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c'est arrive ce jour

29 avril 1624 Richelieu entre au Conseil du roi

29 avril 1624

Richelieu entre au Conseil du roi

Le 29 avril 1624, le roi Louis XIII (23 ans) appelle à ses côtés le cardinal duc de Richelieu, Armand Jean du Plessis (39 ans). Malgré ou à cause de leurs différences de tempérament, les deux hommes vont ensemble faire de la France encore féodale et brouillonne un État centralisé et fort.

André Larané

 

Marie de Médicis s'étant brouillée avec son propre fils, le roi Louis XIII, celui-ci lui a interdit d'assister aux séances du Conseil d'en haut. Aussi appelé « Conseil ordinaire » ou « Conseil des affaires », il se réunit en présence du roi en personne et traite des sujets majeurs.

À force de persuasion, la reine-mère obtient toutefois de son fils qu'il y fasse entrer le cardinal dont elle espère qu'il servira ses intérêts. Le jeune roi s'y résout vite car, confronté à une situation internationale embrouillée, il doit bien constater l'impéritie de son chef de gouvernement, le surintendant des Finances Charles de la Vieuville. Il a noté a contrario la pertinence des avis du cardinal, transmis par sa mère.

Très vite, le cardinal se fait remarquer du roi par son talent et son dévouement. Il prend l'habitude de s'entretenir en tête-à-tête avec le roi avant chaque Conseil de façon à faciliter ses interventions. Quatre mois plus tard, le 13 août 1624, La Vieuville est arrêté sous l'accusation de malversations et Louis XIII offre à Richelieu la direction du Conseil d'en haut. À ce poste de « principal ministre » ou Premier ministre, le cardinal va dès lors révéler jusqu'à sa mort son génie politique. Il en sera récompensé dès 1629 par les titres de duc et pair.

Mais ses manoeuvres diplomatiques destinées à affaiblir les Habsbourg vont l'entraîner dans un conflit aigu avec la reine-mère. Il en sortira vainqueur...

 

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27 avril 1521 : journée de la Bicoque

27 avril 1521 : journée de la Bicoque

 

François-Marie Sforce, venu dans le Milanais sous les auspices de l’Empereur, s’était formé une armée d’Italiens et d’Allemands que Lautrec poursuivit avec sa gendarmerie et dix mille Suisses, qu’il réunit sous la promesse des ducats qu’il attendait. Il atteignit les ennemis près de Milan, dans un lieu nommé la Bicoque, couvert de vergers entourés de canaux, où ils se retranchèrent.

Les capitaines français, envoyés pour observer ce poste, le jugèrent inexpugnable. Lautrec en pensa de même, et résolut, sur leurs conseils, de différer l’attaque. Les Suisses ne furent pas de même avis : ils demandèrent à grands cris leur montre on le combat, persuadés que la victoire leur ouvrirait les portes de Milan, et que le pillage suppléerait à la solde qui leur était due. En vain Lautrec leur remontra qu’il ne lui fallait que quelques jours pour affamer ces gens qui se rendraient feux-mêmes. Ils continuèrent de crier comme des forcenés : de l’argent ou le combat.

« Eh bien ! combattez donc, répond le général. » Aussitôt ils se précipitent sur ces retranchements formidables, hérissés de canons, soutiennent avec constance le feu des ennemis, qui leur emportait des lignes entières, et pénètrent dans les retranchements ; mais après le premier moment de frayeur, les Impériaux, revenus à eux-mêmes, repoussent les assaillants : ceux-ci sortent aussi précipitamment qu’ils étaient entrés, pendant que la gendarmerie française, qui avait forcé un autre côté, prenait les ennemis à dos et les mettait en désordre. Les généraux courent au devant des Suisses, tâchent de les ramener au combat, leur remontrent le succès de la cavalerie.

Ils n’écoutent pas, gagnent tranquillement une rivière qu’ils passent sans être poursuivis des ennemis, assez occupés à se débarrasser des escadrons français, qui ne se tirèrent de ce terrain coupé et fangeux, qu’avec beaucoup de peine et une grande perte : celle des Suisses fut peu considérable. Lautrec les suivit dans leur retraite ; il tâcha en vain de les retenir : même impossibilité ; point d’argent ; ils partirent. Leur présence aurait pu soutenir les Français en Italie : leur défection les força d’en sortir. Ils n‘y gardèrent que les châteaux de Novare et de Milan, ayant même perdu la ville de Gênes, le meilleur-chemin pour y rentrer, dont Pesquaire, général de l’Empereur, s’empara.

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26 mars 1832 : début d’une épidémie de choléra à Paris, à l’origine de 18000 morts pour la seule capitale

 

26 mars 1832 : début d’une épidémie
de choléra à Paris, à l’origine de
18000 morts pour la seule capitale

 

Depuis longtemps, on l’attendait. Après avoir, de 1817 à 1820, ravagé les Indes, d’où il essaima jusqu’en Extrême-Orient, le choléra envahissait, en 1821-22, la Mésopotamie, la Perse, la Syrie, et les bords de la mer Caspienne. Quatre ans plus tard, il se réveillait dans le Hedjaz, et, par les pèlerins de la Mecque, se répandait en Turquie d’Asie (juillet 1830), en Egypte et en Tunisie (1831).

Le 20 septembre 1830, Moscou était contaminé, et l’été 1831, le choléra gagnait la Finlande, la région de Saint-Pétersbourg, la Livonie, la Courlande, la Lituanie. Par les ports baltes (Riga, Dantzig), la contagion envahit le Brandebourg, la Poméranie, Hambourg. La navigation l’apporta en Angleterre : le choléra se manifesta à Sunderland, près de Newcastle, en novembre 1831 ; à Edimbourg à la fin de janvier 1832 ; à Londres le 10 février ; et, signalé le 15 mars à Calais, il gagnait, d’un seul bond, Paris.

Au sein de la capitale, quelques cas précurseurs, sporadiques, les uns douteux, les autres étiquetés cholérine, s’étaient déjà manifestés. A la caserne de pompiers du Vieux-Colombier, on avait vu dix-sept sapeurs atteints le 3 août 1831 ; vingt-deux le 4 septembre, quarante-trois le 4 octobre. Mais leur chirurgien-major, Treille, grand broussaisien, était arrivé, par l’administration de glace et de lavements opiacés, à éteindre l’incendie de leurs entrailles. En 1832, dès le 6 janvier, un étudiant en médecine succombait en trente-six heures, rue Hautefeuille. Le 6 février, un concierge de la rue des Lombards mourait dans les mêmes conditions, que le docteur Lebreton signala le 22 février à l’Académie de médecine.

L’épidémie véritable éclatait le 26 mars 1832, près de sept semaines après son invasion à Londres.

Quatre personnes furent frappées tout à coup presque simultanément et moururent en peu d’heures, dans la rue Mazarine, dans les quartiers de la Cité, de l’Hôtel-de-Ville et de l’Arsenal. Dès le 31 mars, cinquième jour de l’invasion, il y avait déjà à Paris 300 malades, et sur les 48 quartiers de la ville, 35 étaient envahis. Le troisième arrondissement était seul épargné. Du 31 mars au 1er avril, l’épidémie se répandit dans toute la capitale.

Et comme si cette peste inexorable n’avait pas encore assez de la proie humaine, un élève chirurgien au Val-de-Grâce déclara en avril qu’elle s’attaque aux vaches et aux dindons ; certains journaux de province parlent même du choléra des poules et des chats ! Devant un mal qui, en quelques instants, faisait d’un vivant un spectre livide et glacé, « cadavérisé » disait un des pionniers de la physiologie expérimentale moderne, le médecin François Magendie (1783-1855), la panique se déchaîna.

Le 31 mars, dans les Tuileries en émoi, on ne parlait qu’épidémie. La terreur, écrit un témoin, était plus horrible que celle de 1793, car la mort vous abattait dans l’ombre : « C’était, dit Heine, un bourreau masqué qui marchait dans Paris, escorté d’une invisible guillotine. » Aux mains de la statue de Henri IV, sur le Pont-Neuf, on mit un drapeau noir. Ceux qui purent s’enfuir s’allèrent terrer en province. Mais le choléra montait en croupe et galopait avec les voyageurs.

À ceux qui restent, la capitale n’offre plus que des rues désertes. Plus d’échoppes. Fermés, les boutiques des quais, les éventaires des bouquinistes des parapets. On cesse, pendant quelques jours, de payer péage au pont des Arts. Il n’y a de mouvement que sur le Pont-Neuf, où des brancards chargés de morts ou de mourants se dirigent vers l’Hôtel-Dieu. Ailleurs, de rares passants, souvent de deuil vêtus, se hâtent, d’un pas inquiet, le mouchoir sur la bouche.

Chacun se gare de son voisin. On ne voit guère de rassemblements qu’à la porte des pharmaciens, où l’on fait queue. Le camphre monte de 5 à 24 francs. Le bruit se répand que les riches ont accaparé tous les médicaments ; et parfois la foule proteste, devant les officines, contre le renchérissement des produits.

Médecins et pompes funèbres sont débordés. Des corbillards, à la file, remplacent, au coin des rues, les stations de fiacres de jadis. Chateaubriand les voit passer, rue de Sèvres, quêtant de porte en porte. On leur crie, par les fenêtres : « Corbillard, ici ! » et l’on descend, cahin-caha, des étages, les lugubres fardeaux qui s’entassent, retenus par des cordes.

Les corbillards manquent ; d’urgence, on en commande cinquante. Les ouvriers, auxquels on a fait valoir les dangers du surmenage, se refusent au travail de nuit : « Nous préférons, disent-ils, la vie à votre haute paye. » Alors, on s’adresse au ministre de la Guerre, lequel prête des fourgons du dépôt d’artillerie. Ils font le service dans la rue du Cherche-Midi.

Mais ces lourds véhicules, mal suspendus, mal graissés, secouant les cercueils jusqu’à les déclouer, font un tel tapage nocturne que les bourgeois s’apeurent au passage des chars de la mort. Au bout de vingt-quatre heures, on y renonce. On s’avise de réquisitionner des tapissières de déménagement, où les cadavres seront moins bousculés. Bien qu’on les ait drapées de noir, de voir les morts transformés en colis, l’opinion, derechef, se scandalise. Alors, on prend des cabriolets, des fiacres ; et, des cercueils posés en travers, les extrémités débordent des portières. Il arrive que, des bières entassées dans ces chars hétéroclites, quelqu’une roule par terre, jetant son mort sur le pavé. Enfin, les carrossiers étant arrivés, sans se fatiguer, à livrer les cinquante corbillards promis, le transport des cadavres deviendra plus facile et plus décent.

Caricature anti-cholérique. Homme expliquant à deux femmes sa façon d’éviter le choléra :
« Moi je traite le choléra par le champagne, c’est le système Mayeux, nom de D... ! »

Jules Janin rencontra, rue Neuve-des-Poirées, un de ces véhicules rempli de bières jusqu’au comble : « Il me sembla, dit-il, qu’il m’écrasait. Une sueur froide inondait mon visage, mes dents claquaient. Quoi donc, me disais-je, toute une maison morte ? Quelle peste est-ce donc là qui entasse tant de cadavres ? » Il ne put se tenir d’en parler le lendemain au concierge du lycée Louis-le-Grand. « Rassurez-vous, lui dit Rombaux, la chose est plus simple que vous le pensez : dans cette maison déserte est renfermé le dépôt des bières de notre arrondissement. Tous les trois jours, choléra ou non, et la nuit, et à cette heure, pour n’effrayer personne, l’administration des Pompes funèbres envoie à la provision. »

Encore le cercueil est-il un luxe, et n’en a pas qui veut. Les menuisiers sont éreintés. Les cercueils manquant, on les fait resservir. Faute de mieux, on empile, à nu, les cadavres dans des sacs.

L’épidémie atteignit son maximum au 9 avril, jour où il y eut 814 décès. Le 14 du même mois, dix-huit jours après le début, le fléau était arrivé à un tel degré qu’on comptait 12 à 13 000 malades et 7 000 morts. L’épidémie resta stationnaire durant six jours environ. À dater de ce moment le mal commença à décroître ; les décès tombèrent de 756 à 651 ; le 30 avril, ils étaient à 114 ; et du 17 mai au 17 juin on n’en comptait plus que 15 à 20 par jour. Cependant vers la fin de ce dernier mois, le troisième de l’épidémie, et au commencement de juillet, une recrudescence très grave se manifeste. Le 9 juillet, 710 personnes succombent ; le 18, la mortalité est remontée à 225. Cette recrudescence dura peu ; et dès le 28 juillet il n’y avait plus que 25 à 30 morts chaque jour.

La maladie se tint dans ces limites pendant toute la durée d’août et le commencement de septembre, époque à laquelle elle diminua sensiblement. Le 1er octobre on put la considérer comme éteinte. Cette seconde phase de l’épidémie présenta à la fois une durée plus longue et une intensité moins grande que la première. Toutes deux sévirent d’ailleurs également dans les mêmes parties de la ville.

La durée totale du choléra épidémique à Paris avait été de plus de six mois, du 26 mars au 30 septembre, « d’un équinoxe à l’autre. » Dès le 28 mars, l’épidémie s’était étendue de Paris à la banlieue, et le 31 il y avait déjà des malades et des morts dans neuf communes rurales (Charonne, Saint-Denis, la Chapelle, Puteaux, Arcueil, Vanves, Vaugirard, Grenelle et Passy). Dans tout le cours du fléau, sur les quatre-vingts communes du département de la Seine, trois seulement furent complètement épargnées par le fléau : Drancy, dans l’arrondissement de Saint-Denis, Chatenay et le Plessis-Piquet dans celui de Sceaux.

En 1832, la population de Paris était de 785 862 habitants, et celle du département de 945 698 ; sur ce nombre, le choléra coûta à la capitale de la France, en tout 18 402 victimes, dont 12 733 pour le seul mois d’avril ; ce qui donne un rapport de 23,42 décès sur 1000 habitants. La mortalité fut sensiblement égale entre les deux sexes. Au niveau national, cette épidémie causa le décès de plus de 100 000 personnes.

 

 

 

 

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18 mars 1871 Paris, de l'insurrection à la Commune

18 mars 1871

Paris, de l'insurrection à la Commune

 

Le 18 mars 1871, une émeute éclate à Paris, sur la butte Montmartre. Adolphe Thiers, chef du gouvernement provisoire de la République, renonce à la réprimer et s'enfuit à Versailles avec tous les corps constitués. C'est l'amorce de la « Commune ».

Maîtres malgré eux de la capitale, les révolutionnaires et militants socialistes et ouvriers tentent de réaliser l'utopie communiste tout en luttant contre les troupes gouvernementales et les armées allemandes qui assiègent encore la ville.  Mais, privés du soutien des provinciaux, ils vont offrir à la bourgeoisie républicaine l'occasion de se débarrasser une fois pour toutes de la « question sociale ». Il s'ensuivra plusieurs milliers de victimes, jusqu'à 6 500 (le nombre de 20 000 avancé par le Communard et historien Hippolyte Robert Lissagaray est aujourd'hui jugé excessif). Chansons, récits, photos et gravures vont entretenir jusqu'à nos jours dans le monde entier le souvenir de cette expérience révolutionnaire sans précédent.

André Larané

Provocations
Le 18 septembre 1870, deux semaines après avoir capturé l'empereur Napoléon III et son armée à Sedan, les Prussiens assiègent la capitale. Ils battent aussi les armées que le jeune ministre de l'Intérieur Léon Gambetta a réunies en province. Réfugié à Bordeaux, le gouvernement de la Défense nationale est contraint de signer un armistice (dico) le 28 janvier 1871 et de préparer des élections générales.

Conformément à la convention d'armistice, les vainqueurs défilent le 1er mars 1871 à Paris. Thiers leur a fait cette concession en échange de la conservation de Belfort. Les troupes allemandes traversent une capitale en deuil et passent devant des statues recouvertes d'un voile noir.

Dès le lendemain, à Bordeaux, Adolphe Thiers (73 ans), élu le 17 février précédent « chef du pouvoir exécutif de la République française », obtient de l'Assemblée nationale qu'elle ratifie les préliminaires de paix.

Les Parisiens ruminent leur humiliation. Soulagés par la fin du siège et des pénuries alimentaires, ils se sentent néanmoins trahis par leurs gouvernants. À Montmartre, le maire du XVIIIe arrondissement, un certain Georges Clemenceau (31 ans), attise les ressentiments de la population en affichant une proclamation où l'on peut lire : « On vous a livrés sans merci. Toute résistance a été rendue impossible ».

Le 1er mars, la signature des préliminaires du traité de paix est ressentie comme une violente humiliation par les Parisiens qui ont beaucoup souffert du siège de la capitale et ont, trois jours plus tôt, voté massivement pour des députés républicains hostiles à la paix.

L'Assemblée nouvellement élue et où dominent les monarchistes attise les tensions. Le 3 mars 1871, elle supprime l'indemnité due à la garde nationale (30 sous par jour). Or, à Paris, la garde nationale rassemble pas moins de 180 000 hommes issus de la petite bourgeoisie et du monde ouvrier qui se sont portés volontaires pour défendre la capitale contre l'ennemi et se sont habitués à vivre sous les armes. Dans le marasme ambiant, la suppression de la solde réduit les trois quarts d'entre eux à la misère !

Le 6 mars, le nouveau gouverneur militaire de Paris, le général bonapartiste Joseph Vinoy, suspend six journaux révolutionnaires et ferme les clubs... L'euphorie du 4-Septembre n'est plus qu'un lointain souvenir.

Les combats contre les Prussiens ayant pris fin, l'Assemblée renonce pour sa part à revenir à Paris, par peur de la capitale et de ses deux millions d'habitants aux sentiments majoritairement républicains, voire socialistes. Elle décide donc le 10 mars 1871 de quitter Bordeaux pour... Versailles, la ville royale !

Ultime provocation : le lendemain, parmi ses premières mesures, le gouvernement lève sans préavis le moratoire sur le remboursement des effets de commerce et des loyers qui avait été instauré au début de la guerre. En quatre jours, plus de 150 000 Parisiens se voient exposés à la faillite ou à des poursuites.

Double massacre
L'atmosphère s'échauffe. La garde nationale, forte de 180 000 hommes, équipée de 500 000 fusils et deux cents à trois cents canons, se constitue en Fédération, d'où le nom de « fédérés » que l'on donnera aux insurgés. Ses délégués, réunis en assemblées générales, nomment un Comité central.

Les canons de Montmartre (mars 1871)Là-dessus, Thiers décide de récupérer les canons de la garde nationale. Pressé de signer la paix avec les Allemands, il veut montrer à ceux-ci qu’il est le maître du pays et qu’il n’y a rien à craindre des « fortes têtes » parisiennes. Lesdits canons avaient été financés par une souscription des Parisiens et la garde nationale de Paris les avait disposés sur les buttes de Montmartre et de Belleville pour les mettre hors d'atteinte des Prussiens lors de leur entrée dans la capitale.

Le samedi 18 mars, coupant court aux négociations avec les habitants de Montmartre, Thiers envoie donc une colonne de 4 000 soldats avec l'ordre de récupérer les canons. Mais l'affaire est mal préparée et les soldats perdent du temps à chercher des attelages. Sur la butte, le factionnaire de garde refuse l’accès aux soldats. Il est blessé par balle. Une infirmière le prend en charge cependant qu'une autre femme descend en courant la rue Lepic et rameute hommes et femmes de la butte Montmartre, parmi lesquelles l’institutrice Louise Michel.

On sonne le tocsin. Gardes nationaux, femmes et enfants accourent de partout. Les soldats mettent crosse en l’air et se rallient aux manifestants. La foule s'empare du général Claude Lecomte et le traîne jusqu'au Château Rouge, une salle de bal populaire où siège le comité de la garde nationale du quartier. Jeté à terre, il est abattu d'un coup de fusil dans le dos. Le jeune maire de Montmartre Georges Clemenceau, atterré, assiste à la scène sans pouvoir rien empêcher.

Quelques émeutes se produisent au même moment en d'autres quartiers de Paris. Le faubourg Saint-Antoine se couvre de barricades plus ou moins symboliques et des soldats fraternisent avec les insurgés à Belleville et La Villette. 

Un autre général, Jacques Clément-Thomas, qui circulait en civil sur les boulevards avec mission d'évaluer le niveau de l'insurrection, est reconnu et arrêté à son tour par les émeutiers. On lui reproche d'avoir participé à la répression de juin 1848. À 17 heures, il est jeté sur le cadavre du général Lecomte et tué à son tour sous les yeux horrifiés du jeune Georges Clemenceau, impuissant à calmer la foule.


Le Figaro : gare aux hommes malintentionnés, égarés, inconnus, communistes...
Dans son édition du 20 mars 1871, Le Figaro dresse heure par heure le récit de la journée tragique qui a vu l'abandon de Paris par les corps constitués. Il publie aussi la déclaration du gouvernement à la population, mettant celle-ci en garde contre « des hommes malintentionnés, sous prétexte de résister contre les Prussiens, qui ne sont plus dans vos murs, se sont constitués les maîtres d'une partie de la ville... »

Le Figaro du 20 mars 1871
Une barricade rue d'Allemagne et rue Sébastopol, le 18 mars 1871
Paris déserté
Adolphe Thiers renonce à réprimer l'émeute. Peut-être juge-t-il l'entreprise trop risquée avec 130 000 soldats à la fidélité incertaine face à la garde nationale ? Plus sûrement il songe à une évacuation en ordre de la ville suivie d'une reconquête militaire. Il en avait déjà eu l'idée en février 1848, quand il était ministre de Louis-Philippe, et plus gravement en juin 1848, comme membre de la Commission exécutive de la IIe République.

Dès 13 heures, il évoque son projet devant le conseil des ministres réuni au ministère des Affaires étrangères, quai d'Orsay. Malgré l'avis contraire de plusieurs ministres et de Jules Ferry, préfet de la Seine à titre provisoire, il ordonne à l'armée et aux corps constitués d'évacuer sur le champ la capitale. L'évacuation commence avant même le meurtre des généraux Lecomte et Clément-Thomas. Elle est achevée le soir même.

Pris de court par le vide du pouvoir, le Comité central désigné par la Fédération de la Garde nationale se réunit dans la plus grande confusion à l'Hôtel de ville. Il n'est composé que d'une trentaine de citoyens obscurs, ouvriers, petits patrons, boutiquiers... auxquels se sont adjoints des militants jacobins nostalgiques de Robespierre (comme l'avocat Charles Delescluze), blanquistes (partisans du théoricien de la révolution Auguste Blanqui, qui a été jeté en prison préventivement le 17 mars), proudhoniens (héritiers de l'utopiste Pierre-Joseph Proudhon, mort en 1865), socialistes, anarchistes etc.

À Versailles, le ton monte. Le 21 mars, Jules Simon, ministre des Affaires étrangères et républicain bon teint, avertit : « Est-ce que nous ne savons pas que les réquisitions commencent, que les propriétés privées vont être violés et que nous allons voir, je ne dirai pas de chute en chute, mais de progrès en progrès, dans cette perversité savamment calculée, la société toute entière sapée par la base, s'effondrer... Mais que l'émeute le sache bien, si l'Assemblée est à Versailles, c'est avec l'esprit de retour, pour combattre l'émeute et la combattre résolument ».

À son encontre, Clemenceau, Hugo, Schoelcher, Gambetta et quelques autres républicains tentent mais en vain de faire entendre à Versailles la voix de la modération.

Gardes nationales devant l'école des Beaux-Arts (Paris, mars 1871)
Confusion
Les élections municipales promises et tant espérées depuis la proclamation de la IIIe République sont enfin organisées le 26 mars 1871 par le Comité central. Elles traduisent un relatif désintérêt des Parisiens pour la révolution municipale en cours, avec moins d'une moitié de votants (229 000 sur 485 000)... Il est vrai qu'une centaine de milliers de bourgeois n'ont pas attendu pour fuir la capitale.

La Commune de Paris est néanmoins proclamée le 28 mars 1871 et le Comité central lui remet ses pouvoirs. Son nom fait à la fois référence aux traditions communales et à la Commune insurrectionnelle qui renversa la royauté le 10 août 1792. Elle est constituée par une assemblée de 80 élus théoriquement  (en réalité bien moins car une vingtaine de modérés ou de bourgeois ne tarderont pas à démissionner). Parmi les élus figurent 25 ouvriers, 12 artisans... mais aussi 12 journalistes, 3 médecins, 2 peintres etc.

Du point de vue politique, ces élus se partagent entre une majorité politique composée de jacobins (Charles Delescluze...) et de blanquistes (Raoul Rigault...) et une minorité partisane de la révolution sociale (Eugène Varlin...), sans compter des indépendants comme l'écrivain Jules Vallès ou le peintre Gustave Courbet. Trop divers, ils sont inaptes à définir une politique claire et précise. 

Le Père Duchesne d'Eugène Vermeesch (Thiers à la Une)La proclamation de la Commune soulève un jaillissement de joie parmi les gens du peuple, avec bals et flonflons sur la place de Grève et en quelques autres endroits. Chacun se réjouit de la fuite des bourgeois et des sergents de ville. Plusieurs dizaines de clubs révolutionnaires informels s'ouvrent dans la capitale, en particulier dans les « granges à corbeaux », surnom donné aux églises ! On y débat de tout dans le souvenir de la Grande Révolution, celle de 1789.

Plus de 70 journaux aux titres hardis sont aussi créés : Le Réveil de Delescluze, Le Cri du peuple de Vallès, Le Mot d'ordre de Rochefort, Le Père Duchesne de Vermeesch (une résurgence du journal révolutionnaire de Hébert).

Mais l'immense majorité de la population parisienne demeure cependant indifférente à l'agitation politique. La vie continue. La Bourse elle-même continue de fonctionner plus ou moins. L'Académie des sciences poursuit ses séances hebdomadaires 

Le nouveau gouvernement communal s'en tient, il est vrai, à une gestion relativement prudente. Il met en place neuf commissions (Guerre, Relations extérieures, Finances...) supervisées par une Commission exécutive cependant que les quartiers et les arrondissements se gèrent comme ils peuvent. 

La Commune proclame la séparation de l'Église et de l'État, l'instruction gratuite, laïque et obligatoire pour les garçons et les filles, la gratuité de la justice, l'élection des juges et des hauts fonctionnaires, la suppression de toute distinction entre enfants légitimes et naturels... autant de mesures qui nous paraissent aujourd'hui aller de soi. Elle adopte aussi le drapeau rouge le 28 mars ainsi que le calendrier révolutionnaire (!).

Mais elle ne songe pas à attribuer le droit de vote aux femmes, n'ose pas toucher à la journée de travail et surtout ne daigne pas s'emparer de la Banque de France et de son or, se privant délibérément d'un atout stratégique dans la lutte contre les Versaillais. Pour l'ancien député Charles Beslay (75 ans), membre de la Commission des Finances, on ne saurait impunément violer la propriété privée. Ses scrupules sont partagés par plusieurs autres membres de la Commission.

On n'en finirait pas de citer les décisions des différentes commissions, le plus souvent restées lettre morte : saisie des biens de l'Église, plafonnement du salaire des fonctionnaires et interdiction du cumul des fonctions (les postes se multiplient néanmoins, avec uniformes et galonnettes), interdiction du travail de nuit pour les ouvriers boulangers (à la grande déception du peuple qui tient au pain frais du matin), interdiction des jeux de hasard et fermeture des bordels, arrestation des ivrognes...

Le 12 avril, un décret de la Commune ordonne la destruction de la colonne Vendôme, symbole honni du bonapartisme, érigée sur ordre de Napoléon 1er sur la place du même nom (elle sera abattue un mois plus tard). Le 14 avril, à l'initiative de Gustave Courbet, les artistes Corot, Daumier, Millet, Dalou, le caricaturiste André Gil, le dessinateur sur étoffes Eugène Pottier et quelques autres se constituent en fédération. Ils prônent « la libre expression de l'art, dégagé de toute tutelle gouvernementale et de tous privilèges ; (...) la conservation des trésors du passé ; mise en oeuvre et en lumière de tous les éléments du présent... » (note).

Le 16 avril, un nouveau décret réquisitionne les ateliers abandonnés par leur patrons et les confie aux ouvriers associés, contre la promesse d'indemniser le propriétaire à son retour. Un seul atelier bénéficiera de la mesure...

Piètre gouvernement, piètres résultats : « L'histoire dira que ces ministres improvisés restèrent honnêtes. Mais nous leur demandions autre chose ; d'avoir le bon sens et la volonté que comportait la situation et d'agir en conséquence », témoignera le géographe anarchiste Élisée Reclus.

Paris assiégé
À peine remis de leurs épreuves passées, les Parisiens voient se profiler un deuxième siège, non par les Prussiens mais par l'armée gouvernementale. Celle-ci compte 130 000 hommes sous le commandement du maréchal Patrice de Mac-Mahon. Elle a bénéficié de la libération anticipée de 60 000 prisonniers, accordée à Thiers par Bismarck, trop heureux d'entretenir la zizanie chez les vaincus.

La Commune ne peut lui opposer que vingt mille combattants effectifs, avec un seul officier supérieur, le colonel Louis Rossel, qui n'a pas admis la capitulation face aux Allemands.  En attendant mieux, elle recourt à la répression policière et étend les prérogatives de la censure.

Raoul Rigault (Paris, 16 janvier 1846 ; 24 mai 1871)Le blanquiste Raoul Rigault (24 ans), athée compulsif et policier dans l'âme, est nommé à la tête de la Préfecture de Police. Il procède à de nombreuses arrestations. Parmi celles-ci le président de la Cour d'appel Bonjean, arrêté le 21 mars, l'archevêque de Paris Monseigneur Darboy, arrêté le 31 mars... Au total quelque trois cents prêtres et religieux seront arrêtés.

Face aux Allemands qui stationnent à l'Est et au Nord et aux Versaillais qui la menacent à l'Ouest et au Sud, la Commune de Paris peut se prévaloir de fortifications massives (les « fortifs »). Elles enserrent la capitale depuis qu'Adolphe Thiers lui-même en a ordonné la construction trente ans plus tôt, par la loi des Bastilles. La garde nationale a aussi occupé par précaution les forts du Sud (Bicêtre, Montrouge...) mais elle a négligé d'occuper le fort du Mont-Valérien, sur la route de Versailles.

À Courbevoie, au pied de ce fort, se produit la première escarmouche le 2 avril 1871, à l'initiative des troupes « versaillaises ». Celles-ci capturent quelques « fédérés » et les fusillent sur le champ. Dès le lendemain, la Commune tente de riposter en lançant trois colonnes sur Rueil, Meudon et Châtillon. Les fédérés aux ordres de Gustave Flourens arrivent à Bougival, à quelques kilomètres de Versailles mais, pris sous le feu des canons du Mont-Valérien, ils se replient en désordre. Avec la mort de Gustave Flourens et Émile Duval, tués sommairement après leur capture, les fédérés perdent leurs meilleurs chefs.

Dans la nuit du 4 au 5 avril, en ripose à ces exécutions sommaires, la Commune vote à l'unanimité le « décret des otages » du 2 prairial An 79, sur un texte rédigé par le juriste Charles Delescluze : « Toute personne prévenue de complicité avec le gouvernement de Versailles sera immédiatement décrétée d'accusation et incarcérée (...). Tous les accusés retenus par le jury d'accusation seront les otages du peuple de Paris ». Ce décret ne sera toutefois jamais appliqué.

Caricature de Gustave Courbet sur le socle de la colonne Vendôme qu'il est accusé d'avoir fait abattreLe 19 avril, dans une « Déclaration de la Commune au peuple

français », Paris suggère aux autres communes de France une association fédérale, assez confuse au demeurant. Il s'ensuit quelques émeutes à Lyon, Marseille, Toulouse, Saint-Étienne, Le Creusot, mais elles sont vite réprimées et la France, dans son ensemble se tient coite. Les Parisiens ne contiennent plus leur vindicte contre les « cul-terreux » de la province. Le mépris est réciproque.

Dans une situation quasi-désespérée, la Commune s'en prend le 16 mai à la colonne Vendôme. Gustave Courbet, qui a dénoncé ce « monument de barbarie », sera plus tard jugé responsable de sa destruction (bien qu'il n'ait pas signé le décret ordonnant sa destruction). Il sera condamné à en payer la reconstruction pour 300 000 francs-or !

L'hôtel Dosne-Thiers, luxueuse résidence du chef des Versaillais, est aussi démoli à coup de masse (il sera reconstruit grâce à une souscription des Parisiens et restitué à son honorable propriétaire !).

L'épuisement gagne. Le 21 mai 1871, avertis de ce que la poterne du Point du Jour, au sud-ouest des fortifications, n'est pas gardée, les Versaillais pénètrent enfin à Paris. C'est le début de la Semaine Sanglante.

 

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Ligueurs et Espagnols Contre Henri IV à Ivry

14 mars 1590 : bataille d’Ivry
opposant le roi Henri IV
aux Ligueurs et aux Espagnols
(D’après « Histoire générale de France depuis les temps les
plus reculés jusqu’à nos jours » par Abel Hugo (Tome 5), paru en 1843)
Publié / Mis à jour le SAMEDI 13 MARS 2021, par LA RÉDACTION

Henri IV risqua sa vie lors de cette bataille émaillant les guerres de religion et avant laquelle il avait adressé à ses soldats ces mots devenus célèbres :

« Si vous perdez vos enseignes, ralliez-vous à mon panache blanc ; vous le trouverez toujours au chemin de l’honneur et de la gloire »
On sait qu’après la mort funeste d’Henri III, le roi de Navarre Henri IV fut reconnu par la plus grande partie de l’armée royale, qui était alors campée à Saint-Cloud, et faisait le siège de Paris. Le nouveau roi eut à soutenir toutes les forces de la Ligue, fortifiées de celles de Rome et de l’Espagne, et presque tout son royaume à conquérir. Henri IV, avec peu d’amis, peu d’argent, et une petite armée, fit voir alors que la valeur et l’activité suppléent à tout, et que la plus puissante et la plus formidable rébellion cède à la fin au courage d’un roi qui sait payer de sa personne.

De tous les combats qu’Henri IV livra à ses ennemis, le plus glorieux pour lui et le plus décisif, fut la bataille d’Ivry, où il vainquit les Ligueurs, commandés par le duc de Mayenne, et les Espagnols, commandés par le comte d’Egmont, qui y fut tué

Les deux armées se rencontrèrent, le 13 mars au matin, dans la grande plaine d’Ivry, entre les rivières d’Iton et d’Eure. L’armée du roi était composée de huit mille hommes de pied et de deux mille chevaux. Elle avait pour toute artillerie quatre canons et deux couleuvrines. En la formant en bataille, Henri IV se garda de suivre l’ancienne coutume de ranger la cavalerie par longues files, faciles à percer ; il la groupa en sept escadrons épais, qu’il flanqua d’infanterie.

Voici quelles furent ses dispositions : l’aile gauche était divisée en deux corps, le plus voisin du centre étant commandé par le maréchal d’Aumont, et composé d’un escadron de gendarmerie (c’est-à-dire de gentilshommes armés de pied en cap, mais sans lances), accompagné de deux régiments d’infanterie française. À l’extrémité de l’aile se trouvait le duc de Montpensier avec un autre escadron de gendarmerie, ayant à sa gauche quatre cents lansquenets, et à sa droite un régiment suisse ; devant les deux escadrons de gendarmerie étaient deux troupes de cavalerie légère, commandées, l’une par le comte d’Auvergne, et l’autre par Givry.

Henri IV passe ses troupes en revue avant la bataille d'Ivry le 14 Mars 1590. Lithographie de 1902


Henri IV passe ses troupes en revue avant
la bataille d’Ivry le 14 Mars 1590.

À la gauche de cette cavalerie était postée l’artillerie. Le maréchal de Biron, au centre de la ligne, formait la réserve avec un escadron flanqué de deux régiments d’infanterie française. Le roi conduisait l’aile droite. Son escadron, rapproché du centre, et fort de six cents cavaliers, était le plus considérable de tous. Le premier rang était formé des officiers de la couronne et des principaux seigneurs de l’armée, dont les armes dorées brillaient au soleil. L’escadron royal était soutenu par deux régiments suisses, le régiment des gardes, et quelques autres corps français. Enfin l’escadron des reîtres, au nombre de deux cent cinquante, formait, avec deux régiments d’infanterie française, l’extrémité de l’aile droite.

Le roi reconnut son armée d’escadron en escadron, et changea trois fois de chevaux pour voir tout et être partout. Il remarqua de l’affection et de l’allégresse dans les courages, et sa brave assurance et sa splendeur y ajoutaient une espérance infaillible de la victoire. Étant à l’escadron des reîtres, il vit Titus de Schomberg, et se souvenant que, cet officier lui ayant demandé de l’argent au partir de Dreux, il lui avait répondu « que jamais homme de courage n’avait demandé argent la veille d’une bataille », que cette parole avait offensé l’honneur de ce cavalier, il ne voulut pas lui laisser plus longuement cette peine.

« Monsieur de Schomberg, lui dit-il, je vous ai offensé ; cette journée peut être la dernière de ma vie, je ne veux point emporter l’honneur d’un gentilhomme ; je sais votre valeur et votre mérite, je vous prie de me pardonner, et embrassez moi. » Schomberg tout confus et étonné mit pied à terre, et dit : « Il est vrai, sire, votre Majesté me blessa l’autre jour, mais aujourd’hui elle me tue, car l’honneur qu’elle me fait m’oblige de mourir en cette occasion pour son service. » Il fut vrai, car en quittant le rang qu’il tenait sur ceux de sa nation, il voulut être le lendemain gendarme en la cornette blanche du roi, et y fut tué.

Le duc de Mayenne comptait dans son armée treize mille fantassins et quatre mille cavaliers ; mais il n’avait que quatre canons. Il commandait l’aile gauche de son armée, qui devait se trouver opposée au roi, et où la cavalerie était flanquée d’infanterie, comme dans l’armée royale. Au centre de l’armée étaient les ducs de Nemours et d’Aumale, chacun à la tête d’un escadron. De Rosne commandait l’aile droite, le comte d’Egmont y était également placé.

Les deux armées restèrent en bataille toute la journée, qui ne fut marquée que par des escarmouches peu importantes. « Cependant, rapporte l’historiographe Pierre Matthieu (1563-1621), le roi, ayant donné ordre à tout, se coucha, et, contre sa coutume, se dépouilla, ce qu’il n’avait jamais fait lorsque l’ennemi était si proche. Il n’eut autre inquiétude cette nuit que de la crainte que le duc de Mayenne ne fût conseillé de se contenter de s’être présenté. Ceux qui demeurèrent dans le champ de bataille virent des armées en l’air. Les prodiges précèdent souvent les grandes ruines ; et la providence de Dieu veut qu’en telles occasions le ciel épouvante la terre... Le roi prit à bon augure ce qui donnait à plusieurs sujet de s’effrayer !... »

Le lendemain, après avoir repris l’ordre de bataille de la veille, « l’une et l’autre armée, reconnaissant que les triomphes et les victoires viennent de la main du dieu des batailles, voulut que le combat commençât par les devoirs de la religion, et que l’oraison, montant au ciel, en rapportât les palmes et les lauriers qu’elle désirait. Le ministre Damour fit la prière en l’armée du roi, en telles paroles que les catholiques, sans scrupule de conscience, les pouvaient suivre de cœur et de bouche, mais le roi, qui voyait l’ennemi prêt à branler, lui dit qu’il la fît courte. Il la finit par ces mots : Et s’il vous plaît, Seigneur, que quelqu’un demeure en ce combat, nous vous supplions par votre sainte miséricorde, et le sang de votre fils, que son nom soit écrit au livre de vie. Un religieux de l’ordre de Saint-François fit la prière en l’armée du duc de Mayenne, et dit que la cause de la bataille était la cause de Dieu.

« On fit passer devant l’armée royale, suivant l’ancien ordre des batailles, le cheval du roi, afin que chacun le reconnût ; il était richement harnaché, et avait sur la tête un grand flot de plumes blanches. Les princes et généraux d’armées choisissent au jour de bataille nombre de seigneurs braves et courageux pour être auprès d’eux, et cela à double effet : l’un pour leur sûreté, car d’elle dépend celle de l’armée, l’autre afin de porter leurs commandements selon les occasions et les nécessités ; le roi choisit une douzaine de ses bons serviteurs pour se tenir auprès de lui. En ces grandes occasions, les paroles d’un général, et surtout d’un roi, enflamment merveilleusement les courages, mais elles sont superflues quand il est question non de vivre et de parler, mais de combattre.

« Le roi ne dit que deux mots qui en comprenaient une infinité d’autres : Mes amis, vous êtes tous Français, je suis votre roi, et voilà l’ennemi. Comme il vit, à la contenance des ennemis, qu’ils n’avaient point envie de bouger, il se résolut de leur aller au devant, et fit avancer son armée d’environ cinquante pas, afin de gagner le dessus du vent et du soleil. Ces approches donnèrent plus de connaissance du nombre des ennemis, et qu’il était plus grand qu’on ne l’avait remarqué. Comme on le dit au roi, il répondit : Plus de gens, plus de gloire.

Henri IV conduisant ses troupes lors de la bataille d'Ivry


Henri IV conduisant ses troupes lors de la bataille d’Ivry
« Le roi, se souvenant d’avoir ouï dire au prince de Condé, son oncle, et à l’amiral, que l’une des causes de la perte des batailles de Dreux et de Saint-Denis était qu’on avait plutôt attaqué l’infanterie que la cavalerie, commanda qu’on donnât sur les escadrons d’abord, afin, les gens de cheval étant défaits, d’avoir meilleur marché de ceux qui combattaient à pied. Il commanda de faire tirer le canon ; cela se fit si diligemment, qu’il tira neufs coups avant que celui de l’ennemi répondît, lequel donna droit au bataillon des Suisses. Le roi, voyant cela, dit au colonel Galathy qu’il reculât un peu pour se couvrir. Sire, répondit Galathy, les Suisses ne savent que c’est de reculer, mais tout maintenant, nous avancerons pour donner au canon des ennemis et faire voir que nous ne le craignons point.

« Après trois ou quatre volées données et reçues, l’escadron conduit par le comte d’Egmont, qui pouvait être de six cents chevaux, ayant à ses flancs l’infanterie des lansquenets, vint à la charge contre le maréchal d’Aumont, lequel, les voyant venir, dit seulement : Voici des gens qui viennent en bon ordre, mais ils sont à nous : allons, donnons notre ralliement à la droite. Le comte d’Egmont ne fit qu’essuyer cet escadron, passa outre, et, en perçant, reçut une arquebusade dont il mourut. Il serait à souhaiter, pour la parfaite description d’une bataille, que le discours, qui ne peut représenter les choses que pièce à pièce, et par ordre, eut le même pouvoir que la peinture, qui donne à la vue tout ce qu’elle veut, et ce qui s’est fait en un même temps en divers endroits.

« L’escadron des lances étrangères (celui de d’Egmont), vint fondre sur les chevau-légers du roi, les rompit, et mena battant trois ou quatre cents chevaux plus de mille pas, ce qui étonna et ébranla fort l’armée du roi. Henri, voyant cette fuite, dit, d’un visage gai et d’une contenance assurée : Mes amis, la poltronnerie de ces gens-là, que vous voyez fuir, servira à nous donner plus de gloire, car, sans doute, Dieu nous a réservé l’honneur de cette victoire, comme vous verrez bientôt. Le marquis de Nesle était habillé comme le roi ; il alla à la charge avec les chevau-légers du comte d’Auvergne : les ennemis se jetèrent sur lui et crurent avoir tué le roi, ce qui excita leur ardeur.

« Si l’infanterie du duc de Mayenne eût donné alors, les ennemis eussent tiré du profit de cette première victoire ; mais les reîtres ennemis, se voyant pressés et éclaircis par le canon du roi, allèrent à la charge, contre l’ordre, qui était que l’infanterie se battrait deux cents pas devant la cavalerie. Ils ne se mêlèrent point, et se voulant jeter sur l’infanterie du roi, trouvèrent les piques baissées contre eux, et furent contraints de passer dans le gros du duc de Mayenne, dont ils emmenèrent le tiers avec eux.

« En même temps le maréchal de Biron s’avança seul au galop, et dit au roi : Sire, les voilà qui viennent à vous, et il est temps d’aller à eux. Le roi lui répondit : Oui, mon père, nous y allons, et à leurs dépens, comme vous verrez. Il ne donna point loisir à Dandelot, qui était contre son étrier, de lui raccommoder une tassette qui l’incommodait. Il avait dit auparavant qu’en l’armée ennemie il y avait plusieurs princes qui, tous braves et courageux, se mettraient hors des rangs pour combattre, et qu’il reconnaîtrait bien le duc de Mayenne. Ce grand et gros escadron de lances, commençant à se remuer, quatre cents arquebusiers à cheval firent une salve à l’escadron du roi, et semblait que ce grand nombre le dut engloutir.

« Le roi s’avançant de la longueur deux fois de son cheval, dit : Il faut jouer du pistolet, et choisit un gros cavalier qu’il prit pour le duc de Mayenne, et lui tira un coup dans la tête : c’était l’écuyer du comte d’Egmont, qui en mourut. On vit un autre cavalier tourner par trois fois à la charge contre le roi ; il fut tué à la troisième. Henri Pot de Rhodes, qui portait la cornette blanche (enseigne royale), fut blessé d’un coup de pistolet à la tête : le sang lui offusqua la vue, son cheval l’emporta, et la marque de l’armée ne parut plus ; ce malheur apporta de l’étonnement et du désordre. Le roi dit alors aux siens : Que les plumes blanches de mon casque vous servent de guidon ; si vous les voyez reculer, je vous permets de fuir.

« Il se mêla si avant dans les feux, la fumée, la poudre et les périls, qu’il s’y trouva seul avec douze ou treize. On ne savait à qui appartenait la victoire, car on avait vu les chevau-légers du roi rompus, les reîtres du duc de Mayenne en désordre et en fuite, l’artillerie du roi abandonnée, celle du duc de Mayenne inutile, fuyards de çà, fuyards de là. L’ennemi avait encore en bataille un gros de Suisses et de Français, les reîtres se ralliaient : le maréchal de Biron avait encore son escadron entier.

« Le roi attendait sous un pommier, avec sa troupe de treize, qu’on se ralliât à lui, et se faisait voir au branlement de son panache. Givry lui amena cent chevaux, qu’il avait ralliés, et le maréchal d’Aumont six cents, en lui présentant sept ou huit cornettes des troupes de Flandre qu’il avait défaites. Le roi les reçut avec le contentement que peut ressentir le cœur d’un prince victorieux : et comme il parlait d’aller attaquer le bataillon des Suisses qui tenait encore, on l’en détourna en alléguant l’exemple de la bataille de Dreux, où les vainqueurs au commencement se trouvèrent à la fin vaincus. Il commanda au maréchal de Biron de donner ; le maréchal répondit qu’il n’en ferait rien. Cette réponse venait d’un grand jugement : il voyait que toute l’armée du roi était écartée, qu’il n’y avait rien d’entier que sa troupe, que le duc de Mayenne se pouvait rallier, que les Suisses étaient en volonté de combattre, et que s’il se perdait, tout était perdu.

Henri IV après la bataille d'Ivry


Henri IV après la bataille d’Ivry
« Cependant, ceux de l’armée royale qui fuyaient ne demeurèrent pas longtemps en l’incertitude de la victoire, car, ne se voyant pas suivis, ils reconnurent qu’elle n’était pas de l’autre côté, et peu à peu se rallièrent sur le champ de bataille, où on entendit un vive le roi ! pour signal assuré de la victoire ; néanmoins la victoire n’était pas encore parfaite : les Suisses tenaient bon, et ne voulaient démentir leur ancienne réputation. Aimant mieux s’exposer au hasard du combat qu’à la honte de la fuite, ils font mine de combattre, et de ne vouloir rendre les armes aux dépens de leur honneur ; le roi, voyant cela, dit qu’il les fallait tailler en pièces, et fit amener deux pièces de canon pour les rompre. Sur ce, ils posent les armes, baissent les enseignes, et lèvent les mains pour signal de leur reddition. Le roi, se souvenant de l’alliance qu’ils avaient avec la couronne, les reçut, se contenta de les voir mettre les armes bas, et leur envoya le maréchal de Biron pour faire leur capitulation. »

Le duc de Mayenne, espérant retenir ses troupes et changer la face du combat, était resté sur le champ de bataille, avec les ducs d’Aumale et de Nemours, et entouré d’une cinquantaine de gentilshommes dévoués ; il chercha vainement à rallier quelques troupes. Enfin, voyant ses efforts inutiles, il s’éloigna pour ne pas tomber entre les mains du roi, passa l’Eure sur le pont d’Ivry, qu’il fit rompre immédiatement après son passage. La rivière se trouva bientôt encombrée d’hommes et de chevaux, dont la plupart se noyèrent. Le duc se retira à Mantes ; mais il ne réussit à s’en faire ouvrir les portes qu’en affirmant aux habitants que s’il était, lui, vaincu, le roi de Navarre était mort.

Henri IV, à la tête d’un escadron, où se trouvaient le duc de Montpensier, d’Aumont, et plusieurs autres officiers, dont la valeur contribua au succès de la journée, avait laissé Biron avec le corps de bataille, et s’était mis à la poursuite des fuyards. Sans les chariots des reîtres, qui arrêtèrent sa marche vers Ivry, il y eût peut-être surpris le duc de Mayenne. Il fut forcé d’aller passer l’Eure à Anet, ce qui lui fit faire un détour d’une lieue et demie. La nuit le surprit dans les environs de Mantes, d’où il gagna, à deux heures de la nuit, le château de Rosny.

La victoire de Henri IV était complète. Le canon, le bagage et la plupart des étendards de l’ennemi, étaient restés en son pouvoir. L’armée du duc de Mayenne avait fait de telles pertes en morts et en prisonniers, que le roi écrivit lui-même « qu’il ne croyait pas que de cette armée, forte avant la bataille d’environ dix-sept mille hommes, le quart se fût sauvé. »

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10 mars 1893 Naissance de la Côte d'Ivoire

10 mars 1893

Naissance de la Côte d'Ivoire

Le 10 mars 1893, le gouvernement français constitue officiellement la colonie de Côte d'Ivoire en regroupant les comptoirs français du golfe de Guinée fondés un demi-siècle plus tôt par Kerhallet et Fleuriot de Langle.

Les frontières de la nouvelle colonie ont été délimitées dans les années précédentes par Louis Gustave Binger, officier d'ordonnance de Faidherbe.

Binger est issu de l'infanterie de marine, un corps mésestimé de l'armée française qui a découvert dans la colonisation, en Afrique comme en Extrême-Orient, une occasion inespérée de se mettre en valeur. Cet officier, au demeurant remarquable, passionné par l'Afrique et bon administrateur, devient à 36 ans le premier gouverneur de la nouvelle colonie de Côte d'Ivoire. Il ne conservera le poste que deux ans avant de devenir directeur des Affaires d'Afrique au ministère des Colonies.

 

Difficile soumission de l'arrière-pays
La nouvelle colonie constitue un quadrilatère d'environ 322.000 km2, soit les 2/3 de la France, avec un peu plus d'un million d'habitants au début du XXe siècle (20 millions au début du siècle suivant).

Au sud, derrière un littoral composé d'une succession de lagunes d'accès malaisé, des forêts tropicales en voie de défrichement, avec un peuplement clairsemé. Au nord une savane tôt islamisée et propice à la constitution de vastes royaumes comme celui, éphémère, de Samory Touré.

La colonie compte au total une soixantaine d'ethnies ou tribus, avec autant de langues ou de dialectes, divisées en quatre groupes principaux :
– Au sud-est, les Akans, cousins des habitants du Ghana voisin et répartis entre Baoulés, Sanwis...
– Au sud-est (et au Libéria limitrophe), les Krous,
– Au nord-ouest (ainsi qu'en Guinée), les Malinkés ou Mandingues,
– Au nord-est, les groupes voltaïques et en particulier les Sénoufos, principale ethnie ivoirienne.

Les missionnaires commencent à récolter le fruit de leurs efforts en convertissant à la foi catholique une bonne partie des animistes qui peuplent la zone forestière du littoral.

Mais, de même que les militaires et les administrateurs, ils éprouvent plus de mal à pénétrer les savanes du Nord, en bonne partie vouées à l'islam et remuées par le chef soudanais Samory Touré.

En 1892 il a massacré, au lieu-dit Séguela, une colonne envoyée contre lui et dirigée par le capitaine Ménard. L'année suivante, le gouverneur de Côte d'Ivoire engage une véritable guerre contre le chef soudanais. Elle s'achève par sa capture en 1898. La France occupe dès lors toute la région du haut Niger et le Sahel (la bordure méridionale du Sahara).

La Côte d'Ivoire n'est pas pour autant pacifiée. Dans la décennie qui suit, jusqu'en 1911, les insurrections se multiplient au sein du peuple baoulé, au centre du pays.

La répression (incendies de villages, campagnes de terreur...) réduit la population dans de très fortes proportions. Selon certaines estimations, le peuple baoulé serait ainsi passé d'un million et demi de personnes à... 160.000 en dix ans.

Un État en gestation
En 1902, la Côte d'Ivoire devient partie intégrante d'un ensemble appelé Afrique Occidentale Française (AOF) et dirigé par un gouverneur général établi à Dakar, au Sénégal. Son chef-lieu est fixé à Bingerville, une ville nouvelle sur la lagune de Grand-Bassam.

On aménage non loin de là le port d'Abidjan (il deviendra la capitale de la Côte d'Ivoire en 1934).

On entame par ailleurs la construction d'une voie ferrée orientée vers le nord, d'Abidjan à Bobo-Dioulasso, pour évacuer la production cotonnière des petits paysans de la haute Volta. Cette voie ferrée sera plus tard prolongée jusqu'à Ouagadougou, actuelle capitale du Burkina-Faso (anciennement Haute-Volta).

C'est le début d'un développement fondé sur l'exploitation du café, de la forêt, du coton et surtout du cacao, qui fait de la Côte d'Ivoire la colonie la plus prospère d'AOF.

Ce développement profite à de nombreux planteurs locaux ainsi qu'aux colons et à quelques entreprises spécialisées dans les affaires d'outre-mer comme la CFAO (Compagnie Française d'Afrique Occidentale).

Pour la République française, qui doit assumer les coûts d'infrastructure et d'administration, le solde de la colonisation, en Côte d'Ivoire comme ailleurs, n'en reste pas moins négatif ainsi que l'a montré l'historien Jacques Marseille dans une thèse qui fait date : Empire colonial et capitalisme français. Histoire d'un divorce (Albin Michel, 1984).

 

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10 mars 1906 La catastrophe de Courrières

10 mars 1906

La catastrophe de Courrières

Le 10 mars 1906 se produit une dramatique explosion dans une mine de charbon située sous trois communes proches de Courrières (Pas-de-Calais) : Méricourt, Billy Montigny et Sallaumines.

Une catastrophe d'une ampleur sans précédent

C'est l'une des plus grandes catastrophes minières de tous les temps avec officiellement 1 099 victimes. D'aucuns estiment plus vraisemblable le chiffre de 1 200 mineurs restés ensevelis dans les galeries sur un total de 1 800 qui étaient descendus ce matin-là.

Le point de départ de cette tragédie est l'explosion d'une nappe de grisou (gaz) dans le chantier Lecoeuvre. La présence de ce gaz avait été suspectée quelques jours plus tôt par des mineurs de fond mais la compagnie n'avait pas tenu compte de leurs avertissements...

Le coup de grisou ayant soulevé la poussière de charbon, celle-ci, beaucoup plus explosive que le grisou, s'est vite mise en auto-combustion et la flamme a parcouru 110 km de galeries en moins de 2 minutes ! C'est ce qu'on appelle un « coup de poussière ».

La catastrophe est immédiatement médiatisée, les journalistes et photographes arrivant sur place en même temps que les équipes de secours. L'émotion dépasse les frontières. Des équipes de sauveteurs arrivent avec des matériels sophistiqués du Borinage belge et même de la Ruhr allemande (cela quelques années à peine avant la Grande Guerre...).

Les opérations de sauvetage se soldent elles-mêmes par 16 morts, surtout dans les premières heures, lorsque des mineurs s'enfoncent sans attendre dans la mine, à la recherche de leurs proches.

Catastrophe de Courrières ; obsèques des victimes (Pas-de-Calais), 10 mars 1906

De la catastrophe à la révolte

La compagnie minière hâte les opérations de secours pour relancer au plus vite l'exploitation. Indignées, les 50 000 « gueules noires » du bassin minier multiplient les appels à la grève. Leur colère déborde lorsque, le 30 mars, treize rescapés remontent de la mine, apportant la preuve qu'il serait encore possible de sauver des vies. Un quatorzième et dernier mineur est sauvé le 4 avril. La multiplication des débrayages met en péril l'approvisionnement du pays en charbon, combustible principal de l'époque.

Le tout nouveau ministre de l'Intérieur Georges Clemenceau, dont l'énergie est à la mesure de ses convictions républicaines et sociales, se rend à Lens et, courageusement, tente de raisonner les mineurs. Faute d'y arriver, il fait donner sans ménagement la cavalerie et l'armée. Jusqu'à 20 000 hommes. Les affrontements font une victime en la personne d'un officier tué d'un coup de pierre.

Jean-Paul Victor
Rescapés 

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ça s'est passé un... 8 mars

La Journée Internationale des femmes


Le 8 mars est devenu la Journée internationale des femmes suite à une décision du congrès des femmes socialistes, à Copenhague, en 1910 (en France, la journée est dite : Journée internationale des droits des femmes).

À l'initiative de la présidente de l'Internationale socialiste des femmes Clara Zetkin et de la militante russe Alexandra Kollontaï, les congressistes décidèrent de consacrer cette journée « à la propagande en faveur du vote des femmes ». Les Françaises allaient devoir attendre la Libération pour l'accomplissement de ce voeu.

En ce début du XXIe siècle, l'égalité politique des droits semble acquise dans la plupart des pays (à l'exception notable des pays islamistes comme l'Arabie séoudite et les émirats arabes) et les États dirigés par une femme ne font plus exception.

Notons que c'est de la célébration de la Journée internationale des femmes qu'est sortie la Révolution russe de Février 1917...

Clara Zetkin (1857 - 1933)

Féministe et socialiste avant l'heure

Intellectuelle allemande unie à un révolutionnaire russe, Clara Zetkin est l'une des principales figures féminines de la mouvance révolutionnaire, au tournant du XXe siècle.

Née Eissner au foyer d'un instituteur de Saxe, elle suit sa famille à Leipzig où elle effectue des études approfondies qui lui valent de devenir professeur en langues étrangères. Pendant ses études, elle se met en ménage avec un révolutionnaire russe en exil, Ossip Zetkin, dont elle aura deux enfants et dont elle prend le nom (le couple n'est pas marié).

Amie de Rosa Luxemburg, elle milite avec elle à l'extrême-gauche du parti socialiste allemand, le SAP (futur SPD). Mais elle s'implique aussi dans le mouvement féministe qui commence à peine à poindre en ce XIXe siècle très masculin. C'est ainsi qu'en 1892, elle fonde le journal socialiste féministe Gleichheit (« L'Égalité »).  

En 1907, Clara Zetkin fonde à Stuttgart l'Internationale socialiste des femmes dont elle devient la présidente. Au congrès suivant, à Copenhague, en 1910, elle propose au nom de l'Internationale d'organiser chaque année une Journée internationale des femmes. Celle-ci se tiendra tous les 8 mars et c'est à la faveur de cette journée qu'a éclaté à Petrograd, en 1917, la Révolution de Février, à l'origine de la chute du tsarisme.

Quand éclate la Grande Guerre, en 1914, Clara Zetkin milite en vain contre un conflit « fratricide ». Elle organise à Berne (Suisse), du 16 au 28 mars 1915, une conférence internationale des femmes contre la guerre, avec environ 70 femmes de presque tous les pays belligérants.

Elle fonde aussi avec Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht le groupe révolutionnaire allemand Spartakus, d'où sera issu le 30 décembre 1918 le Parti communiste allemand (KPD).

Clara Zetkin et Rosa Luxemburg au congrès du SPD en 1910Proche de Lénine et de sa femme Nadejda Kroupskaïa, Clara Zetkin se range sous la bannière de la IIIe Internationale communiste, le Komintern. Sous la République de Weimar, les Allemandes ayant obtenu le droit de voter et de se faire élire, Clara Zetkin devient députée communiste au Reichstag.

C'est à ce double titre qu'elle interview

au Congrès de Tours pour convaincre les socialistes français de se ranger derrière Lénine. Son arrivée clandestine, en cachette de la police française, le soir du 28 décembre 1920, fait sensation sur les congressistes et va contribuer à faire basculer, le lendemain, la majorité d'entre eux du côté de Lénine et du Komintern.

Par la suite, Clara Zetkin va partager son temps entre Berlin et Moscou. En décembre 1932, présidant le Reichstag en qualité de doyenne, elle appelle les députés à résister au nazisme mais son appel sera vain, comme on s'en doute. À l'arrivée de Hitler au pouvoir, elle va devoir fuir à Moscou pour y mourir.

Fabienne Manièr

Femmes de pouvoir

D'Hatshepsout à Angela Merkel

L'Histoire recense nombre de femmes qui ont dirigé avec brio de grands peuples, du pharaon Hatshepsout aux impératrices Wu Zetian et Cixi en passant par la reine Elizabeth Ière, mais leur autorité était le fruit d'un héritage dynastique.

Il a fallu attendre le XXe siècle pour que la moitié féminine de l'humanité prenne sa part du pouvoir et accède par la voie démocratique à la tête des États (en Occident principalement). C'est en bonne partie le fruit des campagnes engagées en 1910 avec l'établissement de la Journée internationale des femmes. 

Une émancipation très progressive
Si dès la fin du XVIIIe siècle, des voix féminines, comme celle d'Olympe de Gouges, se sont élevées pour demander l'égalité des droits entre hommes et femmes, c'est au cours des premières années du XXe siècle que des femmes occidentales se mobilisent pour obtenir le droit de vote.

Carrie Chapman Catt, vers 1913,  fondatrice de l'Alliance internationale des femmes, Washington, bibliothèque du Congrès. L'agrandissement est une photographie de Carrie Chapman Catt prise dans les années 1920, États-Unis, Cincinnati Museum Center.

En 1904 est fondée l'Alliance internationale pour le suffrage des femmes, présidée par une militante américaine. En Europe, les « suffragettes » anglaises figurent parmi les féministes les plus virulentes et organisent des manifestations de masse pour faire pression sur le gouvernement.

Les femmes des jeunes Nations des antipodes sont les premières à voir leurs droits de citoyennes reconnus. Dès 1893 et 1902, les Néo-Zélandaises et les Australiennes obtiennent le droit de vote. Entre 1907 et 1920, c'est au tour des Scandinaves, des Britanniques, des Allemandes, des Soviétiques, des Polonaises, des Canadiennes, des Hollandaises et des Américaines.

Alliance internationale pour le suffrage des femmes, Londres 1909, bibliothèque nationale de Norvège. Debout, de gauche à droite : Thora Dangaard (Danemark), Mme Louise Qvam (Norvège), Mme Aletta Jacobs (Pays-Bas), Annie Furuhjelm (Finlande),  Mme Mirowitch (Russie), M. Schirmacher (Allemagne), Madame Honneger (Suisse). Assises, de gauche à droite :  Anna Bugge Wicksell (Suède), révérende Ann Shaw (États-Unis), Mme Millicent Fawcett (Angleterre), Mme Chapmann Catt (États-Unis), Fru FM Qvam (Norvège),  Dr. Anita Augsburg (République tchèque)  

Toutefois, certaines n'obtiennent qu'une égalité toute relative avec les hommes. Ainsi, en 1918, la Grande-Bretagne accorde le droit de vote aux femmes de plus de 30 ans. Il faudra encore attendre deux décennies pour parvenir à une vraie égalité avec les hommes.

Tout aussi discriminants, certains pays accordent d'abord le droit de vote aux seules femmes célibataires ou aux seules diplômées de l'enseignement supérieur alors qu'ils n'exigent des hommes que de savoir lire et écrire (c'est le cas du Portugal en 1931).

En retard sur toutes leurs voisines européennes, les Françaises se trouvent dans les années 1930 dans une situation paradoxale. Elles ne sont ni électrices ni éligibles mais peuvent être ministres ! Trois femmes sont sous-secrétaires d'État sous le Front populaire, en 1936 : Cécile Brunschvicg, sous-secrétaire d'État à l'Éducation nationale, Irène Joliot-Curie, sous-secrétaire d'État à la Recherche scientifique, Suzanne Lacore, sous-secrétaire d'État à la protection de l'enfance. La mansuétude masculine ne va pas jusqu'à leur permettre de s'exprimer dans l'hémicycle du Palais-Bourbon, devant les députés...

Cette aberration est corrigée par le gouvernement provisoire du général de Gaulle à la Libération : les Françaises votent pour la première fois le 29 avril 1945.

Quotas or not quotas ?


Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la plupart des femmes des pays démocratiques disposent du droit de vote. La parité du personnel politique n'est pas acquise pour autant.

- Le paradoxe asiatique :
Dans plusieurs grands pays asiatiques, des femmes ont accédé aux plus hautes responsabilités alors que le champ politique reste dominé par une logique profondément patriarcale.

Sirimavo Bandaranaike, Sri Lanka, 1960, première femme Premier ministre du monde, Londres, National Portrait Gallery. Rien d'étonnant à cela : toutes ces femmes doivent leur bonne fortune à une filiation prestigieuse. Pour accéder au pouvoir en Asie, une femme se doit d'être «  fille de » ou « épouse de »...

Le Sri Lanka est devenu ainsi le premier pays du monde à avoir une femme Premier ministre, en la personne de Sirimavo Bandaranaike, en 1960. Il est vrai qu'elle tirait sa légitimité de son statut d'héritière de son mari, Premier ministre srilankais assassiné en 1959.

En Inde, Indira Gandhi s'est imposée en 1966 comme l'héritière politique de son père Nehru. Sonia, sa belle-fille d'origine italienne, tenta à son tour mais avec moins de succès de reprendre l'héritage de son mari Rajiv Gandhi, assassiné le 21 mai 1991.

En Indonésie, une femme, Megawati Sukarnoputri, a été élue à la présidence de la République en 2001 et occupa la fonction pendant trois ans. Elle n'était autre que la fille du premier président indonésien Ahmed Sukarno, le « père de l'indépendance », renversé en 1965 et mort en 1970.

Le 23 juillet 2001, le président de l'Assemblée consultative du peuple a communiqué les résultats de la session extraordinaire de l'Assemblée au président nouvellement nommé, Megawati, Agence Nationale d'Information République d'Indonésie, DR.

En Corée du sud, même scénario avec Park Geun-hye, présidente de 2013 à 2017, fille du dictateur Park Chung-hee, à qui les Coréens doivent leur actuelle prospérité.

Au Pakistan, c'est aussi la légitimité dynastique qui amena Benazir Bhutto à la tête du gouvernement pendant trois ans (1993-1996). Elle était la fille de l'ancien président Zulfikar Ali Bhutto, pendu en 1979. Elle-même fut assassinée en 2007.

Aux Philippines, Corazon Aquino, épouse d'un sénateur de l'opposition assassiné par le dictateur Ferdinand Marcos, devint présidente à la chute de celui-ci, en 1986. 

Certains pays, comme l'Inde, font toutefois preuve d'un grand volontarisme pour permettre à des femmes du peuple d'accéder à des responsabilités politiques. En 1992, la plus grande démocratie du monde a adopté un amendement à la Constitution qui réserve 30% des sièges aux femmes dans les conseils municipaux et les assemblées régionales.

Il va entraîner en quelques années l'entrée de centaines de milliers de femmes dans l'arène politique. En 2010 a été adoptée une loi similaire pour la Lok Sabha, le Parlement de New-Delhi.

Corazon Aquino, première femme présidente des Philippines en 1986. L'agrandissement est une photographie du Time Magazine qui a choisi Corazon Aquino comme personnalité de l’année 1986.

- En Europe, la France encore à la traîne :
En Grande-Bretagne, c'est par la seule force de son caractère et de ses convictions, que la très plébéienne Margaret Thatcher accéda à la tête du gouvernement en 1979. Elle a tenu les rênes pendant onze ans et réformé en profondeur son pays. En 2016, suite au référendum sur le Brexit, c'est une autre femme de caractère, Theresa May, qui est entrée au 10 Downing Street. Elle doit entre autres composer avec le gouvernement écossais, lui-même dirigé depuis 2014 par une femme, Nicola Sturgeon... Pour les Britanniques, toujours en avance d'un coup en matière de démocratie, le sexe n'est plus un déterminant du pouvoir !

Golda Meir et John F. Kennedy, Palm Beach (Floride), 28 décembre 1962. ©Roger-Viollet, DR. L'agrandissement est une photographie du gouverneur de Californie, Ronald Reagan, présentant Madame le Premier ministre Meir lors d'un banquet donné par la communauté juive à l'hôtel Beverly Hilton à Los Angeles. 1er octobre 1969, États-Unis, Université du Wisconsin.

En Israël, démocratie voisine de l'Europe, c'est aussi une femme de caractère, Golda Meir, qui a accédé à la tête du gouvernement en 1969. Golda Meir a dirigé le pays d'une poigne de fer pendant quatre ans, y compris pendant la très âpre guerre du Kippour. Golda Meir, Indira Gandhi et Margaret Thatcher, qui ont les unes et les autres dirigé leur pays en guerre, sont la preuve que le pouvoir au féminin n'a rien d'une promenade sentimentale et peut se montrer tout aussi rude que le pouvoir mâle.

En Europe continentale, les pays scandinaves demeurent les meilleurs élèves en matière de parité. La conjonction de lois contraignantes et d'élections à la proportionnelle leur ont permis d'atteindre des taux d'environ 40% de femmes dans les parlements nationaux.

La chancelière allemande Angela Merkel (à droite) et l'ancien Premier ministre islandais Jóhanna Sigurðardóttir à Berlin le 11 juillet 2011. L'agrandissement montre Katrín Jakobsdóttir et Angela Merkel lors d'une conférence de presse à Berlin, 20 mars 2018.

L'Islande a porté à la tête de son gouvernement une première femme en 2009, Jóhanna Sigurðardóttir, et une autre, Katrín Jakobsdóttir, en 2017. En Finlande, notons-le, deux femmes ont occupé l'exécutif en 2011 : Tarja Halonen, présidente, et Mari Kiviniemi, Premier ministre. L'Allemagne a porté Angela Merkel à la chancellerie en décembre 2005. « Mutti » bat depuis lors tous les records de popularité et d'endurance à ce poste.

La Lituanie s'est donnée en 2009 une présidente en la personne de Dalia Grybauskaitė. Malte a aussi une présidente depuis 2014 : Marie-Louise Coleiro Preca, et la Croatie depuis 2015 : Kolinda Grabar-Kitarović. Des millions de téléspectateurs ont apprécié son stoïcisme sous la pluie, à Moscou en juillet 2018, lors de la remise de la Coupe du monde de football...

En France, le scrutin uninominal et le cumul des mandats, une redoutable machine à fabriquer des notables à vie, ont longtemps favorisé le conservatisme et l'hégémonie masculine. Malgré la loi de juin 2000 sur la parité, qui prévoit des sanctions financières pour les partis ne présentant pas un nombre égal d'hommes et de femmes lors des scrutins de liste, on comptait encore 27% de femmes à l'Assemblée nationale en 2012. Il a fallu la secousse électorale de 2017 et l'engagement du président Emmanuel Macron pour que la France retrouve une place honorable avec désormais 39% de femmes députées.

- Bien sûr, on trouve toujours pire ailleurs...
En Espagne, Franco avait aboli le droit de vote des femmes, qui n'a été rétabli qu'à la fin du régime franquiste, en 1975. Au Koweït, les femmes n'ont obtenu le droit de vote qu'en 2005. En Arabie séoudite, une femme ne dispose toujours pas du droit de travailler ou de voyager sans l'autorisation de son gardien légal, un membre masculin de la famille.

Tansu Çiller (à droite), seule femme à avoir exercé la fonction de Premier ministre en Turquie, a félicité le président Recep Tayyip Erdoğan pour le succès de son élection, le 24 juin 2018.

Mais d'autres pays musulmans ont néanmoins prouvé que la religion ne constituait pas un obstacle rédhibitoire à l'accès au pouvoir des femmes. En juin 1993, Tansu Ciller est devenue la première femme turque à diriger un gouvernement. Le Pakistan, le Bangladesh et l'Indonésie ont aussi franchi ce pas sans état d'âme.

La présence de femmes présidentes ou chefs de gouvernement sur tous les continents montre qu'aucune grande région du monde n'est imperméable à l'idée d'être dirigé par une femme. Cela va d'Ellen Johnson-Sirleaf au Libéria à Gloria Macapagal-Arroyo aux Philippines, Violeta Chamorro au Nicaragua, Michèle Bachelet au Chili, Cristina Kirchner en Argentine, Dilma Rousseff au Brésil.

En 2019, on note encore Sahle-Work Zewde, présidente de l'Éthiopie, Bidya Devi Bhandari présidente du Népal et Tsai Ing-wen présidente de la République de Chine (Taïwan). Les efforts de l'Union indienne méritent le respect, d'autant que la condition féminine dans ce pays est l'une des pires qui soient. À côté de cela, de grands pays comme la Russie, le Japon ou encore la Chine populaire demeurent fermés à la promotion politique des femmes.

Béatrice Roman-Amat et André Larané

ça s'est passé un...

8 mars

8 mars 1702 : Anne Stuart monte sur le trône d'Angleterre
Le 8 mars 1702, le roi anglais Guillaume III meurt inopinément d'une chute de cheval. Petit-fils par sa mère du roi Charles 1er, il est aussi le gendre de l'ancien roi Jacques II Stuart dont il a épousé la fille Marie. Faute d'héritier direct, le roi laisse la couronne à sa belle-soeur Anne.

Âgée de 37 ans à son avènement, Anne Stuart est la deuxième fille du roi Jacques II Stuart et d'Anne Hyde, sa première épouse. Mariée au prince Georges de Danemark, elle en a eu... 17 enfants, tous morts en bas âge !

À sa mort, le 12 août 1714, après un règne des plus honorables, elle lègue le trône à un lointain cousin allemand, l'Électeur de Hanovre, futur Georges 1er.

8 mars 1952 : Le miracle Pinay
Antoine Pinay, Paris Match, n° 162, 19 avril 1952.Le 8 mars 1952, comme l'inflation menace la croissance économique, le président Vincent Auriol appelle à la tête du gouvernement français un inconnu, Antoine Pinay, maire de Saint-Chamond (Loire).

En quelques mois, celui-ci rétablit la confiance des financiers et des consommateurs. Il fait notamment chuter les prix avec la complicité des grands magasins et lance un emprunt indexé sur l'or et défiscalisé, la rente 3,5%. Les souscriptions atteignent 428 milliards de francs !

Bien qu'ayant ainsi rétabli l'équilibre des finances publiques, le président du Conseil est mis en minorité par la défection des députés MRP sur un projet de réforme de la sécurité sociale et de l'impôt foncier. Antoine Pinay, qui n'a pas le goût des batailles politiques, jette l'éponge le 23 décembre 1952. Son passage, malgré sa brièveté, marquera de son empreinte la IVe République.

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ça s'est passé un... 28 février

ça s'est passé un

28 février

28 février 1638 : « National Covenant » en Écosse

Le 28 février 1638, les représentants de l'Écosse s'engagent par le « National Covenant » à résister au roi anglais Charles 1er qui veut leur imposer une Église de type anglican.

28 février 1835 : Publication du Kalevala

Le 28 février 1835, Elias Lönnrot, un médecin de campagne finlandais de 33 ans, publie un recueil de 32 chants inspirés des contes traditionnels de Carélie, sous le nom de Kalevala (le Pays des héros).

Fait rare dans l'histoire, les 32 chants du Kalevala sont devenus le fondement mythique de la culture finlandaise. Deux grands artistes finlandais, le peintre Akseli Gallen-Kallela (1865-1931) et le compositeur Jean Sibelius (1865-1957), y ont puisé une bonne part de leur inspiration.

Célébration nationale

Le 28 février est commémoré chaque année en Finlande à l'égal de la fête nationale (celle-ci commémore l'indépendance du pays, le 6 décembre 1917).

Akseli Gallen-Kallela (1865-1931), La Défense de Sampo (Turku Art Museum, 1896, DR)
 
28 février 1935 : Invention du nylon

Le 28 février 1935, dans les laboratoires de la firme Du Pont de Nemours (ou DuPont), le chimiste Wallace Carothers met au point une fibre textile de type polyamide (matière plastique). Elle sera commercialisée sous le nom de nylon. D'abord utilisé pour les brosses à dents, le nylon est appliqué en 1940 à la fabrication des bas de femme et remplace avantageusement les bas de soie. Toutes les femmes, même les plus modestes, peuvent désormais mettre en valeur leurs jambes.

Le succès du nylon est d'emblée immense mais l'industriel ne tarde pas à en déplorer un défaut rédhibitoire : il est « infilable » de sorte que les ventes de bas ne tardent pas à fléchir. Les chimistes de l'entreprise se remettent aussitôt au travail pour fragiliser le nylon et ainsi favoriser le marché de renouvellement.

C'est l'une des premières applications de l'obsolescence programmée, une démarche à l'opposé du civisme et de l'écologie qui vise à raccourcir la durée de vie des produits pour multiplier les achats. Dès 1924, cette démarche a été sciemment appliquée par un consortium de fabricants d'ampoules à filament pour en réduire la durée de vie de 2500 heures à 1000 heures !

28 février 1986 : Assassinat d'Olof Palme

Olof Palme (Stockholm, 30 janvier 1927 ; 28 février 1986)Le 28 février 1986, le Premier ministre suédois Olof Palme (59 ans) est abattu à bout portant par un inconnu alors qu'il sort paisiblement d'un cinéma de Stockholm, au bras de son épouse Lisbet. Son assassin ne sera jamais identifié.

L'émotion est immense en Suède et dans le monde démocratique car Olof Palme, leader respecté du parti social-démocrate, bel homme au demeurant, était devenu le symbole d'une société suédoise aussi prospère qu'égalitaire.

Tout juste lui reprochait-on, comme à ses concitoyens, de s'ériger trop souvent en « donneur de leçons », à l'abri dans son royaume des neiges, avec des prises de position progressistes sur tous les enjeux mondiaux : guerre du Vietnam, apartheid, colonialisme...

Il avait accédé pour la première fois au poste de Premier ministre le 14 octobre 1969 puis l'avait recouvré le 8 octobre 1982 après en avoir été chassé six ans plus tôt par une coalition « bourgeoise ».

28 février 2013 : Renonciation du pape Benoît XVI

Écrasé par l'ampleur des difficultés, les scandales qui agitent l'administration vaticane et le poids de l'âge, le pape Benoit XVI «renonce» à sa charge le 28 février 2013. Une première depuis Celestin V, le 13 décembre 1294...

Il est remplacé dès le 13 mars 2013 par l'archevêque de Buenos Aires, Jorge Mario Bergoglio (76 ans), issu de la Compagnie de Jésus. Il devient pape sous le nom de François. Il est tout à la fois le premier pape non européen, jésuite et ayant choisi ce prénom.

28 février 1921 : Les marins de Cronstadt contre Lénine

Le 28 février 1921, les marins de Cronstadt se soulèvent contre la dictature bolchevique. C'est l'acte de désespoir de révolutionnaires bolcheviques, déboussolés par l'évolution du régime de Lénine vers une dictature brutale.

La révolte est noyée dans le sang. Son échec marque la fin de la période révolutionnaire ouverte en Russie en 1917 par la Révolution démocratique de Février et la Révolution bolchevique d'Octobre…

Le 28 février 1921 débute la révolte des marins de Cronstadt. C'est l'acte de désespoir des plus passionnés des révolutionnaires bolcheviques, déboussolés par l'évolution du régime de Lénine vers une dictature brutale.

On peut dire que ce soulèvement et son échec marquent la fin de la période révolutionnaire ouverte en Russie en 1917 par la Révolution démocratique de Février et la Révolution bolchevique d'Octobre.

André Larané

Les marins de Cronstadt en 1917

Des révolutionnaires déboussolés

En cet hiver 1920-1921, la situation est tendue à Cronstadt. Les marins de la célèbre base navale russe, en face de Petrograd (Saint-Pétersbourg), ont témoigné plusieurs fois dans les dernières années de leur engagement en faveur de la révolution et du socialisme.

Soutenus par un solide esprit de corps, ces quelques milliers de marins ont été plusieurs fois requis par Lénine et le chef de l'Armée Rouge, Trotski, pour combattre les contre-révolutionnaires. Ainsi ont-ils été envoyés en première ligne à Kazan, au coeur de la Russie, pour reprendre la ville à la légion tchèque en 1918.

Mais la guerre civile s'achève le 16 novembre 1920, avec la reddition à Sébastopol de l'« Armée blanche » de Wrangel. La dictature de Lénine et du parti bolchevique perd sa principale justification et les marins de Cronstadt, trois ans après la Révolution d'Octobre, ne la supportent plus.

Les bolcheviques manipulent à leur guise les conseils d'ouvriers, de paysans et de soldats (en russe, conseil se dit soviet). Pour se maintenir envers et contre tout au pouvoir, ils multiplient les exécutions sommaires, réquisitionnent les récoltes et réduisent les paysans et les prolétaires des villes à la famine. Les menaces de grève enflent. A Petrograd, les ouvriers, prétendument héros de la Révolution, sont contraints de travailler sous la menace des fusils !

Aux trois millions de combattants tués au cours de la précédente guerre civile (plus deux millions morts des suites de maladies ou de blessures), il faut ajouter environ cinq millions de paysans et d'ouvriers victimes de la famine et des exécutions sommaires.

A Cronstadt, les marins sont d'autant plus révoltés que le commandant de la base, Fédor Raskolnikov, affiche le train de vie ostentatoire d'un nouveau riche et illustre l'ascension d'une nouvelle classe de privilégiés.

Une insurrection spontanée

L'équipage du cuirassé Petropavlosk réclame la réélection des Soviets, la liberté pour les socialistes de gauche (!), le droit pour les paysans et les artisans de travailler librement, à la seule condition de ne pas employer de salariés...

L'auteur de la résolution, un certain Petritchenko, appelle de ses voeux une troisième révolution après celles de Février et d'Octobre 1917. Il est rejoint par l'équipage du cuirassé Sébastopol, lui-même guidé par un mécanicien du nom de Perepelkine. Le lendemain, la résolution du Petropavlosk est adoptée à Cronstadt au cours d'un meeting qui réunit 12 000 personnes.

Les représentants des bolcheviques sont emprisonnés et un comité révolutionnaire provisoire présidé par Petritchenko prend le commandement de la ville. Cette « Commune » va durer seize jours.

A Moscou, Trotski, commissaire à la guerre, demande au futur maréchal Toukhatchevski de réduire la rébellion. Début mars, une première attaque par des soldats à pied se déplaçant sur la surface gelée du golfe de Courlande est repoussée avec succès par les marins. 80% des assaillants périssent sur la glace.

Une deuxième offensive a lieu quelques jours plus tard avec pas moins de 45 000 soldats soigneusement équipés de tenues d'hiver. L'offensive débute en pleine nuit et se poursuit le jour suivant. Les soldats de l'Armée rouge entrent dans la citadelle et progressent rue après rue. Après la reddition des marins, ils se vengeront de leurs frayeurs dans un bain de sang. Petritchenko et quelques 8 000 marins réussissent toutefois à s'enfuir jusqu'en Finlande, en parcourant une dizaine de kilomètres sur la glace.

Changement de cap

Lénine comprend que le massacre des marins ne suffira pas à rétablir l'autorité des bolcheviques. Il tire très vite les enseignements de la révolte. Le 21 mars 1921, tandis que sont massacrés les vaincus de Cronstadt, il annonce devant le Congrès de son parti la mise en œuvre d'une Nouvelle Politique économique NEP destinée à relancer l'initiative paysanne.

Dans le même temps, il liquide les derniers partis politiques à l'exception du sien et interdit toute forme de discussion au sein du parti communiste.

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27 février 1594 : Henri IV est sacré roi de France à Chartres, Reims étant tenue par la Ligue

27 février 1594 : Henri IV
est sacré roi de France à Chartres,
Reims étant tenue par la Ligue
(D’après « Histoire générale de France depuis les temps les
plus reculés jusqu’à nos jours » par Abel Hugo (Tome 5), paru en 1843)
Publié / Mis à jour le VENDREDI 26 FÉVRIER 2021, par LA RÉDACTION
Le roi avait résolu de se faire sacrer, mais la ville de Reims était au pouvoir de la Ligue. Son conseil décida que cette cérémonie aurait lieu dans l’église de Chartres, « pour la particulière dévotion que ses ancêtres, ducs de Vendômois, comme diocésains et principaux paroissiens, y avaient toujours portée »

La sainte ampoule était aussi au pouvoir des ligueurs. Pour y suppléer, on fit venir une sainte ampoule conservée dans l’abbaye de Marmoutier-près-Tours, et qui renfermait un saint chrême apporté du ciel par des anges pour guérir les blessures de saint Martin. Cette miraculeuse origine, attestée par Sulpice-Sévère, Fortunat, Paulin et Alcuin, est, dit l’historien de Thou, plus certaine que celle de la sainte ampoule de Reims, dont n’ont parlé ni saint Remi, ni Grégoire de Tours.

Le sacre de Henri IV eut lieu avec une grande pompe le 27 février 1594. « Les évêques de Nantes, de Digne, de Maillezais, d’Orléans et d’Angers, y figuraient comme pairs ecclésiastiques, subrogés, dit Palma Cayet, aux évêques de Laon, de Langres, de Béarn ais, de Chalons et de Noyon, les uns desquels étaient absents, ou mal disposés, ou morts. Quant aux anciens pairs laïques, les ducs de Bourgogne, de Normandie et d’Aquitaine, les comtes de Toulouse, de Flandre et de Champagne, ils furent représentés par trois princes du sang (Conti, Soissons, Montpensier), et par trois ducs (Luxembourg-Piney, Retz et Ventadour). Le maréchal de Matignon remplit les fonctions de connétable. Le chancelier (de Chiverny), le grand maître (comte de Saint-Pol), le grand chambellan (duc de Longueville), et le grand écuyer (duc de Bellegarde), étaient présents. »

Le sacre d’Henri IV à Chartres le 27 février 1594 par l’évêque de Nicolas de Thou

L’église avait été disposée magnifiquement ; les princes et les seigneurs qui assistèrent à la cérémonie y déployèrent un grand luxe. Ce luxe, attesté par Palma Cayet, semble contredire l’anecdote suivante, rapportée par L’Estoile, à la date du 6 février 1594, vingt-et-un jours avant le sacre :

« En ce même temps, on ramena au roi ses grands chevaux, parce qu’il n’y avait pas de quoi les nourrir. Le roi, s’adressant à M. d’O, lui demanda d’où cela venait : Sire, dit-il, il n’y a point d’argent. — Ma condition, répondit le roi, est bien misérable ! On me fera tantôt aller tout nu et à pied. Puis, se tournant vers un sien valet de chambre, il lui demanda combien il avait de chemises. Une douzaine, Sire, dit-il ; encore y en a-t-il de déchirées. — Et de mouchoirs, dit le roi, est-ce pas huit que j’ai ?  Il n’y en a pour cette heure que cinq, dit-il. Alors M. d’O dit qu’il avait commandé pour 6000 écus de toile en Flandre pour lui en faire. Cela va bien, dit le roi ; on me veut faire ressembler aux écoliers qui ont leurs robes fourrées en leur pays, et cependant meurent de froid. »

Il est certain que ces anecdotes sur la misère du roi avaient cours parmi les royalistes de Paris ; mais n’étaient-elles pas répandues à dessein ? Henri IV, à cette époque (de 1593 à 1596) conquit plus de places avec son or qu’avec ses armes ; il trouva dans les coffres de son royaume de Navarre ou dans la bourse de ses amis près de 7 000 000 d’écus pour distribuer aux ligueurs qui consentirent à lui remettre les places fortes qu’ils étaient chargés de défendre.

Le roi fut sacré par Nicolas de Thou, évêque de Chartres, qui le lendemain lui remit, dans la forme accoutumée, le collier de l’ordre du Saint-Esprit.

 

 

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