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religieux

Ces papas diacres qui ont fait naître des vocations de prêtres chez leurs fils

Ces papas diacres qui ont fait naître des vocations de prêtres chez leurs fils

Les choix de vie des parents marquent toujours leurs enfants. Parfois même, ils jouent un rôle clé dans leur vocation. Aux États-Unis, deux diacres, Michael MacGee et Darrell Nepil, ont ainsi inspiré leurs fils respectifs, Matthew et John, tous les deux prêtres aujourd'hui.
Des frères et soeurs unis par leur vocation religieuse, voire même des jumeaux qui embrassent le sacerdoce le même jour, ce sont des histoires édifiantes que Aleteia vous rapporte volontiers. Plus singulier encore sont ces familles où le père et le fils sont tous deux appelés à servir l’Église en tant que diacre et prêtre. C’est le Denver Catholic qui partage l’histoire de Michael MacGee et Darrell Nepil, deux diacres du Colorado (États-Unis) et de leurs fils respectifs, Matthew et John.

Déjà époux et père de famille, le premier, Michael MacGee s’était posé la question d’un engagement supplémentaire au service de sa paroisse : « J’étais bénévole pour plusieurs activités paroissiales mais je sentais que Dieu m’appelait à faire davantage. Et à mes yeux, devenir diacre, c’était une activité de service comme une autre. » Il ne sait pas encore ce qu’implique spécifiquement ce ministère de service et ne devine pas l’intensité des années de préparation et de discernement qui l’attendent. Sur le chemin, les doutes ne manquent pas. Le paroissien demande alors au Seigneur de le guider dans son cheminement. Sa prière est exaucée… de manière inattendue.

En effet, le parcours de son fils, Matthew MacGee, va lui donner un surcroît de confiance. Il le voit persévérer dans sa foi et désireux d’approfondir sa relation personnelle avec le Christ. Jusqu’à se mettre à son écoute pour discerner s’il est appelé à Le suivre dans une vocation sacerdotale. « Voir mon fils, un jeune homme dans sa vingtaine, ouvert à la volonté de Dieu et prêt à considérer de consacrer toute ton existence m’a donné courage. Du courage pour poursuivre mon cheminement, pour aller jusqu’au bout », explique Michael MacGee au Denver Catholic. Ce qu’il ne sait pas c’est que son propre discernement a joué un rôle dans la vie de foi de son fils. « Le voir persévérer avec courage dans le discernement de la volonté de Dieu pour sa vie m’a rempli de courage pour faire la même chose », se souvient Matthew.

En mai 2009, Michael MacGee reçoit le sacrement de l’ordre et devient diacre. Cette même année, son fils Matthew, entame sa formation au séminaire. Leur relation s’en trouve renforcée. En remarquant l’œuvre de la Providence dans leur parcours, père et fils se soutiennent dans leur ministère. « Quand mon père m’a appelé ‘père’, c’était un moment tout particulier pour moi. Il m’a élevé et c’est mon père biologique mais il y a quelque chose de différent quand nous servons à l’autel. Il y a une inversion des rôles quand nous donnons la nourriture spirituel au peuple de Dieu.. » Aujourd’hui, père et fils servent dans différentes paroisses de l’archidiocèse de Denver.

Quand une vocation part d’une ruse
L’histoire de Darrell et John Nepil est bien différente. Dans ce duo père-fils, le papa, Darrell Nepil, était déjà diacre avant que son fils ne se découvre un appel à la prêtrise.
Élevé dans la foi de ses parents, John n’avait pourtant aucune envie de « contribuer d’aucune manière que ce soit » à la vie de l’Église. Pour lui faire ouvrir les yeux sur le don de Dieu, les parents optent pour une solution classique. Ils décident d’envoyer leur fils à un grand rassemblement de jeunes chrétiens. Mais pour s’assurer que John parte bien, les Nepil utilisent une méthode moins classique. « Sa mère et moi, on l’a quasiment soudoyé […] on savait qu’il ne voudrait pas y aller mais on avait eu de si bons retours qu’on s’était dit “quoi qu’il en coûte on va s’arranger pour que ça arrive”. Les parents Nepil proposent d’effacer la dette de 500 dollars de leur fils s’il part au rassemblement avec son frère.

Pendant un temps de retraite, il a vécu une conversion fulgurante

Au retour, c’est un nouveau John que ses parents découvrent. « Pendant un temps de retraite, il a vécu une conversion fulgurante », se rappelle le père, Darell Nepil. Le fils laisse alors une place au Christ dans sa vie. Et aujourd’hui, il est conscient de l’impact du témoignage de vie de son père. « J’ai pu m’appuyer sur la foi de mon père et son intégrité pendant mes années ados qui étaient difficiles. Il est un véritable exemple d’homme qui est resté fidèle à ses principes et, en approfondissant son amour pour le Christ, s’est donné à Lui dans un service plus total.

Lorsque Darrell fait une attaque en 2018, c’est John qui le visite. Il célèbre la messe pour lui, chaque jour, à l’hôpital. « C’est probablement le temps le plus privilégié et le plus intime que j’ai jamais partagé avec mon père, confie-t-il. C’était un cadeau extraordinaire qui a vraiment changé notre relation. » Pour le papa, ces moments ont également marquants : « Je sens que c’est une des grandes choses auxquelles je dois ma guérison. »

Pour le père John Nepil, leurs deux vocations ont fait grandir en chacun « le désir sincère de servir le Christ. »

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Le blasphème Un délit politique plus que religieux

Le blasphème

Un délit politique plus que religieux

Le blasphème (injures impliquant Dieu et ses saints) et le  sacrilège (profanation d'objets sacrés) n'ont jamais été formellement réprimés par l'Église catholique. C'est seulement à la fin du Moyen Âge et à partir du XVIe siècle, avec l'émergence des États nationaux, que les gouvernants ont vu l'intérêt d'instrumentaliser ces délits à des fins personnelles ou politiques.

Depuis la fatwa lancée en 1989 contre l’écrivain britannique Salman Rushdie, le blasphème est remis en cause en Occident par des extrémistes musulmans. Sa dénonciation a pris de l’ampleur avec la publication des caricatures de Mahomet au Danemark, l’attentat contre Charlie Hebdo à Paris en 2015 et l’« affaire Mila », du nom d’une adolescente lyonnaise persécutée pour avoir laissé échapper en 2019 quelques considérations malveillantes sur l’islam sur sa page facebook. Retour en fanfare de l'intolérance

 

André Larané, avec la contribution de Mariam Magarditchian

Un Dieu unique plus sacré que les divinités de l'Olympe
Le mot « blasphème » vient du grec blasphemia qui signifie : « parole qui blesse ». Dans les cités grecques de l’Antiquité, où aucun texte sacré ne fait office de dogme, le terme est synonyme de parjure ou de malédiction provenant d’une irrégularité observée durant un rite. Mais il peut désigner aussi bien une injure profane qu’une parole inconvenante adressée à une divinité.  Le blasphème n’est pas pour autant sanctionné. Dès le VIe siècle, le Panthéon est tourné en dérision dans les représentations artistiques, sur des vases et des fresques. Même le grand législateur Solon ne se prive pas de dire qu’Homère et Hésiode « racontent bien des mensonges ».

Il en va autrement toutefois dans le judaïsme, qui promeut la foi en un Dieu unique, en opposition à tous les polythéismes. Le blasphème est réprouvé par le second commandement du Deutéronome, cinquième livre de l'Ancien Testament : « Tu ne prononceras pas à tort le nom de YHWH ton Dieu, car YHWH ne laisse pas impuni celui qui prononce son nom à tort » (Dt 5 ; 11). La preuve est apportée par le Lévitique, deuxième livre de la Bible, à propos du fils d'une Israélite et d'un Égyptien qui aurait insulté le Nom du Seigneur :
« Alors le Seigneur adressa la parole à Moïse : "Fais sortir du camp celui qui a insulté ; que tous ceux qui l'ont entendu imposent leurs mains sa tête, et que toute la communauté le lapide. Et tu parleras ainsi aux fils d'Israël : Si un homme insulte son Dieu, il doit porter le poids de son péché ; ainsi celui qui blasphème le nom du Seigneur sera mis à mort : toute la communauté le lapidera ; émigré ou indigène, il sera mis à mort pour avoir blasphémé le Nom" » (Lv 24 ; 13-15).

Jésus devant le Grand Prêtre Caïphe (fresque de Giotto, 1306, église de l'Arena, Padoue)Mais c'est dans le Nouveau Testament que se lit le blasphème le plus mémorable de l'aventure humaine, quand Jésus est arrêté et comparaît devant le Sanhédrin, le grand conseil juif qui siège au Temple de Jérusalem, sous la présidence du Grand Prêtre Caïphe :
« Le Grand Prêtre lui dit : "Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es, toi, le Messie, le Fils de Dieu." Jésus lui répondit : "Tu le dis. Seulement, je vous le déclare, désormais vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel." Alors le Grand Prêtre déchira ses vêtements et dit : "Il a blasphémé. Qu'avons-nous encore besoin de témoins ! Vous venez d'entendre le blasphème. Quel est votre avis ?" Ils répondirent : "Il mérite la mort" » (Matthieu 66 ; 63-66)... Cette vindicte vient de ce qu'aux yeux des prêtres et des scribes, le Christ a semblé contesté la foi en un Dieu unique, fondement du judaïsme sans lequel il n'y aurait pas de peuple juif.

Le graffiti d'Alexamenos. En agrandissement : Un relevé du graffiti d'Alexamenos.Dans l'empire romain multireligieux des premiers siècles, les chrétiens doivent supporter sans broncher les insultes de leurs adversaires. La croix, associée au supplice infamant de la crucifixion, est alors utilisée pour déprécier la nouvelle religion comme le montre le graffiti d’Alexamenos ou « graffiti du blasphème » découvert en 1856 à Rome. Datant du IIIe siècle, il représente un certain Alexamenos, saluant un Christ en croix, à tête d’âne, accompagné de cette légende railleuse : « Alexamenos rendant un culte à son Dieu. » L’onôlatrie (l’adoration des ânes) était une moquerie courante des Romains à l’égard des chrétiens et des juifs. 

Du péché moral au crime juridique
Le délit de blasphème prend tout son sens avec l’apparition du christianisme et les notions de « parole divine » et de « vérité révélée ». Il trouve son fondement dans le Notre Père (« Que ton Nom soit sanctifié »). On rencontre les premières dispositions législatives contre le blasphème dès le VIe siècle, dans le code Justinien. Elles condamnent les blasphémateurs au « dernier supplice », c'est-à-dire la peine capitale. Mais cette prescription ne sera pour ainsi jamais appliquée avant la fin du Moyen Âge, mille ans plus tard. 

À l'instar de saint Augustin, la plupart des théologiens distinguent le « blasphème qualifié ou hérétique » du « blasphème simple » inspiré par une fureur passagère ou prononcé sous la contrainte. De fait, jusqu’au XVe siècle, les exemples de punition demeurent rares et limités (sauf dans le cas d'hérésie avérée). Preuve de cette relative indulgence : les pénitentiels médiévaux traitent peu du péché de blasphème. Le plus fameux, le Medicus de Burchard de Worms, peu après l'An Mil, recommande seulement 7 à 25 jours de jeûne au blasphémateur ! 

Le blasphème est toléré quand il vise la critique sociale et même encouragé lorsqu’il est adressé au Diable ! Dans les satires médiévales comme dans les peintures, sculptures et gargouilles qui décorent les églises, on n’hésite pas à brocarder la messe, les offices religieux, les clercs, les moines, voire les évêques. À tel point que de nombreux moralistes déplorent l’omniprésence du blasphème dans la vie quotidienne, un phénomène qui se retrouvera bien plus tard... au Québec.

Le « sacre » québécois
À la différence de leurs cousins français, les habitants de la Nouvelle-France ont cultivé outre-Atlantique l'habitude de jurer. C'est au point qu'aujourd'hui encore, les touristes québécois au Mexique sont surnommés los tabarnacos », déformation de  « Tabernacle ! ». Ces jurons, aussi appelés « sacres », visent en premier lieu Dieu (maudit Dieu !, nom de Dieu !, Sacré nom de Dieu !, baptême !, Vierge noire !, sacré Dieu noir !). Dans la seconde moitié du XIXe siècle se sont diffusés aussi les fameux jurons  concernant les objets liturgiques et le Christ (Christ !, hostie !, tabernacle !, Ciboire !, Calice !, Calvaire !) dont la fréquence, comme au Moyen Âge, atténue considérablement le caractère blasphématoire. Dans un tribunal, un témoin déclare ainsi à propos d’un prévenu : « Je ne l’ai pas entendu sacrer, excepté qu’il a dit :Pardieu, lâchez moi. »

Au XIIIe siècle, la chrétienté médiévale à son apogée se voit confrontée à une hérésie, le catharisme, et à différentes offensives païennes ou musulmanes, dans les régions baltes, au sud des Pyrénées et en Orient. Elle tend alors à se raidir. Saint Thomas d'Aquin éprouve le besoin d'analyser le blasphème dans sa Somme théologique. Sans en exagérer la gravité, il distingue le « blasphème de coeur », péché véniel, du « blasphème de bouche » qui vise à offenser Dieu. Et il introduit parmi les « péchés de langue » une distinction appelée à faire date entre l'injure, la diffamation, la médisance, la moquerie, la malédiction etc. Ces termes vont beaucoup plus tard être repris par les législateurs républicains dans le droit de la presse, ainsi que le note l'historien Jacques de Saint Victor.

Saint Louis fait arracher la langue à un blasphémateur. Enluminure française (v. 1335 - 1340), Grandes Chroniques de France.

En France, le premier roi à légiférer sur le blasphème est Louis IX (Saint Louis). D'une part parce qu'il veut renforcer l'autorité de l'État et donc mieux surveiller les moeurs de ses sujets, d'autre part parce qu'au moment où les États francs de Palestine succombent sous les assauts musulmans et où lui-même s'apprête à partir en croisade, il veut se concilier les faveurs du ciel en sanctionnant les blasphémateurs mais aussi les juifs. Sa grande ordonnance de 1254 sur la « réforme de l'administration et la police du royaume » exige ainsi « que soient brûlés aussi bien le Talmud que les autres livres où l'on trouve des blasphèmes ».

En 1263, de retour de Terre sainte, Louis IX menace les blasphémateurs récidivistes de mutilations (lèvres percées, langue tranchée). Le chroniqueur Guillaume de Nangis rapporte ainsi dans sa Vie de Saint Louis le châtiment d'un Parisien qui « jura vilainement contre le nom de Notre Seigneur et dit grand blasphème. Pour cela, le bon roi Louis, qui était très droiturier, le fit prendre et le fit marquer d'un fer rouge sur les lèvres, pour qu'il eût mémoire de son péché et que les autres hésitent à jurer vilainement de leur créateur ».

Le pape Clément IV tempère toutefois le zèle du saint roi et le convainc de s'en tenir à des peines modérées, comme d’expulser le coupable de la messe durant 7 dimanches : le blasphémateur doit demeurer debout à la porte de l’église, sans manteau, pieds nus et une courroie liée autour du cou ; durant la dernière semaine de pénitence, le jeûne au pain sec et à l’eau est prescrit. Si le blasphémateur refuse de se plier à cette pénitence, il encourt l’excommunication. Saint Louis obéit au pape. Les châtiments corporels seront progressivement restaurés par ses successeurs mais pour ainsi dire jamais appliqués.

L’absolutisme et la répression du blasphème
À partir du XVe siècle et de la Renaissance, en Europe, l’affirmation de la monarchie absolue (dico) et les dissensions religieuses vont transformer le blasphème et l'insulte envers Dieu et la religion en crime politique et  « crime de lèse-majesté ».

La modernité, qui naît de la crise de l’Église et de l’affirmation des États nationaux, fait du blasphème l’affaire du Prince et le signe de l’hérésie. Pour des raisons similaires, montée des peurs, crainte des déviances de tous ordres, renforcement de l'autorité de l'État, on en vient aussi à la même époque, en ces temps que l'on dit « modernes », à réprimer l’homosexualité et surtout la sorcellerie !

 

Pierre Coton, prêtre jésuite, confesseur d'Henri IV et Louis XIII (7 mars 1564, Néronde ; 19 mars 1626, Paris,)Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, la France connaît plusieurs dizaines de lois anti-blasphématoires, conséquence de la Réforme luthérienne mais aussi du développement d’une civilisation des mœurs - donc du langage ! On adoucit les jurons et « Par Dieu » devient un banal « Parbleu » ou « Pardi ». À l'instigation de son confesseur le père Coton, le roi Henri IV renonce à ses « Jarnidieu ! » pour d'innocents « Jarnicoton ! » (« Je renie Coton ! »).

La première ordonnance royale sur les blasphèmes est lancée par Louis XII en 1510, afin de rendre hommage à Dieu de ses conquêtes italiennes. Elle rétablit des mutilations (lèvres, langue) à partir de la sixième récidive. Parallèlement, les tribunaux ecclésiastiques se voient peu à peu retirer leur pouvoir de jugement. L’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) prévoit deux catégories de crimes : les blasphèmes simples, commis par ignorance ou erreur, restent du ressort de l’Église ; mais ceux qui s’accompagnent d’un scandale public, d'une hérésie ou d’une sédition, qualifiés de sont interprétés comme une offense faite au souverain et relèvent de l’État.

Le Blasphémateur lapidé, Gérard Hoet et Abraham de Blois, Figures de la Bible, P. de Hondt éditeur, La Haye, 1728. En agrandissement : Plaque sur la façade de l'église Santo Stefano de Venise, où « la législation contre le blasphème » interdit de jouer, vendre des marchandises et blasphémer à proximité de cette église, 1663
Voilà ce qu'écrit l'illustre Bossuet, évêque de Meaux et précepteur du Grand Dauphin, fils de Louis XIV : « Dieu établit les rois comme ses ministres et règne par eux sur les peuples. Les princes agissent comme ministre de Dieu et ses lieutenants sur la terre. C'est par eux qu' il exerce son empire. Le trône royal n'est pas le trône d'un homme, mais le trône de Dieu même. » (Politique tirée de l'écriture sainte, 1678-1709).

À mesure que s'affirme la monarchie de droit divin, le blasphème se confond avec la critique du roi et de ses ministres. C’est ainsi qu’un certain Pierre Ruault, charcutier venu au marché de Bourg-la-Reine acheter un cochon, s’est vu arrêté pour injure et blasphème « à l’encontre de Dieu et de Monsieur Colbert, ministre d’État. »

D'autres ont plus de chance. C'est le cas de Molière qui, après la représentation de Tartuffe et Don Juan, sévères critiques de l'hypocrisie des dévots, échappe à la vindicte de ceux-ci, grâce il est vrai à la protection du roi en personne... 

En Espagne, l’Inquisition conserve le droit de poursuivre le délit de blasphème et en fait un instrument de la lutte contre les hérétiques et notamment les Morisques et les « conversos », musulmans et juifs faussement convertis au catholicisme. 

Les pays protestants ne sont pas en reste dans la guerre contre le blasphème, d'autant qu'ils ont fort à faire pour lutter contre la multiplication de sectes dissidentes.

L’Angleterre partage avec les autres monarchies l’obsession du blasphème. La guerre civile qui met aux prises les puritains et le souverain catholique donne naissance à des textes d’une grande précision doctrinale. En 1646, un prédicateur presbytérien de Londres décrit une situation où « blasphèmes, hérésies, étranges pratiques s’accroissent plus en une semaine ou en un mois que pendant un an auparavant. »

Dès la reprise en main du pays par l’armée de Cromwell, deux longues ordonnances du Parlement, destinés à poursuivre blasphémateurs et hérétiques, sont votées. Elles prévoient des peines allant jusqu’au bannissement et à la peine de mort. La lutte contre les convictions baptistes ou catholiques, les Quakers, Ranters et autres membres de la Cinquième Monarchie, fait de ces textes un véritable Credo de l’Église établie.

Si ce lourd arsenal répressif est assoupli avec la restauration de la monarchie, un nouveau Blasphemy Act est adopté en 1698, cette fois à l’encontre d’une nouvelle figure emblématique du blasphème : le sceptique ou l’athée, à savoir le libertin.

Blasphème et machination  « papiste » (catholique)
En 1698, Susannah Fowles comparaît pour blasphème devant le tribunal de Old Bailey (Middlesex). Elle ne nie pas les témoignages à son encontre mais attribue ses comportements à une possession diabolique. Ainsi, par une inversion du malin, la jeune femme retourne le Pater Noster et déclare « fais-nous céder à la tentation ».

Très vite, des soupçons de simulation apparaissent. Ils se confirment lorsqu’un témoin fait mention de documents confiés à la jeune femme par un certain Jordan, catholique lui assurant une guérison prochaine par exorcisme. Le tribunal se convainc alors d’une machination destinée à démontrer l’incompétence de l’Église anglicane en la matière. Des menaces de coups conduisent l’accusée à avouer sa duperie. Pour sa défense, elle plaide la folie mais ne convainc pas la Cour qui la condamne à une amende. En outre, elle est exposée trois fois au pilori et mise sous tutelle morale durant douze mois.

De nombreux portraits du philosophe des Lumières Voltaire ont été affichés lors des manifestations d'hommage aux victimes des tueries de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher (ici place de la République à Paris).

Le blasphème sécularisé par les Lumières
Au siècle des Lumières, le doute s'installe. Dans une société encore profondément chrétienne mais en voie de sécularisation, le délit de blasphème apparaît comme un crime sans victime, autrement dit un crime « imaginaire ». Est-il pertinent de sanctionner un délit qui n'atteindrait que Dieu lui-même ? À cela, Montesquieu, philosophe et chrétien, répond de manière magistrale dans L'Esprit des Lois (1748) : « Le mal est venu de cette idée qu'il faut venger la divinité. Mais il faut faire honorer la divinité, et ne la venger jamais ».

Monument du Chevalier de La Barre - Paris 18e, Sacré-Cœur de Montmartre, vers 1906.  

En agrandissement : Le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre a été supplicié en 1766.Dans l’article « Blasphème » de l’Encyclopédie, il est simplement rappelé que l’on peut jurer « souvent même sans colère et sans malice » et que « les blasphèmes et jurements sont si ordinaires parmi certaines gens qu’on ne s’en aperçoit presque pas, et que quand même on s’en apercevrait, on ne s’avise guère de dénoncer les blasphémateurs à la justice. »

Malheureusement, les choses ne se passent pas aussi simplement. Le blasphème, toujours en théorie sanctionné par la peine de mort, devient une arme aux mains des plaideurs. Une dénonciation bien placée et hop, on se débarrasse de son adversaire !

C'est ce qui arrive par exemple en 1724, ainsi que le rapporte Jacques de Saint Victor : Claude l'Herbé, ivrogne et mari violent, est traîné au tribunal par ses voisins qui l'accusent de troubler le quartier. Comme le procès traîne en longueur, ils sortent le joker de leur manche : ledit l'Herbé serait un « blasphémateur exécrable ». La machine judiciaire s'emballe. L'Herbé lui-même commet l'erreur d'avouer que « quelques fois, dans le vin, il jure et renie Dieu ». Il aura la langue coupée et sera brûlé vif en place de Grève.

Mais l'affaire la plus mémorable de toutes est celle du chevalier de la Barre, un libertin de 19 ans accusé d'avoir avec ses amis, à Abbeville, lacéré un crucifix en bois, refusé de se découvrir devant la procession du Saint Sacrement et chanté des couplets licencieux.

Il est inculpé par un lieutenant criminel qui a un compte à régler avec sa famille et son procès survient au pire moment qui soit, quand les magistrats soupçonnés de sympathies jansénistes s'appliquent à faire des excès de zèle catholique et monarchiste et que le roi Louis XV, plus impopulaire que jamais, est aigri par la disparition de son fils et par le remords d'avoir fait écarteler Damiens, un illuminé qui avait tenté de le tuer. Le chevalier est donc condamné à mort et sa grâce est rejetée. Il est torturé et exécuté le 1er juillet 1766.

Après ce procès de trop qui révulse les esprits éclairés, personne ne sera mis à mort pour blasphème en France.

Dès qu'éclate la Révolution, les députés de la Constituante posent le principe de la liberté d'expression dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen : « Article X : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. »

Enfin, le Code pénal adopté le 25 septembre 1791 abolit expressément un certain nombre de délits tenus pour « imaginaires » dont les crimes d’hérésie, de lèse-majesté et de blasphème. C'est une première en Europe et dans le monde. Dans plusieurs autres monarchies d'Europe occidentale, le délit de blasphème va demeurer en vigueur, quoique non appliqué, jusqu'à la fin du XXe siècle.

Loi sur le sacrilège de 1825.Les événements parisiens suscitent dans le reste de l'Europe une réaction politique et, par exemple, la principauté réformée de Neuchâtel, en Suisse, voit augmenter ses instructions pour blasphème. En 1794, un horloger est arrêté dans le canton pour avoir prononcé « des propos scandaleux contre la religion et l’ordre social ; voulant ramasser toutes les bibles et les testaments pour en faire un feu de joie et danser la Carmagnole autour. » Deux ans plus tard, on condamne un groupe de jeunes garçons qui s’en prennent à un crucifix et lui adressent des « Adieu Citoyen ».

En France même, après la Révolution et la chute de l'Empire, l'Église, peu soucieuse d’obtenir des condamnations pénales, va s’en tenir à une réprobation morale du blasphème. 

Mais il va autrement des gouvernants qui rêvent d'un ordre moral assis sur l'alliance du Trône et de l'Autel, alliance qui au demeurant n'a jamais existé, la monarchie ayant toujours été rivale de l'Église depuis Philippe le Bel !

C'est ainsi que Charles X promulgue la loi du Sacrilège le 20 avril 1825 en vue de « re-christianiser la France » ! Elle condamne à mort toute personne qui aurait en public profané des hosties ou les vases les contenant ! C'est du jamais vu. La loi ne sera bien évidemment jamais appliquée et le successeur de Charles X l'abrogera sans attendre, le 11 octobre 1830.

De façon plus insidieuse, sous le règne de Louis XVIII, les ultra-royalistes réintroduisent le délit de blasphème dans une loi visant à simplement réprimer les délits de presse pour tout « outrage à la morale publique » en y ajoutant les mots « et religieuse » par un amendement voté au grand dam du garde des sceaux, le libéral comte de Serre.

La loi, adoptée le 17 mai 1819, ajoute ainsi à l'« outrage aux bonnes moeurs » du Code pénal napoléonien l'« outrage à la morale publique et religieuse ». Le comte Pierre Daru, que cite Jacques de Saint Victor, en voit tout de suite le danger : « On commencera par proscrire un livre licencieux et on finira par défendre [interdire] les Provinciales et par mutiler l'Esprit des lois »... C'est le même débat deux siècles après à propos de la cancel culture venue d'outre-Atlantique qui prétend traquer les relents racistes ou sexistes jusque dans les romans d'Agatha Christie.

Pierre Ernest Pinard (Autun, 10 octobre 1822 ; Bourg-en-Bresse, 12 septembre 1909)

Cette loi permettra un demi-siècle plus tard, sous le Second Empire, de traduire en jugement Flaubert et Baudelaire pour Madame Bovary et les Fleurs du Mal, ce qui fera au moins la célébrité du substitut du procureur Ernest Pinard, lequel déclare à propos de Madame Bovary : « L'incrimination porte sur deux délits [...]. L'offense à la morale publique est dans les tableaux lascifs [...]. L'offense à la morale religieuse dans les images voluptueuses mêlées aux choses sacrées ».

Bien en cour, Flaubert est néanmoins relaxé le 8 février 1857. Baudelaire, quelques mois plus tard, aura moins de chance. Il sera condamné à une amende de 300 francs le 20 août 1857. En marge de nombreux anonymes, un peu plus tard, c'est encore Proudhon qui est condamné cette fois à trois ans de prison le 2 juin 1858 pour « offense à la morale religieuse » dans son ouvrage De la justice dans la Révolution et dans l'Église. La loi ne sanctionne pas seulement des écrits mais aussi des paroles malheureuses pour lesquelles des quidams sont envoyés en prison.

L'avènement de la république conservatrice de M. Thiers, en 1870-1871, ne change pas la donne. Il faut attendre le triomphe définitif des républicains « opportunistes » (Gambetta, Ferry...) pour que la loi de 1819 soit abrogée et remplacée par la célèbre loi du 29 juillet 1881 qui établit une complète liberté d'expression. La loi est combattue en vain par l'évêque et député d'Angers Mgr Freppel qui s'inquiète de ce que les mots peuvent provoquer des actes à leur image : « Le fait est l'expression de l'idée ».

Vers une résurgence du délit de blasphème ?
La loi du 29 juillet 1881 rapproche le droit français du droit anglo-saxon et notamment du droit étasunien qui repose sur le Ier amendement de la Constitution : « Le Congrès n'adoptera aucune loi relative à l'établissement d'une religion, ou à l'interdiction de son libre exercice ; ou pour limiter la liberté d'expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d'adresser au Gouvernement des pétitions pour obtenir réparations des torts subis. ». Mais alors qu'aux États-Unis, la réprobation publique dissuade chacun d'abuser de leur liberté, rien de tel en France où les caricaturistes se déchaînent contre le pouvoir et plus encore contre l'Église. Ces attaques d'une rare violence s'apaisent toutefois après la Grande Guerre de 1914-1918, les tranchées ayant rapproché les hommes par-delà les différences de croyances.

Une brèche est ouverte cependant dans le droit français le 1er juillet 1972, sous la présidence de Georges Pompidou, avec l'adoption de la loi Pleven, du nom du garde des Sceaux René Pleven. Adoptée à l'unanimité, la loi valide l'argumentaire de Mgr Freppel (1881) en introduisant un nouveau délit de « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » commise envers des individus « à raison de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ! » La loi, qui plus est, autorise les associations communautaires à se porter partie civile en poursuivant les propos de haine. Il va s'ensuivre une concurrence victimaire entre ces associations qui va culminer au début du XXIe siècle. 

Alors qu’une réintroduction du délit de blasphème dans le droit français semblait impensable, la question est réapparue à la fin du XXe siècle, du fait de menées séditieuses au sein de l'immigration musulmane. Ces menées font suite à la révolution islamiste iranienne qui a excité le ressentiment des foules musulmanes à l'égard de la modernité occidentale et relancé le djihad (dico) contre les « mécréants » (chrétiens).

L’événement détonateur a lieu en 1988 avec la parution des Versets sataniques de l'écrivain britannique d’origine indienne Salman Rushdie. L’ouvrage est interdit dans tous les pays musulmans et même au-delà, car il est jugé blasphématoire à l'égard du prophète Mahomet. L’ayatollah Khomeiny proclame une fatwa et offre une prime d’un million de dollars à tout musulman qui assassinera l’écrivain « n'importe où dans le monde ». Le traducteur japonais de l’ouvrage sera exécuté, de même que le recteur de la mosquée de Bruxelles, que le roman de Rushdie n'avait « pas choqué ».

Salman Rushdie tient en main son ouvrage Versets sataniques. En agrandissement : Le 16 avril 2000, Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques, entouré par des agents de sécurité, signe un autographe lors d’une rencontre avec la presse à New Delhi. 

En France, les soutiens à l’égard de l’écrivain sont loin d’être unanimes. Jacques Chirac déclare ainsi : « Je n'ai aucune estime pour monsieur Rushdie. J'ai lu ce qui a été publié dans la presse. C'est misérable. Et en règle générale, je n'ai aucune estime pour ceux qui utilisent le blasphème pour faire de l'argent. » Contraint de vivre dans la clandestinité, Rushdie se verra refuser à trois reprises l'accès au territoire français et ne rencontrera jamais le président Mitterrand.

L'ange Gabriel et Mahomet dans la grotte de la Révélation (miniature persane tirée du Jami' al-Tawarikh - Histoire du Monde - de Rashid al-Din, Tabriz, 1307)
 

La question la plus épineuse demeure celle de la représentation de Mahomet, actuellement interdite, même si des portraits du prophète ont existé dans le monde chiite. Dans les années 1980, on pouvait encore trouver des images de Mahomet sous forme d’affiches à vendre dans les marchés iraniens !

Les interdits affichés par les salafistes et wahhabites sont loin de faire l'unanimité parmi les théologiens et juristes musulmans. Ainsi, l’État saoudien, wahhabite, a détruit plus de 98% de son patrimoine historique au nom de la prohibition des images, sans que celle-ci figure dans les textes sacrés.

Le blasphème en pays d'islam
Le monde islamique est tout sauf homogène. À la majorité sunnite s'opposent différentes confessions rivales, dont les chiites, que les sunnites ont parfois peine à considérer comme de véritables musulmans. Qui plus est, jusqu'au XXe siècle, l'empire ottoman, l'un des principaux États islamiques, était encore peuplé d'une majorité de chrétiens de diverses confessions. Très tôt donc, de façon similaire à l'Europe des Temps modernes, les gouvernants musulmans ont vu dans les déviances religieuses et les blasphèmes, y compris les injures venant d'un chrétien, des atteintes à la religion et, plus grave encore, à la cohésion de l'État. Toute injure venant d'un chiite ou d'un chrétien, même sous le coup de la colère, pouvait révéler chez ces personnes une hostilité refoulée à l'égard de la religion établie. C'est pourquoi le blasphème pouvait être puni de mort.

L'historien Gabriel Martinez-Gros cite le cas d'un chiite qui, au XIIIe siècle, se présente à la grande mosquée de Tripoli (Liban) et, dans un accès de folie, hurle qu'Ali est Dieu. Il est aussitôt mis en pièces. Ibn Battouta, voyageur du XIVe siècle, rapporte aussi qu'un ermite musulman du Maghreb se vanta d'être meilleur que le Prophète parce que lui pouvait se passer de femme ! Il fut décapité sans façon.

Le journal danois Jyllands-Posten publie une dizaine de caricatures de Mahomet en 2005. En agrandissement : Des exemplaires de la première édition de « Charlie Hebdo » parue après l’assassinat de plusieurs de ses journalistes, le 14 janvier 2015. En 2005, en réaction à l’assassinat du cinéaste hollandais Theo Van Gogh par un islamiste, le journal danois Jyllands-Posten publie une dizaine de caricatures de Mahomet qui enflamment une partie du monde musulman : manifestations, campagnes de boycott contre le Danemark et même menaces d’attentats. En Iran, en Syrie ou au Liban, des ambassades et consulats danois sont attaqués.

En solidarité, des journaux européens publient à leur tour les dessins. En France, l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo monte au créneau en faisant paraître de nouvelles caricatures. Celles-ci seront à l’origine de l’attentat du 7 janvier 2015 qui coûtera la vie à 11 personnes dont 8 membres de la rédaction.

Mais c’est surtout devant les tribunaux que les blasphémateurs sont désormais traduits. Se prévalant de la loi Pleven de 1972, la Grande Mosquée de Paris ne peut faire moins que d'attaquer en justice Michel Houellebecq pour avoir déclaré que l’islam était la religion « la plus con ». L’écrivain, qui sera finalement relaxé au nom du droit à la critique, reprenait les thèses de son maître à penser, Arthur Schopenhauer, lequel affirmait que « le Coran, ce méchant livre » constitue « la plus triste et la plus pauvre forme de théisme ».

Sur internet, les réseaux virtuels exacerbent les griefs. Souvenons-nous de la tempête médiatique déclenchée en janvier 2020 par une adolescente nommée Mila pour avoir déclaré dans une vidéo sur Internet : « L’islam c’est de la merde. » La lycéenne sera menacée de mort et devra être déscolarisée et placée sous protection policière. Son inculpation pour incitation à la haine sera heureusement classée sans suite.

Les extrémistes musulmans bénéficient de la coupable indulgence, voire du soutien actif, de quelques intellectuels français qui dénoncent le blasphème à l'égard de l'islam en le qualifiant du néologisme « islamophobie » (du grec phobos, « peur de »).

Face à eux s'oppose la grande masse des Français, y compris des musulmans représentés par le recteur de la mosquée de Paris, lequel plaide pour « Que Charlie Hebdo continue d’écrire, de dessiner, d’user de son art et surtout de vivre. »

Deux camps s'affrontent désormais au sein de l'islam, en France : d'une part ceux, majoritaires, qui aspirent à s'intégrer et s'assimiler à leur pays d'adoption, d'autre part ceux qui, à l'instar des terroristes, veulent empêcher cette assimilation. Par leur tuerie de Charlie Hebdo, ils signifient aux « mécréants » : « Agissez entre vous comme bon vous semble, avec votre démocratie, votre religion, vos pratiques sexuelles et le reste. Mais laissez-nous en-dehors de tout ça et ne vous mêlez pas de nos affaires à nous, musulmans ! » C'est un discours qui bénéficie, hélas, pour l'heure, de la complaisance de certains milieux abusivement qualifiés de « progressistes ».

Le bouddhisme aussi
 

Pancarte affichée à la sortie de l'aéroport de Bangkok en Thaïlande. En agrandissement : la publicité d'un restaurateur néo-zélandais condamné à de la prison pour avoir affublé le Bouddha d'un casque audio.Au royaume de Thaïlande, on ne plaisante ni avec le roi ni avec la religion d'État, le bouddhisme. Les touristes sont invités à la bienséance dès leur sortie de l'aéroport de Bangkok avec une grande pancarte affichant « Buddha is not for decoration – Respect is common sens ». Dans la Birmanie voisine, en 2015, un restaurateur néo-zélandais et ses deux collègues birmans ont été condamnés à deux ans et demi d’emprisonnement et des travaux forcés pour avoir publié sur les réseaux virtuels une publicité qui présentait Bouddha, affublé d’un casque audio.

Le Sutta Pittaka, recueil qui rassemble les discours de Bouddha, évoque l’attitude du Siddhartha Gautama lorsque on lui rapporte les insultes dont il est l’objet : « Si quelqu’un parle de moi ou du Dhamma avec colère, vous ne devez pas vous mettre en colère (…). Car si vous le faisiez, vous ne serrez plus capable de reconnaître si ce qu’ils ont dit était vrai ou non. » De même, la louange, si chère à la patristique chrétienne, n’est pas recommandée. Il faut simplement reconnaître le vrai et dire « ceci est correct, c’est vrai, nous faisons comme cela et c’est notre manière. »

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PÂQUES COMPLÉMENT 2021 : ORTHODOXES DE LANGUE FRANÇAISE FEUILLET DE ST SYMÉON N°71 PÂQUES COMPLÉMENT 2021

 

Homélie du P. Boris Bobrinskoy

pour le Jeudi Saint 1996

Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.
Mes amis, je voudrais vous redire les paroles du chant que vient
de chanter la chorale avant la communion :

« Fidèles, venons dans la chambre haute. Jouissons de l'hospitalité du Maître, de la table immortelle. Élevons nos cœurs, apprenons la Parole suprême du Verbe que nous exaltons ».
Dans toute la liturgie, nous sommes avec le Seigneur, à la fois
dans la chambre haute, devant la Croix et le tombeau vide, mais
aussi dans le ciel, où le Seigneur se tient à la droite du Père. Nous
pouvons être avec Lui par la communion eucharistique, car communier à la divine
Eucharistie, c'est communier au Saint Corps et au Saint Sang, c'est communier à la
présence vivifiante du Seigneur là où Il se trouve. Aujourd'hui, en ce Jeudi saint où nous
commémorons la Dernière Cène, aujourd'hui particulièrement, nous sommes avec Lui et
avec les disciples. – avec les Douze, qui comptent encore Judas –, dans la chambre haute,
là où le Seigneur, semblable à la Sagesse de l'Ancien Testament qui dressait la table et
invitait tout le monde (Pr 9,1-5), a dressé la table pour ses disciples et pour les disciples
que nous sommes, tous, jusqu'à la fin des temps.
Nous sommes là, au milieu des parois de cette chambre haute qui existent dans tous
les sens, dans le sens horizontal et dans le sens vertical, nous sommes présents, nous
aussi, partageant le pain, c'est-à-dire mangeant au Corps du Christ et buvant à Son Sang
sous les signes du pain et du vin que nous venons de goûter. Nous sommes là, avec le
Seigneur, écoutant Sa parole, écoutant Son dernier enseignement. Nous l'entendrons ce
soir en entier, lors de la lecture des douze Évangiles, nous entendrons Ses dernières
paroles qui sont à la fois un enseignement ultime sur la venue du Saint Esprit et une
consolation, parce que le Seigneur nous l'apprend : « il vaut mieux pour vous que je m'en
aille » (Jn 16,7). Ce départ du Seigneur est un départ qui jette les disciples dans
l'angoisse, dans une stupéfaction et une tristesse extrêmes, telles qu'ils ne savent plus où
ils sont ni ce qu'ils sont. Et lorsque viendra le moment de l'épreuve, ils se disperseront.
Mais ils se retrouveront ensemble avec la Mère de Dieu et avec les femmes auprès du
tombeau et ensuite auprès du Seigneur ressuscité.
Pour le moment, nous sommes encore au Cénacle, dans la chambre haute, là où le
Seigneur partage Sa vie même et nous donne d'être avec Lui dans une extraordinaire

 ORTHODOXES DE LANGUE FRANÇAISE

FEUILLET DE ST SYMÉON

N°71 PÂQUES COMPLÉMENT 2021

douceur. Lui, comme le pasteur qui rassemble ses agneaux, Nous, qui sommes
maintenant les agneaux du Seigneur, puissions-nous nous purifier pour que justement
nous soyons parfaits, parfaits comme devaient l'être les agneaux que l'on menait au
sacrifice, parfaits, à l'image de l'Agneau divin lui-même. Puissions-nous purifier nos
cœurs et notre être tout entier pour être dignes d'être également présents devant la
Croix et devant le Tombeau. Que le Seigneur vous bénisse tous et vous donne de vivre
avec Lui ce temps, ce temps unique, ce temps de grâce, ce temps de force, ce temps de
lumière, ce temps de totale douceur.
Amen.

Homélie du P. Boris Bobrinskoy pour le Samedi Saint 1982

Mystère de la Passion

"Tout est consommé". Ces paroles de Jésus sur la croix peuvent être dites, sont vraies
pour chacun des jours, pour chacune des étapes du mystère de la Passion, de
l'ensevelissement et de la résurrection du Christ.
Tout est consommé déjà à la venue de Jésus sur terre.
Tout est consommé quand Il prend sur Lui l'Agneau sans tache, le péché du monde,
notre péché, nos péchés.
Tout est consommé quand Il part librement de l'enterrement et monte vers
Jérusalem, tout est consommé quand Il rompt le pain et partage le vin, le pain et le vin,
son propre corps et son sang avec ses disciples leur annonçant Sa mort, Sa Passion
prochaine et les consolant de cela en leur remettant Son Esprit Saint.
Tout est consommé quand Il se laisse saisir, quand Il se laisse battre et bafouer.
Tout est consommé quand Il tend ses bras sur la Croix et quand Il est écartelé par
amour pour les hommes, embrassant tous les hommes de tous les temps et tous les lieux
dans Son Amour.
Tout est consommé quand Il rend au Père Son Esprit et que par le fait même Il ouvre
les flots de l'Esprit, les flots d'eau vive pour la terre entière, cette terre qui était devenue
un désert et qui redevient verdoyante.
Tout est consommé lorsqu’Il descend aux enfers et lorsque luit là-bas la lumière
divine en un lieu qui était tout entier ténèbres extérieures.
Tout est consommé lorsque Jésus revient et nous manifeste déjà la lumière, à nous
qui sommes encore dans l'entre deux, entre l'enfer et le ciel ; non plus totalement dans
l'enfer mais pas· encore entièrement dans le ciel. Et nous sommes entraînés dans cette
montée, que Jésus anticipe pour nous, lorsqu'Il pénètre à la droite du Père dans Son
sanctuaire céleste et éternel avec notre nature humaine.
Tout est consommé aussi aujourd’hui maintenant dans cette église, dans ce Samedi
Saint où nous savons que Jésus est ressuscité.
Nous sommes déjà revêtus de vêtements blancs qui annoncent encore modestement
mais dans la certitude aussi entière que celle qui émanera de nous cette nuit de Pâques,
que Jésus est ressuscité et par conséquent il n'y a plus de mort, qu'il n'y a plus d'échecs,
qu'il n'y a plus d'impasse, qu'il n'y a plus de souffrance sans consolation, car notre seule
et vraie consolation, notre seule espérance c'est Jésus ressuscité dans l'Esprit Saint.
Amen.

Homélie du P. Boris Bobrinskoy pour la Nuit de Pâques 2007

Au cours de la nuit de Pâques des 7 et 8 avril 2007 à la paroisse de la sainte Trinité,
Père Boris prit la parole pour deux courtes interventions homilétiques, une première
fois lors de la veillée et une seconde fois après la liturgie pascale.
Avant la procession solennelle

Chers amis,
Tandis que nous attendons l’annonce de la Résurrection du Christ, j’aimerais dans un
premier temps mettre l’accent sur la dimension baptismale de l’événement que nous
vivons et vous rappeler qu’il n’y a qu’un seul baptême. En effet, il n’y a pas d’autre
baptême que celui de Jésus Lui-même comme le rappelle le Seigneur à Ses disciples
quand Il leur demande « Pouvez-vous boire la coupe que Je dois boire, ou être baptisés
du baptême dont Je dois être baptisé ? » Vous ne le pouvez pas pour l’instant mais « Il est
vrai que vous boirez la coupe que Je dois boire, et que vous serez baptisés du baptême
dont Je dois être baptisé ».
Il n’y a que le baptême du Seigneur auquel Il nous offre de participer. Le Christ ayant
été enseveli, par Sa mort et Sa résurrection Il nous a conféré ce grand mystère du
baptême pour qu’à Sa suite, nous puissions à notre tour y pénétrer.
Certes, nous avons été baptisés une fois pour toutes mais nous devons vivre et
revivre ce baptême de jour en jour, d’année en année, tous les jours de notre vie et bien
sûr en particulier dans ces jours saints et mémorables de la sainte Pâque du Christ.
Car aujourd’hui se réalise la parole du Christ qu’Il avait figurée par Son baptême dans
le Jourdain, Oui ! Aujourd’hui le Seigneur S’est immergé Lui-même dans l’eau
baptismale, Il est descendu dans les entrailles de la terre et Il remonte dans la vie
nouvelle. Son corps humain, Son corps périssable devient lui-même immortel et devient
pour nous gage d’immortalité.
J’aimerais vous dire encore que si, dans cette liturgie, nous sommes dès maintenant
en vêtements blancs c’est parce que nous vivons déjà une certitude bien que nous
n’ayons pas encore entendu la parole, le cri, le son de la Résurrection qui va bientôt
déchirer la nuit.
Nos vêtements liturgiques anticipent la Résurrection car nous savons que le Christ est
déjà vainqueur de la mort, nous en avons la certitude. Nous connaissons le sens profond
de la descente du Christ dans les antres de l’enfer, Il y est descendu non pas en
prisonnier ni en captif mais en vainqueur, et par conséquent, désormais se réalise en Lui
cette parole du chant de Pâques « Aujourd’hui tout est illuminé tout est rempli de
lumière »... la terre, les cieux et même les enfers sont illuminés. Tellement irradiés de
lumière qu’ils sont obligés de rendre leurs captifs.
Ainsi, pour notre vie entière, nous avons cette grande espérance que la résurrection
du Christ est déjà en marche et en œuvre, non seulement dans le monde, mais plus
encore dans nos vies et dans notre propre cœur à condition toutefois qu’à notre tour
nous coopérions à ce baptême du Christ.
Il faut bien sûr que nous sentions dans notre être que nous avons été baptisés du
baptême du Christ, que nous nous souvenions de notre baptême et que nous percevions
à quel point la dimension baptismale implique, conditionne et marque notre vie entière
Au plus profond de cette nuit puissions-nous vivre – avec encore un peu de patience –
dans l’attente de l’annonce en pleine lumière de la résurrection, où nous pourrons nous

réjouir, chanter et crier désormais que le Christ ressuscite et est ressuscité. Puissions-
nous vivre tous les jours de notre vie dans la même certitude et la même confiance

l’attente en la Résurrection.
Attendons encore mais vivons déjà cette résurrection dans le fond de notre cœur
pour notre vie entière
Amen

Puis, après la liturgie pascale.

Le Christ est ressuscité !
En vérité Il est ressuscité !


Mes Amis,
Je pensais ne pas parler, mais je dois admettre qu’il n’est pas possible de taire notre
joie. Il nous faut dire et annoncer à quel point cette Résurrection du Christ signifie pour
nous la promesse de notre propre résurrection, de notre propre vie. Il nous faut crier
notre joie car sans le Christ nous serions dans les ténèbres.
Rappelons-nous ce que nous venons d’entendre dans l’Évangile « et la Lumière luit
dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point envahie ». Les ténèbres, en effet,
cherchent toujours à voiler, obscurcir, détruire mais la Lumière est la plus forte parce
qu’elle est la Vérité et la Vie. Et rappelons-nous aussi que cette lumière du Christ, cette
vie du Christ est déjà semée au plus profond de nos cœurs et même au plus profond du
monde.
On peut dire en effet, qu’au-delà des enfers, dans le noyau même de la terre, dans ce
noyau que nous pensons incandescent il y a une autre lumière, la lumière du Christ.
La lumière du Christ illumine tout et tous et donne à tous une espérance infinie : une
espérance de pardon, de résurrection et de vie éternelle.
Il en est de même dans nos propres cœurs : si nous sommes loin de Dieu, nous vivons
dans les ténèbres, et celles-ci nous inondent, nous submergent et nous pénètrent. Elles
nous envahissent pour nous saisir, nous éloigner et nous exiler dans la tristesse, le
dégoût, la nausée, le désespoir et le néant.
Voilà pourquoi il importe que nous retrouvions justement ce sens de la vie et que
nous choisissions la fidélité à la Lumière en nous greffant à notre tour au Christ. Nous
avons entendu ces jours-ci « vous tous qui avez été baptisés vous avez revêtu le Christ »,
c’est-à-dire vous avez été greffés en Lui.
Dès lors, le Seigneur nous marque, nous ravit, nous entraîne dans un chemin au-delà
de la mort car c’est dans Sa mort que nous avons été baptisés. Il nous conduit à la vie
véritable et ce sont véritablement des graines, des semences de résurrection qu’Il a déjà
jetées dans la terre de nos cœurs.
Bien souvent le Seigneur compare les cœurs humains à une terre ! Soit une terre
fertile soit une terre stérile, couverte de ronces. Mais c’est une terre qui peut être
régénérée et dont les ronces peuvent être arrachées. Ainsi, par la purification, par le
retournement profond de notre être, nous pouvons nous convertir et nous réorienter

dans le sens de la vie en retrouvant le Seigneur à la base et à la source de la vie, c’est
dire, en définitive : en rencontrant le Ressuscité, car il n’y a pas d’autre Christ que le
Christ ressuscité qui était mort et qui est vivant.
Oui ! Le Christ est vivant et Il marque notre vie entière. Ce mystère de la Résurrection
s’opère, se réalise et se vit de jour en jour, et d’année en année.
Aujourd’hui, nous vivons cette Pâque annuelle, mais n’oublions pas la Pâque
hebdomadaire, la Pâque du dimanche car il y a Pâque à chaque eucharistie. Et il y a aussi
Pâque à chaque moment de notre vie où nous cherchons le Christ, où nous Le
rencontrons et Lui disons que nous voulons L’aimer et Le servir car, alors le Christ
Ressuscité vient illuminer notre propre cœur.
Puisse cette Pâque être véritablement non seulement le symbole, le signe, le rappel
du sens même de notre existence mais encore le moteur, la motivation, l’orientation de
notre vie car notre existence est une marche.
Notre existence est, en effet, une marche vers le Royaume et, pour nous guider, nous
avons des lumignons, des lampes, des phares qui nous éclairent en la personne de la
Mère de Dieu, des saints, de ceux qui ont vécu cette résurrection du Christ et de tous
ceux qui en sont les témoins. Or, comme nous le chantons à chaque liturgie, comme nous
l’avons aujourd’hui chanté « ayant contemplé la Résurrection du Christ », n’oublions pas
que, nous aussi, nous sommes les témoins de la Résurrection du Christ.
Comment pouvons-nous contempler cette Résurrection nous qui sommes tellement
loin, deux mille se sont déjà écoulés ? Et pourtant, nous contemplons la Résurrection du
Christ, nous la connaissons, nous pouvons l’attester et la crier au monde avec une totale
certitude et une totale évidence.
Bien sûr, aux yeux du monde cette proclamation de la Résurrection peut paraître une
folie ou un scandale. Elle peut paraître une absurdité ou un non-sens pour un monde
rationnel et pour un monde entièrement voué à la quête de ses valeurs humaines. Et
pourtant, ce qui est folie pour le monde est sagesse pour Dieu. Ce qui est scandale pour
le monde est puissance et sagesse pour Dieu.
Par conséquent, nous devons tenir ce pari, accomplir ce saut, nous plonger hardiment
dans cette évidence profonde ; et si cette évidence nous pénètre nous pourrons la
proclamer autour de nous.
Voilà pourquoi dès à présent nous pouvons crier au monde avec certitude et dans la
joie :


Le Christ est ressuscité

En vérité Il est ressuscité.

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Dante Alighieri ou la quête de Dieu par l'élévation de soi

Place Santa-Croce à Florence.

Dante Alighieri ou la quête de Dieu
par l'élévation de soi
Prophète d’espérance et témoin de la soif d’infini inscrite au cœur de l’homme. Ainsi le Pape François qualifie Dante Alighieri dans la Lettre apostolique qu’il lui consacre. Intitulée «Splendeur de la lumière éternelle» -Candor Lucis Aeternae-, elle est parue le jour de l’Annonciation, jeudi 25 mars. Décryptage de la pensée dantesque avec Didier Ottaviani, maître de conférences en philosophie à l’ENS Lyon.
 

Entretien réalisé par Delphine Allaire – Cité du Vatican

François n’est pas le premier Pape à rendre hommage à cet homme d’art, de lettres et d’humanités, il s’agit là d’une tradition et d’une proximité certaine qui s’est installé entre Dante et les récents Papes au fil de ces derniers siècles.

Auteur fondamentalement chrétien, Dante expose dans les vers de la Divine Comédie, sa principale œuvre, toute sa quête de Dieu et de la vie céleste, en passant par les vicissitudes humaines, toujours guidé par l’espérance, même en ce bas-monde.

Dante ou la recherche de Dieu par l’élévation de soi… Didier Ottaviani le résume ainsi. Ce spécialiste de la philosophie médiévale et renaissante à l’École normale supérieure de Lyon, explique la portée de l’héritage du «plus grand poète», et toute sa pérennité.​​​​​​​

Quelle est la vision de la religion et de la transcendance livrée par Dante?

Dante est un auteur fondamentalement chrétien. La conception de la religion qu’il développe est une élévation de soi, une recherche de Dieu passant par une exigence proprement humaine, dans la mesure où il s’agit de prendre en charge sa propre élévation. La Divine Comédie le symbolise: se rendre compte de sa déviance à travers l’Enfer, ensuite effectuer sa purgation, qui sera le moment du Purgatoire pour réussir à retourner vers le Principe et l’élévation paradisiaque. C’est une démarche personnelle.

Comment Dante approche-t-il l’espérance?

C’est le moteur de sa dynamique. Parce qu’il y a espérance, l’on pourra trouver son chemin. La vertu théologale n’est pas seulement l’espoir qu’il y ait une vie après la mort, mais l’espoir qu’il y ait une guérison et une atteinte de la transcendance dans cette vie elle-même par le cheminement de l’individu et sa propre métamorphose.

Dante est-il un prophète ou un humaniste? Comment percevoir la tension qu’il affiche entre le divin et l’humain dans son œuvre?

Il se constitue comme un prophète à partir de l’idée que l’on en a à son époque, à savoir l’idée que l’élévation intellectuelle permet d’arriver à de nouvelles capacités permettant d’une certaine manière de voir l’avenir. Une dimension prophétique, essentiellement symbolique, même s’il a cette volonté d’annoncer des événements plutôt politiques: une prophétie impériale, par exemple.

Sa dimension humaniste se réfère elle plutôt à montrer comment l’humanité peut se sauver par elle-même, et comment elle va passer par un respect de l’autre, une acceptation d’autrui. Ces dimensions prophétiques et humanistes vont surtout se sentir dans ses écrits politiques.

Quel est le but de la Divine Comédie?

L’exigence centrale est la possibilité de se découvrir soi-même. Évidemment, au terme du trajet, Dieu est atteint, mais en réalité le but est de s’atteindre soi-même. Il y a dans la Divine Comédie une véritable écriture de soi. L’œuvre est écrite à la première personne du singulier, fait rare pour l’époque. Elle est destinée à montrer que par la création l’individu, en tant que poète, se crée lui-même. L’espérance tend vers une vie céleste après la mort, mais en cette vie-là, l’espérance est la conquête du soi, donc la démarche de la Divine Comédie est une tentative de se reconquérir soi-même, alors qu’on était perdu «au tout début de l’Enfer, l’on a perdu la voie droite» comme le marque le tout premier vers du chapitre.

Comment l’œuvre s’inscrit-elle dans son contexte historique, la Toscane érudite et médiévale, berceau artistique et intellectuel de la péninsule?

Par la présence de philosophes, de poètes, d’hommes politiques, de militaires, de dignitaires ecclésiastiques, tous présents dans la Divine Comédie, embrassant et représentant ainsi toute la culture d’une époque. Notable aussi la présence des sciences, avec de l’astronomie, de la médecine, de l’optique. Dante cherche à ressembler à l’œuvre de son maitre Brunetto Latini qui a écrit le Livre du Trésor, encyclopédie philosophique. Dante est à l’orée de la Renaissance, nous sommes en train de quitter le Moyen-Âge pour entrer dans une nouvelle culture.

Nombre de Papes ont à chaque fois commémoré Dante, pourquoi cet attachement particulier, et quelles relations existaient entre le poète et l’institution de l’Église?

Si les Papes aujourd’hui ou par la suite ont célébré Dante, à son époque à lui, il est en conflit avec l’institution pontificale. Un rapport d’amour haine. Il considère le pontificat de son époque -Boniface VIII- comme une structure dévoyée, devenue une pure puissance politique qui cherche à prendre contrôle du pouvoir temporel par le pouvoir spirituel. La première relation dans l’œuvre est donc conflictuelle.

D’un autre côté, Dante va participer à construire une figure pontificale proche de celle d’aujourd’hui, d’un Pape gouverneur des âmes, indiquant les directions éthiques à prendre. S’il rejette l’idée que le Pape puisse être un guide politique pour s’occuper des affaires de la Cité, il en fait en creux un guide spirituel et moral. 

Comment Dante manifeste aujourd’hui son actualité?

Au niveau individuel, la possibilité perpétuelle de se perdre soi-même, et au niveau politique, son questionnement sur le Bien commun. Il s’inscrit dans le cadre des communes italiennes du XIIIème siècle, qui sont des républiques dans lesquelles il y a des élections. Son angoisse principale est de voir comment le pouvoir de l’argent a complètement politiquement détruit Florence. Il dénonce les gains trop rapides, les banques, la recherche perpétuelle de la richesse, qui est pour lui, la ruine de la concorde entre les hommes.

Face à l’ampleur de l’œuvre dantesque, comment ne pas être pris de vertige. À quel fil directeur de sa pensée, simple et sobre, se raccrocher?

Sans doute au fil de l’amour. Dante est avant le poète d’amour, il se présente comme «l’intelletto d’amore». Un amour qui s’élève progressivement vers un amour divin. Donc il y a un véritable trajet de la notion amoureuse; un amour qui passe de l’amour charnel vers un amour de plus en plus spiritualisé. Cette notion permet de comprendre à la fois l’amour inter-individuel, l’amour pour la communauté, et bien sûr la transcendance de l’amour divin, terme de son pèlerinage.

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Les infos de Roquépine n ° 271 du 18 mars 2021

Soyez les bienvenus dans la paroisse du Saint-Esprit

Une communauté protestante réformée, ouverte à tous,
depuis 150 ans au coeur du 8e, pour témoigner, célébrer
et réfléchir ensemble.

Les infos de Roquépine n ° 271 du 18 mars 2021

«Une nouvelle alliance annoncée»
Dans la Bible, le prophète Jérémie annonce une nouvelle alliance pour remplacer celle que le peuple de Dieu a brisée à plusieurs reprises. Le Seigneur gravera ses instructions dans le cœur des humains, à la place du péché.

Jérémie porte ainsi la parole du Seigneur: «Le SEIGNEUR déclare encore: 'Voici l'alliance que je vais établir avec le peuple d'Israël à ce moment-là. Je mettrai mes enseignements au fond eux-mêmes, je les écrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple '»(Jérémie 31, versets 33 à 34)

Le Nouveau Testament reprend la notion de nouvelle alliance proposée par Jérémie. Il l'appliquera à la relation personnelle entre les croyants et Dieu, rendu possible par le Christ.

Une alliance qui ne dit pas: «Tu dois», mais «il t'est permis parce que je t'aime. Oui, je te permets d'être aimé et d'aimer. Tu es libre parce que c'est moi qui t'ai libéré ».En Christ, Dieu est devenu l'un d'entre nous pour qu'il nous soit, en lui, permis de vivre de cette liberté nouvelle: la liberté des enfants de Dieu. devant la foule affamée, le soir venu, les disciples suggèrent à Jésus de renvoyer les gens chez eux.

Il leur répond: «Donnez-leur vous-mêmes à manger! »(Marc 6,37).

Pasteur Simon WIBLE

Les Éclaireurs.es de Roquépine hissent les voiles !

Dans les conditions actuelles, pas toujours simple de faire du scoutisme. Il faut à présent privilégier les sorties d’un jour aux week-ends en forêt, les petits groupes et les gestes barrière plutôt que les grands jeux collectifs au contact de la boue, du grand air, et de ses équipier-es, avec un grande bonhomie partagée. Et pourtant, l’unité des Éclaireuses Éclaireurs Unioniste de Roquepine a bonne mine : propulsée par Samuel notre ancien pasteur, la voilà qui se lance dans les préparations du camp d’été. L’investissement des éclaireurs.es, des responsables et de l’ensemble de la paroisse lorsque nous vous avons sollicité porte ses fruits. En effet, au mois de juillet, aura lieu le premier camp marin du groupe local sur le lac du Der, en jumelage avec les éclais d’Ilkirch qui fêteront leur 101e anniversaire ! Suite à sa ré-ouverture, l’unité de Roquépine soufflera quant à elle sa deuxième bougie ! Tout un symbole qui présage de belles années à venir, à naviguer en équipe !

Marthe & Tim, Responsables de l’Unité de Roquépine

NB : si vous avez des idées d’un point d’eau proche de Paris pour amarrer notre futur bateau ou du matériel de voile, nous sommes preneurses ! (Et joignables au 07 69 57 78 33)

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3ème Jour de l'Avent

L'AVENT AVEC LE PAPE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CE QUE NOUS DIT FRANÇOIS
« Charles de Foucauld demandait à un ami : « Priez Dieu pour que je sois vraiment le frère
de toutes les âmes […] ». Il voulait en définitive être « le frère universel ». Mais c’est
seulement en s’identifiant avec les derniers qu’il est parvenu à devenir le frère de tous.
Que Dieu inspire ce rêve à chacun d’entre nous. Amen ! » Fratelli tutti 287


 

MÉDITONS ENSEMBLE LA PAROLE DU PAPE

Par P. Sébastien Antoni, a.a.

 

C’est aujourd’hui la fête du bienheureux Charles de Foucauld, prêtre ermite qui
a longtemps vécu dans le désert, en terre d’islam. Quand il apprend qu’il ne peut
plus célébrer la messe, ce n’est pas le découragement qui l’anime, mais un appel
à célébrer la vie à chaque heure de sa journée ainsi que le désir de communier à
la présence réelle du Seigneur en chacune de ses rencontres.

 

Quels sont dans ma vie ces lieux inattendus où j’entrevois la présence réelle de Dieu ?

PAROLE DE DIEU


Évangile selon saint Matthieu 25, 35-40

Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez
donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous
m’avez habillé ; j’étais ma-lade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous
êtes venus jusqu’à moi !” Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand
est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu
avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons
accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison…
Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” Et le Roi leur répondra : “Amen, je
vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes
frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”

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Les caricatures contre la religion

Les caricatures contre la religion

Réflexion sur la pratique de notre foi confronté aux évènements a de circonstances très dur pour les croyants en Notre D.ieu

Les caricatures sont des modes d’expressions de ce qui est ressenti, par le ou la dessinateurs(trices). Ce sont souvent des dessins politique ou religieux ou d’évènements divers. Ils sont couramment opposés au gouvernement en place. Ils retracent des caractères moqueurs à certaines positions politico-religieuse. Cela existe en France depuis la nuit des temps

Dans ce crime affreux, c’est l’attaque de la religion Islam par des caricatures moqueuses comme ils ont l’habitudes de faire aussi pour les chrétiens.

Cet homme est mort égorgé, comme étaient égorgé les porcs et les volailles jusqu’au début du siècle dernier. Pourquoi ? Parce ces dessins ont blessé les fondamentalistes de cette religion !

Seulement lorsque nous aimons le Père Trois fois Saint, nous ne pouvons en faire de caricature plus humiliante. Seulement, ce qui est évident dans ce cas, ces dessinateurs s’attaquent à toutes les religions, car ils ne sont pas croyants. Ils ne voient pas l’importances des blessures qu’ils occasionnent. Lorsque nous aimons le Père Créateur, nous sommes blessés, mais notre cœur et notre intelligence, malgré la blessure, nous nous bornons d’ignorer ces dessins et nous prions pour que la Lumière du Seigneur atteigne le cœur de ses artistes.

Cela dit la religion relève du personnel, de notre intérieur, de notre intimité... C’est ce que doivent enseigner les enseignants, et enseigner la liberté de leur choix. Comme nous, nous devons comme Jésus laisser le libre choix de suivre son enseignement ou non.

Éviter de blesser, rester humble, respectueux, prudent et de la retenue, en ce qui nous concerne, respecter nos concitoyens, comme Jésus laissons les libre de leurs choix dans de la liberté des mots et des dessins.

Lorsque mes frères et sœurs (de n'importe quelle confession) sont blessés lorsqu'on les attaque dans leur religion, je prie pour eux, pour qu’ils reçoivent l’amour, la lumière, la conversion.

La violence au nom de Dieu, ce n’est pas ce qu’enseigne le Père Eternel, puisqu’il est miséricordieux.
Il faut donc prier pour cet enseignant, car ce qui est important c’est l’intention de son cœur qui est importante. Également pour sa familles et ses vrais amis, car ils ont perdu ce qui leur est cher.

J’appelle aux personnes raisonnables, à ne pas s’agiter pour apporter le feu dans la France, quelque soient leurs foi, religieuse, politique, philosophique, sur les réseaux sociaux, médiatiques et autres. Mais d’apporter des solutions apaisantes par  : des politiciens de tous les niveaux et de tous bord, et aussi  une justice impartiale et citoyenne.

 

À tous en union fraternelle et de prière.

20 octobre 2020

Emounawh

 

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Nous fêtons Nos Saints Anges-Gardiens

Nous fêtons Nos Saints Anges-Gardiens

Saints Anges gardiens

Fête en l'honneur des anges gardiens

Saint Bernard avait une grande dévotion "pour ces princes du Royaume de Dieu qui sont assidûment autour de nous. Nous leur devons beaucoup d'affection pour leur bienveillance et les faveurs que nous recevons de leur charité. Ange gardienNous leur devons aussi beaucoup de docilité à mettre en pratique les avis qu'ils nous donnent." (Sermon XI sur les psaumes)
Le pape Paul V, en 1608, établira cette fête en leur honneur.
Illustration: Peinture de Giotto di Bondone, Padoue (blog de la Paroisse Saint Joseph des Falaises - 64210)
- vidéo du pape François: écouter l'ange gardien avec docilité, webTv de la CEF.
Un internaute nous signale que nous fêtons les Saints Anges Gardiens le 2 octobre depuis 1670, date à laquelle le Pape Clément X a étendu cette fête à l'Église Universelle.
"Leur présence invisible nous aide et nous réconforte car ils sont à nos côtés pour nous protéger en toute circonstance, pour nous défendre des dangers. A tout instant nous pouvons recourir à eux"
"De nombreux saints ont été dans l'amitié des anges, ce dont témoignent les nombreuses situations où ils ont reçu leur aide. Ces esprits bienheureux sont envoyés par Dieu pour servir qui héritera du salut, ainsi que le rappelle l'épître aux Hébreux. Leur aide est donc précieuse tout au long de notre pèlerinage terrestre vers la patrie céleste". Benoît XVI (source: VIS 080929 (160))
Mémoire des saints Anges gardiens. Appelés d'abord à contempler dans sa splendeur la face de Dieu, ils sont aussi mis par le Seigneur au service des hommes, pour être à leurs côtés et veiller sur eux, d'une manière invisible mais très attentive.

Martyrologe romain

Ange de Dieu qui êtes mon gardien par un bienfait de la divine providence, éclairez-moi, protégez-moi, dirigez-moi et gouvernez-moi.

Saint Vincent Ferrier
Prières à mon ange gardien

 

Les anges gardiens - créatures spirituelles - sont envoyés par Dieu pour protéger et veiller sur les hommes. Dieu nous aime tellement qu’il choisit, pour chacun d’entre nous, un être fidèle pour nous accompagner durant toute notre vie. Au-delà du devoir de protection, ces esprits célestes sont chargés de transmettre nos prières au Seigneur, Jésus-Christ.

Si beaucoup de fausses croyances se sont développées autour des anges, l’ange gardien vu par les catholiques, est surtout un guide spirituel qui tout en respectant notre liberté, peut - si nous l’invoquons-  nous éclairer dans nos décisions et nos actions pour avancer plus sûrement vers le Royaume. 

Lors d’une homélie de la fête des saints anges gardiens, fêtée le 2 octobre, le pape François nous encourageait à nous poser cette question : « Comment est ma relation avec cet ange que le Seigneur a envoyé pour me garder et m’accompagner en chemin, et qui voit toujours le visage du Père qui est aux cieux ? »

« Ange de Dieu, qui es mon gardien, et à qui j’ai été confié par la bonté divine, éclaire-moi, défends-moi, conduis-moi et dirige-moi. Amen. »

mim-nanou75.over-blog.com

Ange gardien 1 2Nos Saints Anges gardiens.

« La présence invisible de ces esprits bienheureux nous est une grande aide, et d'un grand réconfort : ils marchent à côté de nous, ils nous protègent, en toute circonstance, ils nous défendent dans les dangers, et nous pouvons avoir recours à eux à tout moment. »
Benoît XVI.

Voici ce que dit le Saint Curé d’Ars de l'Ange gardien, au XIXe siècle.
 « Cet ange ne nous doit pas quitter, avant d'avoir paru avec nous au tribunal de Jésus-Christ, pour lui rendre compte de tout ce que nous aurons fait pendant notre vie.
Oui, M.F., nos anges gardiens sont nos plus fidèles amis, parce qu'ils sont avec nous le jour, la nuit, dans tout le temps et dans tous les lieux.

La Foi nous apprend que nous les avons toujours à nos côtés.
C'est ce qui fait dire à David : « Que rien ne pourra nous nuire, parce que Le Seigneur a commandé à ses anges d'avoir soin de nous ».
Suite de la citation : « et, pour montrer combien sont grands les soins qu'ils prennent de nous, le prophète dit qu'ils nous portent entre leurs mains, comme une mère porte son enfant.

Ah ! C’est que Dieu prévoyait les dangers sans nombre auxquels nous serions exposés sur la terre, au milieu de tant d'ennemis, qui tous ne cherchent que notre perte.
Oui, M.F., ce sont nos bons anges qui nous consolent dans nos peines, qui nous avertissent quand le démon vient nous tenter, qui présentent à Dieu nos prières et toutes nos bonnes actions, qui nous assistent à la mort et présentent nos âmes à leur souverain Juge ».

Saints Anges gardiens

Fête en l'honneur des Anges gardiens

Appelés d’abord à Contempler dans sa splendeur la Face de Dieu, ils sont aussi mis par le Seigneur au service des hommes, pour être à leurs côtés et veiller sur eux, d’une manière invisible mais très attentive.

Saint Bernard avait une grande dévotion "pour ces princes du Royaume de Dieu qui sont assidûment autour de nous.

Nous leur devons beaucoup d'affection pour leur bienveillance et les faveurs que nous recevons de leur charité.

Nous leur devons aussi beaucoup de docilité à mettre en pratique les avis qu'ils nous donnent." (Sermon XI sur les psaumes).

Le Pape Paul V, en 1608, établira cette Fête en leur honneur. "Leur présence invisible nous aide et nous réconforte car ils sont à nos côtés pour nous protéger en toute circonstance, pour nous défendre des dangers.

A tout instant nous pouvons recourir à eux." "De nombreux saints ont été dans l'amitié des anges, ce dont témoignent les nombreuses situations où ils ont reçu leur aide.

Ces esprits bienheureux sont envoyés par Dieu pour servir qui héritera du Salut, ainsi que le rappelle l'épître aux Hébreux.

Leur aide est donc précieuse tout au long de notre pèlerinage terrestre vers la patrie Céleste". (Benoît XVI).

Mémoire des Saints Anges gardiens. Appelés d’abord à contempler dans sa splendeur la face de Dieu, ils sont aussi mis par le Seigneur au service des hommes, pour être à leurs côtés et veiller sur eux, d’une manière invisible mais très attentive.

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SAINTE MONIQUE mère de Saint Augustin et patronne des mères chrétiennes

SAINTE MONIQUE: mère de Saint Augustin et patronne des mères chrétiennes

 

Monique connue sous l'appellation de: sainte Monique, née en 332 à  Thagaste     dans   L'empire Romain (aujourd'hui  Souj Ahras  en Algérie)   et décédée en 387 à Ostie (aujourd'hui en Italie) est une chrétienne d'origine berbère. Son fils, Augustin, un des plus grands théologiens chrétiens, lui a rendu un vibrant hommage, particulièrement dans ses Confessions, ouvrage qui reste la principale source d'information biographique à son sujet.

Elle est reconnue sainte par l'Eglise catholique romaine et l'Eglise Orthodoxe, elle est fêtée le 27 août, veille de la fête de son fils. Toutefois, en Wallonie, elle est fêtée le 4 mai..

Les origines

Monique est née en 331 ou 332, (en actuelle Algérie), à Thagaste), petite ville située sur l'une des routes qui reliait Hippone à Carthage, dans la province romaine de Numidie. La future mère d'Augustin présente donc une double identité culturelle : berbère et romaine, ou plutôt romanisée. D'ailleurs, le nom de Monica est une adaptation latine de Monnica, l'un des nombreux noms libyques formés sur la racine Monn-. Il constitue le diminutif de Monna, nom indigène bien attesté, qui provient d'une divinité locale « dont le culte est mentionné sur une inscription de Thignica ». C'est en effet dans un monde encore majoritairement païen où le christianisme n'est toléré que depuis l'édit de Milan publié par l'empereur Constantin en 313, que Monique a vu le jour vers 331, au sein d'une famille de vieille tradition chrétienne. Dès son enfance, elle fut confiée aux soins d'une servante âgée, dont la piété et la moralité étaient éprouvées. Aux côtés de celle-ci, elle apprit à ne pas « admettre comme agréable ce qui n'était pas honnête », et à se déshabituer de prendre un peu de vin à l'insu des responsables de son éducation. Plus tard, Monique ira à l'école, et quand elle dirigera la maisonnée, on y parlera non la langue punique, mais le latin. Elle n'aura cependant rien d'une intellectuelle et demeurera attachée à certaines pratiques traditionnelles que les chrétiens cultivés de l'époque considéraient déjà comme primitives.

Le mariage

On sait que Monique avait vingt-trois ans, quand elle donna naissance à Augustin, son premier né, mais on ignore à quel âge elle épousa le père de celui-ci, un païen nommé Patricius. C'était un homme bon, affectueux et ouvert d'esprit : non seulement il laissera sa femme élever leur fils dans un intense climat de foi chrétienne, mais finira même par s'inscrire vers 370 au catéchuménat, et recevra le baptême quelque temps avant de mourir. Cependant, toute sa vie durant, il aura conservé la mentalité du paganisme, et se sera montré enclin à la colère et au libertinage. Monique endura vertueusement les travers de ce mari volage, supportant les soupçons de sa belle-mère et les ragots des domestiques. Petits propriétaires terriens, les parents d'Augustin disposaient, en effet, d'une domesticité et de quelques biens : pas le grand luxe, mais suffisamment pour financer, en partie, les hautes études de leur fils. Bien insérés dans la société romaine, ils y étaient estimés : Patricius a fait partie du conseil municipal, et Monique était admirée pour sa noblesse naturelle. Pourvu tous deux d'un sens très fort de la persévérance, particulièrement au sujet de l'avenir de leur fils, ils apparaissent, avec le recul, comme les parents idéaux pour un futur évêque de l'Église d'Afrique aux premiers siècles. Même si, à l'époque, l'enfant semble avoir surtout été frappé par la tension qui régnait entre les époux. En plus d'Augustin, ils eurent au moins un fils et une fille. Appelé Navigius, le frère d'Augustin paraît avoir été timide et maladif ; il avait hérité de la piété de sa mère; il participera au stage de Cassiciacum. Quant à la sœur, on ne connaît pas son nom ; on sait seulement que, devenue veuve, elle se fit religieuse au couvent d'Hippone, où elle dirigea la communauté. Augustin a fait parfois allusion à des nièces devenues moniales, et à un neveu, Patricius, sous-diacre dans sa ville épiscopale,

L'itinéraire d'Augustin

Monique n'aura rien épargné en vue de l'éducation d'Augustin, parvenant d'autant mieux à lui inculquer la foi chrétienne que tout, dans son propre comportement, confirmait la véracité et la grandeur des enseignements évangéliques. Et cependant, Augustin a pu faire deux reproches à sa mère. Premièrement, d'avoir différé le baptême de son fils, mais c'était là une coutume en usage dans l'Église de Thagaste d'attendre l'âge adulte pour recevoir ce sacrement. Deuxièmement, de ne l'avoir pas marié au sortir de la puberté, mais Monique craignait de compromettre de brillantes études. De fait, à l'âge de dix-sept ans, Augustin est envoyé à Carthage pour y parfaire sa formation de rhéteur. Livré à lui-même, le jeune homme consacre d'abord une année à la découverte de la sexualité, avant de fixer son affection sur une femme, restée anonyme, dont il eut un fils, un an plus tard, appelé Adéodat, et avec laquelle il cohabitera durant quatorze ans Les études à Carthage amènent également Augustin à se poser des questions sur le sens de la vie. À dix-neuf ans, il lit un traité philosophique de Cicéron, intitulé Hortensius : séduit par ce protreptique, il est pourtant déçu de ne pas y trouver le nom du Christ. Il passe ensuite dans le mouvement religieux des manichéens, entre autres parce que ceux-ci avaient inscrit la figure de Jésus dans leur système quelque peu syncrétiste. Devenu, non sans succès, professeur à Rome, puis à Milan, le jeune rhéteur se détache finalement du manichéisme pour se tourner vers le néo-platonisme, avant de retrouver, avec l'aide de saint Ambroise, l'autorité du Christ dans les écrits de l'Apôtre Paul : c'est la fameuse scène du jardin, qui marque, à trente-trois ans, la conversion d'Augustin, c'est-à-dire son retour au sein de l'Église catholique, et l'acceptation de la doctrine de celle-ci en matière de foi et de mœurs. Comme en attestent les Confessions, tout au long de ces années d'errance, Monique, devenue veuve vers quarante ans et obligée de subvenir aux frais scolaires de son fils, aura prié, prêché, pleuré, non sans manifester, dans un premier temps, une mentalité de mère abusive

L'épreuve de Monique

 

Dès 369, Monique a senti que son fils s'éloignait d'elle, au point de vue spirituel comme au point de vue moral. Lorsqu'il se chargea d'une concubine, elle refusa de recevoir celle-ci et, plus tard, persuadera Augustin de renvoyer la mère d'Adéodat (dont elle s'occupera), femme d'un rang inférieur, d'une moralité douteuse à ses yeux, et qui constituait un obstacle à tout mariage honorable. Mais ce fut bien pis lorsqu'Augustin se mit à fréquenter les manichéens : un jour qu'il était revenu à Thagaste, elle refusa tout net de recevoir l'apostat. Dans les Confessions, il évoquera plus tard la tristesse de sa mère à cette époque, et notera que deux faits l'ont toutefois encouragée à ne pas désespérer : d'une part, un rêve étrange, dans lequel un être lumineux commandait à une Monique en larmes de bannir toute crainte ; d'autre part, une conversation avec un évêque, qui l'aurait congédiée avec ces mots restés fameux : il est impossible que périsse ce fils de tant de larmes. En attendant, celui-ci partit pour Rome à l'insu de sa mère, qui le rejoignit, quelques mois plus tard, à Milan, pour une raison inconnue. Là, Monique apprit, probablement en , qu'Augustin avait renoncé au manichéisme. Elle rencontra saint Ambroise et se soumit à ses directives concernant le jeûne en usage dans l'Église locale, acceptant même de renoncer à la coutume africaine de porter des aliments aux tombeaux des martyrs, ce qu'elle avait toujours pieusement accompli jusque-là Les relations entre la mère et le fils s'étant améliorées, ils en viennent, pour la première fois, à envisager un éventuel mariage qui, dans l'esprit de Monique, pousserait décisivement Augustin à se faire baptiser. Elle avait jeté son dévolu sur une jeune Milanaise de bonne famille, à laquelle ne manquaient que deux ans pour être nubile : le temps de renvoyer la mère d'Adéodat et, pour Augustin, de prendre une nouvelle maîtresse… Autant de gesticulations dérisoires ! Puisqu'au terme d'un long parcours intellectuel, débouchant sur une scène à la fois toute simple et surnaturelle, le jeune rhéteur sent tomber les derniers obstacles intérieurs à sa conversion, et court, avec son ami Alypius, porter la bonne nouvelle à sa mère, qui se retrouve alors au comble de la joie

Une communion retrouvée

Augustin reçut le baptême à Milan, des mains d'Ambroise, la nuit du 24 au . Auparavant, il s'était retiré à Cassiciacum, dans une villa de campagne mise à sa disposition par un certain Vérécundus. Outre des amis et des disciples, il y avait emmené son fils, son frère et sa mère, dans le but de se préparer à la réception du sacrement, en menant une vie ascétique, balisée de discussions philosophiques. Spiritualité et intellectualisme : tout saint Augustin est déjà là, dans une atmosphère de recueillement et de convivialité, dont il évoquera la lumineuse douceur à travers les pages des Dialogues. Aussi Monique apparaît-elle dans cet ouvrage, veillant à l'entretien du petit groupe, à l'orientation des débats sur des thèmes chrétiens, à la conclusion de ceux-ci par des prières ou des hymnes. Une fois le baptême célébré, Augustin résolut, fin septembre, de rentrer en Afrique, sans doute à la prière de Monique, désireuse de retrouver les paysages familiers. Arrivés à Ostie, la mère et le fils ne purent embarquer immédiatement parce que la flotte de l'usurpateur Maxime bloquait les ports de Rome. C'est alors qu'ils partagèrent une expérience d'extase, connue dans l'histoire de la spiritualité sous le nom de Vision d'Ostie, au cours de laquelle ils sont remontés, dans un élan d'amour divin et le temps d'un soupir, jusqu'aux sources de l'Être. Tandis qu'ils attendaient de quitter le Latium, Monique tomba malade et décéda, au bout de neuf jours, le , à l'âge de cinquante-six ans, laissant un Augustin inconsolable. Celui-ci s'attarda encore une dizaine de mois à Rome ; avant de regagner définitivement l'Afrique, il se rendit une dernière fois sur la tombe de sa mère : une page de son existence venait de se tourner

Une figure augustinienne
 
Augustin, un psychologue épris de métaphysique (par Garcia).
 
Monique et la spiritualité des larmes (par Luis Tristán).
 
Monique et Augustin : une histoire de départs et de retrouvailles (par Olle Hjortzberg.
 
Augustin, « monstre de sensibilité » et maître de spiritualité (par Sandro Botticelli).
 
La Vision d'Ostie (par Ary Scheffer).

La mémoire de Monique s'est essentiellement transmise par le biais des Confessions et des Dialogues, à travers le regard de son fils. Le rapport entre ces deux êtres a ainsi pu être analysé par certains psychologues au début du xxe siècle. Cependant, la physionomie spirituelle de Monique s'inscrit à l'intérieur du projet autobiographique d'Augustin, qui cherche à dépasser le plan psychologique pour atteindre une anthropologie métaphysique. De l'image du cœur humain inquiet, sur laquelle s'ouvrent les Confessions, jusqu'à la reconnaissance du Souverain Bien, par laquelle elles se closent, la recherche du repos en Dieu, source de la vie bienheureuse et de la bonté foncière du créé, dessine un itinéraire personnel, mais exemplaire : à suivre les vues de la Providence, le cas personnel de l'auteur peut être étendu à toute la condition humaine C'est pourquoi les neuf livres autobiographiques des Confessions se voient prolongés de quatre livres anthropologiques, consacrés aux problèmes de la mémoire, du temps et de la création. Or, c'est à la charnière de ce diptyque qu'Augustin dresse un véritable tombeau pour sa mère

Un tombeau pour Monique

Centré sur le baptême (réalisation sacramentelle de la conversion), le livre IX se poursuit en effet par le récit de la mort de Monique : un événement qui donne lieu, des chapitres VIII à XIII, à une rétrospective de l'existence de celle-ci ; et se ferme sur une prière, dans laquelle Augustin appelle les suffrages de l'Église pour le repos éternel de l'épouse de Patricius. L'évêque d'Hippone rend ainsi hommage à celle qui fut son principal adjuvant dans la quête de Dieu, non sans créer un certain décalage entre ce qui est déclaré là et ce qu'il laisse entendre dans les livres précédents. Dans ce chapitre IX, il ne s'agit pas d'une biographie sommaire, mais plutôt d'un portrait spirituel, brossé de telle manière que Monique n'apparaît pas seulement comme la génitrice de l'auteur, mais surtout comme une « femme exceptionnelle », qui disposait d'une « brillante intelligence », d'un « caractère bien trempé » et d'une « sensibilité profonde ». Avec le recul du temps et le mystérieux travail de la mémoire, Augustin choisit de mettre en valeur l'éducation chrétienne qu'elle avait reçue, son comportement conjugal, l'enracinement profond de sa foi, leur expérience commune de l'extase, et le chagrin qu'il éprouva lorsqu'elle mourut. Ces trois derniers traits méritent une explication car ils achèvent de présenter la personnalité de la sainte, dans le cadre de la réflexion théologique de son fils.

Du bon usage des émotions

Selon Pétrarque, les Confessions forment le bréviaire des âmes sensibles, qui épanchent leur vie devant Dieu dans la ferveur et dans les larmes Mais la délectation douce-amère qu'il tire des pleurs, éveille, comme toute volupté, le sens critique d'Augustin, et le moraliste en vient à opérer une distinction entre les mauvaises larmes (celles que verse l'enfant dans son impatiente convoitise, ou l'adulte qui s'émeut aux fictions théâtrales) et les bonnes : celles de la conversion, qui signifient l'émotion causée à la fois par le trouble du péché et le désir de la vie divine. Dans ces conditions, que faut-il penser des pleurs si abondamment répandus par Monique ? Augustin leur accorde une attention toute particulière et semble les associer au lait maternel, pour suggérer que la mère et l'enfant forment un couple indissociable. C'est également ce qu'exprime, à sa manière, le rêve dans lequel Monique s'entend dire par un être lumineux : là où tu es, là il sera lui aussi Songe consolateur, relayé par les paroles de l'évêque, évoquant le fils de ces larmes, comme si les pleurs étaient un mode d'enfantement ou de régénération À l'attachement filial d'Augustin (dont les écrits atténuent sans doute les traits rigides et autoritaires de l'amour maternel) correspond, chez Monique, un amour exclusif, voire une possessivité, qui provoque les mauvaises larmes de la frustration, lorsque son fils s'enfuit à Rome, et qu'elle se découvre abandonnée et trahie. Cependant, sous l'effet de la séparation, de la réflexion et de la distance prise par Augustin vis-à-vis des manichéens, Monique va progressivement tempérer les manifestations de son militantisme catholique Indissociables de ses prières, les larmes de la mère présagent alors du retour du fils prodigue à la vraie vie : elles arrachent à la mort spirituelle et engendrent à la vie éternelle. Des années plus tard, en composant le livre IX des Confessions, l'auteur se montrera sévère à l'égard des pleurs qu'il a lui-même versés à la mort de Monique, les jugeant symptomatiques du chagrin que cause immanquablement l'attachement aux créatures périssables. Il affirmera être désormais « guéri de cette blessure, où l'on pouvait reprendre une affection trop charnelle », mais pleurer « à la pensée des périls que court toute âme « qui meurt en Adam » » Sans nier les ressources de la sensibilité, il en appelle donc à un dépassement des points de vue particuliers, au profit d'une vision élargie, qui est ouverture sur la Vérité, l'Au-delà, l'Absolu.

À la recherche de la Vérité

Une fois converti, Augustin décide de se consacrer à une double tâche : intellectuelle et ascétique, dans un effort d'ascension vers la sphère mystique. À cet effet, les Dialogues jettent les premières passerelles entre la philosophie platonicienne et la doctrine catholique, en faisant revivre la studieuse et joyeuse ambiance de Cassiciacum. Loin d'être une gêne, la présence de Monique s'avère un bienfait : elle s'occupe de l'intendance, veille sur les amis de son fils comme s'ils étaient ses propres enfants, et participe discrètement aux débats. On peut même affirmer que le simple témoignage de sa personnalité va orienter de manière décisive la réflexion d'Augustin. Depuis longtemps déjà, il observe un décalage flagrant entre le haut niveau conceptuel de la philosophie et l'adhésion ingénue de sa mère aux vérités révélées. Mais l'essentiel ne consiste-t-il pas, comme elle le fait, à aimer la sagesse et à ne craindre ni la souffrance, ni la mort ? Peu importe, donc, si l'on ne maîtrise pas l'argumentation intellectuelle, puisque la foi aboutit concrètement à la réalisation de ce qui est visé ailleurs de manière purement théorique. D'ailleurs, la sagesse chrétienne est acquise par la méditation et la mise en pratique des préceptes évangéliques, et une âme pleinement vouée à Dieu comme celle de Monique, reçoit ses enseignements de l'Église, mais aussi du Christ, le Maître intérieur. En effet, que le christianisme soit la vraie philosophie, ne dispense pas de rechercher la vérité en interne. Bien au contraire : après avoir été l'enjeu de sa conversion, cette intelligence de la foi deviendra même la priorité intellectuelle d'Augustin, qui attribuera aux prières de Monique ce privilège de ne rechercher que la vérité, non sans souligner qu'il attend désormais que le christianisme lui garantisse l'heureuse issue de l'effort philosophique antique, à savoir la vita beata : le bonheur

Une certaine vision du bonheur

De fait, l'eudémonisme constitue le second volet de l'entreprise augustinienne. Brièvement dit, connaître c'est aimer, et la découverte du Souverain Bien englobe toute la personne : aussi l'aspiration ascétique d'Augustin prendra-t-elle la forme d'une élévation mystique. Il tracera d'ailleurs les grandes lignes de ce programme d'ascension intérieure, peu après la mort de sa mère, sur base de l'expérience extatique vécue quelque temps auparavant avec celle-ci. Rapportée au livre IX des Confessions, la Vision d'Ostie est devenue un classique de la littérature mystique. Augustin et Monique se trouvent à Ostie, accoudés à une fenêtre donnant sur le jardin de la maison. Dans la douceur de l'intimité retrouvée, ils se demandent, « en présence de la Vérité », à quoi peut ressembler « la vie éternelle des saints ». Au moment où ils en concluent qu'aucun plaisir terrestre n'est comparable au bonheur céleste, « un mouvement plus ardent » porte leurs « esprits » vers « l'Être lui-même » Traversant les degrés qui relient le monde corporel au monde spirituel, ils parviennent alors à la sphère de l'éternité, « là où la vie est la Sagesse ». Ils effleurent celle-ci, le temps d'un « soupir », puis retombent et reprennent leur conversation. Cette extase fugace leur a fait entrevoir ce qu'implique la vie éternelle : le silence absolu, la parole de Dieu en direct et la vision exclusive de la Sagesse. Et Monique alors de confesser qu'après avoir réalisé sa mission de ramener son fils au service du Seigneur, plus rien ne la retient ici-bas

Prière à Sainte Monique


« Ô mère, illustre entre toutes les mères, la chrétienté honore en vous l'un des types les plus parfaits de l'humanité régénérée par le Christ. Avant l'Évangile, durant ces longs siècles où la femme fut tenue dans l'abaissement, la maternité ne put avoir qu'une action timide et le plus souvent vulgaire sur l'homme ; son rôle se borna pour l'ordinaire aux soins physiques ; et si le nom de quelques mères a triomphé de l'oubli, c'est uniquement parce qu'elles avaient su préparer leurs fils pour la gloire passagère de ce monde. On n'en rencontre pas dans l'antiquité profane qui se soient donné la tâche de les enfanter au bien, de s'attacher à leurs pas pour les soutenir dans la lutte contre l'erreur et les passions, pour les relever dans leurs chutes ; on n'en trouve pas qui se soient vouées à la prière et aux larmes continuelles pour obtenir leur retour à la vérité et à la vertu. »

« Le christianisme seul a révélé à la mère et sa mission et sa puissance. Quel oubli de vous-même, Ô Sainte Monique, dans cette poursuite incessante du salut d'un fils ! Après Dieu, c'est pour lui que vous vivez ; et vivre de cette manière pour votre fils, n'est-ce pas vivre encore pour Dieu qui daigne s'aider de vous pour le sauver ? Que vous importent la gloire et les succès d'Augustin dans le monde, lorsque vous songez aux périls éternels qu'il encourt, lorsque vous tremblez de le voir éternellement séparé de Dieu et de vous ? »

« Alors il n'est pas de sacrifice, il n'est pas de dévouement dont votre cœur de mère ne soit capable envers cette rigoureuse justice dont votre générosité n'entend pas frustrer les droits. Durant de longs jours, durant de longues nuits, vous attendez avec patience les moments du Seigneur; votre Prière redouble d'ardeur ; et espérant contre toute espérance, vous arrivez à ressentir, au fond de votre cœur, l'humble et solide confiance que le fils de tant de larmes ne périra pas. C'est alors que le Seigneur, « touché de compassion » pour vous, comme il le fut pour la mère éplorée de Naïm, fait entendre Sa Voix à laquelle rien ne résiste. « Jeune homme, s'écrie-t-il, je te le dis, lève-toi » ; et il rend plein de vie à sa mère celui dont elle pleurait le trépas, mais dont elle n'avait pas voulu se séparer. »

« Mais quelle récompense pour votre cœur maternel, Ô Sainte Monique ! Le Seigneur ne s'est pas contenté de vous rendre Augustin plein de vie ; du fond des abîmes de l'erreur et des passions, voici qu'Il l'élève sans intermédiaire jusqu'au bien le plus parfait. Vos instances demandaient qu'il fût chrétien catholique, qu'il rompît enfin des liens humiliants et funestes ; et voici que d'un seul bond, la Grâce l'a porté jusque dans la région sereine des conseils évangéliques. Votre tâche est plus que remplie, heureuse Mère! Montez au Ciel : c'est de là qu'en attendant l'éternelle réunion, vous contemplerez désormais la Sainteté et les œuvres de ce fils dont le salut est votre ouvrage, et dont la gloire si éclatante et si pure entoure dès ici-bas votre nom d'une douce et touchante auréole. »

« Du sein de la félicité que vous goûtez avec ce fils qui vous doit la vie du temps et celle de l'éternité, jetez un regard, Ô Sainte Monique, sur tant de mères chrétiennes qui accomplissent en ce moment sur la terre la dure et noble mission que vous avez remplie vous-même. Leurs fils aussi sont morts de la mort du péché, et elles voudraient, à force d'amour, leur rendre la seule vie véritable. »

« Après la Mère de Miséricorde, c'est à vous qu'elles s'adressent, Ô Sainte Monique, à vous dont les Prières et les larmes furent si puissantes et si fécondes. Prenez en main leur cause ; votre cœur si tendre et si dévoué ne peut manquer de compatir à des angoisses dont il éprouva si longtemps lui-même toute la rigueur. »

« Daignez joindre votre intercession à leurs vœux ; adoptez ces nouveaux fils qu'elles vous présentent, et elles seront rassurées. Soutenez leur courage, apprenez-leur à espérer, fortifiez-les dans les sacrifices au prix desquels Dieu a mis le retour de ces âmes si chères. Elles comprendront alors que la conversion d'une âme est un miracle d'un ordre plus élevé que la résurrection d'un mort ; elles sentiront que la Divine Justice, pour relâcher Ses droits, exige une compensation, et que cette compensation, c'est à elles de la fournir. Leur cœur se dépouillera de l'égoïsme secret qui se mêle si souvent dans les sentiments en apparence les plus purs. Qu'elles se demandent à elles-mêmes si elles se réjouiraient comme vous, Ô Sainte Monique, en voyant leur fils revenu au bien leur échapper pour se donner au Seigneur. S'il en est ainsi, qu'elles soient sans crainte ; elles sont puissantes sur le Cœur de Dieu ; tôt ou tard, la Grâce tant désirée descendra du Ciel sur le prodigue, et il revient à Dieu et à sa mère. »

« Amen. »


« Sainte Monique, Dieu de miséricorde, réconfort de ceux qui sont dans la douleur, les larmes que Sainte Monique vous offrit pour convertir son fils Saint Augustin à la foi du Christ. Par leurs prières, merci de nous aider à nous détourner de nos péchés et à trouver votre tendre pardon. Amen. »

« Ô Dieu, qui avez eu pitié des larmes de Sainte Monique et qui avez accordé à ses ardentes prières non seulement la conversion de son fils, mais son éclatante Sainteté, faites que nous Vous implorions pour nos enfants avec tant de Foi et d'humilité que nous obtenions comme elle leur salut et notre propre sanctification. Nous Vous en prions par notre Seigneur Jésus-Christ. »

Sainte Monique, modèle des femmes chrétiennes, Priez pour nous !

Sainte Monique, qui, par vos prières et vos larmes, avez obtenu la conversion de votre fils, Priez pour nous !

Sainte Monique, Priez pour nous et pour nos enfants !


 

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Mexique : dix ans après avoir été engloutie par les eaux, la Vierge du fleuve réapparaît

Mexique : dix ans après avoir été engloutie par les eaux, la Vierge du fleuve réapparaît

 

Mexique : dix ans après avoir été engloutie par les eaux, la Vierge du fleuve réapparaît

Une statue représentant Notre-Dame de Guadalupe a été retirée des eaux le 6 août 2020 à Monterrey (Mexique) après avoir passé dix ans sous l’eau. Une découverte extraordinaire.

Fin juillet, la ville de Monterrey, au nord-est du Mexique, a été frappée par l’ouragan Hanna, qui a provoqué des pluies diluviennes et des crues soudaines. Au milieu de ce cataclysme qui a provoqué la mort de 532 personnes et laissé place à la désolation, un magnifique signe d’espérance est apparu. Une sculpture de douze mètres de haut représentant Notre-Dame de Guadalupe, patronne du Mexique, a émergé du lit de la rivière Santa Catarina après avoir passé dix ans enfouie sous la boue et les pierres.

 

MONTERREY

Bénie par le pape Jean Paul II lors de sa visite dans le pays en mai 1990, la statue était ensuite restée en place pendant vingt ans pour commémorer le passage pontifical. Mais le 30 juin 2010, alors que l’ouragan Alex frappe cruellement Monterrey, la crue de la rivière Santa Catarina – sèche presque toute l’année en surface mais avec des eaux souterraines, emporte tout sur son passage : ponts, routes… et la statue de Notre-Dame de Guadalupe. Impossible par la suite, malgré les recherches menées par l’Église locale, de localiser la sculpture de dix tonnes bloquée par un amoncellement de roches et de boue. Une réplique avait d’ailleurs été réalisé pour la remplacer.

« Un signe très spécial »

C’est donc à la faveur d’une autre catastrophe climatique, l’ouragan Hanna, que la sculpture a refait surface grâce à la montée des eaux et aux forts courants. Elle a été découverte par un ouvrier du bâtiment à la recherche de ferraille dans la rivière selon le récit de El Universal. Mgr Rogelio Cabrera, archevêque de Monterrey, a parlé de cet événement exceptionnel comme d »un signe très spécial pour les catholiques, qui nous remplit d’espoir pour un avenir meilleur’, selon le Pastoral XXI, le journal de l’archidiocèse.

Ce n’est que le 6 août que celle qui est devenue pour les habitants la « Vierge du fleuve » a pu être retirée dans sa totalité afin d’être restaurée. Elle devrait ensuite être remise à son emplacement d’origine à côté de la rivière, là où Jean Paul II avait célébré la messe. La réplique de substitution sera quant à elle placée sur le terrain d’une paroisse dédiée à Marie reine du Mexique.

 

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