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c'est arrive ce jour

ça s'est passé un... 6 octobre

ça s'est passé un...
6 octobre

6 octobre 1927
Sortie du premier film parlant

Le 6 octobre 1927 sort aux États-Unis le film Jazz singer (Le chanteur de jazz), réalisé par Alan Crosland.

Il s'agit du premier film parlant, chantant et musical, avec en vedette le comédien Al Jolson. L'acteur, un juif originaire de Russie, apparaît grimé en Noir.

Le film exploite un procédé de sonorisation appelé Vitaphone. La bande sonore comporte tout juste 354 mots !

Mais le succès est immédiat et permet aux producteurs, les frères Warner, d'échapper à une faillite.

Les autres professionnels du cinéma restent réservés... Ils s'inquiètent de l'impossibilité d'exploiter les films parlants hors des pays anglophones (le doublage est encore inconnu).

Plusieurs vedettes du muet seront incapables de s'adapter au parlant. C'est le cas de Buster Keaton. D'autres, comme Charlie Chaplin, se reconvertiront non sans difficulté.

L'avènement du parlant consacrera aussi de nouveaux réalisateurs comme Howard Hawks aux États-Unis et, en France, Marcel Pagnol ou Sacha Guitry.

 

6 octobre 1973 :

La guerre du Kippour et ses armes


Le 6 octobre 1973, l'armée égyptienne franchit le canal de Suez à la faveur de la fête juive du Yom Kippour ou du Grand Pardon. Elle prend à revers les troupes israéliennes qui stationnent dans le Sinaï depuis juin 1967.

La Syrie lance au même moment 3 divisions blindées et 1000 chars sur le plateau du Golan, également occupé par les Israéliens depuis 1967. En quatre jours, elle s'empare du mont Hermon et de la ville de Qunaytra…

Les Israéliens ripostent, non sans mal. Peu après, les pays arabes exportateurs de pétrole décrètent un embargo sur les livraisons aux pays amis d’Israël comme les Pays-Bas. Ils relèvent très fortement le prix du baril, provoquant le premier « choc pétrolier ». Il s’ensuit dans le monde développé un ralentissement brutal de la croissance économique et une accélération de l’inflation.

Son armée ne compte pas moins de 1 500 chars, 222 bombardiers et près de 300 000 hommes. Elle prend à revers les troupes israéliennes qui stationnent dans le Sinaï depuis leur victoire triomphale de juin 1967.

Les alliés syriens de l'Égypte (100 000 hommes) lancent au même moment 3 divisions blindées et 1000 chars sur le plateau du Golan, également occupé par les Israéliens depuis 1967. En quatre jours, ils s'emparent du mont Hermon et de la ville de Qunaytra.

 

Le pari osé de Sadate
Ayant succédé à la tête de l'Égypte au prestigieux Nasser, le président Anouar el-Sadate a pris l'initiative de la guerre pour venger les Arabes de leurs humiliations passées et consolider sa légitimité auprès de ses concitoyens.

C'est la quatrième fois que se heurtent les armées arabes et israéliennes après la guerre de 1948, consécutive à la proclamation de l'indépendance de l'État d'Israël par l'ONU, l'opération israélo-franco-britannique de Suez en 1956 et la guerre des Six Jours en 1967.

Le Premier ministre israélien Golda Meir, le général de division Rehavam Zeevi et le DM Moshe Dayan lors d'un vol en hélicoptère militaire pendant la guerre du Kippour.

 Golda Meir, Richard Nixon et Henri Kissinger devant la Maison Blanche le 1er novembre 1973.

Le gouvernement israélien est dirigé par Golda Meir, femme de grande énergie qui a pris une part essentielle à la lutte pour l'indépendance. Le ministre de la Guerre est le général Moshé Dayan, auréolé par la victoire-éclair des Six Jours. Craignant l'opprobre internationale, le gouvernement n'a pas voulu prévenir l'offensive égyptienne.

Quand survient celle-ci, les Israéliens éprouvent du coup la plus grande peur de leur Histoire mais ils reprennent rapidement leurs esprits et jettent toutes leurs forces dans la bataille (275 000 soldats). Ils ripostent aux Syriens avec leurs chars, anéantissent l'aviation ennemie et s'engagent sur la route de Damas, la capitale syrienne.

Sur le front sud, le 15 et le 16 octobre, les troupes blindées du général Ariel Sharon repassent le canal de Suez dans l'autre sens et établissent une tête de pont qui menace la vallée du Nil et Le Caire. Plus sérieusement, ils encerclent la troisième armée égyptienne qui s'était trop vite aventurée de l'autre côté du canal, dans la péninsule du Sinaï. La plupart des chars égyptiens sont détruits. Les pertes humaines du côté arabe ne sont pas chiffrées. Quant aux Israéliens, ils ont à déplorer 3 000 morts, un chiffre important au regard de leur population.

Le 23 octobre, l'Égypte accepte le cessez-le-feu après que l'ONU, à New York, eût appelé les belligérants à négocier (résolution 338 du Conseil de sécurité).

La Syrie l'accepte à son tour le lendemain... Seul l'Irak refuse toute négociation. A vrai dire, il n'a pas grand chose à craindre des Israéliens vu l'éloignement du front.

Le 11 novembre, Israéliens et Égyptiens signent un accord au kilomètre 101 suite auquel ils reviennent sur leurs positions d'avant le conflit.

Malgré la défaite des armées égyptienne et syrienne sur le terrain, Sadate peut se flatter d'avoir gagné son pari. Il a fait peur aux Israéliens et mobilisé les peuples arabes en sa faveur. Il va tirer parti de son relatif triomphe pour engager la tête haute des négociations de paix avec l'ennemi juré (Camp David, 1978)... Elles lui coûteront la vie !...

La guerre du Kippour, montage photographique, octobre 1973.

Les aspects inédits de la guerre du Kippour
La guerre du Kippour a vu pour la première fois l'utilisation de l'arme du pétrole. Le 17 octobre 1973, onze pays arabes exportateurs de pétrole annoncent un embargo sur leurs livraisons aux pays alliés d'Israël, parmi lesquels les États-Unis, le Portugal, l'Afrique du Sud... et les Pays-Bas, membre de la Communauté européenne, pour faire pression sur eux.

Les gouvernements de la Communauté (aujourd'hui, l'Union européenne) se sont bien gardés d'afficher leur solidarité avec celui des Pays-Bas... témoignant ainsi de la fragilité de la diplomatie occidentale face aux enjeux économiques et de politique intérieure (le sacro-saint « prix de l'essence à la pompe » !). Il n'empêche que la guerre et le blocus du pétrole ont débouché sur le premier « choc pétrolier » de l'Histoire, avec une hausse brutale du prix du baril.

D'un point de vue militaire, la guerre du Kippour apparaît comme un « conflit charnière » entre un mode de combat qui est le fruit de la seconde guerre mondiale et celui né de l'application systématique des nouvelles technologies à l'outil militaire. Pour la première fois depuis 1945, un théâtre d'opérations mécanisé de haute intensité donne un aperçu de ce qu'aurait pu être un affrontement majeur entre l'OTAN et le Pacte de Varsovie.

Les trois semaines de cette guerre ont véritablement bouleversé la perception du combat dit « technologique » et les enseignements que l'on peut en tirer sont transposables sur de nombreuses autres batailles. Il va de soi que nous n'avons pu traiter de tous les concepts ; seuls les plus importants ont fait l'objet d'une courte analyse.

- Les missiles : ces armes devenues banales
La guerre du Kippour a vu se généraliser l'emploi des missiles. L'efficacité de ceux-ci est en outre loin d'avoir atteint les résultats fabuleux affichés par les belligérants. Pourtant, la banalisation des missiles a changé la perception du combat aéroblindé (synergie entre le combat aérien et blindé pour optimiser les résultats finaux).

Guerre du Kippour, photographie mise à disposition du public par l'Armée de défense d’Israël.

- La guerre électronique plus présente que jamais

Sans la maîtrise des technologies permettant de développer le renseignement de types électronique et électromagnétique que sont la détection, le brouillage des missiles, l'identification des engins ennemis par infrarouge et les radiotélécommunications, il n'eut pas été possible de gagner cette guerre pour les Israéliens. Eux qui n'avaient pas toujours utilisé ces techniques à bon escient, surtout au début de la guerre du Kippour, en ont tiré les leçons au Liban, en juin 1982.

- L'apparition des drones
Les drones de type Teledyne Ryan-124 Firebee (BQM-34-A), véhicules aériens sans pilote, jouèrent un rôle efficace dans la guerre du Kippour. Ils servirent principalement aux opérations de reconnaissance et de surveillance, ainsi qu'aux opérations à haut risque. Technologie nouvelle au début des années 1970, les Israéliens étaient les seuls à avoir utilisé ces engins. Leur nombre n'était pas impressionnant et beaucoup furent détruits par les Égyptiens et les Syriens. Mais ils étaient en amont d'un processus d'information par l'image.

- L'omniprésence des avions de reconnaissance
Contrairement aux aviateurs arabes, les Israéliens menèrent de nombreuses missions de reconnaissance aérienne dans les quartiers généraux et sensibles égyptiens et syriens. L'aviation israélienne utilisa des 6 RF-4 Phantom. Ces bijoux technologiques, pour l'époque, réalisaient chacun deux missions de reconnaissance chaque jour. Aucun d'entre eux ne semblait avoir été perdu. Ce qui prouva leur efficacité de discrétion.

Néanmoins, les laps de temps entre les survols des objectifs mobiles et les analyses des photographies prises à la suite de ceux-ci s'étaient révélés beaucoup trop longs, car les cibles avaient pu se mouvoir en quelques heures. C'est là une première erreur. Enfin, et plus grave encore, les Israéliens confiaient généralement l'analyse des résultats des missions de bombardements aux mêmes pilotes, plutôt qu'à des spécialistes de l'infanterie ou à des appareils de reconnaissance. Voilà ce qui peut expliquer que l'aviation de reconnaissance israélienne ne disposait pas toujours d'informations de premier ordre.

- Les satellites de reconnaissance
En 1973, les Américains avaient placé sur orbite deux satellites de reconnaissance. Le premier, un Big-Bird, était en vol orbital depuis le 13 juillet 1973 ; le second, un KH-8, avait été lancé le 27 septembre 1973, à la suite des rapports rédigés par la CIA qui voyait d'un mauvais oeil les actions arabes menées contre Israël. Selon toute vraisemblance, les Américains n'auraient pas lancé d'autres satellites. Le rôle de ces engins fut donc minime dans le camp américain. Cependant, les photographies d'une qualité inconnue auparavant prises par ceux-ci permirent d'éviter certains conflits, principalement près du canal de Suez.

Contrairement aux États-Unis, l'URSS voulut innover dans le secteur des satellites espions pour déjouer les plans de l'ennemi. Les satellites russes avaient donc surtout servi à prolonger un peu plus le combat, le temps que les deux grandes puissances puissent s'accorder sur les termes d'un cessez-le-feu acceptable par l'ensemble des parties au conflit. -

Bibliographie
Principal ouvrage de référence : P. Razoux, La guerre israélo-arabe d'octobre 1973. Une nouvelle donne militaire au Proche-Orient, Paris, 1999.

Christophe Burgeon, doctorant et agrégé en histoire

 

 

6 octobre 1981 :
Anouar el-Sadate meurt en plein triomphe

Le 6 octobre 1981, tandis qu'il assiste dans un stade du Caire à un défilé militaire à l'occasion de la fête nationale, le « raïs » Anouar el-Sadate est assassiné par des soldats islamistes...

Le 6 octobre 1981, tandis qu'il assiste dans un stade du Caire à un défilé militaire à l'occasion de la fête nationale, Anouar el-Sadate est assassiné par des soldats islamistes. Le raïs (mot arabe qui signifie « chef » et désignait autrefois un dignitaire ottoman) a 63 ans. Sa mort cause une immense émotion dans le monde entier. Elle fait craindre pour le processus de paix qu'il a engagé trois ans plus tôt avec Israël.

Fort heureusement, le général Hosni Moubarak, qui lui succède, va préserver la paix avec autant d'habileté qu'il en mettra à affermir son pouvoir à la tête de l'Égypte.

De la victoire…
Anouar el-Sadate (25 décembre 1918 - 6 octobre 1981)Jeune officier, Anouar el-Sadate a été affilié aux Frères musulmans, mouvance islamiste très bien implantée en Égypte.

Mais en 1952, il s'en détache et rejoint le groupe nationaliste des « officiers libres », auquel participe son ami Gamal Abdel Nasser, futur président de l'Égypte. Celui-ci meurt en pleine gloire le 28 septembre 1970... après avoir essuyé deux défaites cuisantes face à Israël.

Sadate, en sa qualité de vice-président,  succède sans difficulté au prestigieux raïs à la tête de l'Égypte. Il prend l'initiative d'attaquer l'armée israélienne le 6 octobre 1973, à la faveur de la fête juive du Yom Kippour, pendant laquelle se recueillent beaucoup d'Israéliens.

D'abord victorieuse, son armée venge les Arabes de leurs humiliations passées.

Après avoir éprouvé la plus grande peur de leur Histoire, les Israéliens reprennent leurs esprits et repoussent avec succès les attaques des Égyptiens et de leurs alliés syriens. Les troupes du général Ariel Sharon repassent même le canal de Suez dans l'autre sens.

... à la chute
Avec la guerre du Kippour, par laquelle il a mis fin au mythe de l'invincibilité de l'armée israélienne, Anouar el-Sadate s'acquiert un immense prestige dans son pays et l'ensemble du monde arabe. 

Sans renier officiellement l'héritage nassérien, il s'éloigne en douceur de l'Union soviétique et se rapproche de l'Occident. Il libéralise l'économie. Il relance aussi la chasse aux Frères musulmans et aux islamistes. Surtout, il renonce aux envolées panarabistes, faisant passer le sort de l'Égypte au premier plan de ses préoccupations. 

Fort de sa demi-victoire sur Israël, il engage des négociations de paix avec Israël.

Sadate, Begin et Carter lors de la signature du traité de paix israélo-égyptien en 1979.Avec un grand courage, il se rend à Jérusalem en novembre 1977 et prononce un mémorable discours devant la Knesset, le Parlement d'Israël. Puis, en octobre 1978, il conclut les accords de Camp-David avec le Premier ministre israélien Menahem Begin, sous l'égide du président américain Jimmy Carter.

Le traité de paix est signé le 26 mars de l'année suivante et le Prix Nobel de la paix récompense fort justement les deux ennemis de toujours, Begin et Sadate (ce dernier, cependant, ne se rend pas à Oslo pour recevoir le prix).

Mais Anouar el-Sadate va se confronter à l'incompréhension de ses concitoyens et de la majorité des Arabes. Il doit aussi affronter la montée de l'intégrisme islamique, encouragé par la victoire de Khomeiny en Iran.

Le 3 septembre 1981, il fait arrêter 150 opposants islamistes. Parmi eux figure le frère d'un des soldats appelés à défiler devant le raïs un mois plus tard, dans le stade où, pour des raisons de sécurité, a été cantonnée la parade militaire.

L'assassinat d'Anouar el-Sadate (6 octobre 1981)

Tandis que le président, debout, salue le passage des avions Mirage, un camion s'arrête devant la tribune, en simulant une panne. Un lieutenant en sort et lance une grenade fumigène. C'est le signal de l'assaut : des complices sortent du camion et courent vers la tribune en tirant à l'arme automatique et en criant : « Mort au pharaon ! »

Onze personnes sont tuées, y compris l'ambassadeur de Cuba ; 38 sont blessées, parmi lesquelles le président qui meurt peu après son arrivée à l'hôpital. Toute l'attention des gardes se porte sur le vice-président Hosni Moubarak, blessé à la main : il est extrait de la tribune en toute hâte car la continuité de l'État repose sur lui.

Le drame s'est déroulé sous l'oeil du public et des caméras, dans une pagaille indescriptible. Anouar el-Sadate a été assassiné huit ans jour pour jour après le déclenchement de la guerre du Kippour qui lui avait apporté la légitimité et la gloire.

André Larané

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ça s'est passé un... 3 octobre

ça s'est passé un...3 octobre


3 octobre 610 : Héraclius devient empereur de Byzance
Le général Héraclius prend le pouvoir à Constantinople le 3 octobre 610 dans une période très critique de l'Empire romain d'Orient. La capitale elle-même est menacée au nord par les Avars (ou Avares), des Barbares qui ont traversé le Danube, et au sud par les Perses sassanides...

Sous son règne, l'Empire romain d'Orient se transforme en Empire «byzantin». Ce qualificatif dérive de l'ancien nom grec de la capitale (Byzance). Lui-même renonce au titre d'imperator pour celui de « basileus » par lequel les Grecs désignaient habituellement le Grand Roi des Perses.

Héraclius raffermit l'empire mais ne peut empêcher la conquête de la Syrie et de l'Égypte par les disciples de Mahomet, son contemporain. L'avènement d'Héraclius et l'Hégire (622) marquent la fin véritable de l'empire romain et de l'Antiquité.

Le général Héraclius prend le pouvoir à Constantinople le 3 octobre 610 dans une période très critique de l'Empire romain d'Orient. La capitale elle-même est menacée au nord par les Avars (ou Avares), des Barbares qui ont traversé le Danube, et au sud par les Perses sassanides.

Dans le même temps, des tribus slaves s'infiltrent de façon paisible dans les régions dépeuplées de la péninsule grecque où elles adoptent très vite la langue locale (de ces Slaves descendent beaucoup d'habitants de la Grèce actuelle).

De Constantinople à Byzance
L'empire romain d'Orient, dernier vestige de l'ancien empire romain, est sur le point de succomber à ces différentes agressions quand survient Héraclius. Ce général très doué de 35 ans est le fils de l'exarque, c'est-à-dire du gouverneur, qui dirige à Carthage les provinces grecques d'Afrique du nord.

Héraclius débarque avec ses troupes sur les rives du Bosphore, renverse le tyran Phocas, le met à mort ainsi que sa famille. Il prend sa place sur le trône de Constantinople.

Sous son règne, l'Empire romain d'Orient se transforme en Empire «byzantin». Ce qualificatif dérive de l'ancien nom grec de la capitale (Byzance).

L'antique administration des provinces, fondée sur la séparation des pouvoirs civil et militaire, est abolie au profit d'une nouvelle entité, le thème. Le thème est dirigé par un stratège qui regroupe entre ses mains tous les pouvoirs. Enfin, à la cour du nouvel empereur, la langue grecque se substitue au latin.

Héraclius lui-même supprime les titres de césar et auguste hérités de la Rome antique. Il renonce à l'emploi du terme latin imperator dont nous avons fait empereur et qui désignait à Rome la personne dotée du commandement militaire suprême, l'imperium. L'empereur se donne le titre de «basileus» par lequel les Grecs désignaient habituellement le Grand Roi des Perses.

Constantinople et l'empire byzantin
 


Alexandre le Grand unifie brièvement le Moyen-Orient, de la péninsule des Balkans à l'Indus, ce qui ne se reproduira plus jamais dans l'Histoire...

Après lui, Rome et Byzance vont à leur tour occuper la région mais sans jamais dépasser l'Euphrate, à l'Est. Au-delà perdure l'antique civilisation perse... Les cavaliers arabes mûs par leur foi en l'islam vont balayer cet ordre antique en quelques décennies...

3 octobre 1226 : Apothéose de Saint François d'Assise
Pendant la nuit du 3 au 4 octobre 1226, François d'Assise meurt en odeur de sainteté dans une simple cabane de roseaux...

L'année précédente, presque aveugle, abattu par la fièvre et tourmenté par les mulots, voilà pourtant qu'il fait monter vers le Père de toute la Création un chant d'amour qui est aussi le premier grand poème en langue italienne : le Cantique de frère Soleil ou Cantique des Créatures...

Saint François d'Assise meurt nu à même le sol près de la petite chapelle de la Portioncule, dans la nuit du 3 au 4 octobre 1226. Par sa joie de vivre, son amour de la Création, son humilité, il reste l'une des figures les plus attachantes de l'histoire du christianisme.

Saint Francois prêchant aux oiseaux (Giotto, basilique d'Assise)

L'année précédente, presque aveugle, abattu par la fièvre et tourmenté par les mulots, il avait fait monter vers le Père de toute la Création un chant d'amour qui est aussi le premier grand poème en langue italienne : le Cantique de frère Soleil ou Cantique des Créatures.

Le Cantique de frère Soleil ou Cantique des créatures


1 - Très haut, tout puissant et bon Seigneur,
à toi louange, gloire, honneur,
et toute bénédiction ;

2 A toi seul ils conviennent, O Très-Haut,
et nul homme n'est digne de te nommer.

3 Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures,
spécialement messire frère Soleil,
par qui tu nous donnes le jour, la lumière ;

4 il est beau, rayonnant d'une grande splendeur,
et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole.

5 Loué sois-tu, mon Seigneur, pour soeur Lune et les étoiles :
dans le ciel tu les as formées,
claires, précieuses et belles.

6 Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent,
et pour l'air et pour les nuages,
pour l'azur calme et tous les temps :
grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.

7 Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre soeur Eau,
qui est très utile et très humble,
précieuse et chaste.

8 Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu,
par qui tu éclaires la nuit :
il est beau et joyeux,
indomptable et fort.

9 Loué sois-tu, mon Seigneur, pour soeur notre mère la Terre,
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits,
avec les fleurs diaprées et les herbes.

10 Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux
qui pardonnent par amour pour toi ;
qui supportent épreuves et maladies :

11 heureux s'ils conservent la paix,
car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés.

12 Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour notre soeur la Mort corporelle,
à qui nul homme vivant ne peut échapper.

13 Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ;
Heureux ceux qu'elle surprendra faisant ta volonté,
car la seconde mort ne pourra leur nuire.

14 Louez et bénissez mon Seigneur,
rendez-lui grâce et servez-le

 

Voeu de pauvreté


Né 44 ans plus tôt dans la famille d'un riche drapier d'Assise, en Italie centrale (Ombrie) sous le nom de Giovanni Bernardone, il est surnommé Francesco (Français) par son père, coutumier des voyages en France. Ce surnom, dont nous avons fait François, sera appelé à une immense diffusion.

L'enfant mène joyeuse vie dans sa ville natale et ne rêve que plaies et bosses dans le contexte des guerres entre cités italiennes. Comme tout bourgeois de son époque, il aspire à la noblesse et à la chevalerie.

Saint François (par Cimabue, 1240 - 1302)À vingt ans, le 12 décembre 1202, il participe à une

cavalcade contre la cité voisine de Pérouse. La petite troupe se fait tailler en pièces à Collestrada, sur les bords du Tibre. Lui-même est fait prisonnier. Il sera libéré un an plus tard grâce à l'intervention de son père.

Là-dessus, il tombe malade puis part en pèlerinage à Rome. En chemin, il rencontre un lépreux et voit en songe le Christ qui lui demande de « réparer sa maison qui tombe en ruine ». François pense qu'il s'agit de la chapelle où il prie, Santa Maria degli Angeli.

Il vend un cheval et des tissus qui sont à son père pour acheter des matériaux en vue de réparer la chapelle. Son père le déshérite et l'assigne en justice. Qu'à cela ne tienne. François en appelle à l'évêque et se dépouille devant lui de ses luxueux habits pour « suivre nu le Christ nu ». L'évêque le recouvre de son manteau, signifiant par là qu'il l'accueille dans la communauté de l'Église.

En rupture avec les us de son époque, le jeune homme fait voeu de pauvreté sans être relié à un monastère. « On va plus vite au ciel d'une cabane que d'un palais », confie-t-il.

Des disciples le rejoignent dans son ermitage de la Portioncule, près de la chapelle de Santa Maria degli Angeli, et, avec eux, il va prêcher et mendier dans les villes. François exige le renoncement personnel et collectif à la propriété : « Si nous possédions des biens, il nous faudrait les défendre ! » Par la vertu de son exemple, il développe chez les humbles gens la piété et la dévotion à l'enfant Jésus.

À une époque où l'étude est encore considérée comme un luxe, François s'en méfie : « Le Seigneur m'a dit qu'il voulait faire de moi un autre fou dans le monde et Dieu ne veut pas nous conduire par une autre science que celle-là ». Toutefois, il se garde d'exiger des autres l'humilité qu'il s'impose à lui-même. Libre aux marchands et aux puissants de vivre dans le luxe.

L'ordre des « frères mineurs »
Très vite, le petit groupe de disciples grandit. D'une douzaine au début, les voilà près de cinq mille ! Encouragé par son ami de toujours, Frère Élie, dit Élie de Cortone, François se décide à organiser sa communauté et fonde l'ordre des « frères mineurs » sans être lui-même prêtre, chose rarissime dans l'histoire de l'Église.

Il se rend avec ses compagnons à Rome où il obtient du pape Innocent III l'approbation de sa règle, en 1210, après que la Curie (le gouvernement pontifical) l'eût obligé à réécrire sa copie en y mettant moins de contraintes.

D'autres ordres se réclament bientôt du Pauvre d'Assise : les capucins, les conventuels et le tiers-ordre de saint François, sans parler de la communauté des Clarisses, ordre féminin fondé par Claire en 1212 sous le nom des « pauvres dames » .

Saint François et l'islam
En 1212, François prend la direction du Maroc en vue de convertir le souverain almohade ! La Reconquista de l'Espagne est bien engagée avec la victoire des chrétiens à La Navas de Tolosa et le Pauvre d'Assise, qui a conservé l'exaltation de la jeunesse, voit le moment venu de convertir les musulmans par la prédication et l'exemple plutôt que par la force. Mais il tombe malade sur le chemin, en Espagne, et doit regagner l'Italie...

En septembre 1219, infatigable, il part à nouveau à la rencontre des musulmans, comme quelques autres de ses disciples. Cette fois, il débarque en Terre sainte, à Saint-Jean d'Acre, puis de là, rejoint la cinquième croisade, à Damiette, dans le delta du Nil. Profitant d'une trêve, le saint franchit les lignes simplement accompagné d'un disciple et se fait conduire auprès du sultan d'Égypte Mélik el-Kâmil (Al-Kamel).

Celui-ci, neveu de Saladin et dont le père avait manqué d'épouser la soeur de Richard Coeur de Lion, est un homme d'ouverture à l'esprit chevaleresque. Il organise une confrontation verbale entre François et des théologiens de l'islam, puis, rempli d'estime pour l'homme d'Église, le fait reconduire dans son camp.

Joie de vivre
La joie de vivre et l'amour de la nature caractérisent sa prédication et ses écrits. Ses compagnons nous le présentent comme un homme aimant la vie et riant tant et plus, à mille lieues de l'image que l'on se fait d'un saint.

On lui attribue la création des premières crèches vivantes de Noël : en 1223, avec la permission du pape Honorius III, il reconstitue à Greccio la Nativité dans une étable avec des personnages vivants, dans la tradition des scénographies médiévales. C'est aussi un poète. Son Cantique des créatures ou Cantique de frère Soleil est le premier grand poème en langue italienne.

En septembre 1224, en prière au Mont Alverne, à 100 km au nord-ouest d'Assise, il reçoit les stigmates de la Passion de Jésus (cinq plaies sur les mains, les pieds et le côté, qui rappellent les blessures du Christ sur la croix).

Saint Francois recevant les stigmates de la Passion (Giotto, basilique d'Assise)

Ferveur Populaire
François est canonisé par le pape Grégoire IX deux ans seulement après sa mort et, un siècle plus tard, le peintre Giotto l'immortalise sur les murs de la basilique construite en son honneur sur les hauteurs d'Assise. Il le représente prêchant aux oiseaux ou apprivoisant le loup de Gubbio.

Saint Francois prêchant aux oiseaux (Giotto, basilique d'Assise)Sa vie donne aussi naissance à un récit naïf, les Fioretti di San Francesco. Plus proche de la légende que de l'Histoire, il a inspiré en 1950 un film atypique au cinéaste italien Roberto Rossellini.

Saint François d'Assise est l'un des saints les plus populaires de l'Occident chrétien. Sa personnalité radicale en appelle aux croyants comme aux non-croyants.

Pour le philosophe Nietzche, il aurait été le seul chrétien authentique à part le Christ lui-même.

Aujourd'hui, c'est sous le patronage de saint François que les catholiques placent la protection de la Nature.

Les ordres franciscains sont toujours prospères et estimés comme l'atteste l'immense popularité du moine Francesco Forgione (le Padre Pio, 1887-1968), récemment canonisé... et le nom de François adopté par Jorge Bergoglio lors de son accession à la papauté.

 

3 octobre 1940 : Premier statut des Juifs


Soucieux de se concilier les bonnes grâces de l'occupant, le gouvernement de Vichy, dirigé par le Maréchal Pétain, promulgue dès le 3 octobre 1940 un premier statut des juifs. Il exclut les Français identifiés comme Juifs de la plupart des fonctions publiques et de nombreuses autres professions. En dépit de son aspect scandaleux, il passe à peu près inaperçu. Il est vrai que les Français se battent au même moment dans les difficultés du quotidien et très peu connaissent des juifs concernés par le statut...

Aux premiers mois de l'Occupation, le gouvernement de Vichy édicte un statut des Juifs. La loi est publiée au Journal officiel le 18 octobre 1940 mais est datée du 3 octobre. Elle vise à dissuader les Allemands d'intervenir dans les affaires intérieures de la France, quelques jours après qu'ils aient publié une ordonnance pour le recensement des juifs en zone occupée.  

Ce premier statut des Juifs exclut les Français identifiés comme juifs de la plupart des fonctions publiques et de nombreuses autres professions. En dépit de son aspect scandaleux, il passe à peu près inaperçu. Il est vrai que les Français se confrontent au même moment aux difficultés du quotidien et dans la presse, peu de journaux s'intéressent à la question juive, à l'exception notable du Matin, quotidien collaborationniste et proche des nazis...

Alain Michel

Un avatar de l'antisémitisme français
Assommée par la défaite, la France s'est abandonnée en juillet 1940 à une coalition de jeunes technocrates issus d'une grande banque d'affaires, la banque Worms, et de politiciens impatients de rompre avec la politique antérieure et de revenir à ce qu'ils considèrent comme des valeurs nationales menacées : la terre, la patrie, la religion etc. Les nouveaux dirigeants aspirent à réformer les institutions, reconstruire le pays et préparer la revanche par le biais d'une hypothétique « Révolution nationale ». Ils appartiennent à la droite comme à la gauche. Dans le gouvernement présidé par le Maréchal Pétain, le vice-président du Conseil Pierre Laval est lui-même un ancien député socialiste, de même que le ministre de l'Intérieur Adrien Marquet, ancien maire de Bordeaux. L'un et l'autre ont évolué vers la Collaboration par pacifisme.

Raphaël Alibert (17 février 1887, Saint-Laurent-Lolmie ; 5 juin 1963, Paris)Parmi ces hommes, plusieurs s'avouent antisémites, dans le droit fil des idées nauséeuses exprimées à la fin du siècle précédent par Édouard Drumond dans La France juive et reprises par l'Action française. C'est au moins le cas de Raphaël Alibert, un juriste proche du mouvement de Charles Maurras et appelé à devenir ministre secrétaire d'État à la Justice dans le premier gouvernement de Vichy. La défaite et l'occupation allemande font son affaire. Le 1er juillet 1940, il aurait confié au ministre du Travail Charles Pomaret à propos des juifs : « Je leur prépare un texte aux petits oignons ». Mais ce témoignage tardif, publié en 1968, est sujet à caution d'autant que l'on n'a gardé aucune trace du supposé projet de statut par Alibert.

En attendant, dès juillet 1940, sitôt les pleins pouvoirs octroyés à Pétain et à son gouvernement,  Pierre Laval et Adrien Marquet prennent contact avec Otto Abetz, représentant du IIIe Reich dans la zone occupée, pour savoir ce qu'attendent les Allemands et se montrer conciliant envers eux. Il serait ainsi question de créer un parti unique, d'interdire la franc-maçonnerie et d'exclure les juifs de la fonction publique. À sa manière roublarde, Laval se garde de promettre quoi que ce soit. Son gouvernement a bien assez de soucis pour ne pas en rajouter avec la question juive et les nazis eux-mêmes s'en tiennent encore à la mise hors-la-loi ou à l'expulsion de leurs Juifs sans qu'il soit question de les exterminer (la Solution finale n'émergera qu'à l'automne 1941).

Le gouvernement de Vichy n'en conduit pas moins pendant l'été 40 une campagne contre les étrangers et ceux qui auraient été trop rapidement naturalisés, les communistes qui ont fait allégeance à Staline et approuvé le pacte germano-soviétique, les francs-maçons réputés hostiles aux valeurs nationales, les politiciens et les fonctionnaires responsables de la défaite...

C'est ainsi que, par un décret-loi du 22 juillet 1940, le Garde des Sceaux Alibert engage la révision de tous les décrets de naturalisation depuis la précédente loi du 10 août 1927, à laquelle il était reproché d'avoir trop grandement facilité les naturalisations (cette loi sera mise à profit dans les années ultérieures pour dénaturaliser 7 000 juifs français). Le 13 août 1940, une loi interdit les associations secrètes, autrement dit la franc-maçonnerie. Trois jours plus tard, le 16 août 1940, une nouvelle loi interdit l’exercice de la médecine aux praticiens étrangers, à ceux qui ont acquis la nationalité française après 1927 et à ceux qui, nés en France, sont de père étranger.

Enfin, le 27 août 1940, le gouvernement abroge le décret-loi Marchandeau du 21 avril 1939 qui réprimait les injures à connotation raciale ou religieuse (et donc la propagande antisémite).

Affiche conforme à l'ordonnance allemande du 27 septembre 1940C'est enfin au Conseil des ministres du 10 septembre 1940 que le gouvernement s'entretient pour la première fois des Juifs suite à une communication du général Benoît de La Laurencie, délégué général du gouvernement français auprès des autorités d'occupation à Paris, qui fait part de l'intention des Allemands de recenser les Juifs de la zone occupée.

À Vichy, on s'émeut de ce projet qui viole la convention d'armistice, met en cause l'unité du territoire national et ignore le fait qu'en France, on ne distingue pas les citoyens selon la religion ou autrement. Le ministre des Affaires étrangères Paul Baudoin rédige une protestation qui est remise le 25 septembre à la commission d'armistice, à Wiesbaden. 

Faisant fi de la protestation, les Allemands promulguent leur ordonnance le 27 septembre 1940 : ils exigent que les commerçants juifs de la zone occupée placent l'écriteau « Juif » sur leur devanture et demandent à l'administration de la zone occupée de recenser les Juifs avant le 20 octobre suivant. N'y trouvant rien à redire, la plupart des fonctionnaires s'exécutent, y compris même le jeune préfet d'Eure-et-Loir, Jean Moulin...

À Vichy, le Conseil de cabinet se réunit le 30 septembre pour débattre de l'ordonnance, en vue du Conseil des ministres du lendemain. Paul Baudoin notera dans son Journal : « Le Conseil de cabinet, de 17 heures à 19 heures, est consacré à l’étude du statut des Juifs qui doit être discuté au Conseil des ministres de demain. Il est maintenant évident que le seul moyen d’empêcher l’application par les Allemands en zone occupée de mesures draconiennes antijuives – la Délégation générale à Paris nous aannoncé qu’elles étaient imminentes – est d’édicter un certain nombre de mesures beaucoup plus modérées et conçues dans un autre esprit, qui seront applicables à toute la France » (cité par Alain Michel).

Au Conseil des ministres du 1er octobre, on commence du coup à réfléchir à un texte relatif aux Juifs et destiné à couper l'herbe sous le pied des Allemands, en leur enlevant tout motif d'intervenir dans les affaires intérieures de la France ! On est ici au coeur de l'ambiguïté de Vichy : jusqu'où peut-on aller pour sauver ce qui l'être de l'intégrité de la nation et du peuple français ?

Conformément aux règles fixées avec l'occupant, le projet de statut est présenté aux Allemands et reçoit leur imprimatur le 8 octobre mais c'est seulement le 18 octobre 1940 qu'il est publié au Journal officiel, signe des longues hésitations du gouvernement de Vichy.

Projet de loi portant statut des juifs avec annotations de la main du Maréchal Pétain (2 octobre 1940)La loi portant statut des juifs exclut les Français identifiés comme Juifs de la plupart des fonctions publiques et de nombreuses autres professions.

L'article premier définit les Juifs à la façon des nazis : « Est regardé comme juif, pour l'application de la présente loi, toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif. » Mais tout en évoquant la « race » sans plus de précision, il ne fait pas référence à la religion du fait de la loi française de séparation des Églises et de l'État qui ne reconnaît pas les religions. En cela, le texte se distingue des lois nazies de Nuremberg. De manière quelque peu kafkaïenne, il reste muet sur ce qui fait qu'un parent, grand-parent ou conjoint est identifié comme juif !

Dans le prolongement de ce premier texte, les préfets de la zone non occupée se voient accorder dès le 4 octobre le droit d'« interner les étrangers de race juive en cas de surplus dans l'économie nationale ». Enfin, une autre loi abolit quatre jours plus tard, le 7 octobre 1940, le décret Crémieux du 24 octobre 1870 qui avait accordé la nationalité française aux juifs d'Algérie. Ceux-ci redeviennent dès lors des sujets ou des citoyens de seconde zone.

Comme il était cependant prévisible, la bonne volonté de Vichy ne freine pas les Allemands. Le 18 octobre 1940, par une « ordonnance d'Aryanisation », ceux-ci placent sous séquestre les entreprises et les biens des Juifs de la zone occupée qui ont fui ou auraient été arrêtés.

L'année suivante, sous la direction de l'amiral François Darlan, le gouvernement de Vichy va entrer dans une collaboration beaucoup plus active avec les nazis. Il va s'ensuivre le 2 juin 1941 la promulgation d'un statut des Juifs bien plus rigoureux que le premier, à l'initiative du sinistre Commissaire général aux Questions juives Xavier Vallat. La stigmatisation des Juifs atteindra son paroxysme avec la rafle du Vél d'Hiv (16-17 juillet 1942), suite à la mise en oeuvre par les nazis de la Solution finale.

Le statut des Juifs expliqué par l'historien Alain Michel
Alain Michel (Jérusalem) a débattu le 1er octobre 2020 sur le premier statut des Juifs, sa genèse et sa portée véritable. Instructif.

 

3 octobre 1990 : L'Allemagne réunifiée


Le 3 octobre 1990, onze mois après la chute du Mur, la République Fédérale Allemande et la République Démocratique Allemande célèbrent officiellement leur réunion en un seul État.

Fête Nationale
L'anniversaire de ce jour est depuis lors fête nationale en Allemagne.

 

3 octobre 2019 : L'attentat de la Préfecture de Police atteint l'État de plein fouet


Le 3 octobre 2019, un employé de la Préfecture de Police de Paris a égorgé quatre fonctionnaires et en a blessé un autre avant d’être lui-même abattu par un policier...

L’enquête a révélé que l’homme, un Martiniquais de 45 ans, avait été recruté quinze ans plus tôt par la Direction du Renseignement comme adjoint administratif pour des tâches d’exécution (catégorie C de la fonction publique). Il avait pu obtenir une habilitation « Secret défense » lui donnant accès à des informations en lien avec l’islam radical.Lui-même s'était converti à l’islam salafiste en 2008 et avait épousé en 2014 une immigrée marocaine. Il n'avait jamais été inquiété malgré des signes récurrents de radicalisation.

Ce énième attentat islamiste témoigne d’une spectaculaire progression de la menace terroriste à plusieurs titres. D’abord parce qu’il atteint l’État en frappant au cœur même de l’organisme en charge de la sécurité des citoyens. Ensuite parce qu'il met en évidence la fragilité des administrations et entreprises publiques (ministères, police, Mairie de Paris, RATP…) et les faiblesses des dispositifs de surveillance comme ici, où le tueur avait pu franchir les portiques de détection des métaux avec son arme, un couteau en céramique, sans être inquiété.

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29 septembre 1399 Richard II abdique

29 septembre 1399
Richard II abdique

 

Richard II est le dernier roi de la dynastie des Plantagenets, qui s'est installée en Angleterre deux siècles et demi plus tôt, avec le couronnement d'Henri II et Aliénor.

Il est le petit-fils du roi Édouard III, le vainqueur de Crécy, et le fils du Prince Noir Édouard de Woodstock, qui a de son côté vaincu les Français à Poitiers.

Son père étant mort prématurément, il n'a que dix ans quand il monte sur le trône à la mort d'Édouard III, le 21 juin 1377. Il n'en aura que trente-deux quand il va abdiquer le 29 septembre 1399, sous la pression des barons anglais et des représentants des Communes, au terme d'un règne aussi troublé que fascinant.

Un règne troublé
 

Le couronnement de Richard II (miniature extraite des Anciennes et Nouvelles chroniques d'Angleterre)Lorsque Richard II monte sur le trône, la situation du royaume est critique.

Sous l'effet des contre-offensives victorieuses de Du Guesclin, l'Angleterre a perdu la plupart des provinces qu'elle avait conquises en France pendant la première période de la guerre de Cent Ans.

Cela fait beaucoup de revenus en moins pour la noblesse.

Le nouveau roi, n'ayant que dix ans à son avènement, doit laisser la régence à son oncle, Jean de Gand, un baron avide et détesté du peuple.

Il va lever de nouvelles taxes pour pallier l'appauvrissement de la noblesse. C'est l'origine de violentes secousses sociales et politiques.

La révolte paysanne de Wat Tyler

Le couronnement de Richard II (miniature extraite des Anciennes et Nouvelles chroniques d'Angleterre)À l'été 1381, dans le Kent, dans le Sussex et dans d'autres régions d'Angleterre, les paysans se soulèvent pour différentes raisons : taxe inique, oppression seigneuriale.... Ils se répètent les vers d'un poète révolutionnaire ô combien en avance sur son temps, John Ball. Celui-ci écrit en particulier ce verset séditieux :

« Quand Adam bêchait et Eve filait
Qui était le gentilhomme ? »

« When Adam delved and Eve span,
Who was then a gentleman? »

Un soldat du Kent dénommé Wat Tyler prend la tête des paysans. Londres est assiégée et pillée après bien d'autres villes. Mais le jeune roi joue d'astuce.

Richard II rencontre Wat Tyler dans la prairie de Mile End le 14 juin 1381 et s'engage tout à la fois à affranchir les derniers serfs du royaume et accorder des hausses de salaires aux manouvriers. Il promet en sus une amnistie aux insurgés. Le lendemain cependant, des insurgés reprennent les pillages. Les représentants du roi demandent un nouveau rendez-vous à Wat Tyler pour s'en expliquer. Comme le chef rebelle se fait insolent, il est tué par le maire de Londres, Sir William Walworth.

La révolte va dès lors tourner court. Une dizaine de jours plus tard, l'ordre seigneurial est rétabli. John Ball est lui-même exécuté à Saint Adams le 15 juillet 1381.

France-Angleterre, même combat
On peut noter qu'au même moment, de l'autre côté de la Manche, le jeune roi de France Charles VI se trouve aussi placé sous la détestable tutelle de ses oncles avec les mêmes conséquences sociales.

La révolution culturelle de Wyclif

Comme si les révoltes sociales ne suffisaient pas, l'establishment anglais doit aussi supporter la contestation religieuse. Celle-ci vient d'un vénérable docteur en théologie d'Oxford, John Wyclif.

Dans ses prédications, il n'hésite pas à contester la présence effective du Christ dans l'hostie lors de la communion eucharistique. Il s'interroge aussi sur le sacrement de la pénitence et la pratique des indulgences.

John Wyclif finit ses jours en paix en 1384 grâce à des protecteurs haut placés. Mais ses idées qui ont un parfum d'hérésie sont condamnées à titre posthume en 1415 au concile de Constance. La condamnation vient trop tard ! L'entourage tchèque de la reine Anne de Bohême, première épouse du roi Richard II, a déjà véhiculé ces idées à Prague où elles ont inspiré un autre prédicateur de talent, Jan Hus.

Jan Hus, moins chanceux que Wyclif, est brûlé vif à Constance. Mais un siècle plus tard, l'Allemand Martin Luther marche sur ses traces avec davantage de succès. Ses prédications provoquent en effet une scission durable dans l'Église catholique.

Les Contes de Cantorbery

 

Le règne de Richard II est marqué par des événements plus souriants comme la publication des Contes de Cantorbery, un ouvrage grivois inspiré par le Decameron de l'Italien Boccace.

L'auteur est Geoffrey Chaucer, un immense écrivain qui donne à la langue anglaise ses lettres de noblesse. Il meurt en 1400 (comme Richard II). C'est le premier homme de lettres inhumé à l'abbaye de Westminster.

 

 

 

 

Pouvoir absolu
Fort de son succès face à Wat Tyler, le jeune Richard II ne tarde pas à se séparer de Jean de Gand et à gouverner par lui-même. Tout paraît lui sourire. Mais il a le tort de mal s'entourer et se laisse griser par la gloire. Plusieurs barons menés par Thomas de Woodstock, duc de Gloucester, lui imposent de se séparer de ses favoris en 1388.

Richard II prend sa revanche huit ans plus tard, en 1396, après son remariage avec Isabelle de France, la fille du roi Charles VI : il se débarrasse de la tutelle des barons et du Parlement et fait exécuter plusieurs barons dont le duc de Gloucester. Il dépouille aussi de son héritage le fils de Jean de Gand, son cousin Henri Bolingbroke, duc de Lancastre, et le condamne à l'exil.

Henri se réfugie en France où le parti anti-anglais dirigé par le duc Louis d'Orléans l'aide à constituer une armée.

Le roi brusque pendant ce temps son opinion publique en tentant de se rapprocher de la France et en levant de nouveaux impôts en vue de conquérir l'Irlande.

Cette guerre va lui être fatale : pendant qu'il combat en Irlande, son cousin Bolingbroke revient d'exil à la tête de son armée. Revenant en hâte d'Irlande, le roi est fait prisonnier par traîtrise et livré à son rival. Il est interné dans la Tour de Londres. Les représentants des Communes, qui lui en veulent d'avoir limité leurs prérogatives, exigent son abdication.

Il meurt en captivité l'année suivante dans le château de Pontefract, au sud-est de Leeds, sans doute assassiné sur ordre de son successeur. Shakespeare lui a consacré en 1595 une tragédie, Richard II, où il met en scène l'enchaînement fatal qui l'entraîna dans le malheur.

Henri de Lancastre devient roi sous le nom d'Henri IV et fonde la dynastie des Lancastre, en-dehors de toute règle dynastique. Son fils va relancer la guerre contre la France et à l'issue de celle-ci, les descendants des différents enfants d'Édouard III en reviendront à s'affronter dans la guerre des Deux-Roses.

L'Angleterre en gestation
 


L'État issu de Guillaume le Bâtard se singularise par la primauté du droit sur l'arbitraire, dans les relations entre le souverain et les différentes classes sociales.
Cette société de confiance est à l'origine de la puissance anglaise...

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ça s'est passé un... 27 septembre

ça s'est passé un...
27 septembre

 

27 septembre 52 av. J.-C. : Vercingétorix se rend à César devant Alésia
C'est aux alentours du 27 septembre de l'an 52 av. J.-C. que Vercingétorix, jeune chef gaulois, se rend à Jules César. Sa reddition met fin au siège de l'oppidum d'Alésia par les Romains et à la résistance gauloise.

Après la terrible guerre des Gaules, qui a sévi près de sept ans, l'ensemble des peuples établis entre le Rhin et les Pyrénées passe sous la rude domination de Rome… Ce faisant, ils évitent une invasion par les peuples germains, plus pressants que jamais sur la rive droite du Rhin.

27 septembre 1529 : Soliman échoue devant Vienne
Le 27 septembre 1529, le sultan ottoman Soliman le Magnifique (Suleyman) met le siège devant Vienne, capitale des Habsbourg, pour soutenir la candidature de Jean Zapolya à la succession de Louis II sur le trône de Hongrie, contre Ferdinand d'Autriche, frère de Charles Quint.

La résistance des habitants et celle des vingt mille soldats de sa garnison ont raison de sa détermination et il doit bientôt se retirer.

27 septembre 1540 : Fondation de la Compagnie de Jésus
Le 27 septembre 1540, le pape Paul III signe la bulle qui porte fondation de la Compagnie de Jésus.

Cet ordre, consacré à l'évangélisation et à l'éducation, est issu de la rencontre en 1529, à l'Université de Paris, d'un étudiant savoyard, Pierre Favre, d'un jeune noble navarrais, François de Jassu y Xavier (François-Xavier), et d'un vieux routier basque de 37 ans, boiteux de surcroît, Íñigo de Loyola (Ignace de Loyola).

Ils partagent la même chambre au Collège de Navarre.

Avec quelques autres étudiants désireux comme eux de vouer leur vie au Christ, ils entraînent leur corps et leur esprit par quelques exercices spirituels mis au point par Ignace de Loyola.

Ysaline Homant
Une obéissance aveugle au pape
Le 15 août 1534, les jeunes gens assistent à la chapelle de Montmartre à une messe de leur ami Pierre Favre, récemment ordonné prêtre. À cette occasion, ils font le voeu d'aller à Jérusalem en pèlerinage.

Mais à Venise, empêchés de se rendre à Jérusalem, ils tournent leurs pas vers Rome et proposent leurs services au pape. L'Europe et la France sont à ce moment-là secouées par la Réforme protestante de Luther.

C'est ainsi qu'est fondée la Compagnie de Jésus. Ses membres, les Jésuites, sont des prêtres qui s'obligent à accepter les traditionnels vœux monastiques (chasteté...) ainsi qu'à obéir en toutes choses au pape et à leur supérieur. Ce dernier, qui porte le titre de général de la Compagnie de Jésus, est élu à vie comme le pape et dispose d'un pouvoir sans limites.

Du fait de leur énergie, de leur compétence intellectuelle, de leur détermination et de leur discipline toute militaire, les Jésuites deviennent le bras armé de la Contre-Réforme catholique, en Autriche, en Allemagne, en France, en Amérique du sud...

La Compagnie de Jésus joue un rôle majeur pendant plusieurs siècles dans le développement du catholicisme et le renforcement de l'autorité papale.

Elle diffuse avec succès le catholicisme jusqu'aux extrémités du monde connu.

François-Xavier obtient des conversions massives en Inde, autour de Goa, où repose aujourd'hui sa dépouille, et également au Japon. Matteo Ricci se fait introduire à la cour de l'empereur de Chine, à Pékin, et obtient également de prometteurs succès.

Fatales jalousies
Au Japon, cependant, le gouvernement impérial, méfiant à l'égard des influences étrangères, expulse les missionnaires et persécute les nouveaux convertis.

En Europe même, les succès des Jésuites suscitent des jalousies dans les ordres rivaux, chez les franciscains notamment. Il s'ensuit une condamnation du compromis tissé par les Jésuites entre les rites traditionnels chinois et la foi chrétienne. Cette « querelle des Rites » brise l'élan missionnaire en Chine.

Au XVIIIe siècle, en Amérique, indignés par les exactions des colons européens, les Jésuites organisent les Indiens du Paraguay en colonies agricoles indépendantes, à la façon antique, ce qui leur vaut en haut lieu des haines fatales à leur Compagnie.

Celle-ci est abolie par décret dans les années 1760 au Portugal, en Autriche, en France et en Espagne. Le 21 juillet 1773, le pape Clément XIII se rend aux arguments des cardinaux français et espagnols qui l'ont élu et par le bref Dominus ac Redemtor, prononce la dissolution de la Compagnie de Jésus.

Elle renaîtra de ses cendres, plus active que jamais, après la tourmente révolutionnaire, sous le pontificat de Grégoire XVI.

 

27 septembre 1748 : Abolition des galères
Le 27 septembre 1748, une ordonnance du roi Louis XV abolit l'institution des galères et incorpore ces dernières dans la marine royale...

Depuis 1560, où une ordonnance de Charles IX avait institué une peine de réclusion d'un minimum de dix ans, les condamnés étaient enchaînés à leur banc. À leurs côtés, les engagés volontaires n'étaient pas enchaînés. Quand la galère coulait, ceux-ci pouvaient tenter de survivre si, du moins, ils savaient nager... Les condamnés quant à eux coulaient avec l'épave. Les uns et les autres formaient... la chiourme.

Naissance de la Royale
Les galères s'étaient multipliées au siècle précédent, sous le règne de Louis XIV. Le Roi-Soleil avait manifesté sa volonté de dominer les mers comme le continent et il avait confié à son ministre Colbert le soin de créer une marine digne de ce nom, rivale des marines anglaise et hollandaise.

Colbert avait d'abord acheté des navires à l'étranger avant de lancer une industrie navale en France même. Dès 1677, la France comptait 116 vaisseaux dont douze de premier rang, avec 74 à 120 canons. Au total plus de 6000 canons.

Les galères royales basées à Toulon étaient au nombre d'une quarantaine. Ces bateaux longs et bas, à un pont et deux mâts, étaient armés de canons à l'avant. À l'arrière, ils étaient surmontés du carrosse ou tabernacle, où se tenaient les officiers.

Chaque galère était placée sous le commandement de quatre officiers d'épée (des gentilshommes). Ils avaient sous leurs ordres une centaine de soldats, appelés bas-officiers, qui faisaient office de geôliers. Parmi eux les argousins, qui ferraient les galériens, et les pertuisaniers, qui surveillaient ceux-ci lors des corvées.

Les rameurs étaient des... esclaves turcs achetés sur les marchés de Livourne, de Gênes ou de Malte, ainsi que des condamnés de droit commun. À ceux-là s'ajoutaient de malheureux vagabonds, des huguenots ou encore des faux-saulniers, coupables de contrebande sur le sel. Ils dormaient ordinairement sur leur banc et vivaient dans une puanteur à peine supportable.

Saint Vincent de Paul s'était indigné mais en vain du sort de ces hommes. Leur malheur était le prix à payer pour la gloire de la « Royale », surnom encore actuel de la marine française.

27 septembre 1808 : Napoléon et Alexandre au congrès d'Erfurt
Du 27 septembre au 14 octobre 1808 se réunit un prestigieux congrès à Erfurt, en Thuringe, à l'initiative de Napoléon 1er. Presque tous les souverains allemands y sont présents, ainsi que le tsar de Russie Alexandre 1er. Le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche brillent par leur absence. Les fêtes s'enchaînent. Talma et la Comédie-Française jouent devant un «parterre de rois»

 

 

Derrière la fête, les complots
L'ambiance est quelque peu gâchée par les nouvelles de l'insurrection espagnole. Tout l'édifice européen laborieusement mis en place par Napoléon semble ébranlé. Le « Blocus continental » destiné à ruiner l'Angleterre risque de rester lettre morte. Et déjà l'Autriche relève la tête. 

Napoléon Ier veut aller en personne en Espagne combattre l'insurrection mais il a besoin d'assurer ses arrières avec le concours du tsar dont il s'est fait un allié à Tilsit. Dès le 27 septembre, une entrevue secrète est ménagée entre les deux souverains. Elle débouche sur une convention secrète en date du 12 octobre par laquelle l'empereur demande au tsar de s'engager à ses côtés contre l'Autriche si celle-ci reprend la guerre.

Mais ses efforts sont ruinés par Talleyrand. Après la rencontre de Tilsit, celui-ci a troqué son portefeuille de ministre des Relations Extérieures contre un titre ronflant mais vain de grand chambellan. Lucide, il est conscient de l'impasse dans laquelle s'engage Napoléon et préfèrerait, dans l'intérêt de la France et de l'équilibre européen, qu'il se rapproche de l'Autriche.

À défaut de le convaincre, il pousse Alexandre à lui résister. Arrivé à Erfurt un jour avant l'Empereur des Français, accueille le tsar par ces mots : « Sire, que venez-vous faire ici ? C'est à vous de sauver l'Europe, et vous n'y parviendrez qu'en tenant tête à Napoléon. Le peuple français est civilisé, son souverain ne l'est pas ; le souverain de Russie est civilisé, son peuple ne l'est pas ; c'est donc au souverain de la Russie d'être l'allié du peuple français » (d'après des confidences de Talleyrand à Metternich, rapportées par celui-ci dans ses Mémoires).

Après la fête, la guerre
Napoléon ne semble se douter de rien. Après le congrès, il part pour l'Espagne. L'Autriche, comme il pouvait s'y attendre, reprend les armes sans que la Russie s'y oppose. Napoléon repasse à la hâte le Rhin et écrase une nouvelle fois les Autrichiens à Wagram le 6 juillet 1809. 

Il sait dès lors à quoi s'en tenir concernant le tsar mais tente une nouvelle fois de l'amadouer en demandant un mois plus plus tard l'une de ses soeurs en mariage. Le tsar se dérobe et Talleyrand en profite pour arranger le mariage de l'empereur avec une archiduchesse autrichienne, Marie-Louise.

Les relations entre Paris et Saint-Pétersbourg commencent à sérieusement se dégrader, d'autant que le tsar voit monter les protestations des commerçants contre le blocus continental qui les empêche de commercer avec les Anglais et dans le même temps s'irrite de la renaissance d'une Pologne indépendante.

Pour s'assurer de la fermeture des ports du continent au commerce anglais, Napoléon annexe de proche en proche tous les États vassaux à la France. C'est le cas de la Hollande, des villes de la Hanse puis le 10 décembre 1810 du duché d'Oldenbourg dont le souverain n'est autre que le beau-frère du tsar. La guerre entre la Russie et la France apparaît inéluctable mais Napoléon, au regret de devoir la mener, va encore patienter dix-huit mois avant de s'y résoudre.

27 septembre 1822 : Champollion déchiffre les hiéroglyphes
Le 27 septembre 1822, Jean-François Champollion, qui a fait à l'archéologie le sacrifice de sa santé et de sa jeunesse, perce le secret des hiéroglyphes.

Grâce aux inscriptions trilingues de la pierre de Rosette, il devance son rival anglais Thomas Young

Rivalité franco-britannique
Né à Figeac, dans le département du Lot, ce surdoué apprend très tôt de nombreuses langues anciennes et, poussé par la nécessité, devient professeur d'histoire. 

Il se passionne bientôt pour la civilisation des pharaons, mise à la mode par l'expédition en Égypte de Bonaparte, en 1798-1799.

En 1798, des soldats français découvrent à Rosette, dans le delta du Nil, une pierre noire gravée de trois textes dont l'un en grec ancien, un autre en démotique, une écriture égyptienne tardive, et le troisième en hiéroglyphes.

Jean-François Champollion (1790-1832)La pierre est embarquée sur un navire à destination de la France mais les Anglais l'interceptent et la transportent à Londres, au British Museum.

Elle va dès lors exciter la curiosité des savants, en particulier du jeune Champollion et d'un Anglais de quinze ans son aîné, Thomas Young. Young déchiffre la version démotique et découvre que les cartouches en hiéroglyphes contiennent les noms de divers pharaons.

Jean-François va plus loin. Il observe que le texte hiéroglyphique contient trois fois plus de signes que le texte grec ne compte de mots. Il en déduit que les hiéroglyphes (on en recense environ 5 000) ne sont pas seulement des idéogrammes, contrairement aux préjugés ambiants. Ils peuvent aussi dans un même texte servir de signe phonétique comme nos lettres de l'alphabet.

C'est ainsi qu'il déchiffre les noms de Cléopâtre, Ramsès et Thoutmosis le 14 septembre 1822. L'émotion le fait alors sombrer dans un état d'inconscience. Il révèle un peu plus tard sa découverte dans une lettre à l'Académie des Inscriptions et des Belles Lettres.

Jean-François Champollion meurt de surmenage à 42 ans, au milieu des honneurs, après avoir enfin visité l'Égypte, le pays de ses rêves.

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ça s'est passé un... 13 septembre

ça s'est passé un...

13 septembre

 

13 septembre 490 av. J.-C. : Petite victoire des Athéniens à Marathon
Le 13 septembre de l'an 490 av. J.-C., les Athéniens remportent à Marathon une victoire décisive sur les Perses.

Selon un récit tardif de Plutarque, le général Miltiade aurait envoyé un messager annoncer la victoire aux habitants d'Athènes. Le messager serait mort d'épuisement en arrivant sur l'Agora, au pied de l'Acropole, après 4 heures de course. Il aurait tout juste eu le temps de prononcer un seul mot avant de s'effondrer : « Nenikamen » (on écrit parfois « Nenikikame »), ce qui veut dire : « Nous avons gagné ». 

Coureur grecCe récit est une déformation du récit d'Hérodote (Histoires, VI, 105-106), lequel rapporte qu'un messager du nom de Philippidès aurait été envoyé à Sparte, avant la bataille, pour  solliciter l'aide de la cité. 

Il est à l'origine de l'épreuve la plus prestigieuse des Jeux Olympiques modernes. Le premier marathon olympique est remporté à Athènes en 1896 par le berger Spiridon Louis (24 ans) sur les 40 kilomètres qui séparent l'antique champ de bataille du stade d'Athènes. À l'occasion des Jeux de Londres, en 1908, sa distance a été portée à 42,195 kilomètres afin que les coureurs puissent partir de la cour du château royal de Windsor.

Aujourd'hui encore, dans la plaine de Marathon, on honore le tumulus sous lequel reposent 192 soldats athéniens. Sous un autre tumulus reposeraient 6400 Perses. Sans doute les plus anciens cimetières militaires de l'Histoire...

L'affaire se résout par une modeste charge militaire mais elle n'en suscite pas moins une grande émotion dans toute la Grèce et va bouleverser l'équilibre géopolitique de la région... Il n'est pas interdit de comparer cette bataille à la canonnade de Valmy (1792), elle aussi modeste mais d'une immense portée politique !

Désordres en Asie mineure
 

Guerrier, frise murale de PersépolisTout commence une génération plus tôt, en 522 av. J.-C., lorsque Darius 1er succède à Cyrus le Grand et Cambyse sur le trône des Achéménides, issu du clan royal des Axamanisiya.

Le « Grand Roi » des Perses et des Mèdes doit faire face dès son avènement à une grave crise de succession. Ses difficultés encouragent les cités grecques d'Asie mineure à rejeter la tutelle perse.

Les Athéniens traversent la mer Égée et se portent à leur secours. Ils débarquent en Asie mineure et brûlent la ville de Sardes.

C'est plus que n'en peut supporter Darius 1er. Après avoir battu les Athéniens près de la rivière Halys, il brûle à son tour Milet et déporte ses habitants en Mésopotamie. Puis il envoie sa flotte vers la Grèce sous le commandement de son gendre Mardonios. Mais la flotte est détruite par la tempête en 492 av. J.-C., non loin du Mont Athos. 300 navires et 20 000 hommes sont portés disparus.

Les Perses en quête de vengeance
La deuxième tentative est la bonne. Sous le commandement des généraux Datis et Artapherne, les Perses et leurs alliés, les Mèdes, débarquent dans la plaine de Marathon, plaine côtière de dix kilomètres de long sur cinq de large, à 35 km d'Athènes environ, de l'autre côté de la presqu'île de l'Attique.

Ils ont été guidés là par un Athénien, Hippias, fils de l'ancien tyran Pisistrate. Ostracisé par ses concitoyens, il a trouvé refuge auprès du « Grand Roi » et s'est mis à son service...

Phalange athénienne et hoplites (vase du VIIe siècle de la Villa Giulia, Rome)

Les envahisseurs sont 100.000 selon la tradition, plus vraisemblablement 20 000. Parmi eux les redoutables Immortels, troupe d'élite du Roi des Rois. Ils ne trouvent en face d'eux que l'armée des citoyens d'Athènes, au nombre de 10 000. Les autres cités grecques ont fait défection, à l'exception de Platées, en Béotie, qui a envoyé un millier d'hommes.

D'après le récit d'Hérodote (Histoires, VI, 102-119), les stratèges ont envoyé à Sparte un messager du nom de Philippidès pour quérir leur soutien. Il aurait parcouru les deux cents kilomètres qui séparent les deux cités en une journée. Les Spartiates se montrèrent disposés à combattre aux côtés des Athéniens mais devaient, selon leur loi, attendre la pleine lune pour se mobiliser...

À Marathon, les dix stratèges se divisèrent entre les partisans d'une action immédiate, conduits par Miltiade, et les partisans de la temporisation, désireux d'attendre leurs alliés. C'est finalement le polémarque Callimaque, commmandant des armées désigné par le sort, qui les départagea en prenant le parti de Miltiade. Les stratèges, chargés de commander à tour de rôle, jour après jour, se désistent l'un après l'autre en sa faveur. Le quatrième jour, enfin, Miltiade choisit de lancer l'attaque.

Les Athéniens et leurs alliés platéens surmontent leur faiblesse numérique. Ils évitent le traditionnel corps à corps désordonné des batailles antiques et se mettent en rang, puis ils chargent les Perses au pas de course, sans se laisser impressionner par leurs impressionnantes armures et leurs flèches.

Aristophane décrira la charge dans Les Guêpes : « Courant avec la lance, avec le bouclier, nous sommes allés à leur rencontre, tout emplis d'une forte colère, en nous mordant la lèvre de fureur. Sous la nuée de flèches, on ne pouvait plus voir le soleil ».

Le centre de l'armée athénienne, trop mince, est enfoncé par les Perses. Mais les Platéens, sur l'aile gauche, et les Athéniens commandés par Callimaque, sur l'aile droite, ont raison de leurs adversaires. Ils réussissent à envelopper l'armée perse et même à se rapprocher des navires perses et les menacer.

Décontenancés par cette nouvelle manière de faire (la première bataille rangée de l'Histoire), les envahisseurs rembarquent sans demander leur reste. Mais c'est avec l'intention de contourner l'Attique par le cap Sounion et de débarquer à Athènes, en profitant de ce qu'elle est sans défense !

Miltiade les prend de vitesse. Avec les héros de Marathon, il traverse l'Attique à marche forcée et arrive à Athènes tandis que la flotte ennemie apparaît au large. Se voyant devancés, les Perses renoncent à poursuivre leur offensive et rebroussent chemin.

Le premier marathon
Selon un récit tardif de Plutarque (1er siècle de notre ère), Miltiade aurait sans attendre envoyé un messager annoncer la victoire aux habitants d'Athènes, voulant à la fois les rassurer et les mettre en garde contre un débarquement de la flotte perse près de la ville.
Le messager meurt d'épuisement en arrivant sur l'Agora, au pied de l'Acropole, après quatre heures de course. Il aurait tout juste eu le temps de prononcer un mot avant de s'effondrer : « Nenikamen » (on écrit parfois « Nenikikame »), ce qui veut dire : « Nous avons gagné ».
Ce récit est une déformation du récit d'Hérodote (Histoires, VI, 105-106), lequel rapporte qu'un messager du nom de Philippidès aurait été envoyé à Sparte, avant la bataille, pour solliciter l'aide de la cité. La postérité a confondu le messager de Miltiade avec Philippidès.
Le souvenir de ce coureur est à l'origine de l'épreuve la plus prestigieuse des Jeux Olympiques de l'ère moderne, le marathon.

Le soldate de Marathon, Philippidès annonce la victoire (Luc-Olivier Merson, 1869, coll. part.)

Retentissement
La bataille de Marathon marque la fin de la première guerre médique. Bien que de faible importance par les effectifs engagés et la portée militaire, elle a un retentissement moral considérable.

Le tombeau de Darius 1er, dans une falaise de 22 mètres de haut, est décoré de bas-reliefs évoquant le Dieu Ahura-MazdaLa Grèce est sauvée grâce à Athènes et la cité asseoit son hégémonie sur ses voisines en prenant la tête de la confédération de Délos, du nom d'une île sacrée où sont conservés les trésors communs à la confédération.

Sous l'impulsion de Thémistocle, le chef du parti populaire, Athènes va aussi se préparer à un nouvel affrontement avec les Perses.

En Perse, cependant, Xerxès succède à son père Darius 1er en 486 av. J.-C. Il prend le temps de réprimer une révolte en Égypte avant de reprendre la guerre contre la Grèce. Cette seconde guerre médique s'achèvera encore au désavantage des Perses à Salamine.

Le premier cimetière militaire de l'Histoire
Aujourd'hui encore, dans la plaine de Marathon, on honore le tumulus sous lequel reposent 192 soldats athéniens. Sous un autre tumulus reposeraient 6400 Perses. Sans doute s'agit-il des plus anciens cimetières militaires de l'Histoire.

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ça s'est passé un... 6 septembre

ça s'est passé un...
6 septembre

 


6 septembre 1522 : Le tour du monde de Magellan et Del Caño
Le 6 septembre 1522, au coucher du soleil, une nef en piteux état entre dans le port de San Lucar, en Andalousie. À son bord, 18 hommes épuisés, conduits par le basque Sébastian Del Cano (un ancien bagnard).

C'est tout ce qui reste des 5 caravelles et des 265 marins qui ont quitté l'Espagne trois ans auparavant, en direction de l'ouest, sous la direction de Fernand de Magellan...

 

6 septembre 1689 : Traité sino-russe de Nertchinsk
Le 6 septembre 1689, par le traité de Nertchinsk, les Chinois rejettent les Russes bien au-delà du fleuve Amour. Grâce à l'artillerie mise au point avec le concours des missionnaires jésuites, l'empereur Kangxi (ou K'ang-hi) a pu quatre ans plus tôt s'emparer du fort russe d'Albazin, sur le fleuve Amour.

6 septembre 1901 : McKinley assassiné !
Le 6 septembre 1901, le président américain William McKinley (58 ans) arrive à Buffalo, dans l'État de New York, pour inaugurer la Pan-American Exposition.

Avocat originaire de l'Ohio, d'abord élu à la Chambre des Représentants, McKinley s'est signalé le 1er octobre 1890 par la mise au vote d'une grande loi protectionniste qui porte son nom, le « McKinley Tariff » : elle porte à 50% en moyenne les tarifs douaniers sur les importations.

McKinley est élu une première fois à la présidence des États-Unis en novembre 1896 sous l'étiquette républicaine. Il engage contre l'Espagne une guerre très profitable qui marque le début de l'impérialisme américain et lui vaut une réélection triomphale.

C'est donc l'esprit serein, impeccablement vêtu comme à son habitude, qu'il se rend à Buffalo. Après un discours d'inauguration, il assiste en fin d'après-midi à une fête au Temple de la Musique et serre les mains du public quand il tombe en arrière, frappé de deux balles en pleine poitrine.

L'assassin est un ouvrier anarchiste au chômage d'origine polonaise, Leon Czolgosz (28 ans), qui voyait dans le Président un « ennemi du peuple ». Il sera électrocuté le 29 octobre suivant.

McKinley en s'écroulant, murmure à son secrétaire : « My wife, be careful, Cortelyou, how you tell her - oh, be careful » (« Ma femme, faites attention en lui disant la nouvelle, Cortelyou, faites attention »). Il meurt après une semaine d'agonie. Le vice-président Théodore Roosevelt (42 ans), qui lui succède, va poursuivre sa « diplomatie du gros bâton » (« Speak softly and carry a big stick » ; en français : « Parlez avec douceur mais portez un gros bâton »).

6 septembre 1914 : La première bataille de la Marne
Le 6 septembre 1914, un mois après la percée allemande en Belgique, le général Joseph Joffre et le général Joseph Gallieni, gouverneur militaire de Paris, lancent sur le flanc ennemi la VIe armée du général Maunoury. Celle-ci oblige les généraux von Kluck et von Bülow à battre en retraite vers l'Aisne.

Grâce à cette contre-offensive de la Marne, les Français échappent à une défaite sans rémission (une seconde bataille de la Marne aura lieu à la fin de la guerre, en juillet 1918).

Un désastre imminent
 

Défait dans la « bataille des frontières » (14-24 août) faute d'avoir su anticiper les intentions ennemies, le commandant en chef des armées du nord et du nord-est, Joseph Joffre (62 ans) organise toutefois une retraite générale en bon ordre...

Et déjà la propagande se met en branle pour atténuer l'impact du drame sur les esprits, avec, le 28 août, un communiqué du grand quartier général signé de Joffre qui énonce : « la situation de la Somme aux Vosges est restée ce qu'elle était hier », une façon de révéler sans le dire que l'ennemi avait franchi la frontière !

Le 30 août, Paris connaît le premier bombardement aérien de l'Histoire : un modeste monoplan allemand survole la ville et largue une banderole avec la mention : « Parisiens, rendez-vous, les Allemands sont à vos portes » ainsi que quelques bombes qui ont fait deux morts !

Les Français voient se profiler le spectre d'une nouvelle défaite comme en 1870.

Joseph Maunoury, Maréchal de France à titre posthume ( 17 décembre

1847, Maintenon ; 28 mars 1923, Artenay)Les civils du nord de la France suivent les troupes sur les routes de l'exode. Cinq cent mille Parisiens les imitent et quittent la capitale, qui ne compte plus que 1,8 million d'habitants.

Le gouvernement lui-même donne le mauvais exemple en partant pour Bordeaux le 3 septembre et en laissant les clés de la capitale au général Joseph Gallieni (65 ans), gouverneur militaire.

Celui-ci rassemble toutes les troupes disponibles et constitue hâtivement une sixième armée, sous le commandement du général Maunoury, pour assurer la défense de Paris. Les Allemands sont à ce moment-là à Chelles, à 30 kilomètres au nord-est.

Le péché d'orgueil allemand
Alors survient la faute. Les Allemands, sûrs de leur victoire, retirent deux divisions pour les envoyer vers le front russe où se livre la bataille de Tannenberg. Du coup, le général Alexander von Kluck, qui commande la Ière armée allemande, à l'extrémité de l'aile droite, renonce à contourner Paris par l'ouest et encercler la capitale. Il infléchit sa marche vers la Marne et l'Ourcq, au sud-est. Erreur fatale. En présentant son flanc à l'ennemi, l'armée allemande se met en position de faiblesse.

Le 31 août, un officier de cavalerie français, le capitaine Lepic, constate au cours d'une reconnaissance au nord-ouest de Compiègne, que l'avant-garde de von Kluck a infléchi sa marche vers Meaux, à l'est de Paris. Le 4 septembre, un avion de reconnaissance confirme ses observations.

Le coup d'oeil de Gallieni
Gallieni, aussitôt informé, y voit l'opportunité d'une contre-offensive de la dernière chance. Il convainc Joffre de lancer sur le flanc ennemi une contre-attaque avec la VIe armée de Maunoury, à peine formée.

L'invasion est stoppée net par cette contre-offensive de la Marne, du 6 au 9 septembre, avec des pertes énormes des deux côtés et au prix d'un effort surhumain de la part des fantassins français, épuisés par la retraite. Les Français, soulagés, échappent à une défaite sans rémission.

Les Ière et IIe armées allemandes de von Kluck et von Bülow battent à leur tour en retraite vers l'Aisne, où elles vont s'enterrer dans de solides tranchées pour ne plus reculer. Les Français, faute de pouvoir les déloger, font de même.

Les troupes allemandes et françaises tentent de se déborder l'une l'autre par l'ouest. C'est la « course à la mer ». Mais personne n'arrive à percer le front. Le front franco-allemand se stabilise dans la boue, de la mer du nord aux Vosges, sur 750 km.

On ne sait pas encore que cette situation va durer quatre longues et terribles années !... Notons qu'un morceau de la Belgique reste hors de portée des Allemands grâce à la résistance héroïque des Belges sur le front de l'Yser (16-31 octobre), sous le commandement du « roi-chevalier » Albert Ier.

Charge à la baïonnette des fantassins français (septembre 1914)

Le mythe des « taxis de la Marne »
La chronique retient la réquisition des taxis parisiens sur ordre de Gallieni, le 6 septembre 1914, afin de suppléer au manque de trains.

En l'espace d'une nuit, 630 taxis partis de l’esplanade des Invalides acheminent à une vitesse moyenne de 25 km/h trois mille soldats des 103e et 104e R.I. jusqu’à Silly-le-Long et Nanteuil-le-Haudouin, à une centaine de kilomètres de Paris.

Les chauffeurs seront très correctement rémunérés par l'administration pour leur disponibilité. Magnifiée par la presse, cette opération somme toute très anecdotique va symboliser aux yeux des Français l'engagement de la Nation aux côtés de ses soldats.

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ça s'est passé un... 18 juillet

ça s'est passé un...

18 Juillet

18 juillet 962 :

Inauguration de la chapelle Saint-Michel du Puy
Le 18 juillet 962 est inaugurée au Puy-en-Velay la chapelle Saint-Michel.

Cette chapelle a la particularité d'être construite sur une cheminée de volcan d'où elle domine la cité auvergnate. Sa construction a été entreprise par l'évêque du Puy, Gothescalk (ou Godelscalc).

Cet évêque est le premier personnage important qui ait fait le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. En souvenir de cet illustre «jacquet» (nom donné aux pèlerins de Compostelle), les cérémonies du millénaire de la consécration de la chapelle Saint-Michel, en 1962, ont été présidées par Monseigneur Quiroga y Palacio, archevêque de Compostelle.

18 juillet 1918 : Deuxième bataille de la Marne
Le 18 juillet 1918, après quatre ans de guerre, le généralissime Foch passe à la contre-offensive avec les premières troupes américaines dans la région de Villers-Cotterêts.

Pour la première fois sont utilisés à grande échelle les chars d'assaut. Les Allemands sont partout repoussés. Ils subissent leur plus grave défaite à Montdidier, le 8 août, et dès lors engagent une retraite générale.

18 juillet 1925 : Parution de Mein Kampf
Le 18 juillet 1925, Adolf Hitler publie le 1er volume de Mein Kampf (en français « Mon combat »). Le second paraîtra le 11 décembre suivant, soit un an à peine après que l'agitateur politique est sorti de la prison de Landsberg. C'est là qu'il a rédigé ce volumineux plaidoyer politique avec le concours de son fidèle Rudolf Hess.

Mein Kampf connaît un succès modeste jusqu'en 1929. Ensuite, son tirage va progresser rapidement et assurer une grande aisance financière à son auteur dès le début des années 1930. Il va atteindre une dizaine de millions d'exemplaires à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Une première traduction paraît en français en 1934, avec la couverture barrée d'une citation du maréchal Lyautey : « Tout Français doit lire ce livre », sous-entendu pour s'informer sur les thèses des nazis désormais au pouvoir en Allemagne : racisme, antisémitisme, antichristianisme, espace vital, revanche, etc. En vente libre sous réserve d'être accompagné d'un avertissement, le livre est tombé dans le domaine public en 2016.

18 juillet 1721

Les Fêtes galantes pleurent Watteau

Le 18 juillet 1721, Antoine Watteau s'éteint à Nogent-sur-Marne, victime de la tuberculose. Il n'a que 37 ans.

Le mélancolique peintre de Valenciennes apparaît comme le précurseur du siècle des Lumières, de son appétit de jouissance et de bonheur. Il nous montre la civilisation française au sommet de sa gloire, libertine, superficielle et gaie, cultivant la douceur de vivre, avec une pointe d'amertume eu égard au temps qui passe et à la jeunesse qui se flétrit.

Fabienne Manière


Pierrot content, vers 1712-1713, par Antoine Watteau (164-1721), 35x31 cm, Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza

Mélancolie
Le peintre des Fêtes galantes est né en 1684, à Valenciennes, au nord de la France, dans le ménage d'un couvreur, homme d'une si grande violence qu'il doit rendre des comptes à la justice.

L'enfant a grandi dans un foyer sans tendresse. De là son tempérament solitaire et mélancolique qui le rend proche d'un poète tel que Verlaine, lequel a d'ailleurs publié en 1869 un recueil intitulé... Les Fêtes galantes.

Antoine Watteau s'initie à la peinture chez un peintre médiocre de sa ville avant de se rendre à Paris. Là, ce n'est guère mieux. Il travaille dans l'atelier d'un peintre d'oeuvres pieuses. On y produit à la chaîne et il racontera plus tard en riant qu'il s'y était spécialisé dans les têtes de saint Nicolas et les lunettes de vieille femme !

Le règne de Louis XIV s'achève tristement dans les invasions, la famine et les épidémies. Les bourgeois et les nobles fuient la cour de Versailles et se réfugient dans les salons parisiens. Foin de peintures épiques, allégoriques ou religieuses. Ces privilégiés se montrent amateurs de peintures décoratives pour garnir les boiseries de leurs salons et de leurs boudoirs.

Tout un petit monde d'artistes et de marchands se met à leur service. Et les gens du monde peuvent se rendre compte des dernières tendances de la mode en matière de peinture en visitant dans une salle du Louvre un « Salon de peinture et sculpture » qui a lieu tous les deux ans...

Les plaisirs du bal (détail), par Antoine Watteau (vers 1712-1714, 52,5x65,2 cm, Dulwich Picture Gallery, Londres)
 

Succès éclatant
Les marchands d'art prennent sous leur protection Antoine Watteau, dont le talent se confirme très vite dans la peinture comme dans le dessin. Il sait, mieux que quiconque, reproduire d'un trait de crayon la délicatesse d'un geste ou d'une expression de tendresse. Il a accumulé ainsi des milliers de dessins dont il s'est servi ensuite pour composer ses toiles.

Tout au long de sa courte vie, le peintre va vivre chez les uns et les autres, sans fonder de foyer ni d'atelier. Dans l'atelier du peintre Gillot, il découvre le théâtre de la Commedia dell'Arte qui inspirera plusieurs de ses chefs-d'oeuvre comme Pierrot, dit Gilles.

Vers 1708, il travaille chez le peintre Audran, par ailleurs « concierge » ou conservateur du palais du Luxembourg, où il étudie sans relâche les maîtres anciens et en premier lieu Rubens, qui est de son point de vue le plus grand de tous.

Antoine Watteau développe alors un art inédit en phase avec le goût bourgeois de son époque. S'inspirant des pastorales italiennes, il représente des « conversations » langoureuses entre jeunes hommes et jeunes femmes ou des « assemblées » langoureuses et quelque peu féeriques, à l'ombre de grands arbres. On en a un premier aperçu avec Pierrot content, une petite oeuvre (par son format) réalisée en 1712. Le succès est immédiat. Cinq ans plus tard, le 28 août 1717, il est reçu à l'Académie royale comme... peintre d'histoire avec son célèbre Pèlerinage à l'île de Cythère, une allégorie de l'amour, la déesse Aphrodite ayant séjourné dans l'île de Cythère d'après la mythologie.

Pèlerinage à l’île de Cythère, dit L’Embarquement pour Cythère, par Antoine Watteau (1717, 129x194 cm, musée du Louvre, Paris)
 

Un regard prémonitoire sur le siècle
Dans le même temps, il réalise des travaux décoratifs pour le banquier et mécène

Pierre Crozat puis il se rend à Londres pendant un an pour se faire soigner de la tuberculose, et peut-être aussi pour explorer un nouveau marché. Mais il meurt peu après son retour, après avoir réalisé pour son ami le marchand d'art Gersaint, en une huitaine de jours, la célèbre Enseigne de Gersaint. Notons dans le groupe à gauche de cette toile la mise en caisse d'un portrait de l'ancien roi Louis XIV !...

Antoine Watteau, dont on conserve environ deux cents peintures, a eu plusieurs disciples comme Nicolas Lancret et Jean-Baptiste Pater. Il a aussi inspiré François Boucher et Jean-Honoré Fragonard au début de leur carrière. Les uns et les autres ont comme lui représenté des « conversations » dans une nature idéalisée ou des jardins rêvés. 

Ce genre pictural a disparu à l'avant-veille de la Révolution mais a été réhabilité par les auteurs romantiques et plus encore par Paul Verlaine et les frères de Goncourt. C'est à ces derniers qu'il doit son appellation définitive de « fêtes galantes ».

« Trompeurs exquis et coquettes charmantes,
Coeurs tendres, mais affranchis du serment,
Nous devisons délicieusement » (Paul Verlaine)

Enseigne de Gersaint (détail), Antoine Watteau, 1721 (1,66 m × 3,06 m, château de Charlottenburg, Berlin)

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ça s'est passé un... 7 juillet

ça s'est passé un...

7 Juillet

 

Événements


7 juillet 1415 : Le réformateur Jan Hus est brûlé vif
Le 7 juillet 1415, le prédicateur tchèque Jan Hus (44 ans) est brûlé vif à Constance, en Allemagne.

Mais ses idées et ses convictions évangéliques vont lui survivre et même connaître un regain de popularité après sa mort parmi les Tchèques...

7 juillet 1438 : « Pragmatique Sanction » de Bourges
Le 7 juillet 1438, le roi Charles VII publie à Bourges la « Pragmatique Sanction », qui régit les relations entre l'Église gallicane (c'est-à-dire française) et le pape. Plusieurs fois amendé, abrogé et rétabli, ce texte va souffrir d'une mauvaise application jusqu'au Concordat de Bologne de 1516. Il n'en constitue pas moins un pas important dans l'émancipation de la monarchie à l'égard du Saint-Siège.

Au Moyen Âge, les papes s'attribuaient le droit de régenter les monarchies chrétiennes mais le Grand Schisme d'Occident (1378-1417) avait beaucoup réduit leurs prétentions. Charles VII en profite pour enlever au pape  tout ce qui relève de l'administration des diocèses et des abbayes en lui laissant ce qui relève de la foi. Cette manière de voir est ce que l'on appelle le « gallicanisme ».

La « Pragmatique Sanction » retire ainsi au pape le droit de nomination des évêques et abbés : les évêques sont désormais élus par les chanoines de leur cathédrale et les abbés par leurs religieux. Elle prévoit aussi de supprimer les annates, autrement dit l'année de recette que tout nouveau titulaire d'un siège ecclésiastique (abbé, évêque) devait verser au Saint-Siège. Dans les faits, détournant ces dispositions, le roi et ses familiers vont s’immiscer dans les élections et imposer leur candidat, sans égard pour leurs aptitudes, en vue de s'approprier les revenus des diocèses et des monastères.

7 juillet 1456 : Réhabilitation de Jeanne d'Arc
En reconnaissance de son action, Jeanne Darc a été anoblie, ainsi que sa famille, par Charles VII le 24 décembre 1429 (son nom, Darc, est dès lors devenu d'Arc).

Mais c'est seulement un quart de siècle après sa mort que son rôle sera pleinement reconnu. Le pape Calixte III, à l'initiative de la mère de Jeanne, constitue à Rouen un tribunal ecclésiastique destiné à réexaminer les conditions du premier procès.

Les juges voient défiler à la barre des centaines de témoins, compagnons d'enfance et compagnons d'armes de Jeanne. Tous sont unanimes à célébrer sa piété, sa vertu et la force de ses convictions... En foi de quoi, le 7 juillet 1456, les juges déclarent le procès de 1431 «entaché de vol, calomnie, iniquité».

7 juillet 1792 : Le « baiser Lamourette »
Le 7 juillet 1792, les gouvernants français sont aux abois. L'ennemi est aux frontières et, à l'Assemblée Législative, à Paris, les représentants de la Nation se déchirent entre Feuillants, Fayettistes, Brissotins, Montagnards...

C'est alors que le député Antoine-Adrien Lamourette, évêque constitutionnel de Lyon, monte à la tribune et en appelle à la réconciliation par un discours si émouvant que tous ses collègues tombent dans les bras les uns des autres. Ils réclament la publication de l'appel de Lamourette. Une délégation conduite par Lamourette va même au palais des Tuileries chercher le roi Louis XVI. Celui-ci se rend à l'Assemblée et, attendri, la félicite pour son esprit de fraternité.

Mais dès le lendemain, au club des Jacobins, refuge des sans-culottes et des révolutionnaires les plus endurcis, Jacques Billaud-Varenne remet les pendules à l'heure : « À voir certains membres se jeter dans les bras d'autres membres, il me semble voir Néron embrassant Britannicus et Charles IX tendant la main à Coligny ». En définitive, le brave Lamourette meurt sur l'échafaud dix-huit mois plus tard, le 11 janvier 1794.

7 juillet 1904 :
Les congrégations religieuses interdites d'enseignement
Le 7 juillet 1904, les congrégations religieuses n'ont plus le droit d'enseigner. Au nom de la laïcité, le président du Conseil, Émile Combes, peut annoncer : « L'anticléricalisme est l'oeuvre la plus considérable et la plus importante pour l'émancipation de l'esprit humain ». Après avoir supprimé l'enseignement religieux, le gouvernement français songe à l'abrogation du Concordat de 1802 et à la séparation des Églises et de l'État.

7 juillet 1937 : « Incident du triple 7 »


Le 7 juillet 1937 au soir, un incident met aux prises une poignée de soldats chinois et des troupes japonaises en manoeuvre près du célèbre pont Marco Polo, aussi appelé pont de Lugou, à 15 kilomètres de Pékin (il s'agit d'un superbe pont de pierre construit en 1189 et qu'évoque le voyageur vénitien dans ses mémoires).

BNF (Retronews)Prétextant qu'un de leurs soldats aurait été enlevé par les Chinois (il s'était en fait attardé dans un bordel), les Japonais se lancent dès le lendemain à la conquête de la Chine. Ils profitent de ce que le gouvernement chinois du Guomindang est paralysé par la guerre avec les communistes et occupent en quelques mois près d'un million de kilomètres carrés peuplés de 60 millions d'habitants et mettent en oeuvre une politique de terreur systématique pour tenter d'abattre la résistance intérieure. Mais celle-ci se fait de plus en plus âpre...

 

7 juillet 1807 :

Le traité de Tilsit

Le 7 juillet 1807, le tsar Alexandre Ier et l'empereur Napoléon Ier, les deux plus puissants souverains d'Europe continentale, signent un traité secret à Tilsit, une petite ville fortifiée de Prusse-Orientale (on écrit aussi Tilsitt).

Avec ce traité et celui, public, qui sera signé deux jours plus tard, c'en est fini de la quatrième coalition européenne contre la France qui a vu la défaite de la Prusse à Iéna et celle de la Russie à Friedland. Les deux nouveaux alliés se promettent  « paix et amitié ». Mieux que cela, ils s'engagent sur un partage du continent : à l'Empereur l'Occident, au tsar l'Orient et Constantinople. Mais ces engagements ne dureront guère.

Fabienne Manière

Entrevue de Napoléon et Alexandre à Tilsit le 7 juillet 1807 (Pierre Bergeret, 1810, château de Versailles)
Une amitié démonstrative

Quelques jours plus tôt, le 25 juin, les deux souverains se sont rencontrés pour la première fois à proximité de là, sur un radeau au milieu du Niémen, à la frontière de l'empire russe.

Le tsar, battu à Austerlitz, Eylau et Friedland, souhaite gagner du temps dans la guerre contre l'usurpateur français. Il feint en conséquence de se réconcilier avec lui et il ne lui déplairait pas d'en tirer profit en étendant la domination de la Russie à Constantinople, capitale d'un empire ottoman décati.

De son côté, Napoléon croit possible d'en finir avec la résistance de l'Angleterre, maîtresse des mers depuis la bataille de Trafalgar, en associant la Russie au « Blocus continental » destiné à ruiner son économie.

Il s'agit d'interdire aux Européens de commercer avec les Anglais. Les Espagnols et les Portugais, très dépendants du commerce britannique, y rechignent mais Napoléon ne s'en inquiète pas et se dit qu'il saura les y contraindre le jour venu. Et pour rallier l'Europe du Nord au blocus, rien ne vaut le concours de la Russie...

Le jeune tsar, qui a 28 ans, soit vingt ans de moins que Napoléon, cache difficilement une certaine admiration pour celui-ci bien que tout les oppose. Alexandre est l'héritier très cultivé de la grande dynastie des Romanov et parle français sans accent tandis que Napoléon est un homme aux origines communes et aux manières brutales qui conserve l'accent rude de son île natale. L'Empereur des Français nourrit pour le jeune souverain russe une condescendance qui va se muer au fil des rencontres en une affection quasi-paternelle.  

Par le traité de Tilsit :

– Alexandre Ier apporte son soutien à Napoléon dans sa guerre contre l'Angleterre ; il reconnaît l'empire français et les nouvelles frontières de l'Allemagne. Dès le 7 novembre suivant, il rompt ses relations avec l'Angleterre, ce qui provoque comme prévu un début de crise économique dans les îles britanniques.

– En contrepartie de son soutien, le tsar conserve les mains libres dans sa guerre contre la Suède et dans son projet de dépeçage de la Turquie ; il doit toutefois retirer ses troupes de Moldavie et Valachie, deux provinces enlevées aux Turcs un an plus tôt.

– Napoléon démembre la Prusse en créant avec ses dépouilles le royaume de Westphalie à l'ouest et le grand-duché de Varsovie à l'est. Il respecte le voeu du tsar de ne pas dépecer totalement la Prusse, son ancienne alliée. Mais il reste flou sur son projet de restauration du royaume de Pologne, dont ne veut à aucun prix Alexandre.

L'affaire a tout l'air d'un partage de l'Europe. Napoléon lui-même aurait dit à Lobanov, le représentant du tsar, en pointant du doigt la Vistule sur une carte : « Voici la limite entre les deux empires... D'un côté doit régner votre souverain, moi de l'autre ».

Napoléon Ier semble à l'apogée de son règne avec le traité de Tilsit, trois ans à peine après son sacre. Mais les embrassades au milieu du Niémen ne laissent guère d'illusions aux observateurs.

Entrevue de Napoléon Ier et du tsar Alexandre Ier de Russie sur le Niémen le 25 juin 1807, par Adolphe Roehn (1780-1867), château de Versailles

Sous-entendus et illusions
Beaucoup d'Européens rechignent à fermer leurs ports aux navires de commerce anglais ; les habitants des ports et les commerçants se prennent à maudire l'occupation française, à commencer par les Russes qui ne peuvent plus exporter vers Londres leur chanvre, leur blé et leur lin. Le tsar rumine son amertume. Il supporte mal la résurrection de la Pologne à ses portes et l'évacuation de la Moldavie et de la Valachie.

Et Napoléon Ier, trop sûr de son fait, commet la grande erreur de son règne en détrônant les Bourbons d'Espagne avec la même désinvolture que les Bourbons de Naples le 27 décembre 1805. Il remplace le roi d'Espagne Charles IV par son propre frère Joseph.

Le peuple espagnol se soulève aussitôt contre l'occupant français et pour ne rien arranger, les colonies espagnoles d'Amérique, s'estimant déliées de leur fidélité au nouveau roi, ouvrent leurs ports et leur commerce aux Anglais.

L'Espagne menace d'ébranler le fragile édifice napoléonien et déjà l'Autriche redresse la tête. Napoléon a plus que jamais besoin du soutien du tsar. Il l'invite à en débattre à Erfurt, à l'occasion d'un congrès européen tout à sa gloire.

 

 
Décès
 
Georges Mandel

5 juin 1885 à Chatou - 7 juillet 1944 à Fontainebleau

Biographie Georges Mandel

Georges Mandel, dont le nom a été donné à l’une des plus belles avenues du 16e arrondissement de Paris, est devenu une légende politique. Son parcours interrompu par la Milice en 1944 donne un bon aperçu des réalités de la politique française nationale et locale sous la IIIe République...

À l'ombre du «Tigre»

Georges Mandel, dont le nom a été donné à l’une des plus belles avenues du 16e arrondissement de Paris, est devenu comme Pierre Mendès France une légende politique bien qu’aucun des deux n’ait siégé longtemps au gouvernement. Son parcours interrompu par la Milice en 1944 donne un bon aperçu des réalités de la politique française nationale et locale sous la IIIe République, avec ses prolongements sous la IVe République et la Ve.

Bébé-Tigre
 

Georges Mandel (Chatou, 5 juin 1885 - Fontainebleau, 7 juillet 1944)Né Louis Georges Rothschild en 1885 et élevé à Paris dans une famille d’Alsaciens ayant opté pour la France après l’annexion allemande de 1871, il est saisi dès l’adolescence par la passion de la politique et comprend que son nom ne lui laissera aucune chance dans l’ambiance antisémite de l’affaire Dreyfus.

Bien qu’il ait obtenu le bac à dix-sept ans et que ses capacités intellectuelles ne fassent aucun doute, il n’entame aucune étude universitaire et se lance immédiatement dans le journalisme, à l’époque une des meilleures voies d’accès à la politique comme le deviendra l’ENA après sa mort.

Ayant choisi un pseudonyme tiré de son deuxième prénom Georges suivi du nom de jeune fille de sa mère Mandel, il entre à L’Aurore, journal de Georges Clemenceau, auprès duquel il sait se rendre indispensable. Il devient peu à peu son principal collaborateur en journalisme puis en politique.

Bien que doté d’une intelligence acérée et d’une grande culture, son absence de diplôme dans cette période de « la République des professeurs » reste un complexe qui lui fait commettre un jour une grosse bévue : il prétend devant ses électeurs girondins être ancien élève de l’École Normale Supérieure comme Herriot et Painlevé, mais la supercherie est vite découverte et lui vaut le sobriquet d’ « anormalien », qui fait autant référence à son physique ingrat qu’à cette usurpation de titre universitaire.

Il apprend auprès de Clemenceau l’art de l’ironie froide et de la critique mordante qui lui vaudront plus tard la haine farouche des victimes de ses saillies verbales, et suit son mentor de ses journaux vers ses rares postes ministériels, puisque la carrière gouvernementale de ce dernier ne commence qu’en 1906 à l’âge de 65 ans, avec un premier poste au ministère de l’Intérieur où sa fermeté est remarquée, puis à la présidence du Conseil (l'équivalent de Premier ministre). Mandel est « attaché de cabinet », ce qui équivaut à un actuel conseiller technique au cabinet du ministre.

Lorsque Clemenceau est rappelé à Matignon en 1917, il devient son « chef de cabinet », autrement dit son principal collaborateur (note).

Clemenceau, âgé de 76 ans, se consacre pour l’essentiel à la poursuite de la guerre avec ses prolongements diplomatiques, tandis que son jeune chef de cabinet s’occupe de tout le reste. Il en retire à l’âge de seulement 32 ans une grande notoriété accompagnée de bien des jalousies dans le monde politique, du fait de son fort caractère épinglé par la phrase : « il n'a pas d'idées mais il est prêt à les défendre jusqu'à la mort ».

La guerre finie et le traité de Versailles signé, il est temps pour lui de voler de ses propres ailes. Il quitte son mentor, qui abandonne la vie politique après avoir échoué à l’élection du Président de la République : une coalition de mécontents lui a préféré le médiocre Paul Deschanel qui devra démissionner peu après pour raison psychiatrique.

Ambitieux, Mandel, après avoir épuisé les joies de la vie en cabinet ministériel, se donne pour objectif de se lancer en politique sous son propre nom. Mais il doit d'abord trouver une circonscription accueillante. Il l’avait déjà tenté sans succès en 1910 à Levallois, puis, en 1914, à Castellane, dans les Basses-Alpes, après que Clemenceau ait découragé une candidature dans le Var, son département attitré, où Mandel assurait la direction de son journal local.

De l'ombre à la lumière
Passer du rôle de collaborateur ministériel à celui de député puis le cas échéant de ministre est un cursus honorum classique sous toutes les Républiques, mais le faire en bonne intelligence avec son ministre n’est pas donné à tous : Jacques Chirac y parvient sans difficulté sous la Ve République en étant élu député de Corrèze en 1967 au sortir du cabinet du Premier ministre Georges Pompidou, qui salue la performance en le nommant aussitôt secrétaire d’État à l’Emploi.

En revanche, Valéry Giscard d’Estaing, directeur adjoint du cabinet du président du Conseil Edgar Faure sous la IVe République, n’obtient pas le soutien de ce dernier aux élections législatives de 1956 : il n'en est pas moins élu député du Puy-de-Dôme, mais ses relations avec son mentor sont durablement rafraîchies.

Parachutage en douceur
Au sortir de la Grande Guerre et avec le prestige tiré de sa réputation de principal collaborateur du « Père la Victoire », Mandel n’a que l’embarras du choix pour se faire élire. Il jette son dévolu sur la Gironde, département de droite où il se présente avec une étiquette de modéré destinée à faire oublier le radicalisme de gauche de Clemenceau, et devient sans difficulté député dans la Chambre « bleu horizon » marquée à droite.

Sa carrière parlementaire se déroule chez les indépendants, parmi lesquels il est plutôt classé à droite même si cette étiquette n’a guère de sens : à la manière de Clemenceau, qui fut la référence politique préférée aussi bien du général de Gaulle que de François Mitterrand, Georges Mandel est avant tout un caractère, un indépendant qui ne se laisse inféoder à aucun parti et campe toujours sur la ligne de crête des vérités dérangeantes, position inconfortable qui le rapproche d’un Mendès France classé à gauche.

Sa carrière politique locale prend un essor fulgurant : en l’espace de deux ans, il devient député de l’arrondissement de Lesparre Médoc, conseiller général du canton de Soulac et bientôt Président du Conseil général de la Gironde, conseiller municipal et maire de Soulac.

Ce juif doté d’une certaine aisance financière personnelle, qui s’est construit par la guerre sans aller au front, en impose aux notables girondins, qui pourtant le détestent et n’auront de cesse de s’en débarrasser.

Son étoile politique locale connaît bien des éclipses, il perd son siège de député en 1924 face au Cartel des Gauches puis le retrouve à partir de 1928, mais perd sans retour la présidence du Conseil général et même son siège de conseiller général, ne conservant à une époque que le mandat local de maire de Soulac, au grand dam du reste du conseil municipal qui s’était habitué à son éloignement bordelais ou parisien et devait désormais le supporter presque à temps plein : selon le mot de l'historien André Siegfried, « Mandel gérait Soulac comme Auguste eût géré l’Empire romain », et l’on conçoit la lassitude de ses collaborateurs locaux bousculés dans leurs habitudes par son énergie débordante.

Fort heureusement pour eux, Mandel poursuit aussi sa carrière nationale : il finit par décrocher en 1934 un premier poste de ministre des PTT dans un gouvernement Flandin, et y fait preuve d’autant de fermeté que Clemenceau lors de son passage en 1906 à l’Intérieur. Ainsi lui arrive-t-il de débarquer incognito dans un bureau de poste et de surprendre le chef de service en flagrant délit d'incompétence. 

Après la chute du Front Populaire, il obtient le poste de ministre des colonies en 1938 dans un gouvernement Daladier, alors que les bruits de guerre approchent. Il s’oppose aux accords de Munich signés par Daladier avec Hitler et acquiert peu à peu une image d’homme fort de la droite parlementaire, après qu’André Tardieu ait abandonné la politique.

André Tardieu, président du Conseil de droite surnommé « le mirobolant », avait diagnostiqué la faiblesse congénitale du régime parlementaire de la IIIe République dans les années 1930, marquées par la crise économique et la montée du fascisme chez nos voisins. Il avait suggéré sans succès d’y remédier par un projet de réforme constitutionnelle, premier avatar du régime présidentiel que le général de Gaulle portera sur les fonts baptismaux en 1958.

En mai 1940, la drôle de guerre faite place à l’invasion soudaine du territoire français par les Allemands. L’heure n’est plus aux tergiversations. Le nouveau président du Conseil Paul Reynaud, membre lucide de la droite parlementaire et partisan de la résistance à l’envahisseur, offre à Mandel le ministère de l’Intérieur, en même temps qu’il appelle au secrétariat d’État à la guerre un général de brigade à titre temporaire qui défendait depuis plusieurs années une stratégie de guerre mécanisée par l’emploi massif des chars qui fera le miel de l’état-major allemand, un certain Charles de Gaulle.

Ces deux-là n’ont aucun mal à s’entendre et à incarner au sein du gouvernement le camp de la guerre à outrance, au besoin par le repli des autorités vers l’Afrique du Nord, face à la faction défaitiste incarnée par le nouveau chef des armées Weygand et par un nouveau venu à la table du Conseil des ministres, le maréchal Pétain. À de Gaulle qui voulait démissionner le 13 juin 1940, Mandel objecte : « Ne pensez qu’à ce qui doit être fait pour la France et songez que, le cas échéant, votre fonction actuelle pourra vous faciliter les choses… ». De Gaulle lui rendra hommage dans ses Mémoires car sans ce conseil, il n’aurait pas pu disposer des facilités de transport que sa fonction mettait à sa disposition pour se rendre à Londres...

La suite est trop connue pour qu’on s’y attarde. Le camp de l’armistice l’emporte. De Gaulle, qui n'est pas parlementaire, s’envole vers Londres saisir la main tendue par l’allié anglais, tandis que le parlementaire Mandel reste en France pour tenter de contrecarrer la prise du pouvoir par Pétain après le renoncement de Reynaud.

Mal lui en prend : Pétain le fait arrêter, puis le laisse embarquer à bord du paquebot Massilia qui emporte une trentaine de députés désireux de continuer la lutte (parmi lesquels Mendès France) en Afrique du Nord, où ils sont arrêtés par les autorités vichystes et renvoyés en France sous l’inculpation de désertion.

Mandel est emprisonné à Riom comme Léon Blum, condamné à la prison à vie, puis enfermé dans le fort pyrénéen du Portalet avec Reynaud, enfin livré aux Allemands et déporté à Buchenwald avec Blum. Il a moins de chance que ce dernier, car il est rapatrié en France à la prison de la Santé pour être finalement livré à la Milice.

Il est sordidement assassiné d’une rafale de mitraillette dans la forêt de Fontainebleau le 7 juillet 1944, moins de deux mois avant la Libération, en représailles à l’assassinat du ministre de la Propagande Philippe Henriot par la Résistance. Des stèles rappellent cette triste fin en forêt de Fontainebleau, au cimetière de Passy et à Soulac.

Mandel, comme son continuateur Mendès France, comme Clemenceau et ses admirateurs de Gaulle et Mitterrand, incarne l’image de la fermeté lucide voire de l’intransigeance en politique. C’est un état d’esprit qui n’est ni de gauche ni de droite et peut se retrouver dans tous les partis : Mandel était classé à droite comme le sera sous la Ve République le général de Gaulle qui avait commencé sa carrière politique à la tête du gouvernement provisoire œcuménique de la Libération, dans lequel siégeait Mendès France que l’on classe à gauche de même que Clemenceau et Mitterrand.

Michel Psellos

 

 

 

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5 juillet 1439, le jour où les Églises d’Orient et d’Occident se sont réconciliées

5 juillet 1439, le jour où les Églises d’Orient et d’Occident se sont réconciliées

Le 5 juillet 1439, les prélats grecs et latins, en présence du Pape et de l’empereur byzantin, signent à Florence un décret d’union qui marque la réconciliation des Églises d’Orient et d’Occident. Si ce décret est rapidement tombé en désuétude, il reste d’une importance capitale dans l’histoire de l’Église. Retour sur un événement trop méconnu.

Cette union entre les deux Églises a été promulguée au cours du concile de Bâle-Ferrare-Florence-Rome, concile dont la complexité, les péripéties et les tentatives de schisme menées par quelques prélats latins, nuisent à la connaissance de ce rapprochement historique. Pendant la tenue de ce concile qui s’était d’abord réuni à Bâle, une conjoncture favorable s’opéra pour une tentative de dialogue avec l’Église orientale (orthodoxe). En effet, l’empereur byzantin Jean VIII Paléologue et le patriarche Joseph II de Constantinople souhaitaient un rapprochement avec Rome. Le pape Eugène IV se saisit de cette opportunité et envoya une ambassade à Constantinople pour discuter des modalités d’un concile, véritablement œcuménique.

Les lettres de ces ambassadeurs soulignent l’enthousiasme des Grecs pour ce projet et décrivent les prières et les processions qui se multipliaient dans la ville en faveur de cette union. Les Grecs acceptèrent de se déplacer en Italie. Ils arrivèrent au mois de mars 1438 à Ferrare et la séance inaugurale du concile eut lieu le 9 avril. Étaient présents le pape Eugène IV, plus de 70 prélats occidentaux, l’empereur byzantin, le patriarche de Constantinople, les archevêques d’Éphèse, de Nicée et de Kiev, des représentants des patriarches d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, ainsi qu’un nombre important de Pères abbés et de théologiens. Comme on le voit, les Grecs s’étaient déplacés en grand nombre, prouvant ainsi l’importance que revêtait pour eux cet évènement.

D’emblée le sujet fut clair : le concile qui s’ouvrait à Ferrare avait pour objet la question de l’union des Grecs et des Latins. En janvier 1439, le concile fut transféré à Florence pour des questions pécuniaires, la ville de Florence ayant proposé de supporter une partie des coûts financiers de la tenue du concile. Pendant les premières semaines, le Pape fit de nombreuses concessions sur des points annexes de protocole, car il désirait ardemment cette réconciliation et ne souhaitait pas la faire capoter pour des questions assez mesquines de simple préséance.

La question de l’Esprit saint

Le principal point d’achoppement entre les deux parties concernait la question dogmatique de la Procession de Saint-Esprit. Les Latins affirment que l’Esprit saint procède du Père et du Fils, ce qui est représenté par la formule filioque dans le Credo, et ce que justement les Grecs rejettent, considérant qu’il est suffisant de dire que l’Esprit saint procède du Père. Les discussions théologiques et patristiques sur ce sujet furent particulièrement épineuses. Les mois se passèrent sans qu’un accord ne semble possible. Plusieurs fois le concile fut au bord de la rupture, mais la ténacité du Pape et de l’empereur permit de toujours maintenir un lien diplomatique entre les Pères.

De guerre lasse, le Pape prononça devant l’assemblée conciliaire un discours d’une grande sincérité, soulignant l’importance, pour des hommes de Dieu tous inspirés par l’Esprit saint, de réaliser cette union de foi. Pour la première fois, l’élan du cœur et de la prière prit le pas sur des discussions parfois bien stériles et arides ; les Grecs furent touchés par cet argument, d’autant plus que le patriarche Joseph, mourant, affirma sa volonté de rejoindre l’Église de Rome. Les Grecs acceptèrent alors le dogme défini par l’utilisation de l’expression filioque. À partir de là, les discussions sur les autres différends furent nettement plus rapides et détendues. Entamés le 11 juin 1439, ces débats concernaient principalement la primauté du pape comme chef de l’Église.
Finalement, le Décret d’Union des Églises fut signé le 5 juillet 1439 par le pape, l’empereur, et presque tous les Pères présents au concile (seuls deux prélats grecs le refusèrent). Ce décret se présente comme une déclaration de foi rédigée en latin et en grec. Comme l’indique Yves Chiron, il proclame que « le mur qui séparait Église occidentale et Église orientale est tombé, la paix et la concorde sont de retour. » La bulle papale Laetentur coeli (« Que les cieux se réjouissent ») présente le résultat des discussions et l’accord historique entre Grecs et Latins. Le Père Joseph Gill expose dans son livre consacré au concile les éléments saillants de ce texte. Il y est défini que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme d’une seule cause et que le mot filioque est légitime. D’autre part, le Pontife romain est désigné comme le successeur de Pierre et chef de l’Église, « possédant le pouvoir plénier attaché à cette fonction ». C’est d’ailleurs depuis ce décret d’union que la formule « vicaire du Christ » s’impose de manière durable.

On a souvent accusé les Grecs d’avoir davantage recherché une aide politique qu’un accord doctrinal, en raison des menaces que les Ottomans faisaient peser sur l’empire byzantin. Certes, l’insécurité grandissante dans laquelle se trouvait l’empire leur faisait aussi espérer un soutien matériel de la part de l’Occident. Cependant, une très grande partie du haut clergé grec désirait ardemment le dialogue, et il serait réducteur, injuste et même erroné de dénier aux protagonistes de ce concile un sincère désir de réconciliation. On constate d’ailleurs que, malgré les incompréhensions et les tensions, les Grecs ne peuvent se résoudre à quitter la terre italienne et restent jusqu’à ce que l’accord soit trouvé. Un vrai travail de l’Esprit saint, selon toute apparence.

Pourquoi ce décret d’union tomba-t-il si rapidement en déshérence ? Plusieurs éléments viennent expliquer cet état de fait. De retour dans l’empire en février 1440, les Pères grecs n’ont pas tous eu la force de faire accepter cette union à un clergé local qui avait développé, selon Hubert Jedin, « une forte répulsion à l’égard des Latins ». D’autre part, l’invasion de l’empire byzantin en 1453 par les Ottomans détourna les priorités de l’Église grecque vers un sujet plus immédiat et plus urgent : la sauvegarde de la foi chrétienne dans un monde devenu hostile. Enfin, l’absence de réaction de l’Occident face à cette invasion alimenta une durable rancœur. Cependant, le chemin était tracé pour d’autres bulles d’union et, durant les années 1440, des accords furent signés avec les Arméniens, les Coptes, les Chaldéens, les Syriens et les Maronites.

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ça s'est passé un… 31 mai

ça s'est passé un…

31 mai

 

31 mai 1902 : Fin de la guerre des Boers


Le 31 mai 1902, Vereeniging, à la pointe de l'Afrique, un traité met fin à une guerre de 30 mois entre les Boers, des paysans d'origine franco-hollandaise, et les Anglais.

Il s'agit de la plus dure guerre coloniale qu'aient eu à soutenir les Anglais. Elle se solde par une victoire en demi-teinte pour Londres ; c’est un premier accroc pour la principale puissance du monde en ce début du XXe siècle…

Naissance d'une nation afrikaner
Vingt ans après que les Anglais eurent annexé l'ancienne colonie hollandaise du Cap (1814), les paysans Boers qui y étaient établis choisirent d'émigrer vers le nord pour leur échapper et préserver envers tout leur mode de vie, leur culture et leur foi. Mais, ce faisant, ils rencontrèrent sur leur chemin les Zoulous et il s'ensuivit des guerres incessantes.

Sur les territoires enlevés aux Zoulous, les Boers fondent d'abord la république du Natal mais, en 1843, les Anglais s'empressent de leur enlever cette possession maritime, stratégique à leurs yeux. Les Boers, sans se décourager, s'engagent vers l'intérieur du continent et fondent la République du Transvaal et l'État libre d'Orange. Ils se croient désormais à l'abri des Britanniques. Ces micro-États comptent à leur fondation respectivement 25 000 et 10 000 habitants blancs.

Londres annexe malgré tout le Transvaal le 12 avril 1877, ce qui vaut aux Anglais le douloureux privilège d'en découdre avec les Zoulous avant d'être expulsés de la petite république au terme d'une première guerre en 1880, et d'une victoire des Boers à Majuba.

La fièvre de l'or
La découverte de l'or en 1886 sur les plateaux du Witwatersrand, en plein coeur des domaines boers, attire bientôt des immigrants de toutes origines et excite la convoitise des Anglais. Une ville minière naît à la vitesse d'un champignon : Johannesburg. Elle ne tardera pas à devenir la métropole économique de l'Afrique du Sud.

À l'affût d'un prétexte pour en finir avec les Boers, le Premier ministre de la province du Cap, Cecil Rhodes, dénonce les traitements discriminatoires que subissent les Anglais et les autres étrangers (Uitlanders en afrikaans) installés au Transvaal.

Cecil Rhodes, né en 1853, débarqué en Afrique du Sud pour raisons de santé, a fait fortune en rachetant les parcelles de petits chercheurs de diamants. Député du Cap puis Premier ministre de la colonie, il rêve de constituer une Afrique britannique du Caire au Cap ! Après l'éviction des Anglais du Transvaal, il a pris sa revanche en contournant les républiques boers par le nord. Il a imposé le protectorat britannique au Bechuanaland (aujourd'hui le Botswana) et fondé deux colonies dans le bassin du Zambèze, appelées en toute modestie Rhodésie du Sud (aujourd'hui Zimbabwe) et Rhodésie du Nord (aujourd'hui Zambie).

Il ne lui reste qu'à lever l'obstacle du Transvaal ! En 1895, son ami Jameson tente avec 400 hommes, à partir de Mafeking, un raid sur Johannesbourg en vue de soulever les Uitlanders. C'est un échec retentissant. Jameson est capturé et Rhodes contraint à la démission. Les Boers ne sont pas sortis d'affaire pour autant...

La Guerre!

Le Premier ministre britannique Joseph Chamberlain multiplie les menaces à l'encontre du vieux président Paul Kruger, un paysan obtus et laid, farouchement déterminé à préserver l'indépendance du Transvaal. Il finit par lui adresser un ultimatum. Le 11 octobre 1899, c'est pour de bon la guerre. L'État libre d'Orange fait cause commune avec le Transvaal.

Les Boers, mûs par leur foi, vont résister avec une exceptionnelle énergie, alignant un total d'environ 50 000 hommes, y compris les vétérans et les adolescents. Face à eux, les Anglais vont mettre en ligne un total de 448 000 hommes !

Les Boers suppléent à leur infériorité numérique par la mobilité. Ils multiplient des actions de commando (le mot lui-même est un néologisme d'origine afrikaans forgé à cette occasion). Leur combat suscite une vague d'enthousiasme dans toute l'Europe continentale où l'on savoure les difficultés de la principale puissance mondiale de l'époque, qui plus est face à une poignée de paysans d'origine européenne.

En janvier 1900, le général anglais Horatio Kitchener, qui s'est déjà illustré au Soudan, prend le commandement du corps expéditionnaire aux côtés du vieux général lord Roberts, qui a perdu dans la guerre son fils unique.

Kitchener reprend Kimberley le 15 février 1900 et oblige à la reddition les 6 000 partisans du général Cronje. Il impose enfin la levée du siège de Mafeking que défend le général Baden-Powell, le futur fondateur du mouvement scout. Le 5 juin, il fait une entrée triomphale à Johannesburg. Mais les indestructibles Boers, réduits à 17 000 combattants, entament une guerre de guérilla sous la conduite de deux jeunes et brillants généraux appelés à un grand avenir, Louis Botha et Jan Smuts. Pendant ce temps, Paul Kruger fait la tournée des capitales européennes en quête d'une aide qui ne viendra pas. Kitchener réplique par la tactique de la terre brûlée.

La guerre et les camps

Contre les Boers, le général Kitchener fait usage d'une invention récente, le fil de fer barbelé, pour aménager des camps de concentration (les Espagnols, quelques années plus tôt, à Cuba, avaient créé les premiers camps de l'Histoire de l'humanité).

Les barbelés permettent d'emprisonner un grand nombre de personnes à moindres frais et avec une surveillance réduite. 200 000 Boers (hommes, femmes et enfants) sont de la sorte internés dans des conditions lamentables et l'on compte à certaines périodes un décès sur dix parmi les internés. Les Boers évaluent à près de 30 000 le nombre de victimes des camps.

Dénoncée par l'Anglaise Emily Hobhouse, vilipendée par l'opinion internationale et surtout britannique, l'armée de Sa Majesté renoncera ultérieurement à ces pratiques.

Paysans afrikaners dans un camp de concentration pendant la guerre des Boers (1899-1902)

Les Anglais soumettent enfin les Boers au prix d'une victoire à la Pyrrhus.

La plus grande guerre coloniale de l'ère moderne, qui a opposé deux peuples d'origine européenne, se solde par 7 000 morts sur un total de 100 000 combattants boers (non compris les victimes civiles des camps de concentration) et par... 22 000 morts dans les troupes britanniques, pas moins de 500 000 hommes ayant été engagés par Londres dans le conflit !

Le Transvaal et l'État d'Orange renoncent à leur indépendance ; les uitlanders obtiennent les droits civiques, mais la langue des Boers, l'afrikaans, conserve droit de cité et Londres s'engage à réparer les dommages de guerre. Pour la première fois, l'impérialisme britannique s'est heurté à une authentique résistance populaire. À quelques mois de sa mort, le 22 janvier 1901, la reine Victoria peut percevoir les premières fissures de l'Empire le plus vaste qui fut jamais.

Huit ans jour pour jour après le traité de Vereeniging, le 31 mai 1910, l'Afrique du Sud devient un dominion autonome à structure fédérale : l'Union Sud-Africaine. Le nouvel État scelle la réconciliation des deux ennemis... sur le dos des populations noires, aborigènes et métisses. Le premier Premier ministre est le général boer Louis Botha. Dans son gouvernement figure en bonne place un autre général boer Jan Smuts.

ça s'est passé un...

31 mai

31 mai 1793 : Mise en accusation de la Gironde


Le 31 mai 1793, à l'appel de Robespierre, des sans-culottes parisiens guidés par Varlet et Roux encerclent la Convention et réclament la mise en accusation des députés de la Gironde qui gouvernent le pays. Ils leur reprochent leur incapacité à faire face à l'invasion étrangère et les soupçonnent de préparer le retour de la monarchie. 3 jours plus tard, les chefs girondins, au nombre de 22, seront arrêtés et envoyés à la guillotine. À la faveur de ce coup d'État parisien, les députés de la Montagne prendront le pouvoir et installeront la Grande Terreur.

31 mai 1910 : Fondation de l'Union sud-africaine
Le 31 mai 1910 est fondée l'Union sud-africaine, qui consacre le rapprochement entre les anciens ennemis de la guerre des Boers.

31 mai 1916 : Bataille du Jutland
Le 31 mai 1916, au plus fort de la Grande Guerre, une bataille navale oppose dans le Jutland, au large du Danemark, 37 navires britanniques à 21 allemands. Ces derniers, sous le commandement de l'amiral Reinhard Scheer, évitent l'encerclement et obligent la Royal Navy, commandée par l'amiral John Jellicoe, à rompre le combat. Les pertes sont lourdes des deux côtés et le résultat indécis.

La Royal Navy sort quelque peu humiliée de cette bataille navale, la plus importante du conflit. Il n'en reste pas moins que la marine allemande, fragilisée, devra à partir de là renoncer à gagner la haute mer. Elle se cantonnera à la guerre sous-marine.

31 mai 1929 : Plan Young
Le 31 mai 1929, une commission interalliée réunie à Paris met sur pied un plan pour le rééchelonnement sur 59 ans (jusqu'en 1988) du reliquat des réparations de guerre dues par l'Allemagne au titre du traité de Versailles. Il prend le nom de plan Young, d'après l'un des membres américains de la Commission. Les négociations aboutissent malgré le refus des États-Unis de lier le remboursement des dettes alliées au paiement des réparations allemandes (Anglais et Français ne voyaient pas de raison de rembourser aux Américains leurs emprunts de guerre dès lors que les Allemands ne leur versaient pas leur dû).

Le plan Young se substitue au précédent plan, dit plan Dawes (1924). Il va néanmoins échouer du fait du krach d'octobre 1929 et de l'entrée en crise de l'économie allemande.

Trois ans plus tard, une nouvelle conférence, à Lausanne, du 16 juin au 9 juillet 1932, réduira le montant des réparations à cinq milliards de marks, payables après un moratoire de trois ans. Avec l'arrivée de Hitler au pouvoir l'année suivante, il ne sera plus question de réparations allemandes… jusqu'en 1980, avec le règlement du solde par la République Fédérale Allemande.

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