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marie et papa

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Message du jour de notre très Saint Père

 

Lorsqu'il était jeune soldat, Saint Ignace de Loyola, que nous commémorons aujourd'hui, pensait à sa propre gloire, puis il a été attiré par la gloire de Dieu, qui a donné sens à sa vie.

1:30 PM · 31 juil. 2019

Victor Pogrebnii, alors officier de l'armée soviétique. 

De l'armée soviétique au sacerdoce: l'histoire d'une
foi dans l'ombre du régime
«Enfant, je pensais que le sacerdoce serait l'objectif de ma
vie». C'est ainsi que commence l'entretien avec Victor
Pogrebnii, soixante-treize ans, prêtre depuis sept ans, mais
avec un passé de militaire en Union Soviétique. Marié, père,
grand-père, et veuf, il a finalement été ordonné prêtre à Kiev (Uk

Cesare Lodeserto - Chişinău

L'histoire du père Victor débute dans le village de Slobozia-Rascov,
au cœur de l'actuel territoire séparatiste de Transnistrie, toujours
disputé avec la République de Moldavie, qui, après l'effondrement
de l'URSS, revendique toujours sa juridiction. Ce petit village a
donné naissance à de nombreux prêtres ainsi qu'à un évêque,
grâce à une communauté catholique très active, dont fait partie
le jeune Victor Pogrebnii. Une communauté qui n'a jamais eu peur
de témoigner de sa foi, jusqu'à construire une église sans aucune
autorisation, au cours années 1970, autrement dit, en pleine période
communiste.

Le choix militaire, sans perdre la foi

Le désir de Victor de devenir prêtre a été brisé le jour où il a été
appelé à servir dans la marine soviétique. Il dut alors quitter son
village de Slobozia-Rascov. Ce fut un éloignement définitif, car
après avoir accompli son service militaire et avoir été reconnu pour
ses qualités, il entama sa carrière de soldat. Il fit l'école militaire de
Kaliningrad, qui n'est certainement pas le séminaire de ses projets
initiaux, et monte en grade dans l'armée pour devenir officier. Loin
de son village natal et encore plus loin de son désir de devenir
prêtre, sa vie prend un tournant radical. Cependant, il ne s'est
jamais éloigné de Dieu : «Je n'ai pas perdu la foi et j'ai conservé
tout ce que mes parents m'ont enseigné, mais maintenant j'avais
commencé une carrière militaire, j'étais estimé et on m'a aussi
confié des responsabilités. Ma vie avait changé et j'avais rencontré
une jeune fille qui, en 1970, est devenue mon épouse. En fait,
je suis bien arrivé jusqu'à l'autel, mais pour être un bon époux»
.

Les premiers pas de Victor dans la marine soviétique
Se cacher pour prier

Le Père Victor raconte sa foi difficile à concilier avec un régime
communiste toujours suspicieux et une structure militaire rigoureuse.
Il raconte : «J'ai vécu une mauvaise expérience lorsque je servais
dans une base militaire du Pôle Nord. Mes supérieurs ont trouvé mon
Évangile. Une fois, je me suis aussi fait prendre par la police en train d'aider
à la construction de l'église de Slobozia-Rascov. J'ai été dénoncé et interrogé
par mes supérieurs. Quand je le pouvais, je fréquentais une église catholique,
juste en face des bureaux du KGB. Pour y entrer, je devais faire attention de
ne pas être vu. J'étais un catholique clandestin, caché et apeuré. J'ai
également essayé de comprendre s'il y avait d'autres catholiques parmi mes
compagnons, mais il m'était impossible de m'exposer»
.

Une famille heureuse

«Ma vie était désormais tracée - continue le Père Victor - et j'aimais
ma femme. En fait de notre lien sont nés deux enfants, puis ils se
sont mariés et je suis devenu grand-père. Ils nous ont donnés trois
petits enfants. Mais j'ai aussi eu la joie de suivre le chemin de mon
frère, qui est devenu prêtre
».

Victor, avec son épouse et son fils aîné.
Enfin libre de croire
Après l'effondrement du régime communiste, la vie de Victor a
connu un tournant et surtout, il a retrouvé la sérénité de la foi,
la possibilité d'éduquer sans crainte ses enfants à la vie chrétienne.
Sa vie a été celle d'un soldat, puis, au fil des ans, celle d'un retraité,
avant de vivre dans le calme avec sa famille se dévouant à
l'éducation des enfants et petits-enfants. Malheureusement,
en 2008, sa femme décède. Il se retrouve seul. C'est là que son
désir de devenir prêtre refait surface. Il n'a en réalité jamais
abandonné sa vocation initiale. L'évêque de Kiev l'a accueilli au
séminaire la même année et, quatre ans plus tard, en 2012,
précisément le 7 janvier, il s'est présenté une nouvelle fois devant
l'autel du Seigneur. Mais cette fois pour recevoir l'onction
sacerdotale, entouré des membres de sa famille et son jeune frère,
prêtre depuis plusieurs années déjà.

 

Le père Victor (au centre), concélébrant dans la cathédrale de Chişinău

«Je ne peux pas expliquer l'émotion de ce moment - explique le Père
Victor - et surtout cette immersion dans la foi de mon passé, lorsque
j'étais jeune dans la communauté de Slobozia-Rascov. Mais en
même temps, je pensais à ma femme et au fait qu'elle était
certainement heureuse, là-haut au ciel, de mon nouveau choix.
Avant de commencer ma formation au séminaire, j'ai souhaité en
parler avec mes enfants pour comprendre ce qu’ils en pensaient.
J'ai trouvé en eux une merveilleuse compréhension, de nature à
renforcer plus encore ma décision. Celle-ci n'efface pas du tout
mon passé de mari et de père. C’est ce passé qui a rendu possible
une vocation qui a dû attendre son heure et passer par l'épreuve
difficile du régime communiste»
.

Après son ordination sacerdotale, l'évêque de Kiev a nommé le père
Victor dans plusieurs paroisses. Il est en quelque sorte redevenu
père, mais avec une famille plus nombreuse et avec des 
responsabilités qui l'ont vu jour après jour se consacrer aux
communautés qui lui étaient confiées, avec la jeunesse intérieure
d'un prêtre heureux.

Persécuté par un passé qui l'éloigne de l'Ukraine

Des temps nouveaux et difficiles l'attendent encore. Son passé de
soldat soviétique et de citoyen russe ne lui permet pas de rester en
Ukraine au moment où les relations entre Kiev et Moscou se
dégradent jusqu'au conflit qui les divise toujours. Le père Victor doit
rassembler ses affaires, quitter le diocèse de Kiev et se réfugier en
Crimée, redevenue depuis peu territoire russe. L'évêque d'Odessa,
dont dépendait la Crimée, l'envoie dans une paroisse de Simferopol,
et le père Victor s’en va servir une nouvelle communauté.

Le père Victor Pogrebnii (3e en partant de la gauche) en compagnie d’autres prêtres.
Le désir de revenir au village

Début 2019, à l'âge de soixante-treize ans, mais avec un esprit
toujours aussi jeune, sa pensée l'oriente vers sa terre natale, le petit
village de Slobozia-Rascov. Arrivé à un certain âge, il sent le besoin
du retour au sources. Il a contacté l'évêque de Chisinau, Mgr Anton
Cosa, et lui a demandé d'évaluer la possibilité d’un retour dans le
village d'origine de sa famille.

«J'ai été ému par l'histoire de ce prêtre - témoigne Mgr Anton Cosa -
 et par son désir de revenir dans son village de Slobozia-Rascov, pour
retrouver sa communauté d'origine. Je l'ai invité à venir passer
quelques jours à la maison diocésaine pour que nous nous
rencontrions, pour que nous puissions échanger, et pour le faire
connaître au clergé de mon diocèse. J'ai découvert un homme
certainement éprouvé par sa longue et douloureuse histoire,
mais heureux de se donner totalement et de témoigner de son
expérience de prêtre. Je l'ai vu arriver avec peu de choses, avec
l'esprit essentiel du militaire, mais avec un grand cœur grand et
attentionné, celui du prêtre et du père»
.

Une amitié avec l'évêque de Chişinău

Lors de son premier séjour à Chişinău, en Moldavie, le Père Victor a
voulu se rendre à Slobozia-Rascov pour remettre un peu d'ordre sur
le lieu où ses parents sont enterrés, comme pour faire revivre une
partie de son passé et repartir de la communauté où avait mûri son
désir d'être prêtre, mais d'où, en réalité, il avait commencé un
pèlerinage qui au fil du temps, l’a amené à faire différentes
expériences, avant de le renvoyer au sources de sa foi et de sa
vocation.

Faisant défiler entre ses mains des photos qui le montrent en soldat
et d'autres qui le montrent en train de célébrer l'Eucharistie, le Père
Victor admet aujourd'hui avec émotion que sur le chemin de la foi il
faut se laisser surprendre par le bon Dieu : «Je pensais à tout, sauf
de pouvoir devenir prêtre. Mais ce qui est vrai, c’est que Dieu écoute
la prière du pauvre. Ma prière !»

«Je vais maintenant retrouver l'évêque d'Odessa, auquel je vais
présenter mon humble souhait de revenir dans le village de ma famille
, et si Dieu le veut, je rassemblerai mes quelques affaires
- continue
le prêtre - puis que je rentrerai chez moi, à Slobozia-Rascov, et
comme le vieux Siméon je pourrai dire : ‘Tu peux laisser ton
serviteur s'en aller en paix’. Ici, je sais que je suis attendu par
Mgr Anton Cosa, à qui j'ai confié mon histoire.. Avec la sagesse du
bon pasteur, il pourra confier à ce prêtre, malgré son âge, un espace
pour continuer à être un bon père»
.

31 juillet 2019, 12:16
 
 

 

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