ne dois pas être roi tant que tes frères Charles et Jacques seront en vie, car ils couperont la tête à tes frères s’ils peuvent les attraper, et ils finiront par te couper aussi la tête ; je t’ordonne donc de ne jamais te laisser faire roi par eux. — Je me laisserais plutôt hacher en morceaux, repartit l’enfant tout ému. Le Roi l’embrassa avec transport, le posa à terre, embrassa sa fille, les bénit tous deux, pria Dieu de les bénir ; puis se levant tout-à-coup : « Faites-les emmener, » dit-il à Juxon. Les enfants sanglottaient ; le Roi debout, le front appuyé contre la fenêtre, étouffait ses pleurs ; la porte s’ouvrit, les enfants allaient sortir : Charles quitta précipitamment la fenêtre, les reprit dans ses bras, les bénit de nouveau, et, s’arrachant enfin à leurs caresses, tomba à genoux et se remit à prier avec l’évêque et Herbert, seuls témoins de ces déplorables adieux.

Le matin même la Haute-Cour s’était réunie, et avait fixé au lendemain mardi 30 janvier, entre dix et cinq heures, le moment de l’exécution. Quand il fallut signer l’ordre fatal, on eut grand peine à rassembler les commissaires ; en vain deux ou trois des plus passionnés se tenaient à la porte de la salle, arrêtant ceux de leurs collègues qui passaient auprès pour se rendre à la Chambre des communes, et les sommant de venir apposer leur nom ; plusieurs de ceux même qui avaient voté la condamnation prirent soin de se cacher, ou refusèrent expressément. Cromwell, presque seul gai, bruyant, hardi, se livrait aux plus grossiers accès de sa bouffonnerie accoutumée ; après avoir signé le troisième, il barbouilla d’encre le visage de Henri Martyn, assis près de lui, et qui le lui rendit à l’instant. Le colonel Ingoldsby, son cousin, inscrit au nombre des juges, mais qui n’avait point siégé à la Cour, entra par hasard dans la salle : « Pour cette fois, s’écria Cromwell, il ne nous échappera pas ; et s’emparant d’Ingoldsby avec de grands éclats de rire, aidé de quelques membres qui se trouvaient là, il lui mit la plume entre les doigts et, lui conduisant la main, le contraignit de signer. On recueillit enfin cinquante-neuf signatures, plusieurs noms tellement griffonnés, soit par trouble, soit à dessein, qu’il était presque impossible de les distinguer. L’ordre fut adressé au colonel Hacker, au colonel Huncks, et au lieutenant colonel Phayre, chargés de pourvoir à son exécution. Jusque là les ambassadeurs extraordinaires des Etats-Généraux, Albert Joachim et Adrien de Pauw, arrivés à Londres depuis cinq jours, avaient vainement sollicité une audience des Chambres ; ni leur demande officielle, ni leurs visites à Fairfax, Cromwell et quelques autres officiers n’avaient pu la leur faire obtenir. On les avertit tout- à-coup, vers une heure, qu’ils seraient reçus à deux heures par les lords, à trois, par les Communes. Ils se présentèrent en toute hâte, et s’acquittèrent de leur message ; on leur promit une réponse, et en retournant à leur logement ils virent commencer devant White-Hall les apprêts de l’exécution. Ils avaient reçu la visite des ministres de France et d’Espagne, mais ni l’un ni l’autre n’avait voulu se joindre à leurs démarches ; le premier se contenta de protester que depuis longtemps il avait prévu ce déplorable coup, et tout fait pour le détourner ; le second n’avait encore, dit-il, reçu de sa cour aucun ordre d’intervenir, quoiqu’il l’attendît de moment en moment. Le lendemain 30, vers midi, une seconde entrevue avec Fairfax, dans la maison même de son secrétaire, avait donné aux deux Hollandais quelque lueur d’espérance ; il s’était ému à leurs représentations, et, paraissant se décider enfin à sortir de son inertie, avait promis de se rendre sur-le-champ à Westminster pour solliciter au moins un sursis. Mais en le quittant, devant la maison même où ils venaient de l’entretenir, les deux ambassadeurs rencontrèrent un corps de cavalerie qui faisait évacuer la place ; toutes les avenues de White-Hall, toutes les rues adjacentes en étaient également encombrées ; de tous côtés ils entendaient dire que tout était prêt, que le Roi ne se ferait pas attendre longtemps.

De grand matin en effet, dans une chambre de White-Hall, à côté du lit où Ireton et Harrison étaient encore couchés ensemble, Cromwell, Hacker, Huncks, Axtell et Phayre s’étaient réunis pour dresser et expédier le dernier acte de cette redoutable procédure, l’ordre qui devait être adressé à l’exécuteur : « Colonel, dit Cromwell à Huncks, c’est à vous de l’écrire et de le signer. » Huncks s’y refusa obstinément : « Quel entêté grognon ! dit Cromwell. — En vérité, colonel Huncks, lui dit Axtell, vous me faites honte ; voilà le vaisseau qui entre dans le port, et vous voulez plier les voiles avant de mettre à l’ancre ! » Huncks persista dans son refus ; Cromwell s’assit en grommelant, écrivit lui- même l’ordre, et le présenta au colonel Hacker qui le signa sans objection.

Presque au même moment, après quatre heures d’un sommeil profond, Charles sortait de son lit : « J’ai une grande affaire à terminer aujourd’hui, dit-il à Herbert, il faut que je me lève promptement » et il se mit à sa toilette. Herbert troublé le peignait avec moins de soin : « Prenez, je vous prie, lui dit le Roi, la même peine qu’à l’ordinaire, quoique ma tête ne doive pas rester longtemps sur mes épaules ; je veux être paré aujourd’hui comme un marié. » En s’habillant, il demanda une chemise de plus : « La saison est si froide, dit-il, que je pourrais trembler ; quelques personnes l’attribueraient peut-être à la peur : je ne veux pas qu’une telle supposition soit possible. » Le jour à peine levé, l’évêque arriva et commença les exercices religieux ; comme il lisait dans le vingt- septième chapitre de l’évangile selon saint Matthieu le récit de la Passion de Jésus-Christ : « Milord, lui demanda le Roi, avez-vous choisi ce chapitre comme le plus applicable à ma situation ? — Je prie Votre Majesté de remarquer, répondit l’évêque, que c’est l’évangile du jour, comme le prouve le calendrier. » Le Roi parut profondément touché, et continua ses prières avec un redoublement de ferveur. Vers dix heures, on frappa doucement à la porte de la chambre. Herbert demeurait immobile ; un second coup se fit entendre, un peu plus fort quoique léger encore : « Allez voir qui est là, » dit le Roi. C’était le colonel Hacker : « Faites-le entrer, » dit-il. — Sire, dit le colonel à voix basse et à demi tremblant, voici le moment d’aller à White-Hall, Votre Majesté aura encore plus d’une heure pour s’y reposer. — Je pars dans l’instant, répondit Charles, laissez-moi. » Hacker sortit ; le Roi se recueillit encore quelques minutes, puis prenant l’évêque par la main : « Venez, dit-il, partons ; Herbert, ouvrez la porte, Hacker m’avertit pour la seconde fois ; » et il descendit dans le parc qu’il devait traverser pour se rendre à White-Hall.

Plusieurs compagnies d’infanterie l’y attendaient, formant une double haie sur son passage ; un détachement de hallebardiers marchait en avant, enseignes déployées ; les tambours battaient ; le bruit couvrait toutes les voix. A la droite du Roi était l’évêque ; à sa gauche, tête nue, le colonel Tomlinson, commandant de la garde, et à qui Charles, touché de ses égards, avait demandé de ne le point quitter jusqu’au dernier moment. Il s’entretint avec lui pendant la route, lui parla de son enterrement, des personnes à qui il désirait que le soin en fût confié, l’air serein, le regard brillant, le pas ferme, marchant même plus vite que la troupe, et s’étonnant de sa lenteur. Un des officiers de service, se flattant sans doute de le troubler, lui demanda s’il n’avait pas concouru, avec le feu duc de Buckingham, à la mort du roi son père. « Mon ami, » lui répondit Charles avec mépris et douceur, si je n’avais d’autre péché que celui-là, j’en prends Dieu à témoin, je t’assure que je n’aurais pas besoin de lui demander pardon. » Arrivé à White- Hall, il monta légèrement l’escalier, traversa la grande galerie, et gagna sa chambre à coucher, où on le laissa seul avec l’évêque, qui s’apprêtait à lui donner la communion. Quelques ministres indépendans, Nye et Goodwin, entre autres, vinrent frapper à la porte, disant qu’ils voulaient offrir au Roi leurs services. « Le Roi est en prières, » leur répondit Juxon. Ils insistèrent. « Hé bien ! » dit Charles à l’évêque, remerciez-les en mon nom de leur offre ; mais dites-leur franchement qu’après avoir si souvent prié contre moi, et sans aucun sujet, ils ne prieront jamais avec moi pendant mon agonie. Ils peuvent, s’ils veulent, prier pour moi ; j’en serai reconnaissant. Ils se retirèrent ; le Roi s’agenouilla, reçut la communion des mains de l’évêque, et se relevant avec vivacité : « Maintenant, dit-il, que ces drôles-là viennent ; je leur ai pardonné du fond du cœur ; je suis prêt à tout ce qui va m’arriver. » On avait préparé son dîner ; il n’en voulait rien prendre. « Sire, lui dit Juxon, Votre Majesté est à jeun depuis longtemps ; il fait froid ; peut-être sur l’échafaud quelque faiblesse...—Vous avez raison, dit le Roi, et il mangea un morceau de pain et but un verre de vin. Il était une heure : Hacker frappa à la porte ; Juxon et Herbert tombèrent à genoux : « Relevez-vous, mon vieil ami, dit le Roi à l’évêque en lui tendant la main. Hacker frappa de nouveau ; Charles fit ouvrir la porte. « Marchez, dit-il au colonel, je vous suis. » II s’avança le long de la salle des banquets, toujours entre deux haies de troupes ; une foule d’hommes et de femmes s’y étaient précipités au péril de leur vie, immobiles derrière la garde, et priant pour le Roi à mesure qu’il passait : les soldats, silencieux eux-mêmes, ne les rudoyaient point. A l’extrémité de la salle une ouverture, pratiquée la veille dans le mur, conduisait de plain- pied à l’échafaud tendu de noir, deux hommes debout auprès de la hache, tous deux en habits de matelot et masqués. Le Roi arriva, la tète haute, promenant de tous côtés ses regards et cherchant le peuple pour lui parler : mais les troupes couvraient seules la place ; nul ne pouvait approcher : il se tourna vers Juxon et Tomlinson. « Je ne puis guère être entendu que de vous, leur dit-il ; » ce sera donc à vous que j’adresserai quelques paroles ; et il leur adressa en effet un petit discours qu’il avait préparé, grave et calme jusqu’à la froideur, uniquement appliqué à soutenir qu’il avait eu raison ; que le mépris des droits du souverain était la vraie cause des malheurs du peuple ; que le peuple ne devait avoir aucune part dans le gouvernement ; qu’à cette seule condition le royaume retrouverait la paix et ses libertés. Pendant qu’il parlait, quelqu’un toucha à la hache ; il se retourna précipitamment, disant : « Ne gâtez pas la hache ; elle me ferait plus de mal ; et son discours terminé, quelqu’un s’en approchant encore : « Prenez garde à la hache, prenez garde à la hache, répéta-t-il d’un ton d’effroi. Le plus profond silence régnait : il mit sur sa tête un bonnet de soie, et s’adressant à l’exécuteur : « Mes cheveux vous gênent-ils ? » — Je prie Votre Majesté de les ranger sous son bonnet, répondit l’homme en s’inclinant. Le Roi les rangea avec l’aide de l’évèque : « J’ai pour moi, lui dit-il en prenant ce soin, une bonne cause et un Dieu clément. — Juxon. Oui, Sire, il n’y a plus qu’un pas à franchir ; il est plein de trouble et d’angoisse, mais de peu de durée ; et songez qu’il vous fait faire un grand trajet ; il vous transporte de la terre au ciel. — Le Roi. Je passe d’une couronne corruptible à une couronne incorruptible, où je n’aurai à craindre aucun trouble, aucune espèce de trouble ; et se tournant vers l’exécuteur : « Mes cheveux sont-ils bien ? » IL ôta son manteau et son saint-george, donna le saint-george à l’évêque en lui disant : « Souvenez-vous ; » il ôta son habit, remit son manteau, et regardant le billot : « Placez-le de manière à ce qu’il soit bien ferme, dit-il à l’exécuteur. — II est ferme, Sire. — Le Roi. Je ferai une courte prière, et quand j’étendrai les mains, alors.... » Il se recueillit, se dit à lui-même quelques mots à voix basse, leva les yeux, au ciel, s’agenouilla, posa sa tête sur le billot : l’exécuteur toucha ses cheveux pour les ranger encore sous son bonnet : le Roi crut qu’il allait frapper : « Attendez le signe, lui dit-il. — » Je l’attendrai, Sire, avec le bon plaisir de Votre Majesté. » Au bout d’un instant le Roi étendit les mains ; l’exécuteur frappa ; la tête tomba au premier coup. « Voilà la tête d’un traître, dit-il en la montrant au peuple. Un long et sourd gémissement s’éleva autour de White-Hall ; beaucoup de gens se précipitèrent au pied de l’échafaud pour tremper leur mouchoir dans le sang du Roi. Deux corps de cavalerie, s’avançant dans deux directions différentes, dispersèrent lentement la foule. L’échafaud demeuré solitaire, on enleva le corps : il était déjà enfermé dans le cercueil ; Cromwell voulut le voir, le considéra attentivement, et, soulevant de ses mains la tête, comme pour s’assurer qu’elle était bien séparée du tronc : « C’était là un corps bien constitué, dit-il, et qui promettait une longue vie. »

Le cercueil demeura exposé sept jours à White-Hall ; un concours immense se pressait à la porte ; mais peu de gens obtenaient la permission d’entrer.

Le 6 février, par ordre des Communes, il fut remis à Herbert et Mildmay, avec autorisation de le faire ensevelir au château de Windsor, dans la chapelle de Saint-George, où était déposé celui de Henri VIII. La translation se fit sans pompe, mais avec décence ; six chevaux drapés de noir traînaient le cercueil ; quatre voitures suivaient, dont deux également drapées, portant les derniers serviteurs du Roi, ceux qui l’avaient accompagné à l’île de Wight. Le lendemain 8, de l’aveu des Commnnes, le duc de Richmond, le marquis de Hertford, les comtes de Southampont et de Lindsey, et l’évêque Juxon arrivèrent à Windsor pour assister aux funérailles ; ils firent graver sur le cercueil ces mots seulement :

CHARLES, ROI.

1648.

Lorsqu’on transporta le corps de l’intérieur du château à la chapelle, le temps jusque là pur et serein changea tout-à-coup ; la neige tomba en abondance ; le drap mortuaire, de velours noir, en fut entièrement couvert, et les serviteurs du Roi se plurent à voir, dans la subite blancheur du cercueil de leur malheureux maître, un symbole de son innocence. Le cortège arrivé à la place choisie pour la sépulture, l’évêques Juxon se disposait à officier selon les rites de l’église anglicane ;

mais le gouverneur du château Whitchcott s’y opposa. « La liturgie décrétée par les deux Chambres, dit-il, est obligatoire pour le roi comme pour tous. » On se soumit ; aucune cérémonie religieuse n’eut lieu ; le cercueil descendu dans le caveau, tous sortirent de la chapelle ; le gouverneur en ferma la porte.

La Chambre des Communes se fit représenter le compte des frais de ces obsèques, et alloua cinq cents livres sterling pour les acquitter. Le jour même de la mort du Roi, avant qu’aucun courrier fût parti de Londres, elle avait fait publier une ordonnance qui déclarait traître quiconque proclamerait à sa place et comme son successeur, « Charles Stuart, son fils, communément appelé le prince de Galles, ou toute autre personne, à quelque titre que ce soit. »

Le 6 février, après un long débat, et malgré une opposition de vingt-neuf voix contre quarante-quatre, elle abolit formellement la Chambre des lords.

Le lendemain 7, enfin, un acte fut adopté en ces termes : « Il a été prouvé par l’expérience, et cette Chambre déclare que l’office de roi est, dans ce pays, inutile, onéreux et dangereux pour la liberté, la sûreté et le bien du peuple ; en conséquence, il est dès ce jour aboli ; et un grand sceau fut gravé, portant sur une face la carte d’Angleterre et d’Irlande, avec les armes des deux pays ; et sur le revers une image de la Chambre des communes en séance, avec cet exergue proposé par Henri Martyn : « L’an premier de la liberté, restaurée par la bénédiction de Dieu, 1648. » — Guizot.

Print
Repost
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article