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1973 : la guerre du kippour et ses armes

ça s'est passé un... 6 octobre

ça s'est passé un...
6 octobre

6 octobre 1927
Sortie du premier film parlant

Le 6 octobre 1927 sort aux États-Unis le film Jazz singer (Le chanteur de jazz), réalisé par Alan Crosland.

Il s'agit du premier film parlant, chantant et musical, avec en vedette le comédien Al Jolson. L'acteur, un juif originaire de Russie, apparaît grimé en Noir.

Le film exploite un procédé de sonorisation appelé Vitaphone. La bande sonore comporte tout juste 354 mots !

Mais le succès est immédiat et permet aux producteurs, les frères Warner, d'échapper à une faillite.

Les autres professionnels du cinéma restent réservés... Ils s'inquiètent de l'impossibilité d'exploiter les films parlants hors des pays anglophones (le doublage est encore inconnu).

Plusieurs vedettes du muet seront incapables de s'adapter au parlant. C'est le cas de Buster Keaton. D'autres, comme Charlie Chaplin, se reconvertiront non sans difficulté.

L'avènement du parlant consacrera aussi de nouveaux réalisateurs comme Howard Hawks aux États-Unis et, en France, Marcel Pagnol ou Sacha Guitry.

 

6 octobre 1973 :

La guerre du Kippour et ses armes


Le 6 octobre 1973, l'armée égyptienne franchit le canal de Suez à la faveur de la fête juive du Yom Kippour ou du Grand Pardon. Elle prend à revers les troupes israéliennes qui stationnent dans le Sinaï depuis juin 1967.

La Syrie lance au même moment 3 divisions blindées et 1000 chars sur le plateau du Golan, également occupé par les Israéliens depuis 1967. En quatre jours, elle s'empare du mont Hermon et de la ville de Qunaytra…

Les Israéliens ripostent, non sans mal. Peu après, les pays arabes exportateurs de pétrole décrètent un embargo sur les livraisons aux pays amis d’Israël comme les Pays-Bas. Ils relèvent très fortement le prix du baril, provoquant le premier « choc pétrolier ». Il s’ensuit dans le monde développé un ralentissement brutal de la croissance économique et une accélération de l’inflation.

Son armée ne compte pas moins de 1 500 chars, 222 bombardiers et près de 300 000 hommes. Elle prend à revers les troupes israéliennes qui stationnent dans le Sinaï depuis leur victoire triomphale de juin 1967.

Les alliés syriens de l'Égypte (100 000 hommes) lancent au même moment 3 divisions blindées et 1000 chars sur le plateau du Golan, également occupé par les Israéliens depuis 1967. En quatre jours, ils s'emparent du mont Hermon et de la ville de Qunaytra.

 

Le pari osé de Sadate
Ayant succédé à la tête de l'Égypte au prestigieux Nasser, le président Anouar el-Sadate a pris l'initiative de la guerre pour venger les Arabes de leurs humiliations passées et consolider sa légitimité auprès de ses concitoyens.

C'est la quatrième fois que se heurtent les armées arabes et israéliennes après la guerre de 1948, consécutive à la proclamation de l'indépendance de l'État d'Israël par l'ONU, l'opération israélo-franco-britannique de Suez en 1956 et la guerre des Six Jours en 1967.

Le Premier ministre israélien Golda Meir, le général de division Rehavam Zeevi et le DM Moshe Dayan lors d'un vol en hélicoptère militaire pendant la guerre du Kippour.

 Golda Meir, Richard Nixon et Henri Kissinger devant la Maison Blanche le 1er novembre 1973.

Le gouvernement israélien est dirigé par Golda Meir, femme de grande énergie qui a pris une part essentielle à la lutte pour l'indépendance. Le ministre de la Guerre est le général Moshé Dayan, auréolé par la victoire-éclair des Six Jours. Craignant l'opprobre internationale, le gouvernement n'a pas voulu prévenir l'offensive égyptienne.

Quand survient celle-ci, les Israéliens éprouvent du coup la plus grande peur de leur Histoire mais ils reprennent rapidement leurs esprits et jettent toutes leurs forces dans la bataille (275 000 soldats). Ils ripostent aux Syriens avec leurs chars, anéantissent l'aviation ennemie et s'engagent sur la route de Damas, la capitale syrienne.

Sur le front sud, le 15 et le 16 octobre, les troupes blindées du général Ariel Sharon repassent le canal de Suez dans l'autre sens et établissent une tête de pont qui menace la vallée du Nil et Le Caire. Plus sérieusement, ils encerclent la troisième armée égyptienne qui s'était trop vite aventurée de l'autre côté du canal, dans la péninsule du Sinaï. La plupart des chars égyptiens sont détruits. Les pertes humaines du côté arabe ne sont pas chiffrées. Quant aux Israéliens, ils ont à déplorer 3 000 morts, un chiffre important au regard de leur population.

Le 23 octobre, l'Égypte accepte le cessez-le-feu après que l'ONU, à New York, eût appelé les belligérants à négocier (résolution 338 du Conseil de sécurité).

La Syrie l'accepte à son tour le lendemain... Seul l'Irak refuse toute négociation. A vrai dire, il n'a pas grand chose à craindre des Israéliens vu l'éloignement du front.

Le 11 novembre, Israéliens et Égyptiens signent un accord au kilomètre 101 suite auquel ils reviennent sur leurs positions d'avant le conflit.

Malgré la défaite des armées égyptienne et syrienne sur le terrain, Sadate peut se flatter d'avoir gagné son pari. Il a fait peur aux Israéliens et mobilisé les peuples arabes en sa faveur. Il va tirer parti de son relatif triomphe pour engager la tête haute des négociations de paix avec l'ennemi juré (Camp David, 1978)... Elles lui coûteront la vie !...

La guerre du Kippour, montage photographique, octobre 1973.

Les aspects inédits de la guerre du Kippour
La guerre du Kippour a vu pour la première fois l'utilisation de l'arme du pétrole. Le 17 octobre 1973, onze pays arabes exportateurs de pétrole annoncent un embargo sur leurs livraisons aux pays alliés d'Israël, parmi lesquels les États-Unis, le Portugal, l'Afrique du Sud... et les Pays-Bas, membre de la Communauté européenne, pour faire pression sur eux.

Les gouvernements de la Communauté (aujourd'hui, l'Union européenne) se sont bien gardés d'afficher leur solidarité avec celui des Pays-Bas... témoignant ainsi de la fragilité de la diplomatie occidentale face aux enjeux économiques et de politique intérieure (le sacro-saint « prix de l'essence à la pompe » !). Il n'empêche que la guerre et le blocus du pétrole ont débouché sur le premier « choc pétrolier » de l'Histoire, avec une hausse brutale du prix du baril.

D'un point de vue militaire, la guerre du Kippour apparaît comme un « conflit charnière » entre un mode de combat qui est le fruit de la seconde guerre mondiale et celui né de l'application systématique des nouvelles technologies à l'outil militaire. Pour la première fois depuis 1945, un théâtre d'opérations mécanisé de haute intensité donne un aperçu de ce qu'aurait pu être un affrontement majeur entre l'OTAN et le Pacte de Varsovie.

Les trois semaines de cette guerre ont véritablement bouleversé la perception du combat dit « technologique » et les enseignements que l'on peut en tirer sont transposables sur de nombreuses autres batailles. Il va de soi que nous n'avons pu traiter de tous les concepts ; seuls les plus importants ont fait l'objet d'une courte analyse.

- Les missiles : ces armes devenues banales
La guerre du Kippour a vu se généraliser l'emploi des missiles. L'efficacité de ceux-ci est en outre loin d'avoir atteint les résultats fabuleux affichés par les belligérants. Pourtant, la banalisation des missiles a changé la perception du combat aéroblindé (synergie entre le combat aérien et blindé pour optimiser les résultats finaux).

Guerre du Kippour, photographie mise à disposition du public par l'Armée de défense d’Israël.

- La guerre électronique plus présente que jamais

Sans la maîtrise des technologies permettant de développer le renseignement de types électronique et électromagnétique que sont la détection, le brouillage des missiles, l'identification des engins ennemis par infrarouge et les radiotélécommunications, il n'eut pas été possible de gagner cette guerre pour les Israéliens. Eux qui n'avaient pas toujours utilisé ces techniques à bon escient, surtout au début de la guerre du Kippour, en ont tiré les leçons au Liban, en juin 1982.

- L'apparition des drones
Les drones de type Teledyne Ryan-124 Firebee (BQM-34-A), véhicules aériens sans pilote, jouèrent un rôle efficace dans la guerre du Kippour. Ils servirent principalement aux opérations de reconnaissance et de surveillance, ainsi qu'aux opérations à haut risque. Technologie nouvelle au début des années 1970, les Israéliens étaient les seuls à avoir utilisé ces engins. Leur nombre n'était pas impressionnant et beaucoup furent détruits par les Égyptiens et les Syriens. Mais ils étaient en amont d'un processus d'information par l'image.

- L'omniprésence des avions de reconnaissance
Contrairement aux aviateurs arabes, les Israéliens menèrent de nombreuses missions de reconnaissance aérienne dans les quartiers généraux et sensibles égyptiens et syriens. L'aviation israélienne utilisa des 6 RF-4 Phantom. Ces bijoux technologiques, pour l'époque, réalisaient chacun deux missions de reconnaissance chaque jour. Aucun d'entre eux ne semblait avoir été perdu. Ce qui prouva leur efficacité de discrétion.

Néanmoins, les laps de temps entre les survols des objectifs mobiles et les analyses des photographies prises à la suite de ceux-ci s'étaient révélés beaucoup trop longs, car les cibles avaient pu se mouvoir en quelques heures. C'est là une première erreur. Enfin, et plus grave encore, les Israéliens confiaient généralement l'analyse des résultats des missions de bombardements aux mêmes pilotes, plutôt qu'à des spécialistes de l'infanterie ou à des appareils de reconnaissance. Voilà ce qui peut expliquer que l'aviation de reconnaissance israélienne ne disposait pas toujours d'informations de premier ordre.

- Les satellites de reconnaissance
En 1973, les Américains avaient placé sur orbite deux satellites de reconnaissance. Le premier, un Big-Bird, était en vol orbital depuis le 13 juillet 1973 ; le second, un KH-8, avait été lancé le 27 septembre 1973, à la suite des rapports rédigés par la CIA qui voyait d'un mauvais oeil les actions arabes menées contre Israël. Selon toute vraisemblance, les Américains n'auraient pas lancé d'autres satellites. Le rôle de ces engins fut donc minime dans le camp américain. Cependant, les photographies d'une qualité inconnue auparavant prises par ceux-ci permirent d'éviter certains conflits, principalement près du canal de Suez.

Contrairement aux États-Unis, l'URSS voulut innover dans le secteur des satellites espions pour déjouer les plans de l'ennemi. Les satellites russes avaient donc surtout servi à prolonger un peu plus le combat, le temps que les deux grandes puissances puissent s'accorder sur les termes d'un cessez-le-feu acceptable par l'ensemble des parties au conflit. -

Bibliographie
Principal ouvrage de référence : P. Razoux, La guerre israélo-arabe d'octobre 1973. Une nouvelle donne militaire au Proche-Orient, Paris, 1999.

Christophe Burgeon, doctorant et agrégé en histoire

 

 

6 octobre 1981 :
Anouar el-Sadate meurt en plein triomphe

Le 6 octobre 1981, tandis qu'il assiste dans un stade du Caire à un défilé militaire à l'occasion de la fête nationale, le « raïs » Anouar el-Sadate est assassiné par des soldats islamistes...

Le 6 octobre 1981, tandis qu'il assiste dans un stade du Caire à un défilé militaire à l'occasion de la fête nationale, Anouar el-Sadate est assassiné par des soldats islamistes. Le raïs (mot arabe qui signifie « chef » et désignait autrefois un dignitaire ottoman) a 63 ans. Sa mort cause une immense émotion dans le monde entier. Elle fait craindre pour le processus de paix qu'il a engagé trois ans plus tôt avec Israël.

Fort heureusement, le général Hosni Moubarak, qui lui succède, va préserver la paix avec autant d'habileté qu'il en mettra à affermir son pouvoir à la tête de l'Égypte.

De la victoire…
Anouar el-Sadate (25 décembre 1918 - 6 octobre 1981)Jeune officier, Anouar el-Sadate a été affilié aux Frères musulmans, mouvance islamiste très bien implantée en Égypte.

Mais en 1952, il s'en détache et rejoint le groupe nationaliste des « officiers libres », auquel participe son ami Gamal Abdel Nasser, futur président de l'Égypte. Celui-ci meurt en pleine gloire le 28 septembre 1970... après avoir essuyé deux défaites cuisantes face à Israël.

Sadate, en sa qualité de vice-président,  succède sans difficulté au prestigieux raïs à la tête de l'Égypte. Il prend l'initiative d'attaquer l'armée israélienne le 6 octobre 1973, à la faveur de la fête juive du Yom Kippour, pendant laquelle se recueillent beaucoup d'Israéliens.

D'abord victorieuse, son armée venge les Arabes de leurs humiliations passées.

Après avoir éprouvé la plus grande peur de leur Histoire, les Israéliens reprennent leurs esprits et repoussent avec succès les attaques des Égyptiens et de leurs alliés syriens. Les troupes du général Ariel Sharon repassent même le canal de Suez dans l'autre sens.

... à la chute
Avec la guerre du Kippour, par laquelle il a mis fin au mythe de l'invincibilité de l'armée israélienne, Anouar el-Sadate s'acquiert un immense prestige dans son pays et l'ensemble du monde arabe. 

Sans renier officiellement l'héritage nassérien, il s'éloigne en douceur de l'Union soviétique et se rapproche de l'Occident. Il libéralise l'économie. Il relance aussi la chasse aux Frères musulmans et aux islamistes. Surtout, il renonce aux envolées panarabistes, faisant passer le sort de l'Égypte au premier plan de ses préoccupations. 

Fort de sa demi-victoire sur Israël, il engage des négociations de paix avec Israël.

Sadate, Begin et Carter lors de la signature du traité de paix israélo-égyptien en 1979.Avec un grand courage, il se rend à Jérusalem en novembre 1977 et prononce un mémorable discours devant la Knesset, le Parlement d'Israël. Puis, en octobre 1978, il conclut les accords de Camp-David avec le Premier ministre israélien Menahem Begin, sous l'égide du président américain Jimmy Carter.

Le traité de paix est signé le 26 mars de l'année suivante et le Prix Nobel de la paix récompense fort justement les deux ennemis de toujours, Begin et Sadate (ce dernier, cependant, ne se rend pas à Oslo pour recevoir le prix).

Mais Anouar el-Sadate va se confronter à l'incompréhension de ses concitoyens et de la majorité des Arabes. Il doit aussi affronter la montée de l'intégrisme islamique, encouragé par la victoire de Khomeiny en Iran.

Le 3 septembre 1981, il fait arrêter 150 opposants islamistes. Parmi eux figure le frère d'un des soldats appelés à défiler devant le raïs un mois plus tard, dans le stade où, pour des raisons de sécurité, a été cantonnée la parade militaire.

L'assassinat d'Anouar el-Sadate (6 octobre 1981)

Tandis que le président, debout, salue le passage des avions Mirage, un camion s'arrête devant la tribune, en simulant une panne. Un lieutenant en sort et lance une grenade fumigène. C'est le signal de l'assaut : des complices sortent du camion et courent vers la tribune en tirant à l'arme automatique et en criant : « Mort au pharaon ! »

Onze personnes sont tuées, y compris l'ambassadeur de Cuba ; 38 sont blessées, parmi lesquelles le président qui meurt peu après son arrivée à l'hôpital. Toute l'attention des gardes se porte sur le vice-président Hosni Moubarak, blessé à la main : il est extrait de la tribune en toute hâte car la continuité de l'État repose sur lui.

Le drame s'est déroulé sous l'oeil du public et des caméras, dans une pagaille indescriptible. Anouar el-Sadate a été assassiné huit ans jour pour jour après le déclenchement de la guerre du Kippour qui lui avait apporté la légitimité et la gloire.

André Larané

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