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Enfermé dans mon temps, mon Chat † de Schrödinger

Cet article est reposté depuis Tu m'étais tout.

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Ô Christ, tu es le Roi de gloire !Que notre nuit soit douce et reposante dans tes mains

NTRODUCTION DU CHAPELET
 

Au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit,
Amen.

MYSTERES GLORIEUX

(dimanche et mercredi)
1. La Résurrection de Jésus
2. L’Ascension de Jésus au ciel
3. La descente du Saint Esprit au jour de la Pentecôte
4. L’Assomption de Marie au ciel
5. Le Couronnement de Marie dans le ciel

INTRODUCTION DES VÊPRES
 

V/ Dieu, viens à mon aide,
R/ Seigneur, à notre secours.

Gloire au Père, et au Fils et au Saint-Esprit,
au Dieu qui est, qui était et qui vient,
pour les siècles des siècles.
Amen. (Alléluia.)

HYMNE

Le carnet de chants est désormais accessible en cliquant sur le bouton ci-dessus : queue_music

ANTIENNE
 

Nul n’est monté au ciel sinon le Fils de l’homme, descendu du ciel et vivant au ciel. Alléluia.

PSAUME : 112
1 Louez, serviteurs du Seigneur,
louez le nom du Seigneur !
2 Béni soit le nom du Seigneur,
maintenant et pour les siècles des siècles !
3 Du levant au couchant du soleil,
loué soit le nom du Seigneur !

4 Le Seigneur domine tous les peuples,
sa gloire domine les cieux.
5 Qui est semblable au Seigneur notre Dieu ?
Lui, il siège là-haut.
6 Mais il abaisse son regard
vers le ciel et vers la terre.

7 De la poussière il relève le faible,
il retire le pauvre de la cendre
8 pour qu'il siège parmi les princes,
parmi les princes de son peuple.
9 Il installe en sa maison la femme stérile,
heureuse mère au milieu de ses fils.
ANTIENNE
 

Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Alléluia.

PSAUME : 116
1 Louez le Seigneur, tous les peuples ;
fêtez-le, tous les pays !

2 Son amour envers nous s'est montré le plus fort ;
éternelle est la fidélité du Seigneur !
ANTIENNE
 

Voici maintenant le règne de Dieu, voici la puissance de son Christ, alléluia.

PSAUME : CANTIQUE (AP 11-12)

11.17 À toi, nous rendons grâce, +
Seigneur, Dieu de l'univers, *
toi qui es, toi qui étais !

Tu as saisi ta grande puissance
et pris possession de ton règne.

18 Les peuples s'étaient mis en colère, +
alors, ta colère est venue *
et le temps du jugement pour les morts,

le temps de récompenser tes serviteurs,
   les saints, les prophètes, *
ceux qui craignent ton nom,
   les petits et les grands.

12.10 Maintenant voici le salut +
et le règne et la puissance de notre Dieu, *
voici le pouvoir de son Christ !

L'accusateur de nos frères est rejeté, *
lui qui les accusait, jour et nuit,
   devant notre Dieu.

11 Ils l'ont vaincu par le sang de l'Agneau, +
par la parole dont ils furent les témoins : *
renonçant à l'amour d'eux-mêmes,
   jusqu'à mourir.

12 Soyez donc dans la joie, *
cieux,
   et vous, habitants des cieux !

PAROLE DE DIEU : (EP 2, 4-6)
Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts à cause de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités ; avec lui, il nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus.
RÉPONS

R/ Dieu s’élève parmi les ovations.

 

* Alléluia, alléluia !

 

V/ Le Seigneur, aux éclats du cor. *

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. R/

ANTIENNE
 

Père, j’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés ; c’est pour eux que je te prie, non pour le monde. Alléluia.

CANTIQUE DE MARIE (LC 1)

Mon âme exalte le Seigneur, *
exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.

Parce qu’Il a regardé l’humili de sa servante, *
voici que désormais toutes les générations me diront bienheureuse.

Car le Puissant a fait pour moi des merveilles, *
Saint est son nom.

Sa miséricorde s’étend de génération en génération *
sur ceux qui Le craignent.

Déployant la force de son bras, *
il disperse les orgueilleux qui s’évent en leur coeur.

Il jette les puissants à bas de leur trône, *
il éve les humbles.

Il comble de biens des affamés *
et renvoie des riches les mains vides.

Il relève Israël, son serviteur, *
il se souvient de sa miséricorde,

comme il l’avait dit à nos pères, *
en faveur d’Abraham et de sa descendance pour les siècles.

INTERCESSION

Acclamons le Christ, qui siège à la droite du Père :


R/

Ô Christ, tu es le Roi de gloire !

 

Jésus, notre frère et notre Roi,
tu as élevé notre condition humaine jusqu’à la gloire du ciel :
— rétablis en nous la dignité de ton œuvre première.

 

Par la puissance de l’Esprit,
tu es sorti du Père et venu en ce monde :
— dans la force de ce même Esprit,
fais-nous passer avec toi de ce monde jusqu’au Père.

 

Tu as promis d’attirer à toi tous les hommes :
— garde dans ton Église ceux que le Père t’a donnés.

 

Maintenant que tu es entré dans la gloire du Père, 
— tourne notre désir vers le ciel où tu es glorifié.

 

Au dernier jour, tu jugeras le monde :
— accorde à tous nos frères défunts
de voir en toi le Seigneur des miséricordes.

NOTRE PÈRE

Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation
mais délivre-nous du Mal.
Amen

ORAISON

Dieu qui élèves le Christ au-dessus de tout, ouvre-nous à la joie et à l’action de grâce, car l’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire : nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c’est là que nous vivons en espérance.

PRIÈRE À SAINT MICHEL

Saint Michel archange,
défendez-nous dans le combat,
soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon.
Que Dieu lui commande, nous vous en supplions ;
et Vous, Prince de la milice céleste, repoussez en enfer, par la force divine,
Satan et les autres esprits mauvais, qui rôdent dans le monde
pour la perte des âmes.
Amen.

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Nos frères et soeurs d'Afrique Subsaharienne doivent relever de nombreux défis, surtout lorsqu'en plus, ils sont persécutés

 
Sujets de prière :
 
  • Remercions Dieu pour la bienveillance de nos équipes en Afrique Subsaharienne
  • Prions pour que la menace de la famine s’éloigne de nos frères et sœurs persécutés
  • Prions pour que leur foi reste ferme au milieu de toutes leurs difficultés
 
Afrique Subsaharienne: ils prient pour nous, prions pour eux!
 
 
Nos frères et soeurs d'Afrique Subsaharienne doivent relever de nombreux défis, surtout lorsqu'en plus, ils sont persécutés.
 
 
 
 
 
 
«Alors que vous priez fidèlement et avec ferveur pour les chrétiens d’Afrique, nous vous encourageons également à ne pas perdre espoir ni courage et à tenir votre engagement envers le Seigneur», dit Pierre, qui supervise les actions de Portes Ouvertes en Afrique Subsaharienne. Il poursuit:
 
«Sans aucun doute, Dieu permet que ces moments difficiles nous attirent davantage dans une relation personnelle avec Lui. Nous prions aussi pour vous, car ce n’est facile pour personne en ce moment.»
 
Cette invitation à compter sur Dieu dans l'épreuve est un rafraîchissement qui nous rappelle que les difficultés n'ont pas eu raison du moral de nos équipiers. Non seulement ils persévèrent dans la prière, mais en plus ils prient pour nous.
 
Le défi de la persévérance
 
Pour l'instant, il semble que peu de personnes aient été malades du Covid-19 en Afrique Subsaharienne. Les habitants souffrent cependant des conséquences économiques du confinement imposé dans plusieurs pays, en particulier ceux qui vivent d'un travail journalier et qui ont perdu tout salaire du jour au lendemain.
La discrimination et la marginalisation des chrétiens continue. Cette pandémie s'accompagne d'un accès limité aux ressources qui, ajouté à la marginalisation, expose nos frères et sœurs persécutés à des difficultés encore plus grandes. La persécution se poursuit et la fermeture d'églises en prévention de l'épidémie ajoute un poids de souffrance sur les chrétiens persécutés. L’église est un lieu de réconfort et de communion fraternelle dont ils sont privés en raison des restrictions gouvernementales.
 
Priorité à l’entraide
 
Selon le programme alimentaire de l’ONU, le nombre de personnes souffrant de la faim pourrait presque doubler dans le monde. «Nous sommes inquiets quant à la capacité des chrétiens discriminés à trouver suffisamment de nourriture. En ces temps difficiles, les familles et les communautés se regroupent et mettent en commun leurs ressources pour s'entraider. Mais les minorités chrétiennes ou ceux qui sont mis à l’écart par leur famille musulmane ne peuvent pas compter sur cette solidarité», confie Pierre. Portes Ouvertes met donc tout en oeuvre pour aider les partenaires à donner le réconfort nécessaire aux chrétiens persécutés d'Afrique Subsaharienne. Vos prières sont au coeur de cette aide.

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Le Pape Libère, Saint Athanase et les ariens

Le Pape Libère, Saint Athanase et les ariens
Par M. l’abbé Giuseppe Murro

Le pape Libère a cédé face aux ariens ? Non

Nombreux sont ceux qui soutiennent que le Souverain Pontife peut se tromper. Pour conforter leur thèse, ils avancent souvent le cas du Pape Libère qui, d’après eux, aurait erré dans la foi. Avant d’étudier le fait historique, rappelons que le cas de Libère est cité par les protestants, les conciliaristes, les gallicans et les anti-infaillibilistes pour nier la juridiction suprême et l’infaillibilité du Souverain. Celui qui, aujourd’hui, repropose cet exemple pour soutenir la thèse selon laquelle le Pape peut se tromper se trouve donc en bonne compagnie…
En 313, l’Edit de Constantin vint clore la période des grandes persécutions pour les chrétiens. Mais, si ceux-ci étaient désormais libres de professer leur foi, l’Eglise se vit confrontée à d’autres difficultés: parmi elles, on peut compter l’apparition de nouvelles hérésies et l’ingérence du pouvoir temporel dans les choses spirituelles.
L’arianisme
Un des dogmes de la foi chrétienne est la doctrine de la Sainte Trinité (c’est-à-dire d’un seul Dieu en trois Personnes: le Père, le Fils et le Saint-Esprit). Dès le IIIème siècle, l’Eglise dut combattre plusieurs hérésies qui attaquaient ce dogme: certains soutenaient que Notre-Seigneur était un simple homme investi par la Puissance de Dieu d’un pouvoir exceptionnel; d’autres affirmaient que Jésus est en réalité le Père lui-même et que, par conséquent, le Père et le Fils sont une seule et même Personne. En condamnant ces hérésies, l’Eglise enseigna que Jésus est une Personne divine, distincte du Père. Le Magistère ne détermina pas encore quel rapport précis existe entre la Personne du Fils et celle du Père. Nous savons qu’ils sont égaux, qu’ils ont la même substance, qu’ils ont les mêmes attributs (ils sont tous les deux tout-puissants, omniscients, éternels…) bien que leurs Personnes restent distinctes.
Par la suite, la tendance à subordonner de quelque façon le Fils au Père sans en nier cependant la Divinité se répandit toujours plus. Le célèbre prêtre d’Alexandrie d’Egypte, Arius, ne se contenta pas seulement de soutenir la dépendance du Fils par rapport au Père quant à la nature mais il alla même jusqu’à refuser au Fils la nature divine et les attributs divins comme l’éternité et l’être “ex Deo” (c’est-à-dire: qui vient de Dieu). Voici deux des formules principales de la doctrine arienne au sujet du Fils: “Il y eut un temps où le Fils de Dieu n’était pas” et “Le Fils de Dieu vient du non-être”. Pour Arius, le Verbe (Logos) est une création du Père qui l’a créé du néant; il en est la première créature ou la plus éminente, destinée à être l’instrument pour la création des autres êtres, mais il n’est pas Dieu. En 315, Arius commença à répandre ses doctrines à Alexandrie d’Egypte; en 318, l’évêque de la ville tint un grand synode où il l’expulsa de la communion ecclésiastique et il communiqua cette décision au Pape Sylvestre. Arius dut alors quitter la ville.
La controverse atteignit des proportions toujours plus grandes: l’empereur lui-même, Constantin le Grand, y intervint mais de manière indue et malheureuse. En 325, eut lieu finalement le concile de Nicée en Bithynie: c’est là que fut rédigé le fameux symbole (ou Credo) qui est récité pendant la Sainte Messe dans lequel est affirmé que le Verbe est de même Nature que le Père (“consubstantiel au Père”): “Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, qui n’a pas été fait, mais engendré, consubstantiel au Père, et par qui toutes choses ont été faites”. Les principales thèses d’Arius furent alors frappées d’anathème et les évêques qui lui étaient favorables furent excommuniés et envoyés en exil.
Mais l’arianisme n’avait été que repoussé et non vaincu: il s’était divisé en plusieurs sectes. Après son exil, Arius adhéra à celle des eusébiens qui déclaraient ne pas s’opposer au concile de Nicée mais refusaient le “consubstantiel” (comme s’il était possible de faire un tri dans le Magistère de l’Eglise). Le point commun de toutes ces sectes était le rejet du “consubstantiel” et la lutte contre Athanase, le défenseur de la foi catholique. Mais, si les ariens étaient unis pour s’opposer au “consubstantiel”, comment expliquaient-ils le rapport entre le Père et le Fils? “Si le Verbe n’est pas égal au Père dans la substance (homoousios), Lui est-il au moins semblable (homoios) ou dissemblable (anomoios)? Le byzantinisme ne pouvait pas manquer cette occasion pour user de sophismes et de sous-entendus” (1). C’est la raison pour laquelle les positions de ceux qui niaient que la substance du Verbe est semblable à celle du Père étaient divisés en trois factions:
1) Il y avait tout d’abord ceux qui niaient carrément toute similitude entre les deux substances, affirmant que celle du Père était divine mais celle du Verbe humaine et créée: c’était les anoméens dissemblables (le Verbe étant, pour eux, dissemblable en tout au Père) ou anoméens ouverts avec, à leur tête, Aèce, Eudoxe et Acace.
2) Puis, il y avait ceux qui acceptaient l’expression homoios, semblable (au Père), mais non l’expression homoiousios, semblable quant à la substance (au Père): pour eux, le Verbe était semblable au Père seulement de façon relative, de la même façon que l’image réfléchie dans un miroir est semblable à celui qui s’y regarde. “Evidemment, ils jouaient avec les mots, surtout après que l’anoméisme ouvert ait été condamné même par l’empereur” (1). Les eusébiens et les acaciens s’unirent à ceux-ci: on les appela anoméens dissimulés ou homéens, et on peut aussi les désigner du nom de pseudo-similistes (du latin “similis”, semblable).
3) Il y avait enfin les similistes, appelés communément semi-ariens. Ils acceptaient bien le mot et le concept de homoiousios (c’est-à-dire qu’ils affirmaient que le Verbe est semblable au Père quant à la substance). Mais ils refusaient l’expression “consubstantiel au Père” craignant qu’elle implique la suppression de la distinction des trois Personnes divines. “Au fond, c’était une erreur de formule et non de foi”, déclare Benigni (1). Il y en avait cependant certainement parmi eux qui avaient une conception inexacte de cette similitude et qui n’avaient donc pas la foi catholique, “mais d’autres étaient catholiques et ils furent reconnus par l’intransigeant Athanase lui-même (De synodis, XII) comme catholiques trompés par une équivoque de formule et par une équivoque d’opportunisme” (1). Ils proclamaient l’homoiousios mais n’osaient pas affirmer l’homoousios et ainsi, pour un “iota”, ils ne confessaient pas intégralement la foi. Comme nous le verrons, les évê­ques catholiques s’efforçaient de faire rentrer ces derniers dans la communion de l’Eglise catholique.
A la cour de Cons­tantin, les ariens travaillèrent avec succès, soutenus surtout par la sœur de l’empereur, Constantia. En 328, les exilés purent rentrer dans leur patrie et certains furent réintégrés par Constantin sur leurs sièges épiscopaux dont ils avaient été éloignés à cause de leur hérésie. Et c’est ainsi que les ariens réussirent en peu de temps à chasser des sièges épiscopaux les chefs du parti “nicéen” c’est-à-dire les évêques catholiques, parmi lesquels Athanase, nouvel évêque d’Alexan-drie, qui fut envoyé en exil à Trèves. Constantin avait préparé la solennelle réadmission d’Arius mais ce dernier mourut subitement.
Après la mort de Constantin, dans la lutte entre catholicisme et hérésie, les succès s’alternèrent de part et d’autre. L’Empire fut divisé entre les deux fils de Cons­tantin, Constant qui gouvernait l’Occident et Cons­tance II qui gouvernait l’Orient, et il y eut la paix pendant quelques années. Mais quand Constance, qui avait en grande sympathie les ariens, devint l’unique empereur après la mort de son frère Constant, la lutte se ralluma et les persécutions recommencèrent. “A mesure que les dangers politiques diminuaient la manie des conciles et des disputes théologiques reprenait le dessus dans Constance” (2). En 351, un synode se tint en Pannonie à Sirmium (l’actuelle Mitrovicza) où résidait alors l’empereur: il y fut établi un symbole de foi (appelé première formule de Sirmium) dans lequel ne se trouve pas affirmé que le Père et le Fils sont de même substance. De plus, Ursace et Valens, les deux évêques ariens les plus factieux, devinrent les conseillers théologiques de l’empereur. Les évêques fidèles à la foi de Nicée furent privés de leurs sièges et St Paul de Cons­tan­tinople fut exilé et tué.
Mais l’ennemi de toujours était Atha­nase: il fallait le chasser de son diocèse. Après la mort de Jules Ier en 352, les ariens exercèrent des pressions sur le nouveau Pape Libère afin qu’il excommuniât Athanase. Libère examina les preuves et non seulement refusa de le condamner mais déclara Athanase innocent de toute faute: il demanda donc à l’empereur de réunir un concile général à Aquilée. Mais Constance fit dérouler le Concile en 353 dans la ville d’Arles où il résidait à ce moment-là dans l’intention évidente de le diriger par son influence. Les évêques des Gaules furent eux aussi convoqués mais, pratiquement, le synode fut conduit par les évêques ariens. Aucun des décrets du concile n’aborda les questions théologiques alors discutées mais l’un d’eux, qui avait été préparé à l’avance, condamna Athanase. Les légats papaux essayèrent de s’opposer inutilement: Valens, l’un des deux évêques ariens conseillers de l’empereur, réussit à présenter avec adresse le document et l’empereur menaça de destituer et exiler les évêques occidentaux qui ne signeraient pas les décisions du synode. C’est ainsi que tous les évêques signèrent l’un après l’autre, y compris le légat pontifical Vincent de Capoue qui fut trompé et malmené. Par contre, Paulin de Trèves refusa et fut exilé en Phrygie où il mourut par la suite. Le Pape Libère fut peiné de la défection des évêques et de son légat (3). Il envoya donc à l’empereur une lettre dans laquelle il confirmait avec fermeté l’innocence d’Athanase, les droits de l’Eglise, l’excommunication des ariens et la nécessité de réunir un concile.
Entre-temps, Constance fit tuer son cousin Gallus qui gouvernait l’Orient de peur qu’il ne se rende indépendant de lui. Quand la nouvelle de la mort de Gallus arriva, la cour s’en réjouit comme d’une victoire, adula la toute-puissance de l’empereur et Constance se mit à signer avec les titres de “seigneur du monde et éternel”. “Les évêques ariens, qui refusaient cette qualité au Fils de Dieu, ne rougirent plus de la donner au vaniteux et ridicule Constance” (4).
Le Concile de Milan
En 355, Constance réunit un Concile à Milan: plus de trois cents évêques d’Oc­cident y étaient présents. “Avec ce synode, débuta une humiliante tragédie où l’empereur qui ne supportait pas la moindre opposition à sa volonté se laissa emporter par des mesures toujours plus dures et se rendit coupable de graves fautes” (5). Libère convainquit St Eusèbe de Verceil d’y participer dans l’espoir de faire triompher la foi catholique. Mais à Milan les ariens firent attendre pendant dix jours Eusèbe ainsi que les légats pontificaux avant de commencer le concile pour mieux organiser leurs machinations. De fait, à l’ouverture du Concile, ils voulurent commencer par la condamnation d’Athanase; les catholiques, conduits par les évêques St Eusèbe, Lucifer de Cagliari et St Denys de Milan, répondirent qu’il fallait d’abord souscrire au symbole de Nicée pour s’assurer de la catholicité des personnes présentes. Il s’ensuivit une grande agitation: le peuple, entendant le tapage, accourut et, scandalisé, commença à dénoncer l’absence de foi des évêques ariens. Ces derniers, craignant le pire, se réfugièrent dans le palais de l’empereur. Constance décida alors de transférer les séances suivantes de l’église (où le concile avait commencé) à son palais et obtint, grâce aux menaces, le même résultat qu’en Arles. Les ariens lurent un édit de Constance rempli de leurs hérésies. N’ayant pas réussi à le faire accepter, Constance fit venir les trois opposants, Lucifer, Eusèbe et Denys, et leur demanda, au nom de son autorité d’empereur, de signer la condamnation d’Athanase. Mais les trois évêques s’y refusèrent fermement malgré les menaces de mort. Constance les envoya alors en exil, et Ursace et Valens firent frapper le diacre Hilaire qui accompagnait Lucifer. C’est alors que la plupart des évêques signèrent par faiblesse ou par surprise la condamnation d’Athanase et ceux qui ne signèrent pas furent calomniés et chassés, immédiatement ou peu de temps après, de leur siège (6).
Eusèbe fut envoyé en Palestine, Lucifer en Syrie, Denys en Cappadoce. Le Pape Libère leur écrivit une lettre: “Quel réconfort puis-je vous donner, divisé comme je suis entre la douleur de votre absence et la joie de votre gloire? La meilleure consolation que je puisse vous offrir est celle que vous vouliez me considérer exilé avec vous. Oh! combien j’aurais désiré, frères bien-aimés, être immolé avant vous! (…) Je supplie donc votre charité de me croire présent avec vous et de penser que ma plus grande douleur est de me voir séparé de votre compagnie” (7). Ce désir de Libère se réalisera peu après: les ariens savaient en effet que, pour avoir un succès définitif, il fallait essayer de lui arracher son consentement.
Entre-temps, des messagers impériaux furent envoyés auprès des évêques absents pour obtenir par n’importe quel moyen leur signature: mais ils trouvèrent dans les Gaules une forte opposition avec, à sa tête, St Hilaire de Poitiers. Pour la circonvenir, un synode fut réuni en 356 à Béziers et St Hilaire fut obligé d’y participer: la signature de la condamnation d’Athanase fut extorquée à la majorité des évêques par la violence et les menaces. Les seuls qui s’y refusèrent furent St Hilaire et Rhodane de Toulouse qui furent exilés en Phrygie (8).
Libère et Constance
L’empereur décida alors d’envoyer avec des dons son messager l’eunuque Eusèbe à Libère pour s’en faire bien voir et pour lui demander d’adhérer à la condamnation d’Athanase et d’être en communion avec les ariens. Libère refusa les dons. Eusèbe se mit alors en colère: il menaça même âprement le Pape et alla dans l’église de St Pierre pour y déposer ses dons. Quand Libère l’apprit, il se mit en colère contre le gardien qui les avait acceptés et fit jeter dehors cette offrande profane.
Au retour d’Eusèbe à Milan, Constance écrivit au gouverneur de Rome Léonce pour lui demander de conduire Libère à Milan de gré ou de force. Une grande terreur se répandit alors à travers Rome: beaucoup de familles furent menacées, plusieurs durent fuir et les portes de la ville furent surveillées. En définitive, on voulait isoler le Pontife. Rome connut ainsi la violence des ariens dont elle avait seulement entendu parler jusqu’alors. Libère fut finalement enlevé de nuit par crainte du peuple qui l’aimait.
Quand il arriva à Milan, Constance lui donna audience ou plutôt l’interrogea face à son consistoire et en présence de sténographes qui en enregistraient les paroles. «L’empereur voulait que Libère sanctionne les yeux fermés la condamnation d’Athanase. Mais Libère maintint solidement le principe romain que le Siège Apostolique ne condamne que ceux qui sont poursuivis en justice et jugés par lui-même… Dans son colloque avec l’empereur, le Pape demanda un procès ecclésiastique pour Athanase “puisqu’il ne peut se faire que nous condamnions quelqu’un dont on n’a pas fait le procès”. Constance répliqua une vérité officielle: “Tout le monde l’a condamné”. Libère répondit: “Ceux qui signèrent sa condamnation ne considérèrent pas les faits mais cherchèrent seulement à obtenir ton estime ou à fuir ta colère ou, tout au moins, à éviter d’être mal vu de toi” (…). Alors le tyran insista: “On te demande seulement cela (c’est-à-dire de condamner Athanase); pense donc à la paix et souscris pour que tu puisses retourner à Rome”. La réponse de Libère fut héroïque: “A Rome, j’ai déjà dit adieu aux frères; il importe plus d’observer les lois de l’Eglise que d’habiter à Rome» (9). Constance lui laissa trois jours pour réfléchir mais, deux jours après, comme le Pontife ne changeait pas d’avis, il l’envoya en exil à Bérée en Thrace; c’était en 356. Dès que Libère fut sorti, Constance lui fit parvenir 500 sous d’or pour ses frais mais Libère répondit à celui qui les apportait: “Rends-les à l’empereur qui en a besoin pour ses soldats”. L’impératrice fit de même et Libère donna au porteur la même réponse en ajoutant que, si l’empereur n’en avait pas besoin, qu’il les donne aux évêques ariens qui l’entouraient et qui en avaient certainement besoin. L’eunuque Eusèbe lui offrit également de l’argent mais Libère lui dit: “Tu as rendu désertes toutes les églises du monde et tu m’offres une aumône comme à un criminel! Va et commence par te faire chrétien” (10).
La persécution
Le Pape étant à peine parti, Constance fit mettre à sa place, comme évêque de Rome, Félix II, antipape. Bien que ce dernier eût accepté le Concile de Nicée, le peuple romain ne voulut pas entrer dans l’église dont il avait pris possession pour la bonne et unique raison qu’il était en communion avec les ariens.
La persécution commença alors dans tout l’empire. Les ariens convainquirent Constance qu’il fallait que le vieil Osius (3) signât lui aussi la condamnation d’Athanase. Il y eut un échange de lettres où Osius soutint la foi nicéenne et rappela comment Athanase avait toujours été reconnu innocent de toutes les fausses accusations dont le chargeaient les ariens. Constance l’envoya alors en exil à Sirmium et envoya partout ses ministres avec des ordres menaçants: aux évêques afin qu’ils signent la condamnation d’Athanase et se mettent en communion avec les ariens sous peine de bannissement, emprisonnement, châtiment corporel et confiscation de leurs biens; et aux juges aussi afin qu’ils obligent les évêques à exécuter ses ordres. Qui plus est, les ministres de Constance étaient accompagnés des clercs de Valens et d’Ursace pour dénoncer les juges les plus négligents. C’est ainsi que plusieurs évêques furent conduits devant les juges afin de les obliger à signer la condamnation d’Athanase. Celui qui refusait de signer était accusé, après quelque temps, de n’importe quel crime (calomnie, blasphème, etc…) et était ensuite envoyé en exil tandis que sa place était prise par un arien.
Entre-temps, Constance envoya des troupes à Alexandrie avec l’ordre de prendre Athanase: elles entrèrent à minuit dans l’église où Athanase célébrait l’office nocturne de la vigile d’une fête. L’évêque ne voulut pas bouger jusqu’à ce que tous les fidèles ne se soient mis en sûreté, et – quand la plupart furent à l’abri – quelques-uns des clercs d’Athanase prirent celui-ci de force et le firent fuir. Athanase se cacha longtemps, d’abord à Alexandrie, puis dans le désert. Georges de Cappadoce fut nommé à sa place alors que la persécution des évêques catholiques commençait dans toute l’Egypte. Georges, le nouvel évêque d’Alexandrie, se comportait avec une telle cruauté que même les païens s’en plaignaient à l’empereur. Les catholiques d’Alexandrie se réunissaient désormais hors de la ville. Un jour où ils s’étaient réunis dans un cimetière, un capitaine, Sébastien, y arriva avec trois mille hommes armés envoyés par les ariens et fit allumer un grand feu en menaçant d’y faire brûler tous ceux qui ne voulaient pas embrasser la foi des ariens. Comme les menaces n’épouvantaient pas les catholiques, Sébastien les fit battre avec des verges crochues au point que plusieurs d’entre eux moururent de ces mauvais traitements. Leurs corps furent jetés aux chiens. Mais les fidèles honorèrent ces confesseurs de la foi comme des martyrs. Georges, à cause de la cruauté dont il usait, dut quitter Alexandrie une première fois; il y revint ensuite mais fut tué au cours d’une révolte de païens.
Constance à Rome: libération de Libère
En avril 357, Constance qui n’avait jamais vu Rome y fit son entrée solennelle. Les matrones romaines des nobles et riches familles supplièrent avec insistance l’empereur de restituer à Rome son pasteur: Félix communiquait avec les ariens, dirent-elles, et aucun romain n’entrait dans l’église quand il s’y trouvait. Mais Constance “adopta une mesure très byzantine”: après avoir promis qu’il les exaucerait, il donna ensuite l’ordre qu’il y eut en même temps à Rome Libère et Félix. Mais quand on lut ces lettres dans le cirque, le peuple “qui n’était pas byzantin et ne voulait pas de byzantineries” s’écria ironiquement: “Un Dieu, un Christ, un évêque!” (11). Quand Libère put ensuite revenir à Rome, le peuple l’accueillit triomphalement et chassa Félix peu après.
Le Pape Libère proclama exclus de la communion ecclésiastique ceux qui ne reconnaissaient pas la similitude totale du Fils avec le Père dans la substance et dans les attributs, et réaffirma ainsi intégralement la foi catholique.
Le problème de la “chute” d’Osius
En 357, les ariens vinrent de nouveau trouver le vieil Osius désormais centenaire alors qu’il se trouvait à Sirmium en exil, maltraité et blessé. On dit qu’on le persuada de signer une formule de foi (appelée deuxième formule de Sirmium) dans laquelle on ne parlait ni du “consubstantiel”, ni même du “semblable”; il refusa cependant de souscrire à la condamnation d’Athanase. Ce dernier affirme d’Osius: “Il céda un instant aux ariens, non pas parce qu’il croyait que nous étions coupables, mais seulement parce qu’il ne supporta pas les mauvais traitements à cause de sa faiblesse due à la vieillesse” (12). St Phébade, évêque d’Agen, stigmatisa ce fait pour montrer aux catholiques de ne pas se laisser impressionner par cette chute tant mise en avant par les ariens: “… On nous oppose le nom d’Osius, le plus ancien de tous les évêques, dont la foi a toujours été si sûre; mais je réponds que l’on ne peut employer l’autorité d’un homme qui se trompe à présent ou qui s’est toujours trompé… S’il a maintenant d’autres sentiments, s’il défend maintenant ce qu’il a condamné auparavant et condamne ce qu’il a soutenu, je le dis encore une fois, son autorité n’est pas recevable; car, s’il a mal cru pendant près de quatre-vingt-dix ans, je ne croirai pas qu’il croit bien après quatre-vingt-dix ans… La justice du juste ne le sauvera point s’il tombe une fois dans l’erreur” (13).
On ne peut affirmer avec certitude qu’Osius ait cédé: il faut tenir présent à l’esprit que le fait de sa chute fut raconté par les ariens qui le retenaient prisonnier et il fut ensuite repris par les disciples de Lucifer de Cagliari et Grégoire d’Elvire, de tendance rigoriste, qui racontèrent par la suite des légendes contre Osius (14). De toute façon, s’il signa vraiment la seconde formule de Sirmium, il le fit à un moment où sa volonté n’était pas libre puisqu’il s’agissait d’un homme presque centenaire, maltraité et exilé.
Division entre les ariens
L’aile extrême de la faction arienne, les anoméens dissemblables, tint un concile où fut condamnée l’expression “semblable dans la substance” (tenue par contre par les similistes) en avançant comme prétexte que cette condamnation était contenue dans la deuxième formule de Sirmium. Les similistes (ou semi-ariens) tinrent alors contre eux un autre concile à Ancyre dans lequel ils excommunièrent quiconque niait que le Fils est semblable au Père dans la substance mais condamnèrent le terme “consubstantiel”. Ils envoyèrent ensuite une députation conduite par Basile d’Ancyre et quelques autres à Sirmium où se trouvait l’empereur pour lui présenter cette profession de foi mais ils avaient pris soin d’en retrancher auparavant l’article qui condamnait le “consubstantiel”! L’empereur qui venait d’approuver les anoméens dissemblables se rétracta alors, donna de nouveaux ordres et menaça de graves peines ceux qui ne changeraient pas d’avis comme lui. Ceci démontre la légèreté avec laquelle Constance traitait des sujets les plus graves.
En 358, il convoqua de nouveau un concile à Sirmium dans lequel prévalurent les semi-ariens. Ce concile eut en effet un caractère anti-arien: la seconde formule de Sirmium y fut condamnée mais l’expression “semblable dans la substance” ainsi que le terme “consubstantiel” furent exclus (ce fut la troisième formule de Sirmium). Dans ce concile, on fit donc un pas en avant dans la condamnation de l’arianisme bien que la doctrine catholique n’y fut pas pleinement exposée.
St Hilaire qui se trouvait en exil écrivit à cette période le De Synodis dans lequel il loua les participants au concile d’Ancyre pour avoir condamné la deuxième formule de Sirmium, les appelant “frères bien aimés”. Il leur expliquait qu’ils ne devaient pas avoir peur du terme “consubstantiel” puisqu’il ne supprimait pas la distinction entre les Personnes divines et que le concile de Nicée l’avait utilisé. St Hilaire espérait arriver à un éclaircissement avec les semi-ariens.
Epilogue
Ce fut alors que Constance voulut réunir un nouveau concile mais les ariens dissemblables le convainquirent d’en faire deux en séparant les évêques occidentaux des évêques orientaux. Ces conciles étaient convoqués par l’empereur (qui n’était même pas baptisé mais simple catéchumène) et le pape n’en était pas averti. En 359, presque cinq cents évêques représentant l’occident se réunirent donc à Rimini et environ cent quatre-vingt à Séleucie pour l’orient. Les ariens s’étaient déjà réunis à Sirmium pour préparer les documents: ils y rédigèrent la quatrième formule de Sirmium dans laquelle on bannissait le terme “substance” et où l’on disait que le Fils est semblable en tout au Père. Le concile s’étant ouvert à Rimini, les évêques rejetèrent cette formule après plusieurs disputes et reconfirmèrent les décrets de Nicée. Ursace et Valens qui ne voulaient pas signer les décrets y furent condamnés et déposés. Le concile envoya dix légats à l’empereur mais celui-ci, n’étant entouré que par des ariens, tergiversa: il réussit enfin à faire signer aux légats eux-mêmes une autre formule à Nicée en Thrace (ville choisie expressément pour la faire confondre avec Nicée en Bithynie). Elle reproduisait la quatrième formule de Sirmium (en supprimant cependant “en tout” dans la formule “le Fils est semblable en tout au Père”) et l’empereur la fit porter à Rimini pour la faire accepter. Les évêques, désormais fatigués d’être là depuis plusieurs mois, l’acceptèrent en grande majorité, certains cependant firent des ajouts à leur signature. Mais le peuple se souleva à cause de cette prévarication. On fit alors, dans l’église où les évêques étaient réunis, une profession de foi générale mais à haute voix et seulement de façon orale: malheureusement, elle ne condamnait pas complètement l’erreur arienne. Valens et Ursace, tous deux parjures, n’eurent pas de difficultés à s’unir à cette profession de foi orale, la chose étant facilitée par ces formules ambiguës: en réalité, il ne firent leur profession qu’avec les lèvres. Le Pape Libère condamna le concile de Rimini.
Le concile de Séleucie avait été dominé par les semi-ariens; mais les oméens s’en séparèrent et recoururent à l’empereur qui leur imposa à tous la même formule qu’à Rimini. La protestation des semi-ariens fut vaine; bien plus, nombre d’entre eux finirent en exil.
Constance était décidé à arriver à tout prix à la paix religieuse avant la fin de l’année 360; il envoya dans ce but l’ordre aux évêques, surtout à ceux d’orient, de signer la formule de Rimini. Cette formule devait désormais remplacer celle de Nicée: la foi arienne était l’unique confession chrétienne admise. Même les tribus germaniques commencèrent à adhérer à l’arianisme oméen. Ce fut à ce moment que St Jérôme s’écria: “L’univers gémissant fut étonné de se réveiller arien”.
Fin de la persécution
Après avoir condamné le concile de Rimini, le Pape Libère offrit aux évêques qui avaient signé cette dernière formule de Rimini de pouvoir rentrer dans la communion ecclésiastique à condition de se rétracter: plusieurs avaient, en effet, été victimes de tromperies. Mais le Pape ne fit pas cette offre aux auteurs du texte parce qu’il connaissait leur mauvaise foi. L’occident fut plus épargné par la persécution que l’orient car St Hilaire avait pu réunir à Paris en 360 un synode des évêques des Gaules où fut condamnée la formule de Rimini et en Espagne, Grégoire d’Elvire n’avait pas adhéré à cette dernière formule.
Ce furent les événements politiques qui arrêtèrent le triomphe de l’arianisme. Constance mourut en 361 après avoir reçu le baptême d’un évêque arien. Son cousin Julien l’apostat prit le pouvoir et, pour jeter une plus grande confusion (il espérait que de nouvelles luttes entre ariens et non-ariens favoriseraient le paganisme), il avait remis en possession de leurs sièges tous les évêques exilés. St Athanase lui-même retourna à Alexandrie où, en 362, il tint un synode qui approuva le Credo de Nicée, condamna les ariens mais fit preuve de clémence envers les semi-ariens (chose qui provoqua la désapprobation de Lucifer de Cagliari qui, semble-t-il, fit schisme par la suite) (15).
A la mort de Julien, Valentinien Ier devint empereur d’occident (364-375), et son frère Valens qui favorisa les ariens dissemblables devint empereur en orient (364-378): les catholiques (parmi lesquels Athanase) et les semi-ariens furent à nouveau envoyés en exil. Une délégation de ces derniers alla à Rome où elle fut accueillie par le Pape Libère. Il leur demanda et obtint d’eux qu’ils répudient la formule de Rimini et professent la foi de Nicée et les admit ensuite dans sa communion. Plusieurs évêques semi-ariens retrouvèrent ainsi l’unité avec Rome.
Libère mourut en septembre 366 et Athanase en 373. Après la mort de Valens, la foi de Nicée triompha aussi en orient, défendue par trois grands Cappadociens, St Basile, St Grégoire de Nazianze et St Grégoire de Nysse. En 381, durant le règne de Théodose le Grand (379-395) et sous le pontificat de St Damase, se tint à Con­stantinople le concile Général de l’Orient qui fut ensuite reconnu comme second concile œcuménique. La foi de Nicée y fut de nouveau confirmée et l’arianisme et les hérésies similaires définitivement condamnés. L’arianisme, combattu par St Ambroise, survécut encore quelque temps comme religion nationale dans les tribus germaniques jusqu’à la conversion au catholicisme de la tribu germanique des Francs: cet événement marqua, en effet, son déclin.
La “chute” du Pape Libère: l’histoire des textes
Au sein de ces controverses entre catholiques, semi-ariens et ariens, se pose la question de la prétendue “chute” du Pape Libère: si cette chute a vraiment eu lieu, cela prouverait que le Pape n’est pas infaillible. Plusieurs auteurs soutiennent que le Pape a été libéré de l’exil pour avoir fait une concession: il aurait signé une formule de foi, franchement arienne ou tout au moins ambiguë, ou bien aurait accepté d’être en communion avec les ariens, ou enfin aurait condamné St Athanase.
L’épisode de la chute de Libère est discuté par les historiens: nous avons vu que les ariens et Constance avaient tout intérêt à le faire céder et c’est la raison pour laquelle ils l’envoyèrent en exil. Est-il vrai qu’il capitula pour obtenir sa liberté? “Nombreuses et très différentes ont été les solutions apportées à cette question dans lesquelles, il faut le préciser, apparaît bien souvent la tendance des différents historiens” (16). Tout historien doit objectivement rechercher les faits et les documents et en prouver l’authenticité. Il doit ensuite en faire la critique historique sans exagérer ce qui est conforme à son opinion, ni taire ce qui la contredit. Il doit en outre, autant que possible, donner une réponse à toutes les questions et dissiper les doutes; là où il ne le peut pas, il doit honnêtement dire que, actuellement, il n’est pas en mesure d’en savoir plus. Voyons tout d’abord les faits tels qu’ils sont illustrés par l’Enci­clopedia Cattolica.
«St Athanase dans l’Apologia contra Arianos, écrite en 350 et augmentée vers 360, mentionne Libère parmi les évêques qui lui sont favorables; cependant, il ajoute que le Pape n’a pas supporté jusqu’à la fin les privations de l’exil (chap. 8); dans l’Historia arianorum ad monachos, écrite vers la fin de 357, il dit que Libère, après deux ans d’exil, vaincu par les menaces de mort, vacilla et signa (chap. 41). Les deux passages semblent indiquer dans leur contexte que sa faute consista dans l’abandon d’Athanase. St Hilaire, dans l’invective lancée en 360 contre Constance, écrit qu’il ne saurait dire si l’Empereur commit une plus grande impiété en exilant Libère ou en le renvoyant [à Rome] (Contra Costantium, chap. 2). St Jérôme, tant dans le Chronicon (Ad an. Abr., 2365 = 352) que dans le De viris illustribus (chap. 97), parle de souscription d’une formule hérétique. Le premier document de la Collectio Avellana en rapportant la réponse de Constance aux demandes des Romains: “Vous aurez Libère meilleur qu’au moment où il est parti”, commente: “Ceci indiquait le consentement avec lequel il avait cédé à la perfidie”. Enfin, Rufin rapporte les deux versions courantes du retour de Libère sans faire sienne l’une ou l’autre: retour qui aurait été acheté par Libère en acquiesçant à la volonté de l’empereur ou qui aurait été dû à la condescendance de Constance aux requêtes du peuple romain (Hist. eccl. I, 27).
Il est évident qu’au moment où Libère retourna à Rome, la rumeur courait qu’il avait fait quelque concession à Constance. L’historien grec Sozomène (qui écrit selon de bonnes informations au Vème siècle) dit que Libère, en accord avec Basile d’Ancyre, aurait adhéré à l’une des formules de Sirmium pour remettre la paix en Orient et retourner à Rome (17).
Mais il reste quatre lettres que Libère aurait écrites d’exil et qui sont conservées dans les Fragments de St Hilaire de Poitiers. Libère semble vouloir séparer sa responsabilité de celle de St Athanase et obtenir à tout prix son retour à Rome. Cependant, la dispute sur leur authenticité est loin d’être close et on a remarqué récemment que “l’absence du ‘cursus velox’ et des autres caractéristiques propres aux phrases de Libère rend très improbable l’opinion de ceux qui soutiennent que les quatre lettres arythmiques furent dictées par le Pape” (18)… L’observation du P. Batiffol mérite d’être rappelée: “Libère et Hilaire avaient tenu la main à Basile d’Ancyre; personne n’en fit reproche à Hilaire; devrions-nous traiter moins bien Libère?” (19).
Voyons maintenant les différentes hypothèses émises par les auteurs ecclésiastiques.
Première hypothèse: il n’y eut pas de chute de la part de Libère
Les historiens qui défendent Libère en soutenant qu’il n’y eut pas chute de sa part avancent les arguments suivants:
1) La chute de Libère a pu être inventée par les ariens: la calomnie était effectivement leur système préféré pour éliminer leurs adversaires. Ils l’utilisèrent à plusieurs reprises contre St Athanase et contre les évêques qui ne signaient pas leurs formules de foi ou la condamnation d’Athanase: ils cachèrent, par exemple, l’évêque Arsène dans un couvent et accusèrent ensuite St Athanase de l’avoir fait tuer; mais Arsène réussit à s’enfuir du couvent et se montra de nouveau publiquement à la grande confusion des ariens.
Cette hypothèse est confirmée par le fait que, si Libère avait vraiment cédé, les ariens se seraient enhardis et en auraient répandu la nouvelle aux quatre vents: comment se fait-il donc qu’ils se comportèrent autrement qu’à leur habitude? Et, même du côté catholique, condamnations, plaintes et regrets n’auraient pas manqué comme on voit que le fit St Phébade dans le cas de la chute d’Osius. Mais nous ne trouvons pratiquement aucune trace de tout cela dans le cas de Libère.
En outre, si l’on admet que la chute d’Osius fut inventée par les ariens et de façon si trompeuse que St Athanase lui-même y a cru, il est possible que, de la même manière, notre saint ait cru à tort à la chute de Libère.
2) Si la prétendue “chute” de Libère rapportée par St Hilaire, St Athanase, St Jérôme et Philostorge était vraie, c’est qu’il a signé un texte soit directement contraire à la foi, soit seulement ambigu.
Mais vers 401, le Pape St Anastase Ier écrivit à Venerius évêque de Milan en lui disant que l’Italie victorieuse conservait intégralement la foi transmise par les Apôtres au moment où Constance victorieux dominait désormais sur le monde: la foi de Nicée, écrit-il, a été conservée immaculée par les évêques qui endurèrent l’exil, comme Denys, Libère de Rome, Eusèbe de Verceil, Hilaire de Gaule et beaucoup d’autres qui étaient prêts à être crucifiés plutôt que d’affirmer que N.-S. Jésus-Christ est une créature (20).
Et cette affirmation du Pape Anastase est bien confirmée par les faits: si Libère avait en effet accepté quelque chose de contraire à la foi (par exemple la première ou la deuxième formule de Sirmium), les autres évêques catholiques auraient sans aucun doute protesté et s’en seraient plaints, ou alors auraient admonesté Libère. Mais nous n’avons pas la moindre connaissance de quelque protestation que ce soit, même de la part des plus “durs” tels que Lucifer de Cagliari ou Grégoire d’Elvire.
Il reste enfin l’hypothèse qui avance que Libère a accepté un texte ambigu sur la foi comme, par exemple, la troisième formule de Sirmium (ce qui est soutenu par Sozomène) (21) ou quelque autre formule du même genre. Mais il nous faudrait alors reconnaître que les prétendues condamnations de ses contemporains, St Hilaire et St Athanase (si celles-ci sont authentiques), furent exagérées et intempestives. Car le premier, St Hilaire, loua Basile d’Ancyre (22) d’avoir souscrit à cette même formule et le second, St Athanase, accepta par la suite, pour ramener à la foi les semi-ariens, des formules semblables à cette dernière où, là aussi, on n’employait pas le mot “consubstantiel”.
Le commentaire du P. Batiffol (qui était pourtant un modernisant) est donc tout à fait juste: “Libère et Hilaire avaient tendu la main à Basile d’Ancyre; personne ne fait de reproche à Hilaire; devrions-nous moins bien traiter Libère?”.
Les textes
Les défenseurs du Pape Libère ajoutent encore d’autres arguments.
L’authenticité et la véridicité des textes de St Hilaire, St Athanase, St Jérôme et Philostorge qui parlent de la chute de Libère ne sont pas certaines:
Le texte de St Hilaire. Il existe des doutes sérieux sur les quatre lettres rapportées par St Hilaire (Opus historicum, Livre II, Fragments IV et VI): dans ces lettres, Libère se coupe en effet de la communion avec St Athanase, demande qu’on mette fin à son exil, adresse une pétition à Valens et Ursace et avise même un évêque de son changement d’attitude. Comme on l’a déjà vu, l’absence du ‘cursus velox’ dans ces lettres montre la non-authenticité de l’Opus historicum. De plus, on ne possède que quelques fragments de l’Opus historicum qui se présentent actuellement dans le plus grand désordre. “Toutes ces pièces, dit le Père Cayré, ont été extraites de l’Opus historicum avant la fin du IVème siècle sans doute, et plusieurs ont pu être interpolées, notamment les lettres de Libère (livre II) dont l’authenticité d’ailleurs est loin d’être certaine” (23). Le texte lui-même de ces lettres de Libère est invraisemblable: si Libère avait vraiment autant changé, comment se fait-il que les romains l’acceptèrent, eux qui refusaient Félix puisqu’il était en communion avec les ariens? Et comment se fait-il que Libère ne fut pas invité au Concile de Rimini? Si la prison avait été capable de le faire plier une fois, pourquoi les ariens n’essayèrent-ils pas de le convaincre une nouvelle fois avec leurs “bonnes manières”? Comment Libère pouvait-il par la suite écrire aux évêques d’Italie pour reprendre avec fermeté ceux qui avaient cédé au concile de Rimini?
Le texte de St Athanase. St Athanase parle de la chute de Libère dans deux ouvrages, dans l’Apologia contra arianos écrite en 348 et dans l’Historia arianorum ad monachos écrite vers la fin de 357. Le premier fut donc écrit environ dix ans avant l’exil de Libère: on soutient qu’une addition postérieure a été faite par St Athanase mais elle a pu aussi être faite par les ariens. Quant au second ouvrage, il fut écrit avant même la prétendue chute de Libère! La falsification a été découverte par un détail: dans le récit de la chute et de la fin de la captivité de Libère, on y parle en effet plusieurs fois de l’arien Léonce comme étant encore vivant. Mais quand Constance donna l’ordre de libérer Libère, il savait déjà depuis quelque temps que Léonce était mort (24).
Le texte de St Jérôme. Quant à St Jérôme, comme il a vécu quelques années après St Hilaire et St Athanase, il a pu se tromper en rapportant ce que les ariens avaient répandu ou en considérant comme justes les jugements hâtifs de St Hilaire et de St Athanase. Il affirme en effet que Libère signa une formule hérétique: mais l’absence d’une réaction du côté arien et du côté catholique comme nous l’avons déjà dit, exclut cette possibilité. Ceci est admis par les historiens plus récents.
Le texte de Philostorge. Son témoignage n’a aucune valeur. Philostorge était, en effet, un arien factieux qui raconta beaucoup d’histoires inventées de toutes pièces, surtout contre Athanase: il dit, entre autres, que celui-ci acheta avec des cadeaux la faveur de Constant, frère de Constance, qu’il fit rebeller Magnence contre Constant et fut l’instigateur de l’assassinat de Georges d’Alexandrie… (25).
Autres preuves de l’innocence de Libère
La chute de Libère fut soutenue par les adversaires de la Papauté ainsi que par Bossuet dans la Défense de la déclaration gallicane où il nie le privilège de la juridiction universelle et de l’infaillibilité du Souverain Pontife. Mais, dans la dernière révision de son œuvre, Bossuet enleva tout ce qui se référait au Pape Libère parce qu’il n’en avait pas les preuves (26).
Socrate et Théodoret disent que la fin de l’exil de Libère fut due aux insistances des romains qui accueillirent ensuite triomphalement Libère à Rome: ce qui est inconciliable avec une prétendue chute de ce dernier.
Vers la fin du IVème siècle, l’historien Rufin, disciple d’Origène, écrivit ce qui suit: “Libère, évêque de la ville de Rome, rentra dans son pays quand Constance était encore en vie; mais je ne sais pas avec certitude si Constance le lui permit parce qu’il avait signé ou dans le but de plaire au peuple romain qui l’en avait supplié” (27). Or, Rufin était d’Aquilée et avait certainement connu l’évêque de cette ville, Fortunatien, à qui l’on attribue d’avoir poussé Libère à signer. Malgré cela, Rufin n’a pas d’informations certaines sur cette chute et il admet d’en douter encore lui-même. De plus, si Libère avait cédé, il y aurait eu des témoignages d’ariens et s’il avait fait ensuite une rétractation, elle n’aurait pas été passée sous silence: Rufin n’aurait donc pas eu de difficulté à en trouver des preuves. Or, tout au contraire, à peine quarante ans après, il n’en trouve aucune pour dissiper son doute.
Les orientaux (par exemple, St Basile, St Epiphane et St Syriaque) considérèrent Libère comme celui qui avait toujours conservé pure la foi. St Ambroise l’appelle “Pontife de bienheureuse et sainte mémoire”. Il fut honoré comme saint par les anciens martyrologes latins qui en fixèrent la fête le 23 ou le 24 septembre; les grecs, les coptes et les éthiopiens la fixèrent, quant à eux, au 27 août (28).
Seconde hypothèse: Libère accepta un compromis
Les partisans de cette position soutiennent que, si l’on considère les témoignages unanimes de St Hilaire, St Athanase et St Jérôme auxquels s’ajoute celui de la Collectio Avellana, on ne peut nier la chute de Libère: vaincu par les souffrances de l’exil, il a fini par céder. Ce fut probablement une chute de peu de durée parce que, de retour à Rome, il professa de nouveau la foi catholique. Mais, disent-ils, sa réputation en fut si diminuée qu’on ne le vit plus au centre de la polémique avec les ariens tant que Constance vécut (29).
Pour la plupart des auteurs, dit Llorca-Villoslada-Laboa, il signa la troisième formule de Sirmium comme Sozomène en avait émis l’hypothèse: Libère “céda” en signant la formule que ses adversaires lui présentaient. “Ceci supposait qu’il n’abandonnait en aucune manière la cause défendue avec tant d’ardeur… Athanase lui-même, peu après, employa le même système dans le but de s’attirer les semi-ariens et de faire avec eux un accord” (30). Ces mots semblent donner raison au P. Batiffol: pour un accord semblable, personne n’a jamais blâmé ni St Hilaire, ni St Athanase ce champion de la foi: pourquoi cela constituerait-il donc une chute pour Libère?
Quant à l’opinion selon laquelle Libère fut mis de côté après son retour à Rome, raison pour laquelle il n’accomplit plus rien d’important dans la lutte contre l’arianisme, elle est pour le moins discutable. Une fois rentré à Rome, il excommunia en effet tous ceux qui ne reconnaissaient pas que le Fils est semblable en tout au Père. Il condamna ensuite le concile de Rimini, puis réintégra les évêques dans sa communion.
Rappelons à propos de ce concile que, tant que les évêques furent libres, ils confessèrent en grande majorité (quatre cents contre quatre-vingt) la foi de Nicée et condamnèrent Arius. Or, si Libère était tombé, comment l’épiscopat aurait-il pu résister avec une foi ferme, lui qui avait cédé précédemment en Arles et à Milan? Il ne faut pas oublier enfin qu’à ce moment les catholiques étaient persécutés et que la liberté d’action de Libère était sans doute limitée.
Troisième hypothèse: Libère tomba dans l’hérésie
Les mots du Pape St Anastase que nous avons rapportés nous donnent la certitude que Libère conserva toujours la foi (31). Il pourrait cependant avoir signé une formule hérétique, en étant trompé de bonne foi ou bien poussé par la violence sans y adhérer intérieurement: il s’agirait donc d’une hérésie matérielle ou d’un manquement au témoignage de la foi de la part de Libère.
On a déjà vu que, suivant le témoignage de St Jérôme, ce sont les anti-catholiques qui soutiennent que Libère a signé la première ou la seconde formule de Sirmium. Nous avons vu que le silence des ariens, les rares témoignages des catholiques et tout ce qui a été dit au sujet des deux hypothèses précédentes semblent également exclure cette dernière hypothèse.
Résolution du cas
La saine philosophie enseigne qu’un acte humain n’a de valeur qu’autant qu’il est accompli librement, c’est-à-dire qu’il est choisi par la volonté du sujet. Il peut y avoir parfois des obstacles qui empêchent le libre exercice de la volonté et c’est la raison pour laquelle la responsabilité de l’acte est diminuée ou complètement enlevée. D’autre part, plus un acte est important et grave, plus il requiert une grande liberté pour sa validité: par exemple, un contrat signé parce que l’on est menacé de mort n’a aucune valeur.
Un acte du Magistère de l’Eglise, pour être tel, requiert le maximum de liberté de la part du sujet qui le promulgue, étant donné qu’il s’agit d’un acte d’une extrême importance: le Magistère enseigne, en effet, quelles sont les vérités à croire pour obtenir le salut, question de très grave importance pour la vie des hommes sur la terre. Un document pontifical extorqué par la force n’a donc aucune valeur.
Or nous avons vu que le Pape Libère se trouvait en exil jusqu’à ce qu’il obtint la liberté en 358. Quoiqu’il ait fait ou dit sous la pression des persécuteurs et, en tout cas, en captivité (sans vouloir entrer dans le détail des hypothèses vues plus haut) n’a donc aucune valeur pour l’Eglise et n’est pas un “acte du Souverain Pontife”.
Dans de telles circonstances, la question de la chute de Libère est d’importance secondaire: le Pape en effet n’a pas usé de son Magistère. Que la chute ait eu lieu ou non, qu’il ait signé ou non des choses hérétiques ou ambiguës, peu importe: le Pape n’était pas libre et, quoiqu’il ait pu dire ou faire, il n’engageait que lui-même, sa conscience, sa personne et non l’Eglise universelle. Le Pape, en effet, n’a pas le privilège de l’impeccabilité et peut commettre des actes contraires à la loi de Dieu: mais cela peut arriver quand il agit en tant que personne privée, comme homme, et non quand il enseigne au moyen du Magistère avec l’autorité du Souverain Pontife.
Que Libère soit tombé en tant qu’hom­me, il est difficile de le dire étant donné la discordance des textes. Mais ce qui est certain est que Libère n’est pas tombé en tant que Pape: avant d’être exilé, il confessa clairement la foi comme lors de son colloque avec Constance qui lui valut d’être jeté en prison; et il réaffirma également la foi après avoir été exilé en condamnant ceux qui refusaient la formule “semblable dans la substance et en tout au Père”. Ceci nous suffit pour résoudre la question. Quoiqu’il se passa à Bérée en Thrace, cela regardait uniquement la personne et la conscience de Libère. Même dans ces années terribles d’hérésies et de persécutions, l’Eglise de Notre-Seigneur Jésus-Christ demeura pure et sans tache et le Souverain Pontife conserva l’infaillibilité pour confirmer ses frères dans la foi.

 
Notes
1) U. Benigni, Storia Sociale della Chiesa, vol. II, Da Costantino alla caduta dell’Impero romano, Tomo I, Vallardi Milano 1912, pp. 239-40.
2) Rohrbacher, Histoire universelle de l’Eglise Catholique, vol. 3, livre 33, Paris 1872, p. 581.
3) Libère se plaignit de ces défections à plusieurs évêques, parmi lesquels le vieil Osius, évêque de Cordoue, qui avait participé au concile de Nicée.
4) Rohrbacher, op. cit., p. 585.
5) Karl Baus, Eugen Ewig, Storia della Chiesa, L’epoca dei Concili, diretta da H. Jedin, Jaca Book 1980, p. 45.
6) Rohrbacher, op. cit., pp. 585-586.
7) Liberius, Epist. VII, Patrologia, Migne T. VIII, p. 1356. Rohrbacher, op. cit., p. 741.
8) Karl Baus, Eugen Ewig, op. cit., p. 46.
9) U. Benigni, op. cit., pp. 241-3.
10) Rohrbacher, op. cit., p. 590.
11) U. Benigni, op. cit., pp. 244-5, qui cite: Socrate, l. 2 c. 37. Teodoreto, H. E., II, 17; Sulp. Sev. II, XLIX. Voir aussi: Rohrbacher, op. cit., p. 625.
12) St Hilaire, De syn. 11, 43, 8. Sozom. Hist. Eccl. 4, 12. Cités par Llorca, Villoslada, Laboa, Historia de la Iglesa Catolica, I Edad Antigua, B.A.C. 1990, p. 414.
13) Bibl. Patrum, t. 4. Cité par Rohrbacher, op. cit., p. 626.
14) Llorca, Villoslada, Laboa, op. cit., p. 414.
15) Les auteurs ne sont pas d’accord en effet au sujet de l’origine de ce schisme: fut-il commencé par Lucifer ou par ses partisans après sa mort?
16) Llorca, Villoslada, Laboa, op. cit., p. 411.
17) Cf. note 21): il s’agirait de la troisième formule de Sirmium.
18) Fr. Di Capua, Il ritmo prosaico nelle lettere dei papi, Roma 1937, p. 240.
19) Enc. Cattolica, rubrique “Libère”, col. 1270-1.
20) Epist. “Dat mihi”, D. S. 209.
21) Sozomeno, HE 4, 14-15. Cité par Karl Baus, Eugen Ewig, op. cit., pp. 49-50.
22) Hilaire, dans le Traité “De Synodis”, appelle les semi-ariens “frères” et “hommes très saints”.
23) F. Cayré, A. A., Patrologie et Histoire de la Théologie, Tome I, Desclée 1953, p. 412.
24) Rohrbacher, op. cit., p. 626.
25) U. Benigni op. cit., pp. 234-241. Philostorge est l’auteur d’une histoire ecclésiastique dont nous restent des fragments choisis par Photius.
26) Rohrbacher, op. cit., p. 625.
27) Rufino, Hist. Eccl. I, 127. Cité par P. Albers, s.j., Manuel d’histoire ecclésiastique, Paris 1919, T. I, p. 189.
28) Rohrbacher, op. cit., p. 590; vol. 4, livre 35, p. 20.
29) Karl Baus, Eugen Ewig, op. cit., p. 49.
30) Llorca, Villoslada, Laboa, op. cit., pp. 412-3.
31) Pour un catholique, l’enseignement du Pape donne la certitude absolue: c’est pourquoi tout fidèle est tenu d’embrasser tant au for externe qu’au for interne la doctrine enseignée.

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Est-il possible de vivre sans mentir ?

Est-il possible de vivre sans mentir ?

Le mensonge existe depuis le péché originel. Tout le monde ment, parfois même sans s’en apercevoir. Faut-il croire que l’humanité est vouée à mentir et à se mentir jusqu’à la fin des temps ? Est-il possible de renoncer à cette pratique ?

Tout le monde ment et, comme l’éléphant, trompe un peu, beaucoup, énormément. Le faux s’insinue tant dans le couple qu’en famille ou à l’école, tant en affaires qu’en politique, dans les médias qu’au palais de justice. « Le mentir, plus que le rire, est le propre de l’homme », soutenait le philosophe Alexandre Koyré. Nous mentons tous, sans être pour autant des menteurs invétérés. De même que chacun recourt à la manipulation sans être un manipulateur patenté. Il est parfois impossible de faire autrement.

 

Or le Catéchisme de l’Église catholique met les points sur les i : « Le mensonge est l’offense la plus directe à la vérité. Mentir, c’est parler ou agir contre la vérité pour induire en erreur celui qui a le droit de la connaître. En blessant la relation de l’homme à la vérité et au prochain, le mensonge offense la relation fondatrice de l’homme et de sa parole au Seigneur ». Et si on osait un peu de vérité sur le mensonge ?

Mettre ensemble la vérité et la charité

Si le mensonge est universel, certains mentent néanmoins plus que d’autres. Qui croire ? L’ère de la grande défiance est arrivée. « On n’a jamais menti autant que de nos jours, affirme Alexandre Koyré. Ni d’une manière aussi éhontée, systématique et constante. » N’omettons pas non plus les fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux, en fournissant des rumeurs et des accusations infondées. En mars 2018, des chercheurs de Cambridge ont publié une étude démontrant que les fausses informations courent plus vite que celles qui sont vérifiées, car le ragot et la rumeur attirent le chaland.

« Je vois le mensonge comme un mal nécessaire qui contribue à l’harmonie sociale. Mais la vertu réside bel et bien dans la vérité et l’honnêteté », soutient le psychologue québécois Jean Gervais. Ouf ! Cela dit, si toute vérité n’est pas bonne à dire, il faut tenter de dire la vérité… mais pas n’importe comment, ni forcément à tout le monde. La vertu de prudence demeure indispensable : la vérité, privée de sa sœur, la charité, est souvent intolérable. La vérité sans la charité blesse.

Si rien n’est vrai, rien n’a d’importance

Un paradoxe brûlant demeure entre cette normalisation du mensonge et le besoin de vérité qu’exige toute vie sociale. Nos contemporains sentent confusément qu’on ne peut être heureux ensemble si chacun ment. Lorsqu’on ne peut pas se fier, on se défile… Notre bonheur relationnel dépend de la franchise et de l’honnêteté de notre entourage, que cela soit celle de notre conjoint, employeur, percepteur, baby-sitter, ami de cœur, collègues de bureau, caissière, postière, vicaire, plombier ou électricien. Le mensonge qui blesse le plus est celui qui vient de notre prochain : époux, épouse, enfant, voisin, parents… « Plus nous sommes proches d’une personne, plus nous nous sentons trahis si nous découvrons qu’elle nous ment », souligne la psychologue Marie-France Cyr, qui identifie deux sortes de mensonges, différents par l’intention qui les porte. Il y a le « mensonge par besoin de protection », motivé par la délicatesse, voire la charité. Et le « mensonge de faire-valoir », motivé par l’orgueil, l’égoïsme, la vanité, la lâcheté, la cupidité… Les deux pouvant bien sûr cohabiter.

 

S’il peut soulager à court terme, le mensonge se transforme toujours en esclavage.

Aleita

Notre humanité est marquée dès l’origine par une habile manipulation de Satan, le « père du mensonge ». Depuis cette fracture, notre ego est à la fois éclaté, façon puzzle, et gonflé en 3D. Chacun d’entre nous tente d’offrir une image valorisante de lui-même, de marquer des points, d’être aimé, et d’éviter de souffrir. Ce que suscite le mensonge. « Sans le mensonge, la vérité périrait de désespoir et d’ennui », soutenait avec légèreté Anatole France qui multiplia les mensonges par adultère. Erreur : s’il peut soulager à court terme, le mensonge se transforme toujours en esclavage.

Quand on devient maître et esclave du mensonge

Le mensonge peut devenir non seulement une habitude qui se prend vite, mais un engrenage qui nous emmène encore plus vite où l’on ne voudrait pas aller. Le cercle vicieux démarre souvent par un « petit » mensonge. Tout petit et anodin en apparence, il se transforme très vite en méga mensonge, qui peut avoir de grosses conséquences. Le menteur professionnel a peur de voir sa vie s’effondrer comme le château de cartes de Madoff, s’il se sait découvert. Il ne supporte pas l’idée de décevoir et de détruire l’image flatteuse de lui-même qu’il a construite pendant de nombreuses années. Il est alors prêt à tout pour faire durer son mensonge le plus longtemps que possible.

Le Catéchisme de l’Église catholique développe plusieurs articles incisifs sur cette « profanation de la parole » qu’il est précieux de relire, notamment, le paragraphe 2484 : « La gravité du mensonge se mesure selon la nature de la vérité qu’il déforme, selon les circonstances, les intentions de celui qui le commet, les préjudices subis par ceux qui en sont victimes. Si le mensonge, en soi, ne constitue qu’un péché véniel, il devient mortel quand il lèse gravement les vertus de justice et de charité. » Ensuite, à chacun d’oser faire la vérité sur ses « petits » mensonges.

Luc Adrian

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de La Fayette et l'indépendance de l'Amérique

20 mai 1834 : mort de La Fayette
(D’après « Biographie universelle ou Dictionnaire historique des hommes qui
se sont fait un nom par leur génie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs
ou leurs crimes » (Tome 5) édition augmentée de 1849
et « Dimanche illustré » du 24 août 1924)
 
Nous n’avons guère retenu de La Fayette que le souvenir de la part qu’il prit dans la lutte pour l’Indépendance américaine. Mais la vie militaire et publique en France du « marquis républicain » fut non moins fertile en péripéties lors de la Révolution française : pouvant être regardé comme la personnification la plus complète et la plus constante des idéaux républicains de 1789, il oscilla cependant un temps entre soutien à l’insurrection et protection de la famille royale.

La carrière de ce personnage fut une des plus prodigieuses de toutes les carrières humaines. Pendant de longues années et à travers les plus formidables bouleversements, il connut les ivresses de la popularité, non seulement en France, mais en Amérique. Il fut tour à tour l’idole de la foule, le protecteur des rois, la terreur des puissants, le trait d’union entre l’Ancien et le Nouveau Monde. Après avoir été adoré comme un dieu, il fut mis en accusation comme un traître et emprisonné, puis, de nouveau triomphant, devint l’arbitre des souverains.

La Fayette fit la guerre, brava les balles ennemies et les piques des émeutiers ; il fut soldat, homme politique, ambassadeur, écrivain, agriculteur, et mourut tranquillement dans son lit, chargé de gloire et d’années, citoyen des deux mondes.

Marie-Jean-Paul-Gilbert du Motier de La Fayette naquit le 6 septembre 1757 au château de Chavaniac (Haute-Loire), dans une famille recommandable par plus d’un genre d’illustration. On ne peut mieux résumer son enfance qu’il ne le fait lui-même dans ses Mémoires. « Il serait trop poétique, dit-il, de me placer d’abord dans un autre hémisphère, et trop minutieux de m’appesantir sur les détails de ma naissance qui suivit de près la mort de mon père, le colonel des grenadiers, tué à la bataille de Minden avant l’âge de vingt-cinq ans. J’ai fait mon éducation en Auvergne auprès de parents tendres et vénérés, jusqu’au moment où je fus mis au collège de Plessis, à Paris. Je ne le quittai que pour passer à l’Académie militaire de Versailles. »


 

 

Le général La Fayette en Amérique. Gravure du XIXe siècle colorisée ultérieurement
Le général La Fayette en Amérique. Gravure du XIXe siècle colorisée ultérieurement

Un détail peindra mieux le caractère de l’enfant que le plus long portrait. Ses maîtres lui donnent un jour à traiter, comme sujet de devoir : les qualités du cheval parfait. Sacrifiant le succès au désir, déjà impérieux chez lui, de proclamer ses idées, le jeune élève dépeignit dans sa dissertation un cheval qui, n’omettait-il pas de mentionner, « se cabrait sous la verge du cavalier », usant de cette métaphore pour désigner ce qui à ses yeux était la condition du peuple.

Au sortir de l’Académie, Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, est nommé officier aux mousquetaires noirs. Ce jeune noble très riche, marié en 1774 à la comtesse de Noailles — seconde fille du comte d’Ayen, petit-gendre du chancelier d’Aguesseau mort en 1824 duc de Noailles et pair de France —, voyait s’ouvrir devant lui le plus brillant avenir. Il parut à la cour de Louis XVI ; mais, soit qu’il y gâtât, au dire de Mirabeau, par la gaucherie de ses manières, un langage obséquieux jusqu’à l’humilité ; soit qu’il y déplût, au contraire, comme il le dit lui-même, par l’indépendance de son langage et l’indocilité de ses idées, il n’y obtint aucun succès.

Ce fut, toutefois, à ce contact momentané avec l’aristocratie la plus raffinée de l’Europe qu’il dut ces habitudes d’exquise politesse et d’affabilité à toute épreuve, qui ne l’abandonnèrent dans aucune des circonstances de sa vie. Il n’avait qu’à laisser couler l’existence douce et facile des seigneurs de l’époque. Mais La Fayette n’était pas de ceux qui se contentent d’un horizon borné aux antichambres royales. En 1776, commencent à parvenir en France les nouvelles des troubles américains. Son goût d’aventures, son instinct de liberté, sa haine de l’Angleterre attirent dès lors toutes ses facultés et sa sympathie vers ce pays opprimé qui voulait conquérir son indépendance.

« À la première connaissance de cette guerre, dit-il, mon cœur fut enrôlé, et j’osai prendre comme devise à mes armes l’audacieux Curnon. » À cette époque, le capitaine La Fayette garnisonnait à Metz. Le duc de Gloucester, frère du roi d’Angleterre, vint dans cette ville et un dîner lui fut offert par le comte de Broglie, commandant le régiment. Durant ce repas, auquel assistait La Fayette, le duc reçut d’Angleterre un courrier lui annonçant la déclaration d’indépendance de l’Amérique et, avant la fin du dîner, le jeune lieutenant s’était juré à lui-même d’embrasser cette noble cause.

À partir de cet instant, il n’eut pas d’autre pensée et, pour réaliser ses desseins, il partit aussitôt pour Paris. Il se présenta à Deane, recruteur américain, qui l’admit sans enthousiasme à cause de son jeune âge : il avait dix-neuf ans. Malheureusement, il n’y avait pas de navire disponible en France pour l’emmener, lui et ses camarades ; ils étaient tous détruits depuis la dernière guerre. « J’achète un bâtiment, annonce tranquillement La Fayette. »

Tous les obstacles ne sont pas encore aplanis : les ministres, sa famille prétendent s’opposer au départ du jeune Français, on l’accuse de créer des complications diplomatiques. La Fayette, avec persévérance et habileté, triomphe de toutes ces difficultés et, le 26 avril 1777, il mettait à la voile, à Bordeaux, sur son navire. Débarqué en Amérique, il est obligé de faire neuf cents milles à cheval pour atteindre la capitale de la Pennsylvanie, où se trouvait l’état-major des troupes révoltées. On le reçoit assez mal. Au lieu de s’indigner ou de se décourager, il fait parvenir au commandant la lettre suivante :

« D’après mes sacrifices, j’ai le droit d’exiger de servir à mes dépens comme volontaire, car c’est pour apprendre que je suis ici et non pour enseigner. » Le ton à la fois digne et modeste de cette missive en imposa aux chefs américains et on le nomma major général. Alors commença pour lui cette étonnante campagne, durant laquelle il combattit avec une poignée d’hommes à l’armée du Nord et fut blessé dès la première affaire, conquérant petit à petit l’amitié de Washington et l’estime des Américains. Mais ce ne fut pas l’épée à la main qu’il fut le plus utile à son pays d’adoption. En 1779 il retourne en France, dans l’intention de demander au roi du secours pour l’Amérique.

Ce retour fut triomphal et, à Versailles, c’était à qui, parmi les plus grands seigneurs, ferait fête au jeune héros, au marquis républicain. Ce succès lui valut la bonne fortune d’obtenir qu’un corps de six mille hommes serait envoyé en Amérique, sous le commandement de Rochambeau. La guerre put se poursuivre ainsi avec l’appui officiel de la France, et La Fayette la termina par la victoire de Yorktown, qui le mit à l’apogée de la gloire.

Aussi, à son retour, Louis XVI, sous la pression de l’opinion publique, dut nommer le jeune héros maréchal de camp, en même temps que le Congrès américain lui prodiguait les plus glorieux témoignages de gratitude et donnait son nom à des villes. Ainsi se termina en apothéose cette première partie de la vie de La Fayette, qui allait se continuer sur un tout autre terrain durant les périodes tragiques de la Révolution française.

La Fayette, chef de la garde nationale, inaugure la cocarde tricolore et déclare : Cette Cocarde fera le tour du monde. Illustration de Jacques Onfroy de Bréville publiée dans Les mots historiques du pays de France, par E. Trogan (1896)
La Fayette, chef de la garde nationale, inaugure la cocarde tricolore et déclare :
Cette Cocarde fera le tour du monde. Illustration de Jacques Onfroy de Bréville publiée
dans Les mots historiques du pays de France, par E. Trogan (1896)

En 1789, la noblesse d’Auvergne le nomma député aux États généraux. Il y parla pour la première fois le 8 juillet, à l’appui de la célèbre motion de Mirabeau pour l’éloignement des troupes ; et il offrit à l’assemblée un projet de déclaration des droits de l’homme, qui fut adopté. Nommé vice-président, il occupait le fauteuil pendant les nuits terribles des 13 et 14 juillet. Le 15, il se rendit à Paris à la tête d’une députation de soixante membres de l’assemblée, et y trouva le peuple encore ému et frémissant sur les ruines de la Bastille.

Malgré ses opinions et par une sorte de contradiction sans doute atavique, La Fayette se montrait en même temps le défenseur du trône. Il écrivait à Louis XVI, après les journées de juillet, ces conseils impératifs : « Le roi doit sentir qu’il n’y a rien à faire que par et pour la liberté et le peuple. Son cœur et sa raison lui en font une loi. Tout autre système éloignerait ses serviteurs et moi le premier. »

Quand, quelques mois plus tard, le pouvoir populaire eut réussi à ébranler l’autorité royale, on chercha à l’Hôtel de Ville un chef pour le mettre à la tête de cette milice bourgeoise que Sieyès avait appelée garde nationale. Un des citoyens désigna alors un buste que l’Amérique affranchie avait envoyé récemment à la Ville de Paris. Ce buste était celui de La Fayette. Celui-ci dut encore à l’Amérique le rôle important qu’il allait être appelé à jouer dans son pays.

Il se hâta d’organiser cette armée patriotique qu’on venait de lui confier et lui donna pour insigne cette cocarde tricolore qui, annonça-t-il, devait faire le tour du monde. Pendant ce temps, la révolution suivait son cours et, le 5 octobre, le peuple, déchaîné, marchait sur Versailles dans le but d’en finir avec le pouvoir royal, mais La Fayette, à la tête de son armée, à laquelle il avait fait jurer fidélité au roi, accourut le lendemain, ramenant dans Paris la famille royale que son intervention tardive avait eu peine à soustraire à la fureur d’une multitude soulevée.

Le général se présenta seul avec les deux commissaires de la commune à la grille cadenassée du château. On finit par lui ouvrir et, tandis qu’il traversait l’Œil-de-bœuf, un courtisan s’écria : « Voilà Cromwell ! — Monsieur, lui répondit La Fayette, Cromwell ne serait pas entré seul ! » Après une entrevue assez pénible avec le souverain, il rentra, épuisé de fatigue, à son hôtel de Noailles et passa sa nuit à préparer l’action de ses troupes pour la journée du lendemain. Pendant ce travail, il se livrait aux mains de son valet de chambre, afin que celui-ci réparât le désordre de sa coiffure. Toujours le marquis républicain.

Le lendemain, les forcenés envahissaient les appartements royaux : tremblante et demi-nue, la reine se réfugiait chez le roi, les gardes du corps se faisaient tuer vaillamment, les scènes les plus sanglantes se préparaient. Mais La Fayette accourt et arrive à temps pour sauver les gardes du corps qu’on allait massacrer sur la place d’Armes. Un bandit le couche en joue, il abaisse son fusil de la main et le fait arrêter, puis il pénètre dans le château et réussit à en chasser la populace en furie.

La France soutenue par messieurs Bailly et La Fayette sort glorieuse du tombeau creusé par le despotisme ministériel. Caricature de 1789-1790
La France soutenue par messieurs Bailly et La Fayette sort glorieuse
du tombeau creusé par le despotisme ministériel. Caricature de 1789-1790

Quelques instants plus tard, cette même foule, qui venait découper des têtes, acclamait La Fayette et la reine, tandis que celui -ci baisait publiquement la main de Marie-Antoinette sur le balcon de la cour de marbre. Elle l’acclamait encore quand, toujours sur son balcon, il embrassait un garde du corps.

Il se signala par ses idées d’un libéralisme avancé, proclamant, au cours de la discussion du 20 février 1790, que l’insurrection est le plus saint des devoirs lorsque l’oppression et la servitude rendent une révolution nécessaire ; principe dangereux, qui poussant tous les mécontents à la révolte, et les faisant juges de leur propre cause, tend à bouleverser incessamment les États.

Lorsque le club des Jacobins se fut organisé, La Fayette, de concert avec Bailly, lui opposa celui des Feuillants, destiné à offrir un point de réunion aux partisans plus modérés de la liberté. Le prestige de La Fayette, son art de manier et d’impressionner les masses étaient extraordinaires, comme on put l’observer lorsque le 20 juin 1791 Louis XVI partit pour l’étranger. Cet épisode faillit coûter à La Fayette sa popularité : on songeait en effet déjà à l’en rendre responsable, mais il s’en tira encore par un trait d’esprit. Un homme lui disait en lui montrant le poing : « Vous avez ruiné la France en laissant partir le roi. — Comment ! ruiné la France ? répondit-il. La liste civile coûtait vingt-cinq millions au pays ; le roi, en s’en allant, fait gagner un franc à chaque Français. » On rit et on laissa passer le général, qui alla donner des ordres de poursuite.

Après l’arrestation de Louis XVI le 21 juin, La Fayette se vit accusé par les deux partis opposés, les uns lui reprochant d‘avoir laissé partir le roi, les autres de l‘avoir fait arrêter. Il est vrai de dire qu‘il protégea dans cette grave circonstance les jours de la famille royale ; mais il approuva la suspension de Louis XVI, et il ne reconnut les droits de ce prince qu’après qu‘il eut accepté la constitution, en septembre 1791. Le décret qui, à cette condition, rétablissait le roi sur le trône, ayant excité un soulèvement, La Fayette dissipa par la force les attroupements qui s’étaient formés au champ de Mars pour signer une pétition factieuse. Plusieurs républicains furent tués.

Le 8 octobre 1791, après avoir fait accepter l’amnistie proposée par Louis XVI, il se démit de son commandement, et prit congé de la garde nationale par une lettre où il exposait les principes qui avaient dirigé sa conduite. Lorsque la première coalition se fut formée contre la France, il fut désigné pour commander une des trois armées destinées à repousser cette agression. Son premier soin, après l‘avoir rejoint, fut d’y rétablir la discipline. Il battit l‘ennemi à Philippeville, à Maubeuge et à Florennes ; malgré ces succès, il se vit bientôt en butte aux accusations des Jacobins.

Serment de La Fayette à la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790. Peinture de L. David (1791)
Serment de La Fayette à la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790. Peinture de L. David (1791)

Dans une lettre écrite le 16 juin 1792 à l‘Assemblée législative, il osa dénoncer les démagogues, qui, disait-il, tuaient la liberté par les crimes de la licence. Quelques jours après, il vint lui-même à la barre de l’Assemblée appuyer sa dénonciation et demander compte de la violation de la demeure royale ayant eu lieu le 20 juin. Il risquait sa tête mais triompha de nouveau et eut les honneurs de la séance, le discours qu‘il prononça étant vivement applaudi par le côté droit. Le roi devait le lendemain passer en revue quatre mille gardes nationaux. La Fayette résolut de profiter de cette circonstance pour porter un coup décisif aux factieux. Mais peu d’hommes répondirent à l‘appel, et La Fayette repartit pour son armée avec la triste conviction que sa popularité s‘était évanouie.

Quelques jours après, son effigie fut brûlée au Palais-Royal ; et au mois d‘août suivant, sa mise en accusation fut discutée dans l’Assemblée législative. Malgré les menaces et les cris des forcenés entassés dans les tribunes, cette question fut résolue en sa faveur à une majorité de plus des deux tiers des voix ; mais tous ceux qui avaient voté pour lui furent, au sortir de la séance, hués, poursuivis et maltraités par le peuple. Indigné des scènes de désordre qui se succédaient dans la capitale, La Fayette conçut le projet de marcher sur Paris, de chasser les républicains et de rétablir le roi et la constitution ; mais il s‘aperçut bientôt que son armée était peu disposée à seconder ses desseins, et il se décida à passer en pays étranger avec un petit nombre d’officiers dont la vie était compromise.

Le 20 août 1792, le général et ses compagnons au nombre de vingt-deux, tombèrent dans un poste autrichien qui refusa de les laisser passer. La Fayette ayant été reconnu, il n‘en fallut pas davantage pour qu‘on les arrêtât. Avec trois de ses compagnons, anciens membres de l‘Assemblée constituante, il fut envoyé à Wezel comme prisonnier d‘état. Transféré à Magdebourg, il y resta un an, enfermé dans un souterrain humide et obscur, puis passa dans les cachots de Glatz, de Neiss, et enfin d’Olmütz, où l‘Autriche le fit traiter avec une grande rigueur. On le dépouilla de ce que les Prussiens lui avaient laissé, et on confisqua jusqu‘aux livres qu‘il avait avec lui.

Cependant un médecin hanovrien, nommé Bollman, et un jeune américain, nommé Huger, entreprirent de le délivrer, et profitant d‘une des promenades qu‘on lui faisait faire régulièrement à cause du délabrement de sa santé, parvinrent à l’enlever ; mais divers accidents firent échouer leur entreprise. La Fayette fut atteint à huit lieues d‘Olmütz ; et ses deux amis également arrêtés, expièrent dans les prisons leur courageux dévouement.

Après avoir passé seize mois dans les cachots de Robespierre, Mme de Lafayette vint en 1795 avec ses deux filles partager la captivité de son époux, et cette réunion compensa le redoublement de sévérité dont on usait envers lui, depuis sa tentative d‘évasion. Des membres du parlement d‘Angleterre, et des agents du gouvernement des États-Unis élevèrent en vain la voix pour demander sa liberté. L‘Autriche fut inflexible : elle ne devait céder qu‘à l‘ascendant de la victoire.

La Fayette traité comme il le mérite, par les démocrates et les aristocrates. Caricature de 1792
La Fayette traité comme il le mérite, par les démocrates et les aristocrates. Caricature de 1792

Bonaparte, à qui ses succès en Italie donnaient une si grande influence, fut chargé par le Directoire de négocier la délivrance des prisonniers d’Olmütz. Ce ne fut pourtant qu‘après cinq mois de pourparlers réitérés qu’il obtint leur mise en liberté. Bonaparte, sur les instigations de Carnot, avait fait de la libération de La Fayette une des clauses du traité de Campo-Formio. Mais le futur empereur se méfiait de cet homme, dont la popularité risquait de contrebalancer la sienne, et il ajouta une note stipulant que le général ne pourrait rentrer en France.

Sur ces entrefaites le 18 fructidor an V (4 septembre 1797) eut lieu, et La Fayette, libéré le 19 septembre suivant mais qui désapprouvait ce coup d‘État mené par trois des cinq directeurs soutenus par l’armée, contre les royalistes devenus majoritaires au Conseil des Cinq-Cents et au Conseil des Anciens, resta donc en pays étranger et s’établit à Utrecht. La prise de pouvoir par Bonaparte lors du coup d’État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) lui rouvrit les portes de la patrie.

De retour en France, La Fayette vécut éloigné du théâtre des affaires publiques, et ce fut seulement après la bataille de Marengo (14 juin 1800) qu‘il eut occasion de voir Bonaparte. Il fut accueilli très amicalement par le Premier Consul avec qui il passa trois jours à la campagne chez son frère Joseph. Cependant toutes les instances qui lui furent faites ne purent le décider à accepter une place de sénateur. Lorsque le consulat à vie eut été proposé à la sanction du peuple, La Fayette déclara qu‘il ne pouvait voter pour une pareille magistrature jusqu‘à ce que la liberté publique eût été suffisamment garantie ; ajoutant qu‘alors il donnerait sa voix à Napoléon Bonaparte.

Le vainqueur de I‘Europe s’étonnait de trouver un homme qui osât lui résister avec tant d‘obstination. « Tout le monde en France, disait-il, est corrigé des idées extrêmes de liberté ; il n‘y a qu‘un homme qui ne le soit pas, et cet homme c‘est La Fayette. Vous le voyez tranquille ! Eh bien, s’il y avait une occasion de servir ses chimères, il reparaîtrait plus ardent que jamais. »

En 1814, La Fayette se présenta chez le roi et chez Monsieur : mais quoiqu‘il eût été bien accueilli par ces princes, il ne reparut plus à la cour. Pendant les Cent-Jours il refusa la pairie, et protesta contre les articles des constitutions de l‘empire et de l‘acte additionnel qui pouvaient attenter à la souveraineté nationale. Élu par le département de Seine-et-Marne membre de la Chambre des représentants, il fit déclarer après la bataille de Walerloo (18 juin 1815) que l‘assemblée était en permanence, que toute tentative pour la dissoudre était un crime de haute trahison.

Lorsque Bonaparte, effrayé des dispositions de la Chambre, se fut décidé à abdiquer, La Fayette, exclu par une intrigue du gouvernement provisoire, fut un des commissaires envoyés près des puissances alliées pour demander une suspension d‘armes. Ses démarches et celles de ses collègues n‘ayant en aucun résultat, il revint à Paris, où déjà les armées étrangères étaient entrées par suite d‘une capitulation. Quelques jours après les portes du corps législatif furent fermées et mises sous la garde d‘un poste de Prussiens.

Le marquis de La Fayette
Le marquis de La Fayette

La Fayette, après avoir protesté avec plusieurs députés contre cette violence, se retira dans sa terre de Lagrange où il vécut dans la retraite. En 1818, élu par le département de la Sarthe membre de la Chambre des députés, il s‘y signala par une opposition dans laquelle il sut allier l’inflexible énergie des principes révolutionnaires à des formes exemptes d’aigreur et de violence.

La prédiction de Bonaparte s‘accomplissait. En reparaissant sur la scène politique, Lafayette s‘y montrait l‘ardent apôtre des doctrines les plus absolues de souveraineté du peuple et d‘insurrection, et il les développait à la tribune avec une conviction qui se fortifiait des souvenirs de deux révolutions auxquelles il avait pris une part active. Ses souffrances d‘Olmütz n’avaient en rien modifié ses principes. Le vieux député de 1820 parlait comme le jeune volontaire de 1777, et on aurait pu dire de lui ce qu‘on disait des émigrés, qu‘il n‘avait rien oublié, ni rien appris.

À l‘occasion de tous les complots qui éclatèrent sous la Restauration, le nom de La Fayette fut prononcé ; mais il fut impossible de prouver qu‘il y eût participé. Rendu à la vie privée, le compagnon d’armes de Washington sentit le désir de revoir sur le déclin de l‘âge le peuple pour lequel il avait combattu dans sa jeunesse. Plus d‘une fois ses nombreux amis d‘Amérique l‘avaient sollicité de venir les visiter. Il se rendit enfin à leur vœu, et s‘embarqua au Havre sur le Cadmus le 13 juillet 1824.

Après trente-trois jours de traversée, il débarqua sur le rivage où il avait fait ses premières armes. Le congrès lui accorda des honneurs qu‘il n‘avait jamais accordés à Washington ; il fut proclamé l’hôte de la nation, et fut successivement fêté par tous les états de l’Union. Entouré des populations qui se pressaient sur son passage, il visita le tombeau de Washington et les champs de bataille où il avait partagé les périls de ce grand homme. Ce voyage, qui dura plus d‘un an, ne fut pour lui qu‘une suite de fêtes où se retrempa son enthousiasme républicain.

La prospérité des États-Unis dont il venait d‘être témoin l‘attacha de plus en plus aux maximes qu‘il avait professées toute sa vie, et lorsqu‘en 1827 il fut envoyé de nouveau à la Chambre des députés par l‘arrondissement de Meaux, on le vit défendre avec une ardeur nouvelle les principes démocratiques. Ennemi déclaré de la Restauration, il appelait de ses vœux le moment de sa chute. Son expérience lui faisait reconnaître dans tout ce qui se passait autour de lui les symptômes d‘une révolution nouvelle, qu‘il prédisait à ses amis pour ranimer leur courage défaillant.

Quand le trône de Charles X s‘écroula en 1830, il vit sans étonnement ce mouvement populaire et se remit à l‘œuvre, comme en 1789. Après avoir repoussé toutes les propositions du frère de Louis XVI, en déclarant qu’il était trop tard, son influence contribua à rattacher à la dynastie de Louis-Philippe les hommes les plus exaltés du parti libéral. Le duc d’Orléans, adroit et fin, avait compris le parti qu’il pouvait tirer de ce vieillard symbolique. Fort habilement, il sut l’entreprendre, se présenta à lui comme un ancien garde national venant rendre visite à son général, exalta les États-Unis et arriva ainsi à le gagner à sa cause. Sur le balcon du palais royal, La Fayette embrassait publiquement et consacrait le roi-citoyen, semblant contracter une alliance solennelle avec le pouvoir né des barricades. Le mot fameux : c’est la meilleure des républiques, qu’il prononça selon les uns, et qu‘on lui attribua faussement selon les autres, répété dans toute la France, fut jeté comme un cri de ralliement à l’opinion.

Vous êtes la meilleure des Républiques : La Fayette à Louis-Philippe, le 26 juillet 1830. Chromolithographie de 1890
Vous êtes la meilleure des Républiques : La Fayette à Louis-Philippe,
le 26 juillet 1830. Chromolithographie de 1890

Mais en se faisant l‘auxiliaire de la royauté, La Fayette était loin d‘avoir renoncé aux théories de sa jeunesse. Comme au temps où il conseillait l‘infortuné Louis XVI, il prétendait allier deux choses incompatibles : la monarchie et les institutions républicaines. Mais Louis-Philippe recula devant cette carrière de concessions que lui ouvrait le vétéran de la Révolution française, et dont il craignait que le terme ne fût une catastrophe. Bientôt La Fayette s‘aperçut que d’autres avis que les siens étaient écoutés.

Investi dans les premiers jours de la révolution de Juillet, du commandement en chef des gardes nationales de France, il dut renoncer à ce titre par suite de l’amendement du 24 décembre introduit par un député dans la loi relative à la milice citoyenne. La Fayette dut donner sa démission. Dès lors sa scission avec le pouvoir devint de jour en jour plus profonde, et il vit se rallier autour de lui une opposition composée de républicains ardents, dont il tâchait de calmer les impatiences.

La marche de la royauté nouvelle I’affligeait, mais sans altérer sa confiance ; il attendait du temps bien plus que de la violence un retour aux principes qu‘il professait, et sur la fin de sa vie il croyait fermement à un dernier triomphe de la révolution dont il ne lui serait pas donné d‘être le chef ni même le témoin.

Ayant voulu, malgré son grand âge, suivre à pied le convoi du malheureux Dulong — député de l’Eure tué dans un duel avec le général Bugeaud, qu’il avait offensé à la Chambre des députés —, la fatigue que lui causa cet effort et la pneumonie qu’il y contracta, altérèrent sa santé. Après une convalescence apparente, il éprouva une rechute qui bientôt ne laissa plus d‘espoir. Il mourut à Paris le 20 mai 1834, ses restes étant inhumés au cimetière de Picpus.

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Aux Philippines, les menaces du président contre la liberté de la presse

Aux Philippines, les menaces du président contre la liberté de la presse

Le président philippin Rodrigo Duterte, lors d'une allocution, le 12 mai 2020.

Aux Philippines, les menaces du président contre la liberté de la presse
Depuis son arrivée au pouvoir, le président philippin multiplie les attaques verbales contre les médias et les journalistes. Aujourd’hui, Rodrigo Duterte semble vouloir utiliser la crise sanitaire pour serrer une nouvelle fois la vis autour des médias.
 

Entretien réalisé par Marine Henriot - Cité du Vatican

«Ce n’est pas parce que vous êtes journaliste que vous êtes exemptés d’assassinat»: c'est avec cette déclaration contre la presse que Rodrigo Duterte débutait son mandat en mai 2016. Depuis, le président a engagé un bras de fer contre la presse aux Philippines, prenant l’habitude de s’attaquer aux médias qui le critiquent. Sa dernière victime: le plus grand groupe de médias philippin, ABS-CBN, qui a interrompu ses émissions il y a quelques semaines à cause du blocage de sa licence de diffusion. Certains y voient une nouvelle attaque du gouvernement contre la liberté de la presse. Au début de son mandat, Rodrigo Duterte avait reproché au groupe de ne pas avoir diffusé ses spots de campagne présidentielle et de ne pas avoir remboursé l'argent perçu pour les diffuser.

Nouvelle loi contre la presse 

En mars dernier, le président signait un loi dite «loi sur l’effort commun pour guérir ensemble», sous couvert de lutter contre la désinformation pendant la crise sanitaire liée au Coronavirus, le texte octroie des pouvoirs spéciaux au gouvernement pour poursuivre les médias ou journalistes. Un texte qui suscite l’inquiétude de RSF (Reporters Sans Frontières):  «Nous demandons l’abrogation immédiate de ce texte, qui entend condamner la diffusion de ‘fausse information’ alors qu’aucune définition de cette notion n’existe en droit philippin, de sorte qu’il constitue une sérieuse menace contre la liberté d'informer. Dans cette période cruciale de crise du coronavirus, les autorités doivent laisser les journalistes faire leur travail, quelle que soit la nature du média pour lequel ils officient», peut-on lire sur le site de l’organisation. 

Un texte accompagné de menaces contre la presse et la population: «Je demande juste un peu de discipline. Sinon, si vous ne me croyez pas, alors l’armée et la police prendront le relais», a averti le président dans un discours télévisé tandis qu'il présentait la nouvelle loi. «L’armée et la police appliqueront la distanciation sociale au moment du couvre-feu… C’est comme la loi martiale. C’est vous qui choisissez», a-t-il lancé.  

Menaces, loi sévère, la liberté de la presse est-elle en danger aux Philippines? Éléments de réponses avec David Camroux, chercheur honoraire au CERI, centre de recherches internationales de Sciences Po Paris. 

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Dix façons toutes simples de prier dans la rue

Dix façons toutes simples de prier dans la rue

Depuis le 11 mai, nous avons retrouvé la liberté de marcher dans la rue, sans baskets au pied ni sac de courses au bout des bras. Et si nous savourions ces instants en les plaçant sous le regard de Dieu ?

Du temps perdu, les trajets que nous faisons à pied dans la rue ? Souvent, nous les écourtons au maximum en nous dépêchant. Ou bien nous faisons comme s’ils n’existaient pas en nous réfugiant derrière nos écouteurs. Ou encore, nous nous cuirassons derrière une carapace en prévention des agressions et des dangers. Et si nous en profitions plutôt pour prier ? Voici dix façons de le faire
1
DIRE LE CHAPELET

La prière du chapelet nous donne le regard de Marie sur son Fils. Méditer les mystères joyeux, lumineux, douloureux et glorieux, nous permet de contempler le Christ dans toute sa vie. Peu importe si nous perdons le fil, si notre dizaine ne compte que six Ave ou douze, le Seigneur s’y retrouve. Ce qui compte c’est l’élan du cœur. « Le Seigneur nous demande peu de choses mais que ce peu doit jaillir du cœur », écrivait Théophane le Reclus dans ses Lettres.

2
ENTRER DANS SA CELLULE INTÉRIEURE, Y RETROUVER DIEU QUI NOUS ATTEND

En mettant notre manteau, pensons que nous nous enveloppons de silence, comme y invite le père Wilfrid Stinissen dans son manuel de vie carmélitaine Cachés dans l’Amour. Si nous ne nous taisons pas, comment pouvons-nous écouter Dieu ? Ce n’est pas le moment de laisser libre court à notre petit moulin à paroles intérieur. Tant que nous avons notre manteau sur le dos, efforçons nous de rester intérieurement silencieux. « L’homme a la redoutable capacité de réduire Dieu au silence par son bavardage continuel », disait Adrienne von Speyr.

3
LOUER DIEU

Le temps d’un trajet n’est pas du temps perdu. Invoquons l’Esprit saint et chantons intérieurement en prenant un chant de louange. Remercions Dieu pour tout ce qu’Il nous donne. En aiguisant notre gratitude envers Dieu qui nous a tout donné, nous percevrons sa présence dans les toutes petites choses de notre vie.

4
 
INVOQUER LES SAINTS AVEC LES NOMS DES RUES ET DES ÉGLISES

Rue saint Roch, église sainte Bernadette, allée Jean-Paul II… les saints sont partout ! Ciblons les plaques de rue et composons notre petite litanie en disant intérieurement : « sainte W, aide-moi à voir Jésus dans ceux que je rencontre ; saint X, prie pour moi ; sainte Y, apprends-moi à aimer Dieu comme tu l’as aimé ; saint Z, donne-moi le goût de la prière, etc. »

5
INTERCÉDER POUR LES GENS QUE NOUS CROISONS

Au lieu de regarder nos pieds, prenons conscience que nous ne sommes pas seuls et prions pour les autres, comme Véronique : « Je choisis une personne que je vois dans la rue et je me mets à prier pour elle. Je la confie au Seigneur, j’invoque l’Esprit Saint pour elle. Il m’est souvent arrivé que la personne ciblée par ma prière se retourne ! Cela ne m’étonne pas. Quand une personne prie dans la rue, quelque chose émane d’elle, comme un petit caillou que l’on jette et qui fait des ronds dans l’eau. »

6
PRIER POUR CEUX QUI NE PEUVENT PAS SORTIR

Nous sommes dehors. Pensons aux personnes qui aimeraient pouvoir sortir et restent enfermées au bureau, chez elles, à l’hôpital, en prison. Pensons aussi à celles qui aimeraient pouvoir rentrer dans un « chez-soi ».

7
DIRE DES ORAISONS JACULATOIRES

Les oraisons jaculatoires sont des courtes phrases que nous pouvons répéter en calant notre souffle sur le texte. Par exemple : « Jésus, Fils de Dieu, Sauveur, prends pitié de moi pécheur » ; « Jésus, doux et humble de cœur, rends mon cœur semblable au tien » ; « mon Seigneur et mon Dieu ». Petit à petit, elles deviennent la prière de notre cœur.

8
SOURIRE À LA VIE

Remercions Dieu pour notre corps qui nous permet de marcher. Prenons conscience de notre souffle, de nos articulations, de nos muscles, de nos pieds, de nos bras qui accompagnent nos pas. Ils sont de vrais cadeaux de la vie ! Rendons grâce pour la lumière qui éclaire et se reflète partout, pour la nature qui parvient toujours à se glisser dans le béton armé, pour l’intelligence ou l’inventivité des hommes qui ont construit la rue dans laquelle nous marchons. Il y a toujours un petit détail à admirer quelque part.

9
ACCUEILLIR LES PENSÉES QUI NOUS VIENNENT ET LES OFFRIR À DIEU

Dans la rue, nous sommes souvent très distraits. Inutile de s’en agacer, accueillons les pensées comme elles viennent et offrons-les à Dieu. Si nous pensons à quelqu’un, bénissons Dieu pour cette personne. Si nous pensons à quelque chose à faire, écartons-le mentalement en demandant à notre ange gardien de nous le rappeler en temps utile. Et retrouvons Dieu, présent en nous.

10
SALUER ET BÉNIR LES PERSONNES

Le balayeur, l’éboueur, la vendeuse sur le pas de sa porte, la personne sans abri… Ils ne sont pas des pions. Même si nous ne les connaissons-pas et n’avons pas le temps de nous arrêter, saluons-les, offrons-leur un sourire. Puis demandons au Seigneur de les bénir.

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Ascension: le retour au Ciel marque le début de l’évangélisation sur terre

L'Ascension du Christ

Ascension: le retour au Ciel marque le début de l’évangélisation sur terre
Lors des différents Regina Coeli prononcés le jour de l’Ascension, 40 jours après Pâques, ou le dimanche qui suit selon la tradition italienne, le Pape François a souvent rapproché cette montée du Christ au Ciel «au début de la mission de l’Église», à savoir diffuser l’Évangile dans le monde entier.
 

Dans les Évangiles, l’Ascension vient immédiatement après la mission que Jésus confie aux disciples, «une mission sans limites — c’est-à-dire, littéralement “sans limites” — qui dépasse les forces humaines», soutenait le Pape François en mai 2018 lors de cette fête.

Une tâche audacieuse confiée à un petit groupe d’hommes «simples et sans grandes compétences intellectuelles», censé «apporter le message d’amour et de miséricorde de Jésus aux quatre coins de la terre», déclarait l’évêque de Rome, soulignant la puissance de l’Esprit Saint à cet égard.

La diffusion de l’Évangile dans le monde

Effectivement, selon François, cette fête contient deux éléments. D’une part, elle dirige notre regard «vers le ciel, où Jésus glorifié est assis à la droite de Dieu» (cf. Mc 16, 19). D’autre part, elle nous rappelle le début de la «mission de l’Église», parce que Jésus ressuscité et monté au ciel envoie ses disciples diffuser l’Évangile dans le monde entier.

«Par conséquent, l’Ascension nous exhorte à élever le regard vers le ciel, pour le tourner ensuite immédiatement vers la terre, accomplissant les tâches que le Seigneur ressuscité nous confie», expliquait-il en 2018.

Les plaies du Christ, cadeau du Ciel

 «Aller», ou mieux, «partir» devient le mot clef de l’Ascension, affirmait-il lors du Regina Coeli de 2014: «Jésus part vers le Père et il commande à ses disciples de partir vers le monde». Le Souverain pontife argentin qui rappelait le cadeau apporté par Jésus lors de son retour au Ciel: «Ses plaies». «Son Corps est très beau, sans les bleus, sans les blessures de la flagellation, mais il conserve les plaies. Et quand il revient au Père, il lui dit: ‘’Regarde Père, cela est le prix du pardon que tu donnes’’».

Le péché et le pardon

Ainsi, lorsque Dieu voit les plaies de Jésus, «il nous pardonne toujours, non pas parce que nous sommes bons, mais parce que Jésus a payé pour nous, parce qu’il regarde les plaies de Jésus, il regarde notre péché et il le pardonne.».

«L'Ascension du Christ n'est pas un voyage dans l'espace, vers les astres les plus lointains; car, au fond, les astres sont eux aussi faits d'éléments physiques comme la terre», mentionnait quant à lui Benoût XVI en mai 2005 en la basilique Saint-Jean-de-Latran. À propos du Ciel, le Catéchisme de l’Église catholique parle de «l’état de bonheur suprême et définitif».

La collaboration des baptisés

Et le Pape de citer le Christ: «Mais vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre» (Ac 1, 8). C’est ainsi que cette mission a pu se réaliser et que les apôtres ont commencé cette œuvre, qui a ensuite été poursuivie par leurs successeurs.

«La mission confiée par Jésus aux apôtres requiert notre collaboration à tous», a enjoint François, avant d’insister: «Chacun, en vertu du baptême qu’il a reçu, est habilité en ce qui le concerne à proclamer l’Évangile. C’est précisément le baptême qui nous habilite et nous pousse à être des missionnaires, à annoncer l’Évangile».

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Devant l’OMS, le Saint-Siège invite à regarder l’avenir avec «créativité et espérance»

Mgr Ivan Jurkovic, représentant permanent du Saint-Siège à l’ONU à Genève.

Devant l’OMS, le Saint-Siège invite à regarder l’avenir avec «créativité et espérance»
Mgr Ivan Jurkovič, représentant permanent du Saint-Siège à l’ONU et dans les autres institutions onusiennes basées à Genève, participe actuellement à la 73e assemblée annuelle de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui se déroule ces 18 et 19 mai. Dans son intervention, il a rappelé les efforts déployés par l’Église face à la pandémie de coronavirus et a appelé la communauté internationale à la solidarité.
 

La pandémie de coronavirus «apporte un nouvel éclairage sur l'interdépendance entre les nations et, en particulier, sur la nécessité de considérer la santé comme un bien commun primaire, qui requiert de la solidarité et une action coordonnée au niveau mondial». C’est par ce constat que Mgr Ivan Jurkovič, représentant permanent du Saint-Siège à l’ONU, a ouvert son intervention à l’occasion de l’Assemblée mondiale de l’OMS.

Il a ensuite mis en avant le rôle de l’Église, engagée auprès des plus vulnérables sur tous les continents: «dans le monde entier, quelque 5 000 hôpitaux d'inspiration catholique et plus de 16 000 dispensaires de l’Église complètent et renforcent les efforts des gouvernements pour fournir des soins de santé à tous», notamment avec le souci que les personnes «pauvres et marginalisées» ne soient pas privées d’accès aux soins.

L’Église partie prenante de la lutte mondiale contre la pandémie

Par ailleurs, a souligné Mgr Jurkovič, «depuis le début de l'épidémie, de nombreux ordres religieux, des paroisses et des prêtres ont été en première ligne, s'occupant de ceux qui ont été infectés et de leurs familles». De son côté, le Saint-Siège «s'est engagé à contribuer au Fonds d'urgence de l'OMS pour la fourniture d’équipements de protection individuelle (EPI) pour le personnel médical de première ligne, et a déjà fait divers dons aux régions qui en ont besoin d'une aide d’urgence».

La participation de l'Église à cet effort commun, a-t-il précisé, a été récemment «renforcée par la création de la Commission vaticane Covid-19 par le Pape François». Celle-ci a «déjà lancé plusieurs projets pour apporter de l'aide à ces populations les plus touchées par la pandémie».

Le représentant permanent du Saint-Siège à l’ONU a aussi salué le souci de l’OMS de rester en dialogue avec les responsables religieux, afin de mener «l’effort commun pour assurer que les rassemblements religieux soient organisés avec toutes les mesures sanitaires nécessaires».

Des décisions cruciales pour les populations démunies

Mgr Jurkovič a ensuite rappelé que la période actuelle demandait de «faire preuve de générosité», et de «regarder l'avenir avec créativité et espérance, afin de témoigner de la solidarité concrète qui est indispensable pour relever les défis mondiaux de notre époque». «Certaines décisions prises au niveau international auront un impact important sur la santé physique et mentale des populations qui vivaient déjà dans des conditions humanitaires difficiles avant même la pandémie», a-t-il alerté, après avoir les risques de famine et d’instabilité accrus dans certaines régions.

Le prélat a conclu en réitérant les différents appels lancés par le Pape François au cours de la pandémie: un «cessez-le-feu mondial et immédiat dans toutes les régions du monde», dans le sillage du secrétaire général de l’ONU; un assouplissement des sanctions internationales imposées à certains pays; et une recherche médicale qui soit menée «de manière transparente et désintéressée, pour trouver des vaccins et des traitements et garantir l’accès universel aux technologies essentielles qui permettent à chaque personne contaminée, dans toutes les parties du monde, de recevoir les soins médicaux nécessaires».

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