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SAINT DU JOUR
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Date 30 novembre

Le Saint du Jour est une liste quotidienne des Saints gardés dans la mémoire de l'Église. Les histoires des maîtres de la vie chrétienne de tous les temps qui comme des phares radieux orientent notre chemin.

SAINT ANDRÉ, APÔTRE

Sant'Andrea

Saint André Apôtre est le Saint Patron de l’Eglise Orthodoxe de Constantinople. Frère de Simon Pierre, il se distingue parmi les saints pour avoir été le premier à être appelé par Jésus et avoir trouvé le martyr sur la croix. Saint André est le protecteur des pêcheurs.  

Le premier appelé par le Christ

Il était de Bethsaïde en Galilée, sur les bords du lac de Tibériade. Avec son frère Pierre, il vivait de la pêche. C'était un assoiffé de Dieu. Il avait entendu la prédication de Jean le Baptiste, avait sans doute reçu son baptême de pénitence et était devenu l'un de ses disciples. Il avait su discerner l'exacte mission de Jean. Aussi, quand il l'entendit désigner Jésus: " Voici l'agneau de Dieu ", il le suivit pour ne plus le quitter. Dès cet appel, André devient apôtre, avant même d'en avoir reçu le titre. Il rencontre son frère Pierre et l'amène à Jésus. Il est l'homme qui sait nouer des contacts. Lors de la multiplication des pains, c'est André qui amène le jeune garçon portant ses cinq pains et ses deux poissons. Quand des Grecs veulent rencontrer Jésus, c'est à lui qu'ils s'adressent tout naturellement.

Patron de Roumanie, d’Ukraine et de Russie

Des sources tardives font état de son supplice à Patras en Grèce. Au IVe siècle, ses reliques furent transférées à Constantinople. Une importante relique, qui avait été déposée au XVe siècle au Vatican, fut restituée en 1966 aux Orientaux en signe de la volonté de communion entre l’Église de Rome et les patriarcats orientaux. L’Ukraine voudrait qu'il ait été le premier évangélisateur de Kiev et l’Écosse l'a choisi comme patron national.

Dans son message au Patriarche de Constantinople du 30 novembre 2009, le Pape Benoît XVI rappelle que la commémoration du patron de ce patriarcat, frère de saint Pierre, doit encourager tous les chrétiens à répondre aux grands enjeux du moment, aux problèmes de plus en plus complexes qui se posent à la chrétienté, et œuvrer au rétablissement de la pleine communion. La tradition rapporte qu’après la Pentecôte, il annonça l’Évangile en Achaïe et mourut en croix à Patras. Une croit que l’Apôtre a voulue en forme de X, comme l’initiale grecque du nom du Christ. L’Église de Constantinople le vénère comme son illustre patron.

Saint Claude la Colombière (1641-1682


jésuite

Journal spirituel (Écrits spirituels, coll. Christus n° 9, éd. DDB, 1982, p. 133-134 ; rev.)
André suivit Jésus jusqu’à la croix
[« Ô bonne croix, qui a tiré ta gloire des membres du Seigneur ! Croix longtemps désirée, ardemment aimée, cherchée sans relâche et enfin préparée à mes ardents désirs. »*] Le jour de saint André, j’ai été touché de voir ce saint se prosterner subitement à la vue de la croix, ne pouvoir retenir sa joie et la faire éclater par des paroles si passionnées.

            “Bona” : utile, honorable, agréable ; c’est tout son bien, c’est l’unique bien dont il est touché. “Diu desiderata” (“Croix longtemps désirée”) ; non seulement il la désirait, mais avec ardeur : d’où venait que le temps lui durait. “Diu sollicite amata” (“Croix ardemment aimée”) : l’amour ne peut être sans souci ; ce saint recherchait la croix avec l’empressement et la crainte d’un homme qui appréhende de ne pas trouver, qui ne peut trouver assez tôt ; aussi diriez-vous qu’il a trouvé un trésor dès qu’il la rencontre ; le transport qu’il fait paraître est d’un amant possédé d’un amour extrême. “Sine intermissione quaesita” (“cherchée sans relâche”) : voilà notre règle, et ce fut par là qu’il mérita de la trouver. “Et aliquando…” (“enfin préparée à mes ardents désirs”), ce mot marque un grand désir.

            Il fallait qu’il aimât bien Jésus-Christ pour trouver tant de plaisir en la croix. On aime souvent les hommes pour les biens qu’ils possèdent ; mais aimer leurs misères pour l’amour d’eux, cela est inouï ; c’est merveille si on ne les hait pas à cause de leurs misères. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses frères (cf. Jn 15,13) ; mais il y a des degrés en ce sacrifice, car mourir avec cette joie, avec cet empressement, c’est un amour incomparable. Quelle foi !
 

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Le témoignage libérateur d’un pasteur sur la tentation narcissique

La Vision du stade : Le témoignage libérateur d’un pasteur sur la tentation narcissique qui nous guette tous

Un témoignage rare et puissant d’un pasteur qui confesse s’être engagé dans le ministère pour les mauvaises raisons. 

Découvrez en exclusivité un chapitre de La Vision du stade à télécharger en PDF ici !

Ce livre c’est l’histoire de son auteur, Jonathan Valbon, pasteur attiré et aveuglé par les paillettes qui va connaître une traversée du désert pendant près de dix ans. C’est l’histoire d’un homme qui aime profondément Dieu et son église mais qui a le coeur brisé, brisé par des blessures narcissiques qui lui couteront sa place et sa carrière. C’est surtout, l’histoire d’une rédemption, un chemin souvent semé d’embuches mais marqué par l’amour et la grâce du père.

Avec beaucoup d’honnêteté, Jonathan Valbon nous entraine à sa suite dans ce parcours du combattant qui le mènera à la guérison. Souvent émouvant, parfois drôle, cet ouvrage vient questionner le fonctionnement de nos églises et la « starification » du monde chrétien évangélique. Ce témoignage nécessaire, entrecoupé de dialogues avec le père, livre une réflexion sur la place de Dieu dans nos vies. « J’aimais Dieu pour moi et rarement pour lui » confie l’auteur.

À trop vouloir impressionner d’abord son père puis Dieu, Jonathan tombe dans la course effrénée de ce qu’il est capable de faire pour lui : oeuvre, accomplissement, temps de prière… Avant de réaliser que ce que Dieu souhaite réellement, c’est qu’il se rende compte de ce qu’Il a fait pour lui. Durant ces dix années de désert, il va apprendre à marcher à côté de Jésus plutôt qu’à courir cette course vers la gloire.

Beaucoup de pasteurs, mais aussi des chrétiens qui ne sont pas forcément impliqués dans le ministère, pourront se reconnaître et se laisser interpeller par cette remise en question bouleversante qui explore la tentation de l’orgueil. C’est une problématique trop peu abordée et pourtant bien réelle au sein de l’église qui est évoquée sans fard durant plus de 200 pages.

Un livre à découvrir absolument et à offrir aux chrétiens de votre entourage !

La Vision du Stade Quand la grâce détrône l’orgueil par Jonathan Valbon, éditions Première Partie, 18€

C.P

© Info Chrétienne - Courte reproduction partielle autorisée suivie d'un lien "Lire la suite" vers cette page.

Découvrez la vidéo de présentation du livre par son auteur :

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« La foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ » (Rm 10, 9-18)

LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« La foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ » (Rm 10, 9-18)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains

Frère,
    si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur,
si, dans ton cœur, tu crois
que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts,
alors tu seras sauvé.
    Car c’est avec le cœur que l’on croit
pour devenir juste,
c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi
pour parvenir au salut.
    En effet, l’Écriture dit :
Quiconque met en lui sa foi
ne connaîtra pas la honte.

    Ainsi, entre les Juifs et les païens,
il n’y a pas de différence :
tous ont le même Seigneur,
généreux envers tous ceux qui l’invoquent.
    En effet,
quiconque invoquera le nom du Seigneur
sera sauvé.

    Or, comment l’invoquer,
si on n’a pas mis sa foi en lui ?
Comment mettre sa foi en lui,
si on ne l’a pas entendu ?
Comment entendre
si personne ne proclame ?
    Comment proclamer
sans être envoyé ?
Il est écrit :
Comme ils sont beaux, les pas des messagers
qui annoncent les bonnes nouvelles !

    Et pourtant, tous n’ont pas obéi à la Bonne Nouvelle.
Isaïe demande en effet :
Qui a cru, Seigneur, en nous entendant parler ?
    Or la foi naît de ce que l’on entend ;
et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ.
    Alors, je pose la question :
n’aurait-on pas entendu ?
Mais si, bien sûr !
Un psaume le dit :
Sur toute la terre se répand leur message
et leurs paroles, jusqu’aux limites du monde.

    – Parole du Seigneur.

PSAUME
(Ps 18 (19), 2-3, 4-5ab)

R/ Par toute la terre s’en va leur message. (cf. Ps 18, 5a)

Les cieux proclament la gloire de Dieu,
le firmament raconte l'ouvrage de ses mains.
Le jour au jour en livre le récit
et la nuit à la nuit en donne connaissance.

Pas de paroles dans ce récit,
pas de voix qui s'entende ;
mais sur toute la terre en paraît le message
et la nouvelle, aux limites du monde.

ÉVANGILE
« Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent » (Mt 4, 18-22)

Alléluia. Alléluia.
Venez à ma suite, dit le Seigneur.
Je vous ferai pêcheurs d’hommes.
Alléluia. (Mt 4, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
    comme Jésus marchait le long de la mer de Galilée,
il vit deux frères,
Simon, appelé Pierre,
et son frère André,

qui jetaient leurs filets dans la mer ;
car c’étaient des pêcheurs.
    Jésus leur dit :
« Venez à ma suite,
et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »
    Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

De là, il avança et il vit deux autres frères,
Jacques, fils de Zébédée,
et son frère Jean,

qui étaient dans la barque avec leur père,
en train de réparer leurs filets.
Il les appela.
    Aussitôt, laissant leur barque et leur père,
ils le suivirent.

    – Acclamons la Parole de Dieu.

PAROLES DU SAINT PÈRE


L’appel les rejoint en plein milieu de leurs activités quotidiennes:

le Seigneur se révèle à nous non pas de façon extraordinaire ou éclatante, mais dans le quotidien de notre vie.

C’est là que nous devons trouver le Seigneur, c’est là qu’il se révèle, qu’il fait sentir son amour à notre cœur; et là

— dans ce dialogue avec Lui au cours de notre vie quotidienne —

il transforme notre cœur.

La réponse des quatre pêcheurs est immédiate et prompte:

«Eux, aussitôt, laissant les filets, le suivirent»

(v. 20). (Angelus, 22 janvier 2017)

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27 décembre 537 Inauguration de Sainte-Sophie

27 décembre 537

Inauguration de Sainte-Sophie

 

Le 27 décembre 537, l'empereur Justinien et son épouse Théodora inaugurent à Constantinople la basilique de la Sainte Sagesse (en grec Hagia Sophia). Le monument est plus communément appelé Sainte-Sophie en Occident. Quelques années plus tôt, en 529, l'empereur a fermé les dernières écoles de philosophie héritées d'Athènes et signifié par là la fin de l'Antiquité païenne.

Monument d'exception, église pendant 915 ans, mosquée pendant 480 ans, musée depuis 1934, Sainte-Sophie a traversé les siècles et survécu aux tremblements de terre et aux soubresauts politiques et religieux. Marqueur principal de la civilisation byzantine et haut lieu de la chrétienté orthodoxe, elle est redevenue malgré elle un enjeu diplomatique et religieux depuis que le président turc Erdogan a déclaré la rendre au culte musulman à compter du 24 juillet 2020.

Isabelle Grégor


Vue aérienne et vue intérieure de Sainte-Sophie.

La « Grande Église »
Depuis le VIIe siècle avant J.-C., l'entrée du détroit du Bosphore, site stratégique s'il en

est, était surveillée par l'antique cité grecque de Byzance. Ce n'est donc pas un hasard si c'est elle que l'empereur Constantin le Grand choisit le 11 mai 330 pour en faire la nouvelle capitale de l'empire romain. Adieu Rome, vive Constantinople !

L'empereur Justinien représenté sur l'ivoire Barberini (VIe siècle, musée du Louvre)Prenant acte de la montée en puissance du christianisme, l'empereur en exclut les temples païens et la voue à la nouvelle religion. Dans les siècles suivants, c'est par centaines que les églises envahirent la « Nouvelle Rome », témoignant du triomphe de la chrétienté sur ces terres d'Orient dont l'évêque obtint le titre de patriarche dès 381.

Pourtant, à la mort de Constantin, aucun projet de cathédrale n'a encore vu le jour. C'est son fils Constantin II qui pose la première pierre en 360 d'une basilique sur le modèle du Panthéon de Rome. Elle est érigée au coeur de la ville, sur une éminence superbe située entre le chenal de la Corne d'Or et la mer de Marmara. L'édifice ayant brûlé en 404, l'empereur Théodose le fait reconstruire en 415.

Au siècle suivant, sous le règne de Justinien, Constantinople atteint son apogée. La ville compte alors un million d'habitants. Mais une violente sédition, la sédition Nika, provoque en 532 de sévères dommages sur plusieurs monuments et réduit une nouvelle fois en cendres la basilique Hagia Sophia. L'empereur lance sans attendre sa reconstruction avec l'ambition de surpasser son illustre prédécesseur...

Justinien plus fort que Salomon !
Encouragé par son épouse, Justinien projette ni plus ni moins de construire la plus

grande église au monde !

Pour y parvenir, il fait venir de tout l'empire les meilleurs ouvriers. Les carrières de marbre marchent à plein régime pour fournir la matière première qui doit mettre en valeur un décor d'ivoire, d'or et d'argent. 

Les constructeurs ne se gênent pas non  plus pour récupérer les marbres, les colonnes et les sculptures du temple de Diane à Éphèse comme du sanctuaire d'Osiris en Égypte et des temples d'Athènes, d'Héliopolis ou encore de Délos.

10 000 ouvriers et 100 maîtres maçons s'activent sous les ordres de deux architectes grecs, Anthémios de Tralles et surtout Isidore de Milet, pendant seulement 6 ans. Le chantier est d'une telle rapidité que l'on commence à croire que l'empereur a reçu les plans d'un ange...

L'achèvement des travaux donne lieu à de grandioses festivités pendant 14 jours. Le couple impérial, qui a suivi  jour après jour l'avancée du chantier, peut enfin inaugurer son chef-d’œuvre. 

Gaspard Fosseti d'après Louis Haghe, Intérieur de Saintes-Sophie, 1852, Londres, The

British Museum. L'agrandissement montre une vue intérieure de la coupole aujourd'hui.Le monument est conforme au plan rectangulaire des anciennes basiliques romaines. Il est en briques avec un revêtement intérieur en plaques de marbre. L'esthétique extérieure laisse à désirer.

Mais, avec une nef à plan carré de 90 mètres de côté où joue la lumière naturelle, l'intérieur donne aux fidèles l'impression d'être dans le vestibule du paradis. 

La principale innovation réside dans la coupole centrale. Elle culmine à 55 mètres de haut, appuyée sur deux niveaux de galeries. 

« Gloire à Dieu qui m'a jugé digne d'accomplir cet ouvrage, » lance l'empereur Justinien, et il ajoute avec orgueil, faisant allusion au roi des Hébreux qui construisit le Temple de Jérusalem : « Je t'ai surpassé, ô Salomon ! » 

Quand les anges s'en mêlent


D'après ce récit du IXe siècle, Justinien ne fut pas le seul à réfléchir à l'apparence de l'église...
« Sur le point d'achever le saint sanctuaire, et de l'éclairer par des arcatures vitrées, l'empereur prescrivit à l'ingénieur de pratiquer dans la conque de l'abside une seule ouverture voûtée puis, changeant d'avis, il demanda deux fenêtres avec deux arcs […]. Tous les spécialistes déclaraient au contraire qu'une seule ouverture voûtée devait éclairer le sanctuaire, et l'architecte en chef se tourmentait, ne sachant que faire […], et tandis qu'il se tenait là découragé, un mercredi à la cinquième heure lui apparut un ange du Seigneur, sous les traits de Justinien, vêtu de l'habit impérial et chaussé de bottines pourpres, qui dit à l'homme de l'art : « Je veux que tu me fasses une abside à trois fenêtres avec triple arcature, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Il disparut aussitôt, et le maître d'œuvre, stupéfait, se rendit au Palais et reprocha sèchement à l'empereur : « Tu n'as pas de suite dans les idées empereur ! » […] Lorsque l'empereur réalisa qu'à ce jour et cette heure il n'était pas sorti de son Palais, il reconnut : « C'est un ange de Dieu qui t'a parlé, et fais ce qu'il t'a dit ! » (Récit sur la construction du temple de la grande église de Dieu nommée Sainte-Sophie, IXe siècle).

Une coupole d'exception
La performance fut de courte durée : à peine 20 ans plus tard, le 7 mai 558, la coupole était à terre, victime d'une succession de tremblements de terre. Simple contretemps pour Justinien qui chargea le neveu d'Isidore de Milet, Isidore le Jeune, de reprendre le chantier. 

Vue intérieure de Sainte-Sophie et gros plan sur la coupole. L'agrandissement présente une vue sur les demi-coupoles et de la coupole de Sainte-Sophie. La Théotokos et l’Enfant dans la conque absidale, photo de Stevan Kordic.La résistance de la coupole fut améliorée par une gaine de maçonnerie extérieure et quatre piliers discrets. Son diamètre, réduit de 7 mètres par rapport au plan initial, conserva la dimension respectable de 31 mètres pour une hauteur de 55 mètres.

Posée sur 67 piliers, cette coupole constitue un exploit architectural sans précédent. Comment les constructeurs sont-ils parvenus à relever ce défi, au VIe siècle de notre ère ? Est-ce grâce à l'utilisation de briques de tuf sélectionnées avec soin et 12 fois plus légères qu'une brique ordinaire ? Ou à l'inscription qu'elles portent en grec : « C'est Dieu qui l'a fondée, Dieu lui portera secours » (deux précautions valent mieux qu'une) ? Ou à l'ajout de ces contreforts massifs qui alourdissent la silhouette du bâtiment ?

« Comme suspendue au ciel par une chaîne d'or » (Procope, historien du VIe siècle), la coupole est ainsi restée inégalée pendant près de 900 ans, jusqu'à ce que Brunelleschi relève le défi avec la construction du Duomo de Florence.

Cinq ans après le fatal séisme, l'empereur Justinien lui-même, âgé de 81 ans, eut la satisfaction d'inaugurer une seconde fois la basilique.

Intérieur de la basilique Sainte-Sophie à Constantinople (Louis Haghe, XIXe siècle, Allemagne, Berlin, Kunstbibliothek)

Au croisement des cultures et des religions
 

Mosaïque de l'archange Gabriel, IXe siècle. L'agrandissement montre la mosaïque de l'impératrice Irène, XIIe siècle.La basilique de la Sainte Sagesse allait inspirer les architectes occidentaux et séduire les visiteurs tout au long du Moyen Âge.

À l'intérieur, 16 000 m2 de mosaïques byzantines donnent le vertige. Se détachant sur un fond d'or, les visages du Christ et de sa mère, des empereurs et de leurs épouses en riches habits, mais aussi des saints et des anges accueillent le visiteur dans une profusion de détails et de couleurs.

Réalisées après la crise iconoclaste du VIIIe siècle, elles doivent leur préservation à la couche de chaux dont elles furent recouvertes lors de la transformation de l'édifice en mosquée au XVe siècle.

Pendant près de mille ans, chaque nouvel empereur était proclamé par l’armée et acclamé par le peuple réuni à l’Hippodrome avant d'être couronné à Sainte-Sophie par le patriarche qui recevait la confession de son orthodoxie. Et c’est à la verticale de la mosaïque du Christ Pantokrator (« Tout-Puissant »), qui figure au centre de la coupole représentant la voûte céleste, qu’il assistait aux offices et cérémonies de son règne.

Mosaïque de la Vierge à l'enfant, IXe siècle
Aux alentours de l'An Mil, le grand-prince Vladimir de Kiev envoya des émissaires enquêter à Constantinople sur la « vraie religion ». Ils furent éblouis en particulier par Sainte-Sophie et c'est ainsi qu'une basilique similaire fut érigée à Kiev et que la Russie se voua à l'orthodoxie !

C’est aussi à Sainte-Sophie que fut consommé le schisme qui déchira la chrétienté entre catholiques et orthodoxes : le 16 juillet 1054, Humbert de Moyenmoutier et les deux autres légats pontificaux déposaient sur son autel la bulle d’excommunication du patriarche Keroularios (Michel Cérulaire)... Sainte-Sophie fut encore le point de ralliement des Grecs, lors de toutes les émotions populaires visant les Latins catholiques et leur emprise grandissante sur l’empire.

Au fil des siècles, les séismes successifs mirent à mal la basilique mais c'est surtout des guerres qu'elle eut à souffrir à partir de 1204.

Christ Pantocrator entre l'empereur Constantin IX Monomachus et l'impératrice Zoe, XIe siècle.

Cette année-là en effet, les croisés entrèrent dans Constantinople et pillèrent la ville. L'église ne fut pas épargnée et vit disparaître tous ses objets précieux, y compris le grand autel qui, trop lourd, envoya par le fond la galère qui le transportait à Venise.

Le Christ Pantocrator (Tout-Puissant) de la mosaïque Déisis de la galerie supérieure de Sainte-Sophie ; l'agrandissement montre cette mosaïque Déisis dans son intégralité, avec la Vierge et saint Jean-Baptiste aux côtés du ChristDeux siècles plus tard, les Turcs s'emparèrent de Constantinople à leur tour. Sensible à la magnificence de la basilique et justement admiratif, le sultan Mehmet II s'y rendit dès son entrée dans la cité et y célébra l'office musulman du vendredi, 3 jours plus tard.

Comme elle était dédiée à la Sainte Sagesse dont se réclament toutes les cultures et religions, elle conserva son nom grec : Hagia Sophia (Ayasofya en turc).

Ayasofya Camii devint une référence religieuse majeure pour les musulmans et inspira en particulier Sinan, le grand architecte du sultan Soliman le Magnifique.

Cet ancien janissaire d'origine grecque conçut ses mosquées selon le même plan que Hagia Sophia : la Shehzade, la mosquée de Soliman - ou Süleymaniye - à trois kilomètres à peine de Sainte-Sophie, et la mosquée de Sélim - ou Selimiye - à Édirne (Andrinople).

Au fil des siècles, les sultans successifs s'attachèrent aussi à embellir Sainte-Sophie comme le prouvent les candélabres offerts par Soliman, les urnes d'albâtre de Murat III ou encore le grand chandelier central de Ahmet III.

À l'extérieur, on ajouta quatre minarets à ses angles tandis qu'à l'intérieur ce sont quatre grands médaillons en bois portant les noms sacrés de l'islam qui furent installés au XIXe siècle, lors de la restauration menée par les frères Fossati.

Vue de Sainte-Sophie dessinée par un artiste indigène », XVIIe siècle, Paris, BnF. L'agrandissement montre le dessin de Louis-François Cassas, Constantinople, Sainte-Sophie : coupe sur la longueur, XVIIIe siècle, Paris, musée du Louvre.

Un voyageur dubitatif
En 1850, le romancier Gustave Flaubert découvre la basilique Sainte-Sophie...
« Sainte-Sophie, amalgame disgracieux de bâtiments, minarets lourds ; elle est repeinte en blanc et ceinte de place en place de bandes rouges. Nous entrons par une porte de la cour extérieure qui fait l’angle de la place et de la rue, à toit avancé, retroussé. À l’église même, porte de bronze latérale sur laquelle on reconnaît les marques d’une croix. Le vaisseau est d’une hauteur écrasante qui n’est surpassée que par celle du dôme couvert de mosaïque. De la galerie du premier étage, les lampes suspendues ont l’air de toucher à terre et l'on ne sait comment les hommes peuvent passer dessous. Ancienne porte murée sur le côté droit. Aux quatre coins du dôme, chérubins gigantesques. — Arcades romanes (voilà du byzantin !), feuilles de fougère. — Les dalles couvertes de nattes. — Deux drapeaux verts des deux côtés du minbar ; à l’entrée de la mosquée petites vasques à ablutions » (Voyage en Orient, 1849-1851).

Vue extérieure de Sainte-Sophie, photographie de Mehmeto, DR.

Le choc des civilisations
En 1934, dix ans après l'avènement de la République turque, Moustafa Kémal désacralisa Sainte-Sophie pour symboliser la mise en place d'un régime laïc. Il convertit le monument en musée, faisant selon ses termes « cadeau de Sainte-Sophie à l’humanité ».

Vue intérieure de Sainte-Sophie, le minbar.Un siècle après, son lointain successeur Recep Tayyip Erdoğan se dispose à rendre Sainte-Sophie au culte musulman. Il avait déjà converti en mosquées de prestigieuses églises byzantines que les kémalistes avaient simplement muséifiées telles en 2011, Sainte-Sophie de Nicée (Iznik) où a été formulé le Credo, et en 2013, Sainte-Sophie de Trébizonde (Trabzon). 

Ces décisions, depuis longtemps revendiquées par le parti islamiste du président turc,

sont un geste de défi à l'Occident et de repli national-islamiste. Elles interviennent dans un contexte d'extrême faiblesse de l'Union européenne et de l'OTAN, l'une et l'autre incapables de contrecarrer les agressions de leur « partenaire » et « allié » turc de la Libye à la Syrie et aux Balkans.

Pendant quinze siècles, Hagia Sophia, portant bien son nom, a été le principal et souvent le seul lien entre catholiques, orthodoxes et musulmans. Elle a fait fonction de passerelle entre les uns et les autres, rappelant tout ce que nous devons les uns aux autres. Se pourrait-il qu'elle exprime désormais l'irrépressible division entre Occident et Orient, par la couardise des uns et l'irascibilité des autres ?

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L'AVENT AVEC LE PAPE 2ème jour

 

L'AVENT AVEC LE PAPE

 
 
CE QUE NOUS DIT FRANÇOIS
« Réapparaît la tentation de créer une culture de murs, d’élever des murs, des murs
dans le cœur, des murs érigés sur la terre pour éviter cette rencontre avec d’autres
cultures, avec d’autres personnes. Et quiconque élève un mur, quiconque construit
un mur, finira par être un esclave dans les murs qu’il a construits, privé d’horizons. »
Fratelli tutti §27
MÉDITONS ENSEMBLE LA PAROLE DU PAPE
Par P. Sébastien Antoni, a.a.
Bâtir courageusement la fraternité suppose d’abord de reconnaître humblement
que se terrent au très fond de chacun quantité d’obstacles à cette entreprise.
Le principal ? La peur de l’autre. C’est elle qui est à l’origine de toutes les murailles
que je peux bâtir. Mais loin de protéger des autres, ces enceintes finissent par
encercler et emprisonner leur bâtisseur. Ces fortifications ne défendront jamais de
toutes ces peurs entassées au long d’une vie. Alors, pour abattre les murs visibles
qui s’élèvent entre les hommes, sans doute faut-il commencer par s’attaquer aux
invisibles qui sont en moi.
Quels sont ces murs derrière lesquels je me cache ?

PAROLE DE DIEU

 

 

 

Cantique des cantiques 2, 8-10

La voix de mon bien-aimé ! C’est lui, il vient… Il bondit sur les montagnes, il court sur les collines, mon bien-aimé, pareil à la gazelle, au faon de la biche. Le voici, c’est lui qui se tient derrière notre mur : il regarde aux fenêtres, guette par le treillage. Il parle, mon bien-aimé, il me dit : Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens…

L'AVENT EN FAMILLE

TEST : DIS-MOI COMMENT TU PRÉPARES NOËL…

La période des fêtes réveille des sentiments parfois contradictoires. Avec ce test, balisez votre chemin vers Noël. Et prenez de la hauteur !​​​​​​

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Chapelet de Notre Dame des 7 Douleurs

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30 novembre 1921 : condamnation à mort d’Henri-Désiré Landru, « le Barbe-Bleue de Gambais »

30 novembre 1921 : condamnation
à mort d’Henri-Désiré Landru,
« le Barbe-Bleue de Gambais »
(Extrait du « Figaro » du 1er décembre 1921)
Publié / Mis à jour le DIMANCHE 29 NOVEMBRE 2020, par LA RÉDACTION
Landru est coupable... — un des plus grands coupables qu’on ait jamais vus — il est l’assassin de dix femmes et d’un jeune homme ; il les a tués pour les voler, écrit l’avocat et littérateur Georges Claretie (1875-1936) dans Le Figaro du 1er décembre 1921, au lendemain de l’annonce du verdict de condamnation à mort, à l’issue d’un procès auquel on venait assister en masse dans une ambiance rappelant celle des spectacles

Il n’a aucune excuse, aucune circonstance atténuante, et il a été condamné à mort. C’est logique, affirme Claretie. Depuis plusieurs jours, depuis la déposition des experts, on pouvait s’y attendre, et il fallait être atteint d’une sorte de manie du doute, d’un pyrrhonisme paradoxal pour penser autrement. Rien ne peut donner l’idée de ce que fut cette dernière audience, terminée à dix heures moins le quart, après trois heures de délibération du jury, au milieu d’une foule frénétique et qui ressemblait à un public d’exécution capitale.

Me de Moro-Giafferi vient de finir ; magnifiquement il a plaidé pendant près de cinq heures. « Landru, avez-vous quelque chose à ajouter à votre défense ? » Landru se lève, sans émotion. Jamais, jusqu’ici, il n’en a eu. Il n’en aura point. Cet homme est sans nerfs, écrit Georges Claretie ; et c’est peut-être cela qui explique tout. Il regarde ses juges, et d’une voix sèche : « J’ai une déclaration à faire. M. l’avocat général, dans son réquisitoire d’hier, m’a donné pas mal de défauts, de vices et même de crimes, mais il a eu l’obligeance, et je l’en remercie, de dire qu’il me restait un sentiment noble, l’affection des miens, qui est la base de la famille et de la société, l’amour des enfants et du chez soi. J’affirme sur ce sentiment que jamais je n’ai tué personne. Voilà ce que j’ai à dire. »

Le procès de Landru. Dessin paru dans Le Petit Journal illustré du 20 novembre 1921
Le procès de Landru. Dessin paru dans Le Petit Journal illustré du 20 novembre 1921

La réponse est tombée dans un silence de glace. Les gendarmes emmènent Landru. Les jurés se retirent pour délibérer sur les quarante-huit questions posées. Il est six heures et quart. La salle est remplie, bondée. Du public partout, sur les poêles et les rebords des fenêtres, pendu en grappes humaines. On boit, on mange, des sandwiches et des bouteilles thermos circulent ; on fume. Un odeur de mangeaille et de tabagie surgit du prétoire, il y a des relents de cabarets de nuit.

Et ce sont des cris ; on frappe du pied comme au théâtre pour faire venir le jury qui tarde ; on pousse des hurlements d’animaux ; l’un s’amuse à imiter le chant du coq, l’autre le miaulement du chat. Sous la lumière électrique, on aperçoit des bras nus, des fourrures qui s’agitent, des cols nus, des lèvres trop rouges qui sourient. Tout à l’heure, M. le président Gilbert a rappelé à l’ordre le public « qui n’est que toléré », et dans quelques instant, M. Godefroy criera à la foule : « Mais taisez-vous donc, un homme va être condamné à mort ! Qui donc vous a amenés ici ? » rappelant le public à la pudeur.

Le temps passe, les demi-heures s’envolent, puis les heures. Que se passe-t-il ? La plaidoirie du défenseur a-t-elle fait naître le doute ? Quel argument a donc frappé le jury ? On discute, on palabre. Quoi ? Se pourrait-il que Landru fût acquitté ? Non, c’est impossible, on douterait alors de soi-même et de sa raison. Et pourtant les jurés ne reviennent pas. Un photographe installe une lampe électrique juste au-dessus de la place où Landru viendra tout à l’heure, pour guetter et photographier son dernier rictus. Et les cris recommencent ; et la fièvre agite la foule ; les chevelures blondes des femmes qui ont enlevé leurs chapeaux se mêlent aux casques bleus des soldats qui gardent le prétoire. Un coup de sonnette ! C’est le jury. Les cris redoublent : « Assis ! Assis ! Chapeau ! »

Voici le chef du jury qui lit le verdict. « II a été répondu à la première question : Oui ». C’est la condamnation. La première question était l’assassinat de Mme Cuchet. « Oui » encore sur toutes les autres, sauf le vol au préjudice de la jeune Babelay (un petit portefeuille). Pas de circonstances atténuantes. C’est donc la mort.

« Faites entrer l’accusé ! » Et une grande rumeur surgit de la foule. La petite porte s’ouvre par laquelle depuis vingt et un jours paraît l’accusé. Il va s’asseoir à sa place ordinaire, au bout du banc, de son même pas rigide. Il apparaît sous la lumière crue de la lampe. Les appareils fonctionnent. Quelles ont été ses pensées pendant les trois longues heures d’attente ? Son œil fixe regarde le jury intensément. Me de Moro-Giafferi s’approche de lui, et on entend : « Courage ! C’est mauvais ! Très, très mauvais ! »

Landru n’a pas bronché. Il écoute debout la lecture du verdict. Pas un muscle ne tressaille sur son visage de marbre. Il n’est pas plus pâle que de coutume ; ses carotides n’ont pas une pulsation de plus ; ses maigres épaules ne sont pas soulevées par une respiration plus forte. Ses mains pâles sont posées sur la barre, sans se crisper, comme s’il posait délicatement ses doigts sur les touches d’un piano. Ses yeux fixes semblent seulement cernés d’un peu de rouge.-Le verdict est lu et il s’assied, posant comme d’ordinaire ses deux coudes sur les appuie-bras en fer qui sont dans le box. Tel qu’il était hier, avant-hier, toujours !

Plaidoirie de l'avocat de Landru, Me Vincent de Moro-Giafferi
Plaidoirie de l’avocat de Landru, Me Vincent de Moro-Giafferi

« Avez-vous une observation à faire sur l’application de la peine ? — Aucune, monsieur le président ! » Rien ne bat donc dans le cœur de cet homme ! écrit Georges Claretie. Oh ! les jurés peuvent être pleinement rassurés. Pas un cri d’innocence, rien, rien. Un mannequin de cire qui parlerait. La cour délibère. Landru se penche vers ses défenseurs. Il a même esquissé un sourire. Le premier depuis ces longs débats. Des dessinateurs s’approchent, font des croquis hâtifs ; des avocats, des journalistes essaient de se glisser vers Landru qui, tranquillement, placidement, parle avec ses avocats ; on cherche à saisir une dernière parole échappée des lèvres de cet assassin, le plus mystérieux qu’on ait vu. Rien ne tressaille en lui. Il n’a pas peur de la mort, car il l’a trop donnée.

Me de Moro-Giafferi rédige en hâte un recours en grâce ; il le porte aux jurés qui le signent. On s’étonne. On cherche à comprendre. Comprenne qui pourra ! Ils auraient pu donner des circonstances atténuantes à cet homme : ils les ont discutées, pesées et refusées ; ils ont mis trois heures pour cela. Et maintenant ils signent ! Politesse sans doute pour le bel effort du défenseur. Me de Moro-Giafferi demande à Me Lagasse de faire aussi signer sa cliente, la sœur de Mme Pascal, assassinée. Elle hésite, elle pleure, et enfin, elle aussi signe. Ce sont là choses difficiles à refuser. Et pourtant ? Elle est en larmes.

La Cour rentre. Un gendarme fait signe à Landru de se lever. Il obéit. Le voilà debout, immobile dans son paletot mastic, comme un de ces mannequins qui dans les champs servent d’épouvantails aux oiseaux. On lui lit la liste de ses onze crimes, de ses vols, de ses faux. Il ne bouge point. « La Cour ordonne qu’il soit conduit sur une place publique de Versailles pour avoir la tête tranchée... »

C’est fini. Et soudain Landru parle, comme si tout l’heure il avait oublié de dire quelque chose d’important. Et de la même voix qui, la veille, lançait des railleries, de la même voix coupante et sèche, où rien ne vibre : « J’ai un mot à dire : le tribunal s’est trompé. Je n’ai jamais été un assassin ! » La phrase tombe dans le silence ; elle a eu des sécheresses de couperet. Cette fois, c’est bien fini. Ses avocats lui serrent la main. Il met son chapeau et redescend le petit escalier, qu’il ne gravira plus, du même pas lent, mesuré, placide, son pas de tous les jours, lorsqu’il venait, les dossiers sous le bras, discuter comme un comptable les chiffres de son petit carnet.

Me de Moro-Giafferi avait fait pourtant l’impossible pour le sauver, et il faut louer son effort. Il avait discuté les expertises, disant que la découverte des ossements trouvés dans la seconde perquisition ne signifiaient rien, puisqu’on n’en avait pas trouvé dans la première. Quelqu’un, peut-être, les avait déposés. D’ailleurs, ces ossements pouvaient provenir d’un cimetière ; et on brûle, dans les campagnes, les détritus des champs de repos. « J’ai, dit-il, la certitude qu’ils ont été déposés à dessein. » Les expertises sont, dit-il, d’ailleurs douteuses, et « le seul chemin qui mène à la certitude est le doute permanent. »

Ensuite, il discute les témoignages des gens qui ont vu des flammes, senti des odeurs délétères. Ce sont, pour lui, « des commérages ». Il croit à l’impossibilité de brûler des cadavres dans un poêle. Il cherche, en étudiant le carnet de Landru, à démontrer que les victimes ont survécu au jour fixé pouf leur disparition. Et enfin, explique Claretie, il apporte une hypothèse sur ces disparitions, hypothèse pour lui « plus vraisemblable que le crime ». La voici. On l’avait d’ailleurs déjà formulée. Landru aurait fait la traite des blanches. Pourquoi les disparues ne parlent-elles pas ? Parce que, sans doute, chacune d’elles compte sur les autres pour sauver Landru ; nulle ne voulant en prendre la responsabilité, afin d’éviter les railleries du public.

« Si Landru gardait des papiers de femmes, c’est qu’il les gardait pour je ne sais quel métier ; laissez-moi le définir d’un mot brutal et grossier : un marchand de chair. Elles sont peut-être dans de lointaines Amériques. Comprenez-vous alors pourquoi elles se taisent ? » Et Landru aurait pour cela un complice ou des complices qu’il ne veut pas nommer. Les heures marquées au carnet, lors des disparitions, seraient les heures d’expédition en Amérique.

Mais cela n’explique rien. Pourquoi, avec cette hypothèse, Landru les aurait-il fait venir à Gambais ? Et pourquoi ne pas parler ? La traite des blanches est un tout petit délit à côté de ses crimes. Il est relégué et ne risque plus rien ; tandis qu’il risque sa tête, en ne parlant pas.. Sauver un complice ? Quel complice ? Un des siens ? Mais on a enquêté sur eux et on n’a rien trouvé. Et cette hypothèse n’explique pas les fiançailles. Ces femmes étaient âgées, Mme Jaume était chrétienne. Et l’hypothèse ne paraît pas convaincante.

Henri-Désiré Landru en 1921
Henri-Désiré Landru en 1921

Un appel à la pitié ; un suprême appel au doute : « Que demain revienne seulement une de ces femmes, et quelle fierté alors pour vous de dire : Je n’ai pas tué ! Ne faites pas l’irréparable ; écartez de vos nuits chaudes ou glacées le spectre du revenant disant : J’étais innocent ! Si en marge de cet arrêt l’histoire devait dire : Ils ont donné la mort. Ils se sont trompés ! Quelle charge pour votre conscience ! »

Un suprême argument enfin. Landru est poursuivi pour faux. Qu’on lui donne vingt ans de travaux forcés, et qu’on l’acquitte pour les assassinats. La plaidoirie fut très belle : mais les disparitions des femmes, leur silence, leurs meubles et leur argent trouvés chez Landru, les ossements et les cendres du jardin étaient des charges impossibles à combattre ; à moins de n’admettre jamais la culpabilité humaine, si le criminel n’avoue point.

Landru n’avait point avoué. Mais son système de défense précisément le condamnait : « Je sais, mais je ne veux rien dire ! » Jusqu’au bout, il avait essayé de railler la justice, et de finasser avec l’évidence. Cela n’a pas réussi ; Landru n’en parut ni étonné, ni ému. C’est l’homme le plus insensible qu’on ait jamais vu, conclut Georges Claretie. Et quand pour la dernière fois, il franchit le pas de la petite porte qui s’ouvre dans la muraille pour le conduire en prison, on songeait au mot du vieux conteur qui, en ce procès, devient effarant : « Le Barbe-Bleue avait le cœur plus dur qu’un rocher. ».

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