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Bienvenue sur mon site Une innovation pour mes anciens lecteurs, désormais je traite de divers sujet, en premier La religion judéo chrétienne signé" Monique Emounah", pour ceux qui ne peuvent se déplacer à l'églises quelques soit la raison, et le lieu de leurs résidences ils peuvent suivre les offices du jour, la politique (LR) et les infos, la poésie et les arts en général. Mes écrits, signé (Alumacom) également mes promos de mes dernières parutions et quelquefois un rappel pour mes anciens écrits. Merci de votre attention,

ça s'est passé un... 20 mars

ça s'est passé un...

20 mars

20 mars 1602 : Les Hollandais fondent la VOC

Le 20 mars 1602, cinq compagnies de commerce hollandaises nées dans les années précédentes en vue de commercer avec les Indes orientales se regroupent pour donner naissance à la célèbre Verenigde Oost Indische Compagnie (VOC, pour Compagnie des Indes Orientales).

Celle-ci va assurer aux Provinces-Unis la domination mondiale sur le fructueux commerce des épices pendant un demi-siècle.

Défi de David à Goliath

Quelques années plus tôt, en 1579, les Provinces -Unies ont gagné leur indépendance au terme d'une éprouvante guerre contre Philippe II de Habsbourg, roi d'Espagne, leur souverain.

Huygen van Linschotten  (1563, Haarlem ; 8 février 1611, Enkhuizen) Les Hollandais ne veulent plus passer par Lisbonne et Séville pour acquérir les marchandises d'outre-mer qu'ils redistribuent avec profit en Europe. Justement, à Amsterdam, le principal port du pays, un jeune homme du nom de Huygen van Linschotten raconte ses voyages dans les établissements potugais de l'océan Indien.

Cela donne des idées à des marchands qui fondent en 1594 la Compagnie Van Verre ou « Compagnie des pays lointains » en vue d'aller chercher directement en Asie les précieuses épices.

L'année suivante, une première expédition de quatre vaisseaux quitte Amsterdam pour l'Insulinde sous le commandement de Cornélis van Houtman. Elle arrive le 22 juin 1596 à Banten (ou Bantam), à l'ouest de Java, où un traité est conclu avec le prince local pour la fondation d'un comptoir de commerce.

Poursuivant leur voyage, les Hollandais se livrent à des violences contre les populations locales et trouvent seulement à acheter un peu de poivre. La cargaison couvre à peine les frais engagés. Lors d'un nouveau voyage, deux ans plus tard, Cornélis van Houtman est tué par des indigènes à Aceh (Sumatra).

Les Hollandais ne se découragent pas pour si peu. L'amiral Jacob van Neck prend la relève. Plus diplomate que son prédécesseur, il trouve à acheter de grandes quantités d'épices et rentre triomphalement le 19 juillet 1599 à Amsterdam avec 125 tonnes de clous de girofle et 300 tonnes de poivre.

L'union fait la force

Désireux de se lancer à leur tour dans la course, des armateurs français constituent en 1600 la « Compagnie de Saint-Malo » et arment le Corbin, un bateau commandé par le capitaine François Pyrard. Mais sur le retour des Moluques, il fera naufrage avec sa précieuse cargaisons...

Plus chanceux et déterminés, les Hollandais créent de nouvelles compagnies et multiplient les expéditions qui reviennent les cales pleines de clous de girofle, de poivre, de camphre et de noix de muscade. Très vite cependant, ils pâtissent de la concurrence entre les compagnies et les villes ainsi que de leurs expéditions en ordre dispersé. Les cours des épices chutent et provoquent la ruine d'actionnaires imprudents.

Les marchands comprennent la nécessité de regrouper leurs moyens. C'est ainsi que cinq compagnies de commerce se regroupent en une seule, la Verenigde Oost Indische Compagnie. Les marchands d'Amsterdam et des autres villes des Provinces-Unies investissent 6 600 000 florins dans ce projet. C'est treize fois plus que leurs rivaux de Londres qui ont fondé deux ans plus tôt la Société des marchands de Londres, au capital de 80 000 livres.

 

Conquêtes coloniales
La VOC donne un coup d'accélérateur aux entreprises hollandaises. Elle reçoit du prince d'Orange et des états généraux qui gouvernent le pays le privilège exclusif du commerce aux Indes, ainsi que le droit d'y bâtir des forts et d'y lever des troupes.

Elle est dirigée par un conseil de 17 directeurs, les Heren XVII ou « Messieurs », des hauts fonctionnaires, des banquiers et des négociants. Huit sièges sont réservés à Amsterdam, quatre à la province de Zélande, un à Rotterdam, un à Delft, un à Hoorn, un à Enkhuizen et un dernier attribué à tour de rôle aux villes minoritaires.

Dès 1605, ses hommes prennent possession de l'archipel des Moluques. Ils matent une rébellion indigène et chassent les Portugais de l'archipel. Ils découragent la venue d'autres rivaux européens en arraisonnant leurs navires... et en diffusant de fausses rumeurs et de fausses cartes sur les îles. Ils veillent aussi à prévenir les crises de surproduction en arrachant au besoin des plantations d'arbres à épices.

À Java, où le prince de Banten prélève des taxes excessives sur les exportations, la VOC décide d'établir sur l'île un comptoir bien à elle. L'un de ses agents, Jan Pieterszoon Coen, débarque à Djakarta, un village à l'est de Banten, et, avec une armée privée, il s'empare de la principauté au prix d'extrêmes violences en 1619.

Bouteille en porcelaine du Japon, au sigle de la VOC (musée de la Compagnie des Indes orientales, Port-Louis, Lorient)Les Hollandais rebaptisent le village Batavia, d'après le nom latin des Pays-Bas (Djakarta reprendra son nom d'origine lors de l'indépendance de l'Indonésie, en 1948). Lentement et au prix d'immenses difficultés, ils vont ensuite soumettre les princes locaux, pour la plupart musulmans, qui gouvernent l'archipel de l'Insulinde.

Poursuivant leur avance, les Hollandais pénètrent le 3 avril 1638 dans la baie de Trincomale, à Ceylan (aujourd'hui Sri Lanka), et s'emparent de l'île. En 1641, ils s'emparent aussi avec brutalité de Malacca, sur la péninsule de Malaisie. Ils chassent les Portugais de la plupart de leurs établissements de l'océan Indien.

Ils occupent en Extrême-Orient l'île de Formose (aujourd'hui Taïwan) et commencent à commercer avec le Japon... Selon les archives précises de la Compagnie citées par le musée de Lorient, celle-ci va acheter entre 1650 et 1757 un total de 1 233 418 céramiques japonaises comme ce vase ci-contre au sigle de la VOC !

Sur la route des Indes, les Hollandais fondent la colonie du Cap à la pointe de l'Afrique ; elle n'a d'autre objectif que d'alimenter les équipages en produits frais.

 

Origines de la Bourse
 

La Bourse des valeurs, fondement du capitalisme moderne, est le lieu où les détenteurs de capitaux (épargnants et investisseurs, aussi appelés capitalistes) échangent et négocient les parts ou actions qu'ils détiennent dans les entreprises.

C'est à Bruges, en Flandre, au Moyen Âge, que des marchands ont pris pour la première fois l'habitude de se réunir pour échanger leurs effets commerciaux. Leur lieu de rencontre, la maison des van der Bursen, est à l'origine du mot Bourse !

La première Bourse officielle est fondée à Anvers, rivale de Bruges, en 1487. Anvers sera à son tour éclipsée par Amsterdam au XVIIe siècle, avant que la City de Londres ne prenne le relais au XVIIIe siècle et Wall Street, à New York, au XXe.

Monopole des épices
La VOC profite de son  avance pour s'attribuer le monopole du clou de girofle et de la noix de muscade. Elle en limite la culture à deux îles de l'archipel indonésien des Moluques. Dans ces deux îles, au prix d'une extrême violence, les marchands hollandais contraignent les paysans à s'y consacrer. Ils témoignent de la même férocité à l'égard des rivaux européens qui se mettent sur leur route.

Pour maintenir les cours au plus haut et éviter de saturer les marchés européens, ils n'hésitent pas aussi à détruire des récoltes entières.

Les Hollandais ne se limitent pas au commerce des épices. Ils importent aussi d'Orient de l'indigo, du benjoin, des étoffes, des porcelaines de Chine, des pierres précieuses précieuses et des diamants.

Amsterdam et sa Bourse des valeurs deviennent la plaque tournante de ce fructueux commerce.

Assiette en porcelaine chinoise avec le signe de la VOC (XVIIIe siècle)La prospérité insolente des bourgeois calvinistes des Provinces-Unies va attirer la convoitise du roi de France Louis XIV, qui n'arrivera pas mieux que ses prédécesseurs à soumettre le plat pays.

L'empire colonial de la VOC commencera cependant à décliner au XVIIIe siècle, du fait de la concurrence du Brésil dans la canne à sucre. Du fait aussi du commerce clandestin.

Malgré tous leurs efforts, les Hollandais ne peuvent empêcher la dissémination de la culture du poivre et d'autres épices, à Zanzibar ou encore dans les Mascareignes (Maurice et la Réunion) à l'initiative de l'habile négociant français Pierre Poivre.

Les dirigeants de la VOC se laissent aussi gagner par la cupidité. Leur incompétence et leur corruption mène la compagnie à la faillite.

La VOC sera dissoute pendant l'occupation des Provinces-Unies par les troupes françaises, le 1er janvier 1800 et son empire colonial sera récupéré par l'État hollandais, nationalisé en quelque sorte.

Bibliographie
Je recommande la lecture d'un bel album illustré des éditions suisses Silva : La route des épices, par Jean-Christian Spahni et Maximilien Bruggmann (1991). De cet album sont extraites les illustrations de cette page.

 

20 mars 1800 : Volta expose le fonctionnement d'une pile électrique
Dans une lettre adressée le 20 mars 1800 à la Société Royale des Sciences (Londres), Alexandre Volta expose le fonctionnement d'une pile électrique. Sa découverte, aussi appelée « pile voltaïque », inaugure la révolution de l'électricité, après celle de la vapeur.

Professeur de physique à Côme, en Lombardie, le savant italien va très vite attirer l'attention de Napoléon Bonaparte. Le Premier Consul, qui a créé la République cisalpine dans le fil de sa campagne d'Italie, est en effet passionné par les sciences et les mathématiques. Saisi d'admiration pour le savant, il le décore et, plus tard, l'élève à la dignité de comte d'Empire puis de sénateur.

 

20 mars 1811 : Naissance de l'Aiglon
Le 20 mars 1811 naît François Charles Joseph Bonaparte. Son père n'est autre que l'empereur Napoléon 1er et sa mère Marie-Louise d'Autriche...

On imagine l'ambiance tendue qui règne aux Tuileries ce 20 mars 1811. D'autant que le bébé se présente par les pieds, et non la tête.

La consternation est totale, au point que le docteur Dubois demande à Napoléon Ier qui faut-il sauver en cas de danger, la mère ou l'enfant ? « Allons donc, répond l'Empereur pâle comme la mort, ne perdez pas la tête : sauvez la mère, ne pensez qu'à la mère ».

Après 26 minutes de travail, « avec les ferrements », l'enfant vient au monde à 9h15 du matin. Mais on le croit mort : il reste près de sept minutes « sans donner aucun signe de vie ».

Dubois, assisté de Corvisart, s'active de son mieux : friction, serviettes chaude, quelques gouttes d'eau de vie dans la bouche... Les méthodes se révèlent efficaces.

« Eh bien Constant ! lance l'Empereur à son fidèle valet de chambre. Nous avons un gros garçon ! Mais il s'est fait joliment tirer l'oreille, par exemple... »

Un berceau très politique
Évènement politique et « people » sans précédent, la naissance du premier fils légitime de Napoléon Ier intervient au moment où son Empire domine l'Occident et le monde moderne. Avec cet enfant de sang impérial par sa mère, Bonaparte caresse l'espoir d'entrer dans le cercle des vieilles dynasties. Il mise pour cela sur une propagande soignée.

Ce jour-là, la stratégie politique de l'Empereur se consolide de façon stupéfiante :

d'abord, il a un fils, un héritier mâle, et peut donc fonder sa dynastie dans les pas de Clovis, en imprimant son propre sang dans l'Histoire de France.

Ensuite, il fortifie son alliance avec l'Autriche et son cousinage avec les familles régnantes européennes, déjà amorcée à travers son mariage avec Marie-Louise, supprimant à ses yeux un ennemi potentiel : jamais, espère-t-il, l'empereur d'Autriche François 1er ne pourra attaquer le futur royaume de son propre petit-fils...

Le rapprochement avec l'Autriche devient la clé de sa politique étrangère : face à l'Angleterre, ennemi farouche de Bonaparte, la Prusse est affaiblie et la Russie reste pour l'instant soumise (pour affermir son alliance, Napoléon Ier avait un temps envisagé la possibilité d'épouser une princesse russe, Anne, la propre sœur du Tsar Alexandre 1er). Enfin, l'arrivée de cet enfant issu d'un sang autrichien redore l'image d'un empire dont les fondations trempent dans la Révolution Française... et le sang de Marie-Antoinette, une autre souveraine d'origine autrichienne.

« L'alliance de Votre majesté avec une fille de la Maison d'Autriche sera un acte expiatoire de la part de la France », souligne l'habile Talleyrand. En effet, l'enfant est l'arrière petit-neveu de Marie-Antoinette et de Louis XVI, puisque l'ancienne reine de France était la soeur de Marie-Caroline de Naples et de Joseph II d'Autriche, grands-parents de Marie-Louise. Aux yeux de Napoléon, cet enfant, tel Janus, représente à la fois la nouveauté et la continuité, l'avenir de l'Europe, la chance de la France pour s'imposer et se faire accepter sur le continent des rois. Et donc déboucher enfin sur une paix définitive.

Le fils de l'« Empereur des rois »
Après l'émotion, la politique reprend ses droits : il faut que l'héritier naisse dans la pourpre, qu'il soit d'emblée honoré comme le fils de l'Empereur des rois. Et la propagande napoléonienne va fonctionner à plein régime.

Le nouveau-né est déposé dans son berceau d'apparat, offert deux semaines plus tôt par la ville de Paris, composé d'une nacelle décorée de balustres en nacre sur fond de velours parsemé d'abeilles dorées. D'une facture d'un luxe inouï, il est surmonté d'une double couronne d'étoiles et de lauriers d'où tombent des rideaux : c'est la gloire du père qui veille sur le fils.

Le prince archichancelier Cambacérès dicte l'acte de naissance que signent les deux témoins, le vice-roi d'Italie Eugène de Beauharnais et le grand-duc de Wurzbourg, oncle de Marie-Louise.

Les prénoms donnés au nouveau-né sont lourds de sens : Napoléon, bien sûr, François (comme son grand-père maternel, Empereur d'Autriche), Charles (son grand-père paternel), et Joseph, prénom de son parrain, roi des Espagne et des Indes.

Dès sa naissance, l'enfant est titré : il est roi de Rome, façon de rappeler à un pape récalcitrant - Pie VII est à l'époque prisonnier de Napoléon - que la ville sainte n'est que le chef-lieu de l'un des 130 départements de l'Empire.

C'est aussi une façon de s'inscrire dans l'Histoire, dans la succession des Césars, des souverains de l'Occident, mais aussi du Saint Empire germanique, puisque la tradition voulait que son successeur désigné porte le titre de « Roi des Romains ». Mais François 1er, beau-père de l'Empereur des Français, ne peut qu'être blessé par ce titre, lui qui a dû renoncer au titre d'Empereur germanique pour celui d'Empereur d'Autriche.

La nouvelle de la naissance est proclamée urbi et orbi : elle fuse immédiatement aux quatre coins du Royaume, auprès des ambassadeurs et des grandes villes, par l'intermédiaire des pages et des courriers. Prévenue, Joséphine se fend d'un mot à son ex-époux : « Mon sacrifice n'aura pas été inutile ». L'empereur se montre prodigue et affiche son bonheur... et sa puissance. L'accoucheur Dubois reçoit 100.000 francs, 50.000 francs sont distribués aux mères nécessiteuses, 100 000 francs pour dégager le Mont de Piété, et 100.000 francs donnés à 2526 pères de familles débiteurs des mois de nourrice.

7200 invités au baptême
Le faste et la symbolique qui accompagne les rites viennent alors souligner l'importance de l'événement. L'ordre est donné de tirer les 101 coups de canons protocolaires pour la naissance d'un fils (21 prévus pour une fille), et dès le 22e coup tiré, le peuple parisien laisse éclater sa joie, « un long cri qui partit comme un mouvement électrique », rapporte la comtesse de Boigne, témoin de la liesse.

La même procédure est exécutée dans les grandes villes et les ports de l'Empire, les flottes doivent être pavoisées. Les cloches du royaume, le bourdon de Notre-Dame en tête, sonnent sans arrêt du matin au soir, les Parisiens illuminent immeubles et maisons.

Et tandis que des feux d'artifices sont tirés un peu partout, l'Empereur préside l'ondoiement de son fils dès 9 heures du soir au Palais. Il s'agit d'un baptême de précaution, pour le cas où le nourrisson viendrait à mourir prématurément. Pour l'occasion, Napoléon veut frapper les esprits en rétablissant la coutume dynastique.

Le cortège traverse les Tuileries jusqu'à la chapelle où le bébé est ondoyé par le Grand Aumônier de l'Empire, le cardinal Fesch, au cours d'une cérémonie somptueuse, en présence de toute la Cour. Répétition générale du baptême officiel qui aura lieu en juin, au cœur même de Notre-Dame, lieu même du sacre plus de six ans auparavant, devant plus de 7200 invités dont toute la famille impériale, la Cour et les grand corps de l'État.

Après avoir embrassé trois fois son fils, Napoléon Ier le prend et l'élève très haut dans le ciel, tandis que le chef des Hérauts crie par trois fois : « Vive le roi de Rome ! ». L'Empereur envisagera même de faire couronner son fils Roi de Rome dans la ville sainte, par le pape lui-même, mais les circonstances ne le permettront pas.

 

 Napoléon II
 I

Mil huit cent onze ! – Ô temps où des peuples sans nombre
Attendaient prosternés sous un nuage sombre
Que le ciel eût dit oui !
Sentaient trembler sous eux les états centenaires,
Et regardaient le Louvre entouré de tonnerres,
Comme un mont Sinaï !
Courbés comme un cheval qui sent venir son maître,
Ils se disaient entre eux : - Quelqu’un de grand va naître !
L’immense empire attend un héritier demain.
Qu’est-ce que le Seigneur va donner à cet homme
Qui, plus grand que César, plus grand même que Rome,
Absorbe dans son sort le sort du genre humain ?
Comme ils parlaient, la nue éclatante et profonde
S’entr’ouvrit, et l’on vit se dresser sur le monde
L’homme prédestiné,
Et les peuples béants ne purent que se taire,
Car ses deux bras levés présentaient à la terre
Un enfant nouveau-né.
Au souffle de l’enfant, dôme des Invalides,
Les drapeaux prisonniers sous tes voûtes splendides
Frémirent, comme au vent frémissent les épis ;
Et son cri, ce doux cri qu’une nourrice apaise,
Fit, nous l’avons tous vu, bondir et hurler d’aise
Les canons monstrueux à ta porte accroupis !
Et lui ! l’orgueil gonflait sa puissante narine ;
Ses deux bras, jusqu’alors croisés sur sa poitrine,
S’étaient enfin ouverts !
Et l’enfant, soutenu dans sa main paternelle,
Inondé des éclairs de sa fauve prunelle,
Rayonnait au travers !
Quand il eut bien fait voir l’héritier de ses trônes
Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes,
Eperdu, l’œil fixé sur quiconque était roi,
Comme un aigle arrivé sur une haute cime,
Il cria tout joyeux avec un air sublime :
- L’avenir ! l’avenir ! l’avenir est à moi !


 II
Non, l’avenir n’est à personne !
Sire, l’avenir est à Dieu !
À chaque fois que l’heure sonne,
Tout ici-bas nous dit adieu.
L’avenir ! l’avenir ! mystère !
Toutes les choses de la terre,
Gloire, fortune militaire,
Couronne éclatante des rois,
Victoire aux ailes embrasées,
Ambitions réalisées,
Ne sont jamais sur nous posées
Que comme l’oiseau sur nos toits !
Non, si puissant qu’on soit, non, qu’on rie ou qu’on pleure,
Nul ne te fait parler, nul ne peut avant l’heure
Ouvrir ta froide main,
Ô fantôme muet, ô notre ombre, ô notre hôte,
Spectre toujours masqué qui nous suis côte à côte,
Et qu’on nomme demain !
Oh ! demain, c’est la grande chose !
De quoi demain sera-t-il fait ?
L’homme aujourd’hui sème la cause,
Demain Dieu fait mûrir l’effet.
Demain, c’est l’éclair dans la voile,
C’est le nuage sur l’étoile,
C’est un traître qui se dévoile,
C’est le bélier qui bat les tours,
C’est l’astre qui change de zone,
C’est Paris qui suit Babylone ;
Demain, c’est le sapin du trône
Aujourd’hui, c’en est le velours !
Demain, c’est le cheval qui s’abat blanc d’écume.
Demain, ô conquérant, c’est Moscou qui s’allume,
La nuit, comme un flambeau.
C’est votre vieille garde au loin jonchant la plaine.
Demain, c’est Waterloo ! demain, c’est Sainte-Hélène !
Demain, c’est le tombeau !
Vous pouvez entrer dans les villes
Au galop de votre coursier,
Dénouer les guerres civiles
Avec le tranchant de l’acier ;
Vous pouvez, ô mon capitaine,
Barrer la Tamise hautaine,
Rendre la victoire incertaine
Amoureuse de vos clairons,
Briser toutes portes fermées,
Dépasser toutes renommées,
Donner pour astre à des armées
L’étoile de vos éperons !
Dieux garde la durée et vous laisse l’espace ;
Vous pouvez sur la terre avoir toute la place,
Etre aussi grand qu’un front peut l’être sous le ciel ;
L’Europe à Charlemagne, à Mahomet l’Asie ;
Mais tu ne prendras pas demain à l’Eternel !


 III
Ô revers ! ô leçon ! – Quand l’enfant de cet homme
Eut reçu pour hochet la couronne de Rome ;
Lorsqu’on l’eut revêtu d’un nom qui retentit ;
Lorsqu’on eut bien montré son front royal qui tremble
Au peuple émerveillé qu’on puisse tout ensemble
Etre si grand et si petit ;
Quand son père eut pour lui gagné bien des batailles ;
Lorsqu’il eut épaissi de vivantes murailles
Autour du nouveau-né riant sur son chevet ;
Quand ce grand ouvrier, qui savait comme on fonde,
Eut, à coups de cognée, à peu près fait le monde
Selon le songe qu’il rêvait ;
Quant tout fut préparé par les mains paternelles
Pour doter l’humble enfant de splendeurs éternelles ;
Lorsqu’on eut de sa vie assuré les relais ;
Quand, pour loger un jour ce maître héréditaire,
On eut enraciné bien avant dans la terre
Les pieds de marbre des palais ;
Lorsqu’on eut pour sa soif posé devant la France
Un vase tout rempli du vin de l’espérance,
Avant qu’i eût goûté de ce poison doré,
Avant que de sa lèvre il eût touché la coupe,
Un cosaque survint qui prit l’enfant en croupe
Et l’emporta tout effaré !


 IV
Oui, l’aigle, un soir, planait aux voûtes éternelles,
Lorsqu’un grand coup de vent lui cassa les deux ailes ;
Sa chute fit dans l’air un foudroyant sillon ;
Tous alors sur son nid fondirent pleins de joie ;
Chacun selon ses dents se partagea la proie ;
L’Angleterre prit l’aigle, et l’Autriche l’aiglon.
Vous savez ce qu’on fit du géant historique.
Pendant sic ans on vit, loin derrière l’Afrique,
Sous le verrou des rois prudents,
- Oh ! n’exilons personne ! oh ! l’exil est impie !
Cette grande figure en sa cage accroupie,
Ployée, et les genoux aux dents.
Encor si ce banni n’eût rien aimé sur terre !
Mais les cœurs de lion sont les vrais cœurs de père.
Il aimait son fils, ce vainqueur !
Deux choses lui restaient dans sa cage inféconde,
Le portrait d’un enfant et la carte du monde,
Tout son génie et tout son cœur !
Le soir, quand son regard se perdait dans l’alcôve,
Ce qui se remuait dans cette tête chauve,
Ce que son œil cherchait dans le passé profond,
- Tandis que ses geôliers, sentinelles placées
Pour guetter nuit et jour le vol de ses pensées,
En regardaient passer les ombres sur son front ;
Ce n’était pas toujours, sire, cette épopée
Que vous aviez naguère écrite avec l’épée ;
Arcole, Austerlitz, Montmirail ;
Ni l’apparition des vieilles pyramides ;
Ni le pacha du Caire et ses chevaux numides
Qui mordaient le vôtre au poitrail ;
Ce n’était pas le bruit de bombe et de mitraille
Que vingt ans, sous ses pieds, avait fait la bataille
Déchaînée en noirs tourbillons,
Quand son souffle poussait sur cette mer troublée
Les drapeaux frissonnants, penchés dans la mêlée
Comme les mâts des bataillons ;
Ce n’était pas Madrid, le Kremlin et la Phare,
La diane au matin fredonnant sa fanfare,
Le bivouac sommeillant dans les feux étoilés,
Les dragons chevelus, les grenadiers épiques,
Et les rouges lanciers fourmillant dans les piques,
Comme des fleurs de pourpre en l’épaisseur des blés ;
Non, ce qui l’occupait, c’est l’ombre blonde et rose
D’un bel enfant qui dort la bouche demi-close,
Gracieux comme l’orient,
Tandis qu’avec amour sa nourrice enchantée
D’une goutte de lait au bout du sein restée
Agace sa lèvre en riant.
Le père alors posait ses coudes sur sa chaise,
Son cœur plein de sanglots se dégonflait à l’aise,
Il pleurait, d’amour éperdu …
Sois béni, pauvre enfant, tête aujourd’hui glacée,
Seul être qui pouvais distraire sa pensée
Du trône du monde perdu !


 V
Tous deux sont morts. – Seigneur, votre droite est terrible !
Vous avez commencé par le maître invincible,
Par l’homme triomphant ;
Puis vous avez enfin complété l’ossuaire ;
Dix ans vous ont suffi pour filer le suaire
Du père et de l’enfant !
Gloire, jeunesse, orgueil, biens que la tombe emporte !
L’homme voudrait laisser quelque chose à la porte,
Mais la mort lui dit non !
Chaque élément retourne où tout doit redescendre.
L’air reprend la fumée, et la terre la cendre.
L’oubli reprend le nom.

 

 VI

Ô révolutions ! j’ignore,
Moi, le moindre des matelots,
Ce que Dieu dans l’ombre élabore
Sous le tumulte de vos flots.
La foule vous hait et vous raille.
Mais qui sait comment Dieu travaille ?
Qui sait si l’onde qui tressaille,
Si le cri des gouffres amers,
Si la trombe aux ardentes serres,
Si les éclairs et les tonnerres,
Seigneur, ne sont pas nécessaires
À la perle que font les mers !
Pourtant cette tempête est lourde
Aux princes comme aux nations ;
Oh ! quelle mer aveugle et sourde
Qu’un peuple en révolutions !
Que sert ta chanson, ô poëte ?
Ces chants que ton génie émiette
Tombent à la vague inquiète
Qui n’a jamais rien entendu !
Ta voix s’enroue en cette brume,
Le vent disperse au loin ta plume,
Pauvre oiseau chantant dans l’écume
Sur le mât d’un vaisseau perdu !
Longue nuit ! tourmente éternelle !
Le ciel n’a pas un coin d’azur.
Hommes et choses, pêle-mêle,
Vont roulant dans l’abîme obscur.
Tout dérive et s’en va sous l’onde,
Rois au berceau, maîtres du monde,
Le front chauve et la tête blonde,
Grand et petit Napoléon !
Tout s’efface, tout se délie,
Le flot sur le flot se replie,
Et la vague qui passe oublie
Léviathan comme Alcyon !
 Victor Hugo, Les chants du crépuscule (1835)

« L'avenir n'appartient à personne »
En 1835, trois ans après la mort du Roi de Rome, en pleine napoleomania, le jeune Victor Hugo publie un vibrant poème sur la destinée météorique du Roi de Rome :

« Quand il eut bien fait voir l'héritier de ses trônes
Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes,
Eperdu, l'œil fixé sur quiconque était roi,
Comme un aigle arrivé sur une haute cime,
Il cria tout joyeux avec un air sublime :
- L'avenir ! l'avenir ! l'avenir est à moi !
Non, l'avenir n'est à personne !
Sire, l'avenir est à Dieu ! »(Victor Hugo, Les Chants du Crépuscule, 1835)

 

Un futur grand palais à Chaillot
Se développe alors très vite toute une imagerie autour de l'enfant symbole : les artistes rivalisent d'imagination pour plaire, flatter et... vendre tout ce qui rappelle une naissance tant souhaitée. Peintures, estampes, gravures, poèmes, compositions musicales, médailles, bustes en marbre ou en céramique louent la gloire du petit roi ou rappellent ses traits : le voilà représenté en bambin ou en majesté, dans les bras de son père ou en buste classique. Car gouverner, c'est aussi montrer sa face, se faire connaître et reconnaître.

Grand Aigle de la légion d'Honneur, Grand-Croix de la couronne de fer, le bambin reçoit également la Toison d'Or et on doit l'appeler Sire ou Votre Majesté.

Son rang est primordial et s'affiche dès sa naissance, Napoléon souhaitant lui offrir l'éducation et l'existence réservée aux enfants issus de haute condition depuis l'Ancien régime. Il dispose ainsi d'une Maison - une suite à son service exclusif - composée d'une bonne vingtaine de personnes dont des gouvernantes, des berceuses, une nourrice, un écuyer, un médecin, un chirurgien, un maître d'hôtel, des filles de garde-robe, un huissier, etc.

Tout ce petit monde évolue sous l'autorité de Madame la comtesse de Montesquiou, rescapée de l'aristocratie d'Ancien Régime. Dès le 22 octobre 1810, soit bien avant la naissance de l'enfant, elle a été nommée par l'Empereur gouvernante des Enfants de France. À ce titre, elle est chargée d'éduquer le Roi de Rome et débuter son instruction et notamment l'apprentissage de la lecture, avant la nomination d'un précepteur.

Les appartements du prince impérial s'étendent sur une enfilade de 10 pièces au rez-de-chaussée des Tuileries, avec vue sur le Carrousel. Comme fils de conquérant, on veut le familiariser aux métiers des armes, à l'histoire des uniformes. Dans ses jouets on retrouve ainsi un modèle réduit de pièce d'artillerie.

Très vite, l'enfant est abonné à plusieurs journaux, comme Le Moniteur ou La Gazette de France et dispose d'un piano à 30 octaves dès décembre 1811. Très vite, Napoléon envisage de bâtir un immense palais pour son fils sur la colline de Chaillot, souhaitant inscrire ainsi son tout jeune règne dans la pierre.

L'Histoire en décidera autrement. Ce souci constant, ce rêve de pérenniser cet Empire conquis par les armes, finit par s'embourber dans les glaces de la Russie. Trois ans plus tard, l'enfant quitte la terre de France et va connaître la vie d'un enfant en exil.

Marc Fourny

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